Julien Duvivier (1896-1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alexandre Angel
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar Alexandre Angel » 15 févr. 20, 11:26

kiemavel a écrit :
The Eye Of Doom a écrit :Sinon En reparcourant la filmo de Duvivier je découvre coincé entre Au royaume des cieux et Sous le ciel de Paris, Black Jack, un film avec Georges Sanders.

!!! UN FILM DE DUVIVIER AVEC GEORGES SANDERS !!!!
:shock: :shock: :shock: :shock: :shock: :shock:

Bon, le film semble difficile a voir et plus genant, pas terrible. Quekqu’un la vu ?

Pas terrible, effectivement. Peut-être le moins bon Duvivier que j'ai vu.
L'action se passe principalement sur l'ile de Majorque peu après la seconde guerre mondiale. On y retrouve Marcel Dalio en capitaine cherchant à s'enrichir en utilisant son bateau pour faire passer des réfugiés européens (juifs, mais il me semble que ce n'est jamais dit. Je crois même qu'il est suggéré que les seuls qu'ils acceptent finalement de faire passer sont ceux qui peuvent chèrement payer leur passage … et que ce sont des allemands détenteurs de faux papiers). I, Il est absolument ignoble et ses pratiques vont rappeler des choses à ceux qui suivent l'actualité. Il a pour associé puis rival, Sanders, dont le bateau, le Black Jack, lui sert à tous les trafics car il n'a qu'une obsession : profiter de la confusion du temps pour s'enrichir très vite puis se retirer (après les réfugiés, il est question d'armes et de drogue). Mais Sanders, un ex marine qui servi durant la guerre et qui, à son retour s'était retrouvé sans boulot et sans femme, s'il est amer et cupide, comparé au précédent c'est quand même un aventurier scrupuleux. Autour des deux précédents, gravitent une riche américaine excentrique (Agnes Moorehead) et un médecin (Herbert Marshall), ami de Sanders. Tout au moins, est ce leur identité et fonction apparente.
Le scénario est vraiment assez confus et j'avais trouvé presque tous les interprètes en dessous de leur rendement habituel, même Sanders. Dalio en fait des caisses en ordure finalement assez pathétique. Le personnage de Moorehead est assez grotesque (elle qui passe d'abord pour une millionnaire futile). Herbert Marshall n'est lui aussi pas celui qu'il prétend être … et l'acteur est assez fatigué. Quand à Patricia Roc, elle est " l'intérêt romantique " de Sanders, celle pour qui il pourrait devenir honnête … mais le couple ne fonctionne pas vraiment non plus.
Mais il y a des séquences fortes (tout ce qui a trait aux réfugiés et leur devenir) et le duel entre Sanders et Dalio donnent quelques séquences réussies mais la noirceur de Duvivier - jusque dans l'épilogue - a cette fois ci quelque chose d'artificiel. Même le cadre espagnol a peu inspiré Duvivier qui donne dans le folklorique sans intérêt à maintes reprises (ça chante, ça danse, etc.…). Bon, de toute façon, pour finir moi aussi dans la noirceur , l'Espagne fut fatale à d'autres puisque pas mal de célébrités du cinéma y moururent : Mark Stevens (d'ailleurs à Majorque), Jean Negulesco (aux Baléares voisines, comme plusieurs metteurs en scène anglais célèbres) … et même Sanders (en face : en Catalogne) :mrgreen:

Ce film a une réputation terrible.
Mais c'est un souvenir pour moi mythique car je l'ai vu petit à la télé (sans aucun points de repère) et ce film m'avait marqué au sens où il finissait mal (je revois la mort du protagoniste à la fin). Et quand on est petit, un film qui finit mal est toujours un peu anxiogène (ce n'est pas la norme).

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kiemavel
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar kiemavel » 16 févr. 20, 19:23

Alexandre Angel a écrit :
kiemavel a écrit :Pas terrible, effectivement. Peut-être le moins bon Duvivier que j'ai vu.
L'action se passe principalement sur l'ile de Majorque peu après la seconde guerre mondiale. On y retrouve Marcel Dalio en capitaine cherchant à s'enrichir en utilisant son bateau pour faire passer des réfugiés européens (juifs, mais il me semble que ce n'est jamais dit. Je crois même qu'il est suggéré que les seuls qu'ils acceptent finalement de faire passer sont ceux qui peuvent chèrement payer leur passage … et que ce sont des allemands détenteurs de faux papiers). I, Il est absolument ignoble et ses pratiques vont rappeler des choses à ceux qui suivent l'actualité. Il a pour associé puis rival, Sanders, dont le bateau, le Black Jack, lui sert à tous les trafics car il n'a qu'une obsession : profiter de la confusion du temps pour s'enrichir très vite puis se retirer (après les réfugiés, il est question d'armes et de drogue). Mais Sanders, un ex marine qui servi durant la guerre et qui, à son retour s'était retrouvé sans boulot et sans femme, s'il est amer et cupide, comparé au précédent c'est quand même un aventurier scrupuleux. Autour des deux précédents, gravitent une riche américaine excentrique (Agnes Moorehead) et un médecin (Herbert Marshall), ami de Sanders. Tout au moins, est ce leur identité et fonction apparente.
Le scénario est vraiment assez confus et j'avais trouvé presque tous les interprètes en dessous de leur rendement habituel, même Sanders. Dalio en fait des caisses en ordure finalement assez pathétique. Le personnage de Moorehead est assez grotesque (elle qui passe d'abord pour une millionnaire futile). Herbert Marshall n'est lui aussi pas celui qu'il prétend être … et l'acteur est assez fatigué. Quand à Patricia Roc, elle est " l'intérêt romantique " de Sanders, celle pour qui il pourrait devenir honnête … mais le couple ne fonctionne pas vraiment non plus.
Mais il y a des séquences fortes (tout ce qui a trait aux réfugiés et leur devenir) et le duel entre Sanders et Dalio donnent quelques séquences réussies mais la noirceur de Duvivier - jusque dans l'épilogue - a cette fois ci quelque chose d'artificiel. Même le cadre espagnol a peu inspiré Duvivier qui donne dans le folklorique sans intérêt à maintes reprises (ça chante, ça danse, etc.…). Bon, de toute façon, pour finir moi aussi dans la noirceur , l'Espagne fut fatale à d'autres puisque pas mal de célébrités du cinéma y moururent : Mark Stevens (d'ailleurs à Majorque), Jean Negulesco (aux Baléares voisines, comme plusieurs metteurs en scène anglais célèbres) … et même Sanders (en face : en Catalogne) :mrgreen:

Ce film a une réputation terrible.
Mais c'est un souvenir pour moi mythique car je l'ai vu petit à la télé (sans aucun points de repère) et ce film m'avait marqué au sens où il finissait mal (je revois la mort). Et quand on est petit, un film qui finit mal est toujours un peu anxiogène (ce n'est pas la norme).

Ah oui, je comprend parfaitement ça. Au passage, je croyais le film inédit à la TV chez nous.
Apparemment, tu ne l'as jamais revu donc je ne sais pas si je dois rentrer dans les détails en ce qui concerne ce final que je viens de revoir en raison de ta remarque. Je m'en souvenais dans ses grandes lignes mais j'avais plus ou moins oublié ce qui m'avait gêné… Finalement, après tout le reste, ce final est honorable et presque touchant même si j'y vois aussi une certaine artificialité. Je rentre dans les détails, mais en spoiler :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Pour l'amour d'une femme (Patricia Roc), Sanders décide finalement d'abandonner tous ses trafics … et, du coup, les 800 000 $ de dope, convoitée aussi par Agnes Moorehead, Marcel Dalio et les flics, finissent à la baille (la séquence où Sanders ouvre les sacs et tente de les répendre en mer à la proue du bateau est involontairement drôle car avec les retours de poudre qu'il se prend dans le pif, il y a de quoi faire 4 overdoses. Visuellement on pense au lâcher des cendres funéraires de Donny dans The Big Lebowski :mrgreen: )
Après quoi, il prend la mer avec sa chérie, poursuivi par les flics qui ne savent pas que Sanders est devenu, sur le tard, un honnête homme et pensent qu'il se fait la malle avec la dope. La poursuite se déroulant à proximité de la limite des eaux territoriales espagnoles, Duvivier joue du mini suspense, notamment par les dialogues au sein des deux groupes qui illustrent ce compte à rebours qui libérera les uns et empêchera les autres d'intervenir. Alors que les flics se rapprochent et commencent à tirer, Sanders parade, assurant à sa compagne qui le supplie de se rendre puisqu'il n'a rien à se reprocher, que jamais il ne cédera à des flics qui de toute façon sont trop nuls pour l'avoir … Et évidemment, il se prend une balle fatale.
Mais il ne peut pas mourir sans livrer la morale de l'histoire et l'agonie est assez longue pour ça …. Elle est même prétexte à des "bêtises", entre vieilles recettes (la musique dramatique de Kosma qui - je trouve - fait très vieille France, genre "réalisme poétique" millésime 1937), les dernières paroles de Sanders qui font aussi très Prévert ….jusqu'aux propos post mortem que l'on entend par la voix off de Sanders qui répète une phrase dite plus tôt : " Comme le disaient les anciens grecs, seul un homme mort pourrait se prétendre heureux ".
Le sombre destin qui attend les "mauvais" cherchant à s'acheter une conduite. Les conduites suicidaires inconscientes (l'attitude de Sanders le suggère), la liberté et le bonheur dans la mort … C'est bien du Duvivier mais un Duvivier, soit dépassé, soit en manque d'inspiration loin de ses terres.


Accessoirement, je viens de revoir La tête d'un homme ... Au milieu de la liste de chefs d'oeuvre adaptés de Simenon que j'ai découvert ou revus ces derniers temps (La mort de belle de Molinaro. Le voyageur de la Toussaint de Daquin. L'homme de Londres de Decoin ….), je suis presque déçu, sauf par la mise en scène de Duvivier qui est d'une prodigieuse inventivité. Pas taper !

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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar The Eye Of Doom » 16 févr. 20, 19:41

kiemavel a écrit :Accessoirement, je viens de revoir La tête d'un homme ... ....sauf par la mise en scène de Duvivier qui est d'une prodigieuse inventivité.

:D

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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar The Eye Of Doom » 24 févr. 20, 07:38

En trainant sur wowhd, je suis tombé sur ca:
https://www.wowhd.fr/the-golem-the-legend-of-prague/089218828392
Je ne fais pas d’illusion mais vu que pour voir ou revoir le film il faut :
1) Trouver la vhs
2) Trouver et faire marcher un magnetoscope
Je vais profiter d’une commande (Le Tex Avery par exemple) pour tester la chose.
Quelqu’un aurait deja acquis ce tirage exceptionnel ?

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Ann Harding
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar Ann Harding » 24 févr. 20, 10:20

J'avais emprunté la VHS en bibliothèque. Le film est peu convaincant. J'ai surtout apprécié Baur. Pour ce qui est du DVD, prudence! L'éditeur est Alpha-Video, un des pires éditeurs du marché.

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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar The Eye Of Doom » 24 févr. 20, 18:40

Ann Harding a écrit :J'avais emprunté la VHS en bibliothèque. Le film est peu convaincant. J'ai surtout apprécié Baur. Pour ce qui est du DVD, prudence! L'éditeur est Alpha-Video, un des pires éditeurs du marché.

Merci pour l’info. Je vais m’en passer: un euro est un euro!

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Erich
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Re: Julien Duvivier (1896-1967)

Messagepar Erich » 24 févr. 20, 20:24

Faute de dvd accessible et de version restaurée, signalons que le film est quand même visible à l'adresse suivante :https://ok.ru/video/1448870415033. Ce n'est pas l'idéal, mais cela permet d'avoir une idée de ce film, très mineur dans la carrière de Duvivier des années 30 mais rarement montré.