John Sturges (1910-1992)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Federico »

Jeremy Fox wrote:Je profite de la remontée du topic pour y rajouter quelques-uns de mes avis écrits pour les conseils TV

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Un homme est passé (Bad Day at Black Rock, 1955)

Stupéfaction à Black Rock, petite ville perdue au beau milieu du désert californien : pour la première fois depuis quatre ans, l’express de Santa Fe fait une halte. En descend un manchot que personne ne connaît et qui désire rencontrer un certain Komako. Un étrange mutisme l’accueille à ce seul nom ; un secret semble lier tous les habitants qui ne souhaitent qu’une seule chose, que l’étranger retourne chez lui très vite... John Sturges, réalisateur d’un bon nombre de très grands films durant les années 50 (dont ses westerns entre autres), signe ici son œuvre la plus souvent citée par la critique. Sur un scénario millimétré, tendu et resserré au maximum (l’action se déroule en 24 heures), le cinéaste nous offre un mélange de western (pour les décors), de film noir et de suspense parfaitement équilibré, monté au cordeau, superbement filmé (rarement à l’époque le Cinémascope aura été aussi utilisé avec autant de virtuosité) et bénéficiant d’un casting d’enfer. Un Spencer Tracy seul contre tous, parfait malgré son aversion de départ pour le personnage et qui obtiendra le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes, face à une belle brochette de "Bad Guys" interprétés par non moins que le fin du fin en ce qui les concerne : Robert Ryan, Ernest Borgnine, Dean Jagger et Lee Marvin. Rajoutez-y le toujours excellent Walter Brennan et la toujours craquante Anne Francis, laissez-vous flatter l’œil par la magnifique photographie de William C. Mellor, et laissez-vous bercer l’oreille par la puissante partition d’André Prévin. Avec tous ces éléments parfaitement agencés, il va être difficile de résister à ce très beau film sur la lâcheté collective. Une sorte de petit chef-d’œuvre.
De tous les films de Sturges (très solide artisan du cinéma d'action sans être un génie) que j'ai pu voir, c'est celui que j'ai toujours trouvé le plus original et audacieux. Sa re-visitation modernisée du western mâtiné de film noir annoncerait presque le Don Siegel et le Sergio Leone de la décennie suivante. le personnage joué par Tracy est tout simplement extra et son background plutôt culotté. Un manchot adepte du karaté qui vient dans ce bled minable en mémoire d'un ami d'origine japonaise. C'est grâce à ce film que j'ai appris qu'après Pearl Harbor, le gouvernement américain avait carrément détenu plusieurs dizaines de milliers de ses ressortissants (hommes, femmes et enfants) d'origine japonaise dans des camps, sous le prétexte qu'ils pouvaient être en puissance des alliés d'Hiro Hito (une méthode reprise récemment par la clique de Bush Jr). En 1955, c'était une cicatrice encore fraîche et on peut imaginer que Sturges n'aurait pu tourner ce film étonnant quelques années auparavant sans risquer d'être mis au banc des accusés d'anti-américanisme par le sénateur McCarthy...
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Boubakar
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Boubakar »

Best wrote:
Julien Léonard wrote:Escape from Fort Bravo (Fort Bravo) - 1954 :

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John Sturges tourne ici son premier grand western. Grand, parce qu'il s'agit d'un excellent film aux personnages solidement construits, aux dialogues subtils et aux rebondissements tout à fait jouissifs. William Holden est impeccable dans le rôle de Roper, l'officier nordiste dur à cuire et qui ne jure que par son devoir. Mais sous cette carapace se dessine un homme perclus d'incertitudes. A ses côtés, Eleanor Parker est vraiment très séduisante et convaincante (notamment lors du dernier dialogue avec William Holden). La distribution est dans son ensemble très bien choisie et dirigée à la perfection, ce qui est presque toujours le cas dans les westerns de Sturges (on oubliera cependant vite fait Joe Kidd, un film presque calamiteux). Avant les deux véritables chefs-d'oeuvre que sont Règlements de comptes à OK Corral et Le dernier train de Gun Hill, le réalisateur nous permet d'admirer ici un western vigoureux, plein d'entrain, jamais ennuyeux, au suspense parfaitement entretenu, et culminant dans ses 20 dernières minutes parmi les plus originales du genre : le petit groupe d'hommes se retrouve obligé de repousser les assauts des indiens en restant dans un renfoncement de terre circulaire qui les protège aussi bien qu'il les enferme. Les trouvailles scénaristiques sont à ce moment là franchement impressionnantes. Enfin, la caméra de Sturges est toujours solide, parfois magistrale, et se voit sublimée par un montage sans fioriture et une photographie privilégiant les couleurs passées d'une poussière omniprésente. Excellent film.
Entièrement d'accord avec toi. Découvert hier avec beaucoup de plaisir, et désormais un de mes Sturges favori :D
Je plussoie aussi à ces avis en soulignant la superbe mise en scène, et un personnage principal plus fragile qu'on peut le croire. C'est pas mal du tout ! :)
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Profondo Rosso
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Profondo Rosso »

Sur la piste de la grande caravane (1965)

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Alors qu'en 1867 la disette d'alcool menace la cité de Denver, Colorado, l'hiver fait rage et risque d'empêcher l'arrivée d'un convoi de quarante fourgons avec six cent barils de whisky et de champagne. Les Sioux guettent, le long de la piste Hallelujah, le convoi en provenance de Julesburg, tandis que les dames de la Ligue de tempérance, avec à leur tête Cora Templeton Massingale, entendent s'opposer à l'arrivée de l'alcool. À la tête du convoi, se trouve Frank Wallingham sous la protection du détachement de cavalerie du capitaine Paul Slater.

L'habituellement très sérieux John Stuges s'essayait au western comique avec ce délirant The Hallelujah Trail. Le film se pose en énorme pastiche des grandes épopées de l'Ouest à la John Ford, Hawks ou le Convoi de Femmes de Wellman. Le scénario mêle donc traversée d'un territoire hostile avec chargement dangereux à transporter, présence de la cavalerie et encombrement féminin des plus compliqué dans les contrées arides de l'Ouest.

Ce qui change la donne de ce qu'on a l'habitude de voir et crée la dimension comique est la nature de l'enjeu. La ville de Denver menacée de pénurie de whisky à l'approche de l'hiver ordonne l'arrivée d'un convoi massif pour empêcher le drame. Divers protagoniste plus délirant les uns que les autres vont d'autres s'agiter autour de la précieuse cargaison. La ligue de tempérance en croisade contre l'alcool menée par Cora Templenton Massingale (Lee Remick peu riante d'habitude qui se lâche bien), la milice de Denver guidée par l'Oracle à la clairvoyance développée par le whisky (Donald Pleasence en roue libre), les indiens prêt à rompre la paix pour le précieux alcool (Martin Landau en chef sioux particulièrement allumé) et le propriétaire accompagnant sa cargaison avec un Brian Keith tout en excès en républicain capitaliste réactionnaire. C'est à Burt Lancaster chef de cavalerie de gérer tout se petit monde et d'amener le convoi à bon port. Cette galerie de fous furieux est vraiment le grand atout du film qui multiplie les moments extravagants que ce soit les diverses interventions de l'Oracle, le défilé survolté de la ligue de tempérance en ouverture et surtout un gunfight en pleine tempête de sable où tout les protagonistes se croisent sans savoir qui est qui dans le tumulte.

L'aspect parodie fonctionne à plein Sturges détourne son propre Fort Bravo mais lorgne sur les grandes fresque plus récente comme La Conquête de l'Ouest (d'ailleurs l'affiche y fait allusion avec son slogan How west was fun) notamment l'intervention la voix off sentencieuse et érudite de John Dehner qui a toujours le petit côté décalé sur les évènement qui fait mouche. Il y a pourtant un énorme problème Sturges n'a absolument aucun timing comique et alourdit grandement l'affaire qui aurait fait le bonheur d'un Black Edwards. Les gags sont trop étirés ou écourtés, le rythme ne décolle jamais réellement et de multiples situations à grand potentiel s'éssouffle complètement comme le grand échange final. Tout ce qui est de l'ordre du spectaculaire est impressionnant et les moyens sont là mais une terrible lourdeur s'installe dès qu'il s'agit de faire rire hormis le score de Bernstein bien inspiré dans les deux registres. Reste donc un Burt Lancaster hilarant dans son sérieux stoïque contrebalançant avec l'hystérie régnant autour de lui mais sinon les 2h30 passent un peu difficilement ça aurait gagné à être plus resserré. Pas un ratage mais on sent un Sturges peu à l'aise dans sa tentative d'accompagner la déconstruction du genre en cours, d'ailleurs il reviendra à des atmosphères plus sombres dès le suivant avec le mémorable Sept secondes en enfer. 3,5/6
Last edited by Profondo Rosso on 14 Mar 11, 16:38, edited 2 times in total.
Lord Henry
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Lord Henry »

Pas un ratage
Mais si, et un beau, même.

D'ailleurs, si je me souviens bien, il a aussi commis une parodie de Gunga Din sur le mode western, qui traîne une réputation guère plus flatteuse.
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Profondo Rosso
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Profondo Rosso »

Lord Henry wrote:
Pas un ratage
Mais si, et un beau, même.
Pas un ratage complet on va dire alors :mrgreen: (je n'ai pas détesté non plus loin de là) si ce n'était pas si long malgré les gros défauts ça serait même relativement bien passé mais 2h30 là dur... Tu me rend curieux avec la parodie de Gunga Din si c'est aussi lourd ça doit être quelque chose :mrgreen:
Lord Henry
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Lord Henry »

Le film s'intitule Sergeant 3; une production estampillée "Rat Pack". Je viens de voir qu'il est disponible sur YouTube - une disponibilité précaire, à n'en pas douter.
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by someone1600 »

Il n'est pas si mauvais Sergeant 3... mais je ne savais pas qu'il s'agissait d'une parodie de Gunga Din... :?
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Jeremy Fox
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Jeremy Fox »

Profondo Rosso wrote: Tu me rend curieux avec la parodie de Gunga Din si c'est aussi lourd ça doit être quelque chose :mrgreen:

Déjà que l'original... :arrow:
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by droudrou21 »

someone1600 wrote:Il n'est pas si mauvais Sergeant 3... mais je ne savais pas qu'il s'agissait d'une parodie de Gunga Din... :?
c'est sammy davis jr qui fait gunga din
Julien Léonard
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Julien Léonard »

Jeremy Fox wrote:
Profondo Rosso wrote: Tu me rend curieux avec la parodie de Gunga Din si c'est aussi lourd ça doit être quelque chose :mrgreen:

Déjà que l'original... :arrow:
Ben il n'est pas si mal l'original ! :twisted: Bon, on est loin de Beau geste, Les trois lancier du Bengale, et autres plaisirs aventuriers de la grande époque...
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damdouss
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by damdouss »

De tous les westerns de Sturges vus jusqu'ici, mon préféré (et de loin) est LE TRESOR DU PENDU (1958) sorti en dvd dans les classiques Fnac. Le pire étant atteint avec JOE KIDD (1972) avec Clint Eastwood dont seule la musique de Lalo Shifrin est à sauver...
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Père Jules
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Père Jules »

Coup de fouet en retour (1956)

Sentiment mitigé après ce film. Scénaristiquement parlant le film est, je trouve, assez audacieux avec
Spoiler (cliquez pour afficher)
cette opposition finalement quasi inévitable entre un fils et son père
. Le déroulé est assez propice aux questionnements du spectateur ce qui n'est pas forcément une évidence pour le genre. Après je trouve que la réalisation de Sturges manque un peu d'ampleur sur ce film (et ce, même dans le dernier quart d'heure) et tout cela reste somme toute assez classique. Compo toujours sérieuse de Widmark, une Donna Reed (méconnaissable) pas mauvaise et un John McIntire qui s'impose toujours un peu plus comme l'un de mes 2nds rôles américains favoris (avec Walter Brennan).

Un bon divertissement, ni plus ni moins...
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Jeremy Fox
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Jeremy Fox »

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Coup de fouet en retour (Backlash - 1956) de John Struges
UNIVERSAL


Avec Richard Widmard, Donna Reed, John McIntire, William Campbell
Scénario : Borden Chase
Musique : Herman Stein
Photographie : Irving Glassberg (Technicolor 1.37)
Un film produit par Aaron Rosenberg pour la Universal


Sortie USA : 11 avril

Aujourd'hui surtout réputé pour ses westerns, John Sturges avait pourtant déjà plus de 20 films à son compteur lorsqu'il tourna Backlash qui n'est seulement que sa deuxième incursion dans le genre, si l'on ne prend pas en compte ni le médiocre The Walking Hills (Les Aventuriers du désert) ni le superbe Bad Day at Black Rock (Un Homme est passé), l'intrigue des deux films se déroulant à peu près à la date de leur tournage, c'est à dire dans la deuxième moitié du 20ème siècle. On a un peu trop eu tendance à lire à propos de Coup de fouet en retour qu'il s'agirait d'un des premiers 'sur-western', à savoir un western à tendance psychologique et psychanalytique. A posteriori, c'est tout à fait exagéré : d'une part puisqu'il y eut déjà auparavant bien d'autres titres (et non des moindres) à aborder des thématiques identiques, celles de la recherche du père, du problème de conscience qui se pose lorsque la vérité se fait jour et qu'elle va à l'encontre de ce à quoi l'on s'attendait, etc. (je n'en dirais pas plus afin de ne pas trop spoiler l'histoire) ; de l'autre puisque tout simplement Backlash est avant tout un film de série B rempli d'action et de retournements de situations mais dont l'axe psychanalytique ne tient quand même à pas grand chose. A vrai dire la vérité cachée qui est à l'origine de la quête de notre héros révèle plus d'un 'whodunit' à la Hitchcock que du départ d'une réflexion psychologique pointue et passionnante. Bref, il ne faudrait juste pas d'emblée s'attendre à un grand western adulte au risque d'être déçu : rien que pour ce début d'année 1956, des films comme La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford, La Loi de la prairie (Tribute to a Bad Man) de Robert Wise ou L'Homme de nulle part (Jubal) de Delmer Daves pouvaient se targuer d'aller bien plus loin dans cette voie de la maturité. Quoiqu'il en soit, Backlash (un titre anglais qui claque bien), sorte d'enquête en milieu westernien, est un film qui file à toute vitesse et qui s'avère très agréable à regarder ; seulement pour un western Universal produit par Aaron Rosenberg (on se rappelle surtout de ceux d'Anthony Mann avec James Stewart), on pouvait espérer mieux surtout que, concernant John Sturges, nous en étions restés sur le formidable Fort Bravo, western MGM d'une toute autre envergure.

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1870, Arizona. Jim Slater (Richard Widmark), ancien soldat confédéré, cherche des informations à propos de ce qui s'est passé à Gila-Valley où il a perdu les traces d'un père qu'il n'a d'ailleurs jamais connu. A cet endroit, un groupe de six prospecteurs ayant débusqué un filon de 60,000 dollars s'est retrouvé pris en embuscade par les Apaches, cinq d'entre eux ayant trouvé la mort à cette occasion. Il semblerait que le sixième, au lieu de chercher du renfort comme il avait pour mission de le faire, aurait laissé ses compagnons périr afin de récupérer pour lui seul les dollars. Au moment où débute le film, Slater est en train de déterrer les corps ensevelis afin d'essayer de les identifier et peut-être découvrir la vérité sur ce qui est réellement survenu. Arrive Karyl Orton (Donna Reed) dont l'époux faisait partie du groupe et qui souhaite récupérer sa part du butin. Surgit également un troisième larron qui tente de les abattre mais que Jim réussit à mettre hors d'état de nuire. Il s'agit d'un assistant du shérif de Silver City, le frère d'un des six hommes du groupe de Gila-Valley. Jim et Karyl décident de le ramener en ville où le shérif leur ordonne sans attendre de quitter sa paisible cité non sans leur avoir donné le nom du soldat ayant mis en terre les hommes massacrés. Les voilà partis à sa recherche ; ils le retrouvent dans un relais de diligence assiégés par les Apaches. Avant de mourir d'une flèche indienne, le Sergent Lake (Barton MacLane) aura eu le temps de donner de nouvelles informations à Jim afin qu'il puisse poursuivre sa quête qui le mènera au Texas au milieu d'une guerre fratricide entre gros ranchers. Outre découvrir la vérité, ce que Jim souhaite avant tout c'est se venger du traître qui aurait abandonné son père à une mort certaine. Il n'est pas au bout de ses surprises car l'identité des morts n'est encore pas clairement établie et les 60,000 dollars ont disparu...

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"My father was killed at Gila Valley, and I'm going to find the man who murdered him" dira Jim Slater, le personnage inteprété par le toujours aussi talentueux Richard Widmark. Voilà le départ de l'intrigue de Backlash et son enjeu principal. Au départ, un groupe de six détenteurs de la somme non négligeable de 60,000 dollars : après un raid indien, cinq morts enterrés dans les ruines d'une cabane brûlée et un survivant s'étant échappé avec le butin. Jim Slater n'a plus qu'une idée en tête, retouver et tuer le traitre, celui qui était censé chercher du renfort lors de l'assaut du groupe par les Apaches mais qui a préféré prendre la poudre d'escampette. On connait le nom de trois des cinq hommes morts mais le mystère reste entier concernant les deux autres, trop mutilés et donc impossible à identifier. Cinq morts, trois d'entre eux identifiés ! Qui des trois autres est le survivant entre le fils d'un grand rancher texan, le père de Jim Slater ou le mari de Karyl Orton ? C'est cette quête de la vérité et de l'argent disparu qui va faire voyager nos deux personnages principaux de l'Arizona au Texas. Un western qui débute de la plus belle des manières : le thème musical principal composé par Herman Stein est une pure merveille : intense, dramatique et tourmenté. Dans sa représentation du western, un thème presque aussi définitif que celui écrit par Hans J. Salter pour Les Affameurs. Il nous met immédiatement dans l'ambiance et la première séquence, nous plongeant directement dans l'action, s'avère remarquable. Pourquoi, alors que Jim et Karyl sont réunis à l'endroit où les cadavres sont enterrés, le frère d'une des victimes cherche à les tuer ? Nous ne le saurons jamais mais qu'importe ; ce personnage aura permis d'emblée de nous offrir une scène magistrale, presque aussi réussie que les meilleures de Fort Bravo et qui rappelle fortement la dernière séquence de Winchester 73, l'affrontement dans un duel à mort en un endroit désertique, rocheux et montagneux. Où Sturges nous démontre qu'il n'avait rien perdu de son génie de l'appréhension de l'espace et de la topographie ! Une séquence pleine de suspense, parfaitement découpée et sublimement filmée.

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Le film de Sturges partage d'ailleurs d'autres similitudes avec le premier western de l'association Mann/Stewart. La construction du récit par Borden Chase (scénariste des deux films) est assez similaire même si dans Backlash les personnages principaux resteront les mêmes jusqu'au bout alors que dans Winchester 73, c'était le fusil du titre qui passait de main en main. Mais, dans l'un comme dans l'autre, le film passe d'un endroit à l'autre d'une manière assez théâtrâle, dans le Sturges au fur et à mesure des indices récoltées par les deux personnages. Alors que ça semblait très fluide dans le film de Mann, la structure du récit parait parfois ici un peu artificielle, sorte de jeu de piste un peu schématique et systématique empêchant le spectateur d'y être totalement immergé et le film de prendre l'ampleur qu'il aurait mérité. Mais le défaut est néanmoins minime et ne nous empêche pas de prendre beaucoup de plaisir à la vision de ce western qui peut ainsi se décliner en plusieurs tableaux, plusieurs actes comme au théâtre. Après le prologue prometteur se déroulant à Gila-Valley et qui voit la rencontre entre Jim et Karyl puis qui se solde par la mort du tireur mystérieux, retour à Silver City où Jim apprend le nom du soldat ayant enterré les cinq cadavres. Le tableau suivant prendra place à nouveau au milieu du désert de l'Arizona avec pour commencer une poursuite de diligence par les indiens qui, de par son efficacité et ses cascadeurs chevronnés, n'a pas à rougir de la comparaison avec les meilleurs séquences d'action d'un Raoul Walsh, d'un John Ford ou d'un Michael Curtiz. Et puis, production Universal oblige, aucune transparence, aucun gros plan sur les acteurs en studio ne viennent nous gâcher le plaisir comme c'était souvent le cas à la Warner par exemple. S'ensuit un petit quart d'heure ayant lieu au sein d'un relais de diligence cerné de toutes parts par les indiens ; pas grand chose à en dire pas plus que de la manière dont le petit groupe s'en sortira. Puis nous arrivons à Tucson où les deux frères de l'homme que Jim a tué au départ l'attendent pour se venger. Tendez bien les oreilles ; à un moment donné, un détail cocasse qui a probablement échappé au monteur et au réalisateur, durant deux petites secondes le rire suraigu et totalement surréaliste de l'acteur Harry Morgan ; assez étonnant !

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Ayant réussis à échapper aux inquiétants 'vengeurs' avec une petite blessure à l'épaule pour Jim, nos deux héros se retrouvent à dormir ensemble à la belle étoile ; ce qui donne lieu à une séquence assez émoustillante, celle au cours de laquelle Donna Reed quitte son chemisier pour en faire un bandage à son compagnon de route. Dialogues assez croustillants qui s'ensuit avec pas mal de sous entendus sexuels alors que la charmante actrice n'a pas encore recouvert ses affriolants sous-vêtements. Une scène vraiment réussie que cet interlude romantique en diable à la lueur du feu de camp. Enfin, nos deux voyageurs arrivent au Texas pour l'assez long dernier acte qui se décline en deux tableaux dont la coupure se situe au moment du dévoilement de l'identité de l'homme recherché depuis le début du film. Lors de cette dernière partie, Karyl et Jim se trouvent d'un coup plongés en plein milieu d'une guerre virulente entre gros ranchers dont l'un d'entre eux serait le fugitif de Gila-Valley, puisqu'arrivé récemment dans la région avec 60.000 dollars en poche. Après les deux premiers tiers façon enquête et film noir, le dernier revient à des situations de western bien plus conventionnelles et surtout déjà vues et revues. Après un coup de théâtre qui dévoile sans tarder une quatrième identité, il va de soi désormais que le traitre est soit l'époux de Karyl, soit le père de Jim. Toutes les questions que l'on se posait se trouveront alors résolues, tous les mystère autour de l'affaire Gila-Valleys levés. Et c'est seulement à ce moment là que la fameuse psychanalyse tiendra un petit rôle ; vraiment tout petit car l'un des personnages ne se posera des problèmes de conscience que le temps de quelques minutes très restreintes. La résolution de l'affaire se révèlera on ne peut plus banale surtout que les spectateurs avaient certainement tous plus ou moins devinés où les auteurs allaient les emmener. Mais la présence au bout d'une heure de film du toujours excellent John McIntire (souvenez vous entre autre du 'bad Guy' dans Je suis un aventurier – The Far Country d'Anthony Mann) arrive à nous faire oublier la relative déception que constitue ce dernier acte qui nous prive également d'une épique bataille pourtant attendue entre deux groupes de ranchers ennemis allant se rencontrer au centre ville.

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Dans cette section finale, il nous faut supporter aussi William Campbell, aussi caricatural et pénible en jeune pistolero au sang chaud que dans L'homme qui n'a pas d'étoiles (The Man without a Star) de King Vidor. Il s'agit d'ailleurs du seul point faible de la distribution, à cette exception parfaite. A commencer par un Richard Widmark égal à lui-même dans la peau de cet homme à la recherche de son père et de sa propre identité, vigoureux, entreprenant et déterminé, qui n'a pas froid aux yeux et qui ne passe pas par quatre chemins y compris avec les femmes ; ces dernières ne se laissent d'ailleurs pas faire et notamment le personnage joué par Donna Reed qui nous venge de bien des protagonistes féminins souvent bien ternes au sein du genre. De plus, dans le film de Sturges, à l'inverse de beaucoup avant elle, Karyl semble plus intéressé par l'argent que par le sort et le souvenir de son défunt mari. La comédienne, somptueusement belle qu'elle soit habillée en pantalon ou en robe, montre également beaucoup de talent dramatique. Le western lui sied décidément à merveille puisqu'elle était déjà très bien dans Bataille sans merci (Gun Fury) de Raoul Walsh, mais surtout dans l'excellent Le Relais de l'or maudit (Hangman's Knot) de Roy Huggins. Outre John McIntire (dont nous avons déjà touché deux mots), tous les autres seconds rôles sont parfaitement bien choisis. Tout comme les paysages naturels avec entre autres ces immenses plaines parsemées de cactus ou bien cette colline rocheuse où se déroule le premier affrontement au revolver. Le tout magnifiquement photographié par Irving Glassberg dans un Technicolor chaud, brillant et rutilant. Enfin, même si John Sturges a été et sera plus inspiré dans sa mise en scène, il nous délivre quelques séquences d'action très virtuoses et n'a toujours pas son pareil quant il s'agit de placer ses personnages dans le cadre, de faire prendre à ses comédiens des attitudes et des démarches qui nous resteront longtemps en tête. Un western de série trépidant aux nombreuses péripéties, bien interprété et très correctement mis en scène mais qui pêche un peu par un scénario morcelé, une écriture parfois répétitive et téléphonée. Même si le scénario de Borden Chase est assez malin et souvent palpitant, l'auteur nous a habitué à tellement mieux (avec des enjeux tout autres) que la déception est presque obligatoire. Néanmoins, ne nous y trompons pas, un très bon western.

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Le film se trouven en zone 2 chez Sidonis. VF, VOST et une très belle copie.

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A suivre : La Dernière chasse (The Last Hunt) de Richard Brooks avec Robert Taylor et Stewart Granger
Lord Henry
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by Lord Henry »

Je m'aperçois que j'aurais dû poster ici ce commentaire:

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Nichée dans le désert américain, la base secrète N° 3 abrite un laboratoire dédié à la recherche bactériologique. Un soir, des voleurs parviennent à y pénétrer, tuent l'un des savants et s'emparent de plusieurs flacons. Au nombre des produits dérobés figure le virus "Belzébuth" (Satan Bug), une découverte récente capable d'éradiquer toute vie sur la planète. A la demande du gouvernement, l'agent Barrett (George Maharis) reprend du service pour mener l'enquête.

Cinéaste associé à des titres prestigieux, John Sturges a pourtant donné le meilleur de son cinéma dans les années quarante et cinquante en cinglant d'un style sec des productions plutôt modestes. En 1955, Bad Day at Black Rock réalise une bonne synthèse de cette première manière tout en ouvrant la voie d'une seconde carrière faite de projets plus imposants destinés à des écrans plus larges.
Le réalisateur coule naturellement sa mise en scène dans l'espace nouveau du format scope, la fluidité est chez lui le fruit de la simplicité. Il est aisé de voir pourquoi John Carpenter tient John Sturges en haute estime.

A défaut de compter parmi les fleurons de sa filmographie, The Satan Bug (1965) illustre bien les qualités et les limites de son cinéma. John Sturges sert toujours au mieux les scénarios qui lui sont confié, mais il ne les bonifie jamais. Station 3 : Ultra Secret offre ainsi la particularité d'être un thriller dénué de véritable suspense, où les dialogues sont préposés à la progression de l'intrigue. Inapte à secouer sa propre placidité, la réalisation manque à mettre en valeur les rares séquences spectaculaires.

S'il ne passionne pas le spectateur, le film peut néanmoins s'en remettre à une distribution solide (Dana Andrews, Richard Basehart, Anne Francis...) en parfait accord avec l'esprit de sérieux qui préside aux intentions du cinéaste.

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redpaul
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Re: John Sturges (1911-1992)

Post by redpaul »

Watkinssien wrote:
Jeremy Fox wrote:
Revu récemment et je confirme ; plastiquement parlant, le film est très pauvre. Niveau rythme aussi d'ailleurs.
C'est drôle, je l'ai revu récemment aussi et je te trouve très dur !

La mise en scène de Sturges est exemplaire, plastiquement le film ne cherche pas une certaine originalité mais témoigne d'un sens du cadre qui a souvent fait la force du cinéma de Sturges.D'ailleurs pour l'anecdote, Kurosawa avait beaucoup apprécié le "remake" de ses Sept Samouraïs et je suis d'accord pour dire que le film donne au genre une certaine "ritualisation" qui préfigurera les westerns italiens de Leone.
Que ce soit la caractérisation des personnages, les séquences d'action, le respect de l'œuvre originale sans oublier la mise en scène contemplative et indéniablement efficace de Sturges, je considère The Magnificent Seven comme un grand western et il suffit de voir ses suites pour se rendre compte des nombreuses qualités de ce film.
Il me semble que cette analyse explique le retentissement qu'a ce film sur les enfants (dont j'étais lorsque je l'ai vu au cinéma de Saint Jean de Luz en 1974 ou 75...)
La ritualisation et l'aspect archétypique des personnages est frappant - Il induit une forte identification quand on a 9 ou 10 ans
Plus tard il reste les souvenirs magnifiés et plus lucidement : la caricature

J'oubliais le score - chanté jusqu'à l'écoeurement - Tin tin tintin tin tin tintintin- Tin tin tintin tin tin tin tintin - tin tin...tin tin tin tin...........