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Test dvd

Coffret Marx Brothers

DVD - Région 2
Warner
Parution : 24 / 11 / 2004

Image

Tout d’abord, précisons qu’il est possible d’avoir chez soi l’intégrale des Marx Brothers en DVD Z2 FR avec un minimum d’achats, à savoir trois coffrets.
Le premier, The Marx Brothers (avec un logo « The Marx Brothers Collection »), édité chez Universal, est un coffret de 5 DVD réunissant leurs cinq premiers films Paramount (de Noix de Coco à Soupe de Canard). Le deuxième, La Collection Marx Brothers, chez Warner, offre en 6 DVD l’intégrale de leur période MGM (d’Une nuit à l’opéra à Une nuit à Casablanca, donc). Enfin, courant 2008 a été sorti par les Editions Montparnasse un coffret réunissant les deux derniers films, Panique à l’hôtel (qui était déjà disponible dans leur Collection RKO) et La Pêche au trésor, jusqu’alors inédit en Z2fr, réunion a priori incongrue de deux films n’ayant en commun que le fait de n’appartenir à aucune des deux grandes périodes des Marx Brothers mais qui permet donc de réparer un oubli.

Forcément, la comparaison est flatteuse pour ce second coffret qui, outre une flopée de suppléments, offre surtout, et c’est bien là l’essentiel, une image de bien meilleure tenue ; sans être fulgurante, elle s’approche bien plus de l’exemplarité, offrant une propreté globale et des contrastes assez bien marqués, les six films étant assez équitablement traités, avec peut-être un léger mieux pour Un jour aux courses, Une nuit à Casablanca ou Chercheurs d’or. On devine évidemment des griffures ou de la poussière, et le mouvement continuel des frères provoque épisodiquement des altérations de la clarté, voire du flou (par exemple dans Un jour au cirque) mais l’essentiel est préservé, et même au-delà puisque la moustache peinte de Groucho ne fait plus illusion une seconde avec cette netteté. Soyons honnêtes concernant les bandes-son : la VF pour les Marx Brothers est une aberration, et nous ne l’avons écoutée que quelques secondes pour chaque film histoire d’en être définitivement assurés (à noter qu’il n’y en a d’ailleurs pas pour Une nuit à l’opéra). En l’état, les six films sont donc proposés en VO dans des versions mono d’origine assez égales, correctes bien que sans relief particulier et forcément assez marquées par le temps.

Son

Les six dvd du Coffret Warner / MGM foisonnent de suppléments, dont on se demande bien pour certains ce qu’ils font ici (si ce n’est par souci quasi sociologique de nous replonger dans le contexte des années 1935 - 1945).

C’est sur le DVD d’Une nuit à l’opéra qu’on trouve le plus de bonus en rapport direct avec les frères Marx. Tout d’abord, le film peut s’accompagner d’un commentaire audio (malheureusement non sous-titré) de l’illustre historien Leonard Maltin, qui avec un bel enthousiasme entreprend de resituer le film dans son contexte (on y apprend notamment que la censure, consécutivement à la Seconde Guerre mondiale, supprima du film certains aspects offrant une vision trop idyllique de l’Italie), tout en disséquant plusieurs scènes avec un joli sens du détail (Matlin précise même certaines blagues trop marquées par leur contexte historique), en exhibant la construction rythmique du film (comme ces répliques de remplissage consécutives aux meilleurs gags, et donc vouées à être couvertes par les rires !) ou en évoquant la carrière ou le travail de plusieurs membres de l’équipe du film.

Ce DVD propose également un bref extrait d’un entretien daté de 1961 entre Hy Gardner et un Groucho Marx âgé de 71 ans. Celui-ci revient sur les débuts de leur période MGM. Tout en ne tarissant pas d’éloges sur Irving Thalberg, Groucho décrit surtout leurs premières rencontres mouvementées, notamment cette fois où les Marx, las d’attendre le producteur dans son bureau, décidèrent de s’y déshabiller pour faire cuire des pommes de terre autour d’un grand feu de joie !!

Enfin, on y trouve également un documentaire de 33’ intitulé Remarks on Marx, qui propose de revenir sur leurs carrières. Divers intervenants (comédiens, historiens du cinéma, écrivains...) y évoquent rapidement l’histoire de leurs surnoms, leurs personnalités, leurs premiers pas cinématographiques et la rencontre avec Thalberg, leur période à la MGM, les autres acteurs gravitant autour d’eux (dont Allan Jones, le premier remplaçant de Zeppo, ou Margaret Dumont) dans un survol très rapide mais assez complet. La dernière partie se concentre sur certaines séquences parmi les plus marquantes d’Une nuit à l’opéra, dont la scène du contrat (« There is no sanity clause ») ou celle du remplissage de la cabine (pour laquelle personne ne semble vraiment savoir combien de personnages il y a finalement), pour finalement considérer la postérité et l’influence contemporaine des Marx.

La plupart des intervenants de ce documentaire se retrouvent sur le documentaire présenté en supplément d’Un jour aux courses (On your Marx, get set, go !), plus décousu, où les superlatifs se multiplient pour décrire leur humour. Il s’inscrit toutefois comme un prolongement du précédent, en situant notamment Un jour aux courses dans la continuité d’Une nuit à l’opéra (relation avec Iving Thalberg, répétitions sur scène...). Si, en conséquence, on trouve entre les deux modules beaucoup de redites, le supplément n’est malgré tout pas avare en commentaires ou en anecdotes (notamment sur la relation entre Groucho et le réalisateur Sam Wood).

Enfin, sur ce même dvd d’Un jour aux courses, on trouve un commentaire audio (non sous-titré) de Glenn Mitchell, auteur de The Marx Brothers Encyclopedia. Là encore, quelques redites (essentiellement factuelles) avec celui de Leonard Matlin proposé sur Une nuit à l’opéra, mais le commentaire, épars, offre un intérêt indéniable pour les amateurs les plus forcenés des frères Marx.

Cette collection comporte également sur plusieurs galettes des bandes-annonces d’époque. Parmi elles, la très amusante - et prémonitoire - bande-annonce de The Big Store dans lequel un présentateur nous annonce solennellement, avec ce film, la fin de carrière des Marx Brothers, en la comparant au passage à celle, quatorze fois repoussée, de Sarah Bernhardt. Plus classiques, sont également proposées celles de Chercheurs d’or (même si les premières secondes tentent de faire croire à un western « classique », jusqu’à l’irruption de Groucho), d’Une nuit à l’opéra (ou les frères, successivement, prennent la place du lion de la MGM pour rugir) ou d’Un jour aux courses, où l’annonce préliminaire est interrompue sauvagement par une tarte à la crème, ressort comique éculé auquel les Marx n’ont habituellement jamais recours.

Par ailleurs, chaque DVD propose des court-métrages contemporains mais indépendants des films des Marx (production MGM mise à part), qu’ils soient animés ou en prises de vue réelles (la plupart réalisés par George Sidney, futur réalisateur de Scaramouche ou des Trois mousquetaires). Ainsi, on trouve par exemple trois dessins animés proposés sur le DVD d’Un jour aux courses. Les deux premiers mettent en scène les aventures en noir et blanc du Capitaine et de son cheval Smokey : dans Old Smokey, le brave canasson est mis temporairement à la retraite par le nouveau camion de pompiers municipal ; dans Mama’s New Hat, c’est l’achat d’un chapeau pour la fête des mères qui est l’objet de péripéties assez rocambolesques. Le troisième, toujours dans la thématique équestre, est un Hanna-Berbera (Gallopin’s Gals) qui ose une comparaison parfois douteuse entre les juments et les femmes, avec une héroïne maladroite et attachante, Maggie. Sur le dvd d’Un jour au cirque, on trouve Jitterbug Follies, annoncé comme une aventure de Count Screwloose and J.R. The Wonder Dog mais dans lequel leur plan (une arnarque sous forme de concours musical) est parasité par deux pingouins assez hystériques, ce qui rend le film, bien que bref (moins de 9’), assez fatigant.

Dans cette collection MGM / Warner se retrouve également un lauréat d’Oscar, The Milky Way (8’ - 1940 - sur le DVD de Chercheurs d’or) ou l’aventure de trois chatons qui vont se régaler sur la Voie Lactée, croisant au passage (avant Wallace et Gromit) une Lune en gruyère, des astres en diamants ou des étoiles en biscuits. Mignon, mais très loin de l’univers des Marx... L’Officer Pooch (8’ - 1941 - sur le DVD des Marx au Grand magasin) est lui un policier consciencieux mais maladroit, chargé de venir à la rescousse d’un adorable chaton. Attaques multiples, électrocutions, humiliations diverses, le pauvre officier en verra de toutes les couleurs, dans la plus pure tradition Hanna & Barbera... Enfin, on retrouve également dans Acrobatty Bunny (8’ - 1946 - sur le DVD d'Une nuit à Casablanca) un Bugs Bunny dérangé par l’installation d’un cirque, et en particulier poursuivi par un féroce lion qu’il tournera en bourrique.

Parmi les courts-métrages, citons Dog Daze (9’ - 1939 - sur le DVD d'Un jour au cirque), qui met en scène Our Gang, cette bande de gamins connus en France sous le nom de Petites Canailles. Pas la meilleure de leurs aventures (les enfants kidnappent des chiens pour gagner de l’argent en récupérant la récompense promise par les propriétaires), le film se clôt sur une gentille et très pédagogique leçon de morale... Plus intéressant, Quick n a Wink (9’ - 1940 - sur le DVD de Chercheurs d’or), un court-métrage documentaire analysant la décomposition du mouvement avec force expériences (la chute d’une goutte, l’explosion d’une bulle, le battement d’ailes du colibri...), ensuite révélées grâce à d’impressionnants ralentis stroboscopiques. Une indéniable prouesse technique, commentée par une voix off assez cocasse. Flicker Memories (8’ - 1941 - sur le DVD des Marx au Grand magasin) est lui un amusant exercice de style de montage, qui raconte de manière humoristique une chronique du quotidien uniquement à partir d’images issues de vieux films muets pour la plupart oubliés (et d’ailleurs non identifiés). Une sorte d’ancêtre - sous forme pseudo documentaire toutefois - aux Cadavres ne portent pas de costard ou autres La Classe américaine.

Parmi les films comiques, mentionnons So you think you’re a nervous wreck (11’ - 1946 - sur le DVD d'Une nuit à Casablanca), court-métrage sur un multi-névrosé incarné par George O’Hanlon, plus cruel qu’hilarant - du moins dans sa première partie - dans sa façon de traquer les malaises du quotidien (société, couple, travail, santé…). Enfin, parmi les plus anecdotiques, évoquons brièvement How to Sleep (10’ - 1935 - sur le DVD d'Une nuit à l’opéra) de Nick Grinde prend l’allure d’un documentaire sur le sommeil en 4 parties (Les causes du sommeil, Les méthodes pour s’endormir, Les facteurs de l’insomnie, Le réveil), mais tout bien considéré, ne présente pas un grand intérêt, si ce n’est celui - mise en abyme ? - d’endormir le spectateur. On retrouve d’ailleurs Robert Benchley, le protagoniste principal de ce court dans A Night at the Movies (8’ - 1937 - sur le DVD d'Une nuit à l’opéra) où il accumule les maladresses et les péripéties au moment d’aller au cinéma avec son épouse. Sujet quotidien là encore, pour un traitement tout aussi anecdotique. On retrouve également, sur le même DVD, Sunday Night at the Trocadero (20’ - 1937) qui décrit, comme son nom l’indique assez bien, une nuit au Trocadero, boîte où se mêlent les découvreurs de talent et de jeunes artistes rêvant de célébrité. Le générique annonce un « défilé de stars », mais la plupart d’entre elles ont depuis été oubliées, ce qui rend les clins d’œil assez caducs et la revue conséquemment bien longue. On y voit cependant, brièvement, Groucho Marx sans sa moustache.

Enfin, on trouve comme dernier élément de cette sélection de court-métrages Cavalcade of San Francisco (9’ - 1940 - sur le DVD de Chercheurs d’or), un journal culturel et historique, en Technicolor, du journaliste James A. Fitzpatrick au sein de la cité californienne, et notamment sur les lieux de la Golden Gate International Exposition de 1939, film dont la présence se justifie donc essentiellement par cette volonté quasi-sociologique de replacer les films des Marx Broters dans leur contexte historique.

Saluons donc cet effort original, qui fait de cette Collection Marx Brothers (MGM/Warner) un beau, copieux, et indispensable coffret.

Par Antoine Royer - le 13 septembre 2011

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