Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Alligator » 24 oct. 09, 11:35

trombi et caps à foison

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Foutre! Que de temps passé depuis mon dernier Bunuel! Cela doit dépasser les cinq ans, assurément! Et ces retrouvailles, si elles n'ont pas été aussi chaudement appréciées que lors de l'extraordinaire Charme discret de la bourgeoisie, elles recèlent pourtant quelques pépites d'un humour provocateur que Jean-Louis Carrière et Luis Bunuel savent si habilement instiller dans un récit à l'aspect de prime abord académique, excepté pour les séquences oniriques par lesquelles "Belle de jour" s'échappe avec hardiesse et sentiment de culpabilité de la morne réalité. Le duo d'auteurs s'attaque une nouvelle fois à la bourgeoisie, ses espaces étriqués, ses esprits limités qui favorisent un malaise inexplicable. Belle de jour ne sait pourquoi elle se sent aussi attirée par le sexe. Elle livre d'abord une lutte sans merci contre ses pulsions inavouables ; entre attirance et répulsion, son corps est ballotté avec une violence incompréhensible. Alors qu'elle se trouve au bord de la crise de nerf, un Piccoli pervers à souhait, libre surtout, lui donne les clés de son salut. Dans un deuxième temps, Belle de jour doit payer le prix de cette liberté. Tombant de Charybde en Scylla, il semble que la bourgeoise soit condamnée à ne pouvoir vivre épanouie, heureuse. On sent là que Bunuel lui même est tenaillé par le sentiment de culpabilité. Jamais il ne laisse sa Belle de jour en paix. A l'instar d'un Flaubert bovarien, on comprend... tsss... on croit comprendre -restons humbles- que pour Bunuel, Belle c'est lui! Elle est l'astre blanc, la lumière blonde autour de laquelle la caméra tourne, aliénée pour son pouvoir d'attraction solaire, obsédée par la nécessité vitale de suivre avec quel acharnement le destin semble se jouer de la pauvre Belle. Sadisme de la caméra -et du spectateur- masochisme du personnage coexistent, s'autovitalisent dans une danse macabre où les victimes expiatoires, les chèvres se révèlent être Jean Sorel et Pierre Clémenti.

La photographie de Sacha Vierny offre des contrastes chromatiques saisissants de sens, les gris monotones du couple par opposition à la diversité veloutée de la maison close. Belle de jour entre chair crême et rouge sang, comme le vase de roses qu'elle fait choir se déplace également dans des espaces aux couleurs dédiées à ses émotions, sensations et angoisses. Comme dans un rêve. Par bien des aspects, cette Belle de jour me fait songer à Alice aux pays des sévices ou des délices -rayez la mention inutile- sans cesse bousculée par une destinée floue et des angoisses désincarnées qui motivent l'expérience charnelle de la transgression, elle cherche sa voie, un salut incertain.

La mise en scène de Bunuel est a priori très sèche et directe. Sans doute laisse-t-il une large part de responsabilité et d'initiative aux acteurs? J'ai tout bonnement été séduit par Michel Piccoli ou même Francis Blanche dans des rôles secondaires où leur justesse, omniprésente, n'a cessé de me bluffer. Les toutes premières scènes de Piccoli sont si subjugantes que je me suis pris à l'admirer. Mais il est si précis dans son jeu que je n'ai pas eu de mal à revenir dans le film aussitôt, sans problème.
Il n'est pas nécessaire d'être un grand consommateur de films pour s'apercevoir assez rapidement pendant le visionnage que la jeune Catherine Deneuve fait preuve d'une redoutable efficacité. Justesse également. L'ambiguité du personnage, les troubles, les perturbations dans lesquelles elle se sent emprisonnée sont très joliment dessinées, avec une grande maitrise qui force le respect et les applaudissements.
Jean Sorel reste encore un mystère pour moi. Vu récemment dans Chair de poule où il m'avait semblé très lisse, j'ai ici bien du mal à lui trouver de plus ample attrait. Toujours tiré à quatre épingles, son image est comme figée, ce qui cela dit coincide logiquement ici avec son personnage de bourgeois, gentil, propret, à l'horizon bêtement plat et vide.
Pierre Clémenti n'est pas moins mal loti avec son exact opposé : le voyou, sale, rude et dont la brutalité n'a d'égale que la courte vue de l'existence et des sentiments. Son jeu un brin ampoulé n'échappe pas aux clichés du genre.

Fines provocations au parfums surréalistes (on ne se refait pas) et jeux de comédiens succulents garnissent un film intelligent et drôle qui ne cache pas cependant le lit de tristesse sur lequel il se couche avec une étrange allégresse.

Bunuel en plein vertigo?
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Phnom&Penh
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Phnom&Penh » 25 oct. 09, 23:41

Alligator a écrit :Tombant de Charybde en Scylla, il semble que la bourgeoise soit condamnée à ne pouvoir vivre épanouie, heureuse. On sent là que Bunuel lui même est tenaillé par le sentiment de culpabilité. Jamais il ne laisse sa Belle de jour en paix. A l'instar d'un Flaubert bovarien, on comprend... tsss... on croit comprendre -restons humbles- que pour Bunuel, Belle c'est lui! Elle est l'astre blanc, la lumière blonde autour de laquelle la caméra tourne, aliénée pour son pouvoir d'attraction solaire, obsédée par la nécessité vitale de suivre avec quel acharnement le destin semble se jouer de la pauvre Belle.


Mais non, ne t'inquiètes pas trop pour elle, la bourgeoisie suit son cours, vit bien, continue et continuera à te le jeter à la figure. C'est pas Belle, la garce, c'est la société :mrgreen:
C'est justement parce qu'elle n'est pas une parfaite bourgeoise que Séverine a des fantasmes inavouables. Madame Bovary, ne la sous-estime pas, n'est pas une bourgeoise...elle est le cauchemar du bourgeois. Luis Buñuel, quant à lui, est un surréaliste révolutionnaire. Tant que cela ne touche pas à sa propre femme, qu'il a toujours souhaitée obéissante et comme une esclave aimante, bien entendu, les femmes, surtout les bourgeoises, ont des fantasmes inavouables. Surtout quand on est soi-même un bon macho espagnol (lire à ce sujet les souvenirs de Mme Buñuel). Il ne faut pas trop y chercher les fantasmes de la bourgeoisie à mon avis, mais surtout les siens :)
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Nomorereasons » 25 oct. 09, 23:48

Phnom&Penh a écrit :Tant que cela ne touche pas à sa propre femme, qu'il a toujours souhaitée obéissante et comme une esclave aimante, bien entendu,


Et à ses enfants qui, d'après les Mémoires de Revel, firent d'excellentes études dans le privé.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Alligator » 26 oct. 09, 07:47

Phnom&Penh et yaplusdsaisons sont les saillants récifs sur lesquels vient se briser mon vaisseau de naïveté. Méchants!

Yaplusdsaisons, ton avatar et ta signature me rappellent combien il est nécessaire que je me refasse au plus tôt ma ligne de paradis éléphantesque.

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Demi-Lune
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Demi-Lune » 1 mars 11, 12:18

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SPOILERS. De Bunuel, je ne connaissais jusqu'ici qu'Un Chien andalou, qui est au moins aussi inappréciable et fou qu'Eraserhead.
Autant dire que j'étais plutôt impatient de découvrir une autre face du cinéma de Bunuel, plus réaliste, plus narrative.
Et j'ai beaucoup aimé Belle de Jour. Même si, apparemment, toute la hardiesse du propos était déjà contenue dans le roman de Kessel, il convient tout de même de souligner la grande audace et liberté de ton de ce film. Certes la Nouvelle Vague a ouvert une brèche libertaire considérable (notamment dans la représentation de la nudité ou dans la présentation de thèmes plus intimes), mais Belle de Jour a dû en déstabiliser plus d'un en 1967. Non seulement pour ce dont il traite (la prostitution, la double existence) et la froideur distanciée avec laquelle il le traite, pour les scènes pittoresques et grotesques qu'il nous sert, pour la frontière parfois assez subtile entre morne réalité et onirisme décalé, mais aussi pour l'implication de Catherine Deneuve, auréolée du succès du populaire Les Demoiselles de Rochefort et qui n'hésite pas à briser son image de blanche et prude colombe, renouant ici avec un rôle difficile comme l'était celui de Répulsion (1965). L'actrice est à nouveau très convaincante, dégageant une aura érotique et dans le même temps glaciale et fragile qui sied très bien au film. Piccoli est également excellent en vieux gentleman pervers et cynique. La mise en scène de Bunuel est très classique, quasiment illustrative en ce sens que c'est le matériau narratif et les acteurs qui sont au premier plan.
Mon reproche concernant Belle de Jour - et c'est ce qui m'empêche d'y voir un chef-d’œuvre - c'est le jeu de Pierre Clémenti, qui joue comme une patate (la façon dont il tombe sous les balles est involontairement hilarante), et d'ailleurs la sous-intrigue qui a trait à son personnage, peu concluante, car écartant le regard acide de Bunuel. J'ai fait mon montage mental personnel, et si j'expulse tout ce qui tourne autour de Marcel, le film fonctionne bien mieux.

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Encore aujourd'hui, je trouve que Belle de Jour est pertinent sur les interrogations qu'il porte, sur les désirs enfouis d'une femme, sur la perversion, sur la vertu, sur la "saleté" de la prostitution, sur la recherche de la satisfaction d'une sexualité possiblement déviante, sur la différenciation ou non entre plaisir charnel et amour sincère, sur l'humain tout simplement.
Il est très appréciable que Bunuel ne soit jamais racoleur dans sa démonstration : il installe un regard clinique sur cette bourgeoisie parisienne raide à l'extérieur et bouillonnante d'envies inavouables à l'intérieur. Il ne s'attache guère à donner des clés de compréhension quant aux motivations qui animent Séverine (deux plans de flash-back furtifs et pas immédiatement clairs suffisent). Il dépeint avec une certaine verve savoureuse une société de l'envers, qui se libère des conventions bourgeoises dans laquelle elle est engoncée, pour s'abandonner à des jouissances salaces.
Ce faisant il délivre un complexe portrait de femme, au fort pouvoir de fascination. La blondeur hitchcockienne de Deneuve, les plans insistants sur ses chignons, la mise en images désespérément froide de Bunuel traduisant l'impossibilité d'approcher réellement cette femme, sa façon de penser (que Bunuel contourne subtilement en attribuant au personnage des rêves coupables où s'exprime un inconscient refoulé peuplé de perversités et de sadomasochisme), ce qu'elle ressent intimement, semblent renvoyer aux vertiges de Sueurs Froides et de Marnie, aux héroïnes inaccessibles et insaisissables. Belle de Jour pourrait ainsi constituer une sorte de passage à l'acte bunuelien du cinéma d'Hitchcock, désacralisant la figure blonde hitchcockienne dans un érotisme assumé et joyeux. Difficile en effet de ne pas penser à la distinction aristocratique et froide d'une Grace Kelly dans le personnage de Deneuve. Et passage à l'acte bunuelien tout court : comme Phnom&Penh, on peut voir dans l'assouvissement des désirs de Séverine une projection des envies similaires du cinéaste.
Mais Belle de Jour n'est pas qu'un examen sociologique ou psychologique - c'est aussi une histoire d'amour. Voici ce que disait Kessel dans la préface de son roman : "Ce que j'ai tenté avec Belle de Jour, c'est de montrer le divorce terrible entre le cœur et la chair, entre un vrai, immense et tendre amour et l'exigence implacable des sens. Ce conflit, à quelques rares exceptions près, chaque homme, chaque femme qui aime longtemps, le porte en soi. [...] Le sujet de Belle de Jour n'est pas l'aberration sensuelle de Séverine, c'est son amour pour Pierre indépendant de cette aberration et c'est la tragédie de cet amour".
J'ajouterai pour ma part, quant au film de Bunuel : qu'est-ce qu'aimer ? Est-ce s'abandonner physiquement et en tirer du plaisir ? Ou est-ce éprouver un sentiment amoureux pour une personne qu'on entoure de son respect ? La possibilité de la conciliation de ces deux aspects, c'est ce qui anime inconsciemment le personnage de Séverine, écartelée entre son attirance instinctive pour l'expression d'une sexualité de coulisses, décomplexée (comme en attestent les rêves pervers qu'elle fait), et son statut bourgeois de femme discrète sincèrement aimante, incapable d'être stimulée par l'homme qu'elle aime pourtant. La dernière scène montrera d'ailleurs qu'après tant de fantasmes érotiques et sadomasochistes, Séverine se prend à rêver du bonheur de l'homme qu'elle aime, et non plus du sien, qui passait par un épanouissement sexuel. Mais l'aboutissement dramatique de cette histoire ne doit pas occulter la grande drôlerie de ce film ; c'est presque pour moi une comédie noire. Bunuel a effectivement eu la bonne idée de ne jamais rendre son film plombant ou solennel : toujours présent, une forme d'humour grotesque et décalé sous-tend le film, et lui donne son incomparable cachet.
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Père Jules » 1 mars 11, 13:24

De manière générale, je dois avouer que je n'aime pas du tout la période avec Jean-Claude Carrière. Buñuel me parait dans ses derniers films se caricaturer lui-même et n'atteint jamais, en puissance et en pertinence, la période précédente. Jamais je ne retrouve ce qui m'avait sonné en sortant de Los olvidados, La vie criminelle d'Archibald de la Cruz ou Viridiana (pour citer mes préférences).

J'ai l'impression - encore une fois toute personnelle - que ça tourne en rond et que ça casse du bourgeois pour le simple plaisir de le faire. Mais encore une fois, tout ceci, je le reproche plus à Carrière qu'à Buñuel.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Watkinssien » 1 mars 11, 13:31

En tous, j'adhère une nouvelle fois au texte de Demi-Lune.
Belle de Jour est une oeuvre d'une grande force incisive, magnifiée par une mise en scène qui, comme souvent chez Bunuel, se révèle d'une délicatesse qui contre les propos subversifs, provocateurs et finalement parfaitement observés des desiderata d'une certaine caste de choix.

Une merveille, avec des comédiens habités...
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Père Jules » 1 mars 11, 13:36

Sans faire de mauvais esprit, j'ai vraiment du mal à comprendre ce qu'il y a de subversif dans ce film.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar riqueuniee » 1 mars 11, 13:38

J'aime beaucoup le film également. Un film que je trouve absolument fascinant, avec son mélange de scènes fantasmées et de scènes "réelles", au point qu'on peut se demander où commence le fantasme, où s'arrête la réalité (ou l'inverse).Tout le film ne serait-il pas le fantasme d'une jeune femme s'ennuyant dans sa vie bourgeoise, voire d'une jeune femme quelque peu frigide ? Un film qui peut laisser cours à diverses interprétations.
Pour les fantasmes, Jean-Claude Carrière (dans une interview dans les bonus du DVD) dit s'être inspiré de témoignages recueillis auprès de nombreuses femmes.Il ne s'agit donc pas seulement de la vision des fantasmes féminins par un homme.
PS1) Même si j'aime le film, je ne dirais pas qu'il est subversif.Il a pu l'être lors de sa sortie (ou du moins être considéré ainsi par certains), il ne l'est plus maintenant...
2) Le film a été diffusé hier sur Arte,sans être assorti d'un quelconque avertissement,genre déconseillé aux moins de 12 ans, ce qui n'était pas le cas la première fois que je l'ai vu, il y a 30 ans...Les temps changent.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Demi-Lune » 1 mars 11, 13:45

Père Jules a écrit :Sans faire de mauvais esprit, j'ai vraiment du mal à comprendre ce qu'il y a de subversif dans ce film.

Le portrait au vitriol des désirs déviants de bourgeois tous plus pervers les uns que les autres (un qui se masturbe sur un cercueil, l'autre qui veut inverser les rapports sociaux et se faire dominer comme une merde par une marquise, et au milieu de tout ça, une Deneuve en porcelaine qui a le feu au cul, pour parler vulgairement, et qui cherche à s'épanouir dans un milieu tabou parce que son mari n'est pas capable de la stimuler). Moi je trouve quand même ça assez subversif, cette idée que les hautes gens sont des coincés qui révèlent en coulisses toute l'abjection de leurs instincts prétendument racés. :mrgreen:
Et puis, l'idée qu'une femme s'offre à la prostitution... je ne sais pas si les temps changent, mais en ce qui me concerne, c'est quand même une situation qui me fait réagir, qui me met mal à l'aise. Malgré toutes les justifications qu'on peut y trouver, j'ai, personnellement, toujours du mal à concevoir l'idée qu'une femme puisse offrir son corps comme une marchandise pour contenter le bon plaisir d'hommes qui "profanent" (notez bien l'usage des guillemets) indifféremment ce même corps. En ce sens, que le film soit de 1967 ou pas ne change rien. Un sujet dérangeant reste un sujet dérangeant, les choses étant restées les mêmes. Après, c'est peut-être moi qui suis vieux jeu, mais Belle de Jour n'est pas un film qui doit laisser indifférent. Si c'est le cas, c'est qu'il a raté son but.
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Watkinssien » 1 mars 11, 13:50

Voilà, et on pourrait trouver encore d'autres éléments... :)
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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Père Jules » 1 mars 11, 13:58

Oui et non. Ce que je pense fortement c'est que ce "cassage de bourgeois" en règle n'apporte rien et n'est pas à la hauteur du mythe qui l'entoure. Que Carrière et Buñuel aient des comptes à régler avec leur milieu d'origine est en l'espèce très compréhensible mais une fois de plus le réalisateur de l'Age d'or n'a plus la force dénonciatrice qu'il avait auparavant. A sa sortie, même si la révolution sexuelle n'est pas encore consommée, ça frétille déjà sérieusement et ce, dans toutes les classes de la société. Ce que prétend montrer (je n'irai pas jusqu'à dire dénoncer) ce film, est connu sinon accepté par tous. Ce n'est qu'un feu de paille dont l'étincelle a été allumée à mon sens par une certaine critique très orientée politiquement car cela servait ses intérêts idéologiques. Cette attitude n'est pas en soi répréhensible, je fais juste un constat.

Il est bien plus "couillu" (permettez l'expression) de signer un Viridiana ou un Affreux, sales et méchants (je n'ose même pas évoquer Salo). C'est une démarche limite "célinienne" bien plus intéressante et proche de la vérité je trouve (quelque soit la manière dont on le traite, iconoclastie ou sur un ton comique, peu importe). L'angélisme qui entoure le "bas-peuple" est souvent effarant, toujours méprisable. De la même manière que le sont les attaques de cet acabit contre la bourgeoisie.

Reste que je n'enlève évidemment rien aux qualités de mise en scène. Buñuel reste un réalisateur que j'admire énormément (surtout pour sa période mexicaine, vous l'aurez compris).
Dernière édition par Père Jules le 1 mars 11, 13:59, édité 1 fois.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Strum » 1 mars 11, 13:59

Au sens où la haute bourgeoisie de Belle de Jour donne à Bunuel l'occasion d'assouvir ses fantasmes relatifs aux soit-disants secrets inavouables de ladite haute bourgeoisie, Belle de Jour est un film tout sauf subversif. On n'imagine pas, voyant ce film, Bunuel souhaiter la fin de la domination matérielle de la bourgeoisie sur la société, ou y travaillant, puisque c'est cette même bourgeoisie qui le fascine et inspire à Bunuel les fantasmes du film. Sa poule aux oeufs d'or en somme. D'ailleurs, les fantasmes de Séverine ne figuraient pas dans le roman d'origine de Kessel.

C'est ailleurs dans la filmographie de Bunuel qu'il faut chercher, si l'on y tient vraiment, des films "subversifs", c'est à dire se souhaitant ou se donnant pour "révolutionnaires" dans leurs aspirations politiques.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar riqueuniee » 1 mars 11, 15:30

Pour moi, Belle de jour n'est pas une charge "anti-bourgeois" (même si cet élément n'est pas totalement absent des intentions des auteurs).C'est un film sur les fantasmes féminins, un film érotique qui joue sur le suggestion.
Comme charge, Viridiana est plus fort (d'autant plus que c'est une production espagnole), ou même le journal d'une femme de chambre, pour rester dans les films français.

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Re: Belle de jour (Luis Bunuel - 1967)

Messagepar Père Jules » 1 mars 11, 16:45

riqueuniee a écrit :Pour moi, Belle de jour n'est pas une charge "anti-bourgeois" (même si cet élément n'est pas totalement absent des intentions des auteurs).C'est un film sur les fantasmes féminins, un film érotique qui joue sur le suggestion.


C'est tout le problème en effet. Le contexte social est prépondérant et les passifs conjugués de Carrière et Buñuel ne laisse pour moi pas de doute là-dessus. Ça aurait été un film sur les fantasmes féminins si, pour changer de registre, les auteurs avaient déplacé leur sujet d'une ou deux classes sociales.