Menu
Test blu-ray

Terreur aveugle

BLU-RAY - Région 2
Carlotta
Parution : 9 / 11 / 2016

Image

Pour ce film inédit sur la planète Blu-ray, nous avons droit à une belle restauration 2K réalisée par le fameux laboratoire italien L'Immagine Ritrovata. De plus, l'encodage a été confié à un grand spécialiste du genre, le Britannique David MacKenzie, célèbre dans le petit monde du traitement vidéo. Ce qui nous saute immédiatement à l'œil, en dehors d'une propreté et d'une stabilité du cadre jamais prises en défaut, c'est l'aspect argentique du master qui rend la vision très agréable et conforme à la copie d'origine telle que devait la découvrir le public de l'époque. Une authenticité et un respect de l'œuvre qui placent déjà Terreur aveugle parmi les grandes réussites de l'éditeur Carlotta, surtout en tenant compte de la rareté du film et des éléments chimiques à disposition. La colorimétrie correspond au standard anglais de l'époque et ne présente aucune dérive chromatique. Le bât blesse légèrement au niveau du piqué qui s'avère irrégulier : certains gros plans sont remarquables de définition quand d'autres, notamment quelques plans larges, souffrent d'une baisse qualitative. Mais il faut relativiser cette impression quand on songe à la volonté du chef opérateur Gerry Fisher de proposer une image soft et légèrement filtrée. Les contrastes sont bien charpentés avec un niveau de noir satisfaisant et du détail dans les ombres, mais les plans nocturnes ou faiblement éclairés laissent apparaître un léger voile numérique dû probablement à la grande difficulté de traiter les caractéristiques vidéo de l'image d'origine. Dans l'ensemble, c'est tout de même une sacrée bonne surprise pour le cinéphile exigeant, déjà heureux de pouvoir apprécier ce film relativement méconnu de  Richard Fleischer sur son support favori.

Son

Comme pour l'image, le maître mot est authenticité. Les deux pistes sonores sont proposées dans leur mixage mono d'origine. La version originale a été correctement conservée ; et si elle est globalement très propre, elle présente un peu de souffle dans les moments de silence. Elle sait se montrer dynamique et immersive quand la musique de Bernstein se fait entendre mais semble plus "éteinte" quand les dialogues sont la source principale de l'information. L'enregistrement du son à l'époque du tournage semble avoir été parfois problématique, mais les voix demeurent claires la majorité du temps. Le principal reproche se situe dans le déséquilibre ressenti au niveau du volume sonore dès lors qu'on passe de la musique et des ambiances aux dialogues (cet effet est coutumier mais il est ici plus important que d'habitude).  La version française, propre elle aussi, souffre des petits maux habituels : un équilibre voix/ambiances qui se fait au détriment de ces dernières et une profondeur moins marquée.

Suppléments

Préface de Nicolas Saada (7 min 20 - DD 2.0 - 2016 - HD)
Nicolas Saada, scénariste et réalisateur (et ancien journaliste aux Cahiers du Cinéma), se prête avec plaisir à la présentation en voix off du film de Richard Fleischer, dont il a découvert beaucoup d'œuvres durant son enfance. En quelques minutes, il situe l'intérêt principal de Terreur aveugle, à savoir comme un excellent exercice de style cinématographique à la tension permanente, qui joue sur le sens du détail, la gestion de l'espace et l'approche paradoxale du regard selon qu'il concerne le spectateur ou l'héroïne aveugle. Saada évoque avec raison les éléments liés au conte qui donnent une couleur particulière à ce film, l'idée que la terreur et l'angoisse ne sont pas banalement circonscrites à la nuit, ainsi que l'attachement humaniste au personnage principal qui cherche à se reconstruire avant de vivre l'horreur.

Fulgurances physiques (15 min 17 - DD 2.0 - 2016 - HD)
Le réalisateur belge Fabrice Du Weltz (Calvaire, Vinyan) vient témoigner de son fort attachement pour Terreur aveugle, un film qui a influencé son travail selon ses propres dires. Il en parle à la fois comme un spectateur conquis et un professionnel de l'image, ce qui fait tout l'intérêt de ce complément, même si le cinéaste se laisse parfois emporté par une passion qui brouille un peu ses explications. On sent Du Weltz très admiratif du parcours de Richard Fleischer et de ses obsessions (celle concernant le Mal et celle relative à son goût pour les expérimentations visuelles). Du Weltz relève judicieusement les aspects novateurs, sensuels, pulsionnels et organiques du thriller de Fleischer tout en insistant sur les influences que ce dernier a eues sur le film de genre, et cite quelques scènes phares du film dont il analyse succinctement la mise en scène. Il aime l'aspect « tordu », « épidermique » de ce « film de voyeur » et exprime son admiration sans bornes pour la performance physique accomplie par Mia Farrow et pour la direction d'acteurs de Fleischer. Tout juste relève-t-il sa déception concernant la révélation de l'identité criminel, que l'on peut comprendre.

Galerie photos (5 min 10)
Les nombreux clichés de tournage et de production présentés ici sont issus des archives de Mike Siegel, réalisateur de documentaires sur le cinéma. Ils sont organisés sous la forme d'un petit montage muet - on aurait apprécié un peu de musique - et proposés en petit format au centre de l'image - ce qui est un peu dommage. Les photographies en noir et blanc sont de meilleure qualité et auraient mérité, elles plus que les autres, d'être affichées sur la totalité de l'écran. Malgré ces petits reproches, nous sommes plutôt satisfaits de découvrir ces photos d'une très grande rareté (impossibles à dénicher sur Internet, ce qui n'est pas peu dire).

Bande-annonce (1 min 14 - 4/3 - DD 1.0 - SD)
Présenté brut de décoffrage sous un format carré, un peu surexposé et avec une dominante magenta, ce film-annonce comporte de nombreuses taches et rayures. Néanmoins, ce dernier ne semble pas exister sous une version restaurée et sa présence s'impose naturellement sur cette édition, même s'il offre une vision un peu caricaturale du film.

Par Ronny Chester - le 18 novembre 2016