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Test blu-ray

Garde à vue

BLU-RAY - Région B
TF1 Vidéo
Parution : 25 / 10 / 2016

Image

Quelques mois après le lancement de sa collection Héritage, initiée avec Panique et Le Carrosse d'or, TF1 Vidéo réalise un bond dans le temps pour arriver dans les années 1980, avec les deux films issus de la collaboration entre Claude Miller et Michel Audiard (Garde à vue, donc, et Mortelle randonnée).

Garde à vue était jusqu'alors inédit en France en haute-définition - seule existait depuis 2011 une édition Blu-ray allemande, avec laquelle nous n'avons pas pu procéder à une comparaison - et le master proposé par le DVD édité par TF1 au début des années 2000 (soit le paléolithique du support) méritait indéniablement d'être renouvelé.

La comparaison, notamment en terme de définition, entre un DVD de 2000 et un Blu-ray de 2016 a quelque chose d'inégal, mais elle permet néanmoins d'effectuer quelques constats, comme le révèlent les quatre exemples ci-dessous.

Comparatif 1            Comparatif 2             Comparatif 3               Comparatif 4

Le premier point, majeur, concerne le cadre, et l'on voit bien ici (notamment sur la troisième image, avec les affiches ou le porte-manteau) le gain d'image sur les côtés, qui permet au film de retrouver son format initial en 1.66:1, là où le DVD approchait les 1.55:1.

On peut également constater une assez importante différence chromatique, le Blu-ray apparaissant plus chaud (parfois même plus "rouge") que le DVD, froid et bleuté. Cela est particulièrement manifeste sur la deuxième capture, en extérieur, où le ciel change assez sensiblement de dominante. Difficile d'émettre un jugement sans l'éclairage (oh oh !) du chef-opérateur du film, Bruno Nuytten, dont on ignore dans quelle mesure il a été associé au processus de ré-étalonnage, mais les démarches récentes de TF1 Vidéo - surtout comparées à celles, plus "libérales", de l'édition DVD de la fin des années 90 - nous laissent imaginer (espérer ?) que l'on s'est ici rapproché du rendu originel.

Malgré tout, on se permettra quelques réserves, liées à une sensation de "fourmillement" parfois perceptible lors du visionnage ou à la constatation de l'uniformité (voire du "bouchage") de certains noirs (voir le costume de Michel Serrault ou la robe de Romy Schneider) : le grain, quand il est présent, nous a semblé un peu artificiel, et l'ensemble manque parfois un peu de piqué ou de nuances. Rien de rédhibitoire, donc, mais des points qui nous retiennent de céder à un enthousiasme complet.

Son

Bien que tourné quasi-intégralement en studio, Garde à vue a été en grande partie post-synchronisé, la faute à un problème - révélé après le tournage - de compatibilité entre la prise de vue à 25i/s et la prise de son à 24i/s. De fait, le film possède donc une bande-son très propre mais parfois un peu détachée de l'image, ce que les plus fines oreilles pourront éventuellement déceler ici. Pour le reste, rien de particulier à signaler : l'équilibre entre les dialogues (très présents), les ambiances sonores et la (discrète) partition de Georges Delerue s'effectue de façon tout à fait convenable.

Suppléments

Un premier supplément, conséquent, se trouve dans le livret du boîtier (à noter que les disques coulissent en deuxième - pour le DVD - et troisième - pour le Blu-ray - de couverture) : en une cinquantaine de pages (dont 33 de texte, ce qui évite l'impression d'une iconographie de remplissage, suivez mon regard), Olivier Curchod offre un texte clair et précis, dans un style relativement neutre, qui retrace l'intégralité du projet, depuis sa genèse jusqu'à ses récompenses aux Césars. Très documenté (avec des reproductions pertinentes du scénario, du story-board ou des maquettes du décor), le texte donne de nombreuses informations complémentaires, parfois anecdotiques parfois plus pointues, en évoquant notamment les difficultés rencontrées aux tournages, les différences entre le script et le film achevé (par exemple concernant la toute fin, que Miller souhaitait plus ouverte) ou les apports des différents collaborateurs.

Sur le Blu-ray, deux modules inédits sont proposés :

Le premier, intitulé Garde à vue, histoire d'un succès (Claude Miller dans la cour des grands) est un documentaire de 34 min 30 (HD) réalisé par Luc Béraud et Olivier Curchod. Sous la forme d'entretiens avec des protagonistes du film ou des proches de Claude Miller (ainsi que de Claude Miller lui-même, dont de larges extraits d'un entretien mené en 2013 par Jérôme Wybon sont ici utilisés) sont évoqués la genèse du film (notamment la répartition des tâches dans l'adaptation du roman de John Wainwright), le tournage, les relations avec les acteurs ou la réception du film. On a particulièrement apprécié ce qui concernait l'utilisation spécifique du story-board (y compris la manière dont il fallut s'en détourner au montage), le travail sur la photographie de Bruno Nuytten (pourtant absent) ou les évocations des décors et du son, éléments qui, d'une part, témoignent bien de la réussite collective que constitue le film, et d'autre part, donnent des informations techniques précis et éclairants. On aurait parfois aimé que les propos des intervenants soient confrontés, notamment concernant Jean-Louis Livi, agent de Claude Miller, dont le rôle et les prises de position durant le tournage, évoqués par exemple par la famille de Claude Miller, ne sont pas développés lors de ses propres entretiens. Notons enfin l'originale double-casquette de Luc Béraud (co-scénariste et assistant réalisateur de Claude Miller sur ses premiers films, mais pas sur Garde à vue), à la fois co-réalisateur du module et... intervenant (interviewé donc par son co-réalisateur).

Plus bref, le second module permet à Patrice Leconte d'évoquer Une exemplaire leçon de mise en scène (5 min 40 - HD), et d'y clamer son admiration pour le travail, discret mais remarquable, mené par Claude Miller sur le film, notamment dans la gageure ultime que peut représenter un huis clos à deux personnages. Il est agréable de voir un cinéaste enthousiaste vis-à-vis du travail d'un de ses collègues, mais on peut trouver que l'ensemble reste dans des généralités un peu vagues, et que le module aurait pu être enrichi avec des extraits précis, commentés, qui auraient permis au regard du professionnel d'être un peu plus net.

Mentionnons également des archives de l'INA (4 min 30' - déjà présentes sur le DVD), dans lesquelles on voit Michel Drucker, sur le plateau, interviewer brièvement Michel Serrault et Lino Ventura (comme à distance l'un de l'autre) ainsi qu'une bande-annonce d'époque (2 min25).

Par Antoine Royer - le 25 octobre 2016