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Test dvd

We Can't Go Home Again

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 24 / 9 / 2014

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Le DVD annonce un "nouveau master restauré" et, exceptionnellement, on fera une confiance aveugle aux garants de cette restauration, tant il nous est ici à peu près impossible d'évaluer leur travail... Plus sérieusement, par sa nature même de matière filmique malaxée, triturée, déformée ou saturée, We Can't Go Home Again ne peut être jugé à l'aune des critères qualitatifs habituels : il y a parfois des saletés ou des griffures, mais - pour autant qu'on puisse l'estimer - celles-ci faisaient sans nul doute partie du projet formel initial. On peut malgré tout apprécier l'homogénéité de l'ensemble (disons même la cohérence) avec des noirs bien profonds, une définition périphérique assez irréprochable et le rendu probablement très fidèle des couleurs ou des textures.

Son

Là encore, les quelques bourdonnements ou effets de saturation faisant partie du travail expérimental sur la bande-son, on aura bien du mal à en tenir rigueur à l'éditeur. On ne dira pas que l'ambiance sonore du film est particulièrement agréable, mais puisque c'était voulu, il s'agit probablement là d'une manière de souligner la qualité de la restitution offerte par cette édition.

Suppléments

L'effort éditorial consenti par Carlotta, pour un film qui nous semble a priori plutôt confidentiel et difficile d'accès, est colossal et mérite d'être salué : nous voici donc avec une édition 2 DVD, qui accompagne le film de suppléments ou de documents riches et étonnants, et même d'un autre long métrage particulièrement intéressant ! Pour l'essentiel, il s'agit de la reprise des suppléments figurant sur l'édition américaine d'Oscilloscope Laboratories, sortie en novembre 2012.

Sur le premier disque, donc - celui sur lequel figure le film - on retrouve plusieurs suppléments :

dans un entretien avec Jim Jarmusch, le cinéaste relate les circonstances de sa première rencontre avec Nicholas Ray, motivée par László Benedek, et l'impact que cela a pu avoir sur son propre parcours : Ray lui aurait notamment intimé l'ordre de fuir Hollywood comme la peste, conseil que Jarmusch aura soigneusement suivi durant toute sa carrière.

un autre entretien avec l'historien français Bernard Eisenschitz (auteur en 1990 d'un ouvrage de référence, désormais épuisé, consacré à Nicholas Ray), que l'on n'a pas forcément l'habitude de voir s'exprimer en anglais, voit celui-ci notamment tenter d'établir une forme de continuité, a priori peu évidente entre la carrière hollywoodienne de Nicholas Ray et son travail expérimental sur We Can't Go Home Again. Dans un dernier temps, il évoque le rapport à la mort - et à la vie, indissociable - du cinéaste.

Précisons que ces deux entretiens ne possèdent pas de contexte (introduction, panneaux explicatifs, génériques), mais que l'on peut émettre l'hypothèse qu'il s'agit de versions longues des entretiens menés par Susan Ray, veuve du cinéaste, pour son long métrage documentaire Don't expect too much, qui figure sur le disque 2 de cette édition Carlotta (voir plus bas).

Toujours sur le premier disque, deux suppléments sont consacrés à Marco, film co-réalisé en 1977 par Nicholas Ray et ses étudiants dans le cadre d'une série d'exercices sur l'étude de la figure du criminel : le premier propose des rushes (28 minutes) du film, qui permettent de deviner l'objet du film, mais aussi d'entrevoir les conditions ou l'atmosphère de son tournage, tandis que dans le second, A propos de Marco (9 minutes), le comédien Claudio Mazzatenta et l'acteur-réalisateur Gerry Bamman reviennent sur cette expérience, filmés là encore par Susan Ray en 2011.

Enfin, on trouve sur ce premier disque un court métrage réalisé par Nicholas Ray en 1974, soit immédiatement après We Can't Go Home Again, intitulé The Janitor (12 minutes), et issu d'un long métrage collectif produit par Max Fischer, Rêves humides, au générique duquel on retrouvait notamment Dusan Makavejev ou Heathcote Williams. Là encore volontiers abstrait, brassant considérations sexuelles ou politiques dans un même élan typiquement seventies, le film permet surtout d'apprécier le drôle de charisme, minéral, de Nicholas Ray acteur.

Sur l'autre disque figure le long métrage documentaire Don't expect too much (70 minutes), réalisé par Susan Ray en 2011. Centré sur les années d'enseignement de Nicholas Ray à Binghampton, et principalement sur l'expérience We Can't Go Home Again, il offre de multiples témoignages (historiens, proches, protagonistes du film...) mais surtout des images inédites, nous permettant notamment de revoir certaines séquences-clé de We Can't Go Home Again sans les filtres déformants de son dispositif formel si singulier. La première rencontre avec les étudiants, ou le rasage de Tom, sont ainsi vus d'une manière différente, complémentaire de celle du film. Surtout, ce tribut à son défunt époux, réalisé plus de trente ans après sa disparition, vibre d'une dimension intime, non appuyée mais tout de même remarquablement émouvante, qui entre en résonance avec celle, incontestable, que Nicholas Ray livrait de lui-même dans We Can't Go Home Again. Plus qu'un supplément, il s'agit donc en quelque sorte d'un complément, ce qui est encore plus précieux.


Par Antoine Royer - le 23 septembre 2014

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