Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by Jeremy Fox »

Merci pour vos encouragements :)
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monk
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by monk »

Ça ferait un bon bouquin :wink:
Une sorte de référentiel, peut être un peu "catalogue" mais fort utile...
bogart
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by bogart »

monk wrote:Ça ferait un bon bouquin :wink:
Une sorte de référentiel, peut être un peu "catalogue" mais fort utile...

Les bouquin sur le western sont légion... Moi je verrais plutôt un livre référant les sorties DVD avec analyse du film, comme le fait Jeremy Fox.

Je l’achèterai sans hésiter.
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monk
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by monk »

bogart wrote: Moi je verrais plutôt un livre référant les sorties DVD avec analyse du film, comme le fait Jeremy Fox.
C'est exactement ce que je dis: son travail édité ferait un très bon référentiel sur le sujet, et unique en son genre.
bogart
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by bogart »

monk wrote:
bogart wrote: Moi je verrais plutôt un livre référant les sorties DVD avec analyse du film, comme le fait Jeremy Fox.
C'est exactement ce que je dis: son travail édité ferait un très bon référentiel sur le sujet, et unique en son genre.


Dans ce cas, je suis d'accord ! :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Cowboy

Post by Jeremy Fox »

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Cowboy (Cow-Boy - 1958) de Delmer Daves
COLUMBIA


Avec Jack Lemmon, Glenn Ford, Brian Donlevy, Dick York, Richard Jaeckel
Scénario : Edmund H. North & Dalton Trumbo d’après le récit de Frank Harris
Musique : George Duning
Photographie : Charles Lawton Jr. (Technicolor 1.85)
Un film produit par Julian Blaustein pour la Columbia


Sortie USA : 19 février 1958


Réceptionniste dans un grand hôtel de Chicago, Frank Harris (Jack Lemmon) est fasciné par la vie itinérante des cowboys qu’il voit débarquer chaque année pour prendre quelques semaines de repos bien mérité ; il ne rêve que de l’Ouest et de ses grands espaces. Il est tombé amoureux d’une cliente, Maria (Anna Kashfi), une ravissante mexicaine dont il demande la main à son père, un riche propriétaire terrien ; ce dernier refuse aussi sec, ne souhaitant pas que sa fille unique épouse un roturier. Ayant néanmoins le désir de la rejoindre au Mexique en espérant faire ployer son père, Frank profite de l’état d’ébriété de Tom Reece (Glenn Ford), un éleveur descendu à l’hôtel avec ses hommes de main, pour s’associer avec lui et se faire embaucher dans son équipe. En effet, Frank a appris que Reece se rend justement dans le pays de sa bien aimée Maria, pour acheter au père de cette dernière de nouvelles têtes de bétail. Frank démissionne alors de son poste pour suivre les cow-boys, mais découvre rapidement une vie non pas telle qu’il l’avait rêvé mais au contraire pénible, laborieuse, répétitive, dérisoire, émaillée de quelques joies mais aussi de beaucoup de douleurs…


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Lorsqu’enfants nous nous amusions à imiter dans la cour de récréation les westerns vus la veille à la télévision, l’expression consacrée était de "jouer aux cowboys et aux indiens". Et de là (entre autres) se sont vite propagés les clichés concernant le genre, faisant croire à beaucoup de non-connaisseurs, en élargissant un peu le terme ‘cow-boy’, que la plupart des intrigues de ces films étaient similaires, à savoir un conflit violent entre natives et pionniers. Le cowboy représentait donc en fait plus précisément ‘le blanc’ en opposition au ‘peau rouge’ alors que la plupart des protagonistes de westerns ne sont justement pas des cow-boys mais en vrac de simples citoyens, fermiers, aventuriers ou autres hommes de loi. Des descriptions de la vie quotidienne de ces ‘garçons-vachers’, il n’y en eut finalement pas énormément au cinéma, le plus célèbre étant sans doute encore à l’époque La Rivière rouge (Red River) de Howard Hawks. Le film de Daves est donc assez novateur quant à son postulat de départ, tout à fait intéressant par le fait de s’attarder principalement sur le quotidien de ces hommes, nous montrant une vie pas aussi ‘romantique’ que nous nous l’étions imaginé avec nos âmes d’enfants. Le dialogue suivant entre Jack Lemmon et Glenn Ford en tout début de film est là pour nous le prouver, le premier faisant part au second de son envie de partager leur quotidien, le second lui coupant les ailes sans prendre de gants :

Frank Harris, le réceptionniste (Jack Lemmon) : - "I'd like to live in the open. You know what I mean?"
Tom Reese, le cow-boy (Glenn Ford) : - "Oh, yeah, I know what you mean. You mean lying out there under the stars listening to the boys singing around the campfire. And your faithful old horse standing there grazing at the grass by your side. You do much riding? "
Frank Harris : - "Yes, sir"
Tom Reese : - "Yeah, I thought so. Well, you're an idiot! You're a dreaming idiot, and that's the worst kind. You know what the trail is really like? Dust storms all day, cloudbursts all night. A man has got to be a fool to want that kind of life."


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Un équivalent au film de Delmer Daves vit le jour dans les années 80 avec la minisérie Lonesome Dove tirée du sublime roman-fleuve de Larry McMurtry. Mais retournons à ce début 1958. La décennie ayant marquée l’apogée du classicisme hollywoodien (plus communément nommé ‘L’âge d’or’) touche bientôt à sa fin. Décennie bénie par de nombreux cinéphiles et chérie par tous les amoureux du western, une forte majorité des plus grands films du genre ayant été réalisée durant cette période. Delmer Daves a lui aussi contribué à cette ‘époque glorieuse du western’ avec, dès 1950, le premier film ouvertement ‘pro-indien’, La Flèche brisée (Broken Arrow), mais surtout grâce aux trois sommets de sa filmographie que sont L’Homme de nulle part (Jubal), La Dernière caravane (The Last Wagon) et 3h10 pour Yuma. D’où une partie de la 'relative' déception que nous cause la vision de Cow-boy, le film faisant un peu pâle figure, surtout par le fait de l'avoir découvert juste après ces pépites. Sixième des neuf westerns de Delmer Daves, Cowboy est tiré d’une chronique authentique de Frank Harris dont le rôle est tenu à l’écran par Jack Lemmon. L’idée de départ avait tout pour plaire, ayant pour ambition de narrer simplement et sereinement la vie de tous les jours d’un groupe de cow-boys à travers leur peines et leurs joies. Le scénario est attribué au générique par Edmund N. North, auteur entre autres des scripts de La fille du désert (Colorado Territory) de Raoul Walsh ainsi que de l'excellent The Proud Ones (Le Shérif) de Robert D. Webb. Mais en fait, il ne s’agit pas du véritable auteur, celui-ci étant Dalton Trumbo, ne pouvant à cette époque pas le signer, car faisant partie de la tristement célèbre ‘liste noire’. C’est donc Edmund N. North, connu pour ses positions libérales, à qui l’on demanda d’apposer son nom sur le scénario qui est remis entre les mains du réalisateur. Ce sera la dernière ‘œuvre non créditée’ de Dalton Trumbo.


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Delmer Daves s’attelle donc à la tâche et reprend quasiment la même équipe ayant travaillée l’année précédente sur 3h10 pour Yuma. Mais cette fois le film ne s’avère donc pas aussi parfait, à tous les niveaux d'ailleurs si l'on excepte un Glenn Ford toujours aussi impérial. George Duning, qui avait signé l’une de ses plus belles partitions pour 3.10 pour Yuma nous concocte ici une musique certes sympathique mais très loin d’atteindre les sommets d’émotion que dégageait son score précédent d’autant qu’un de ses thèmes principaux n’est autre qu’une réorchestration de la mélodie traditionnelle utilisée par John Ford pour Stagecoach (La Chevauchée fantastique). Le chef-opérateur Charles Lawton Jr. pare le film de couleurs chatoyantes mais sa photographie ne marquera pas la rétine comme celle en somptueux noir et blanc du film antérieur. Et Delmer Daves, certainement lassé d’avoir, sur 3h10 pour Yuma, réglé tous ses cadrages à la perfection, ne nous laisse cette fois, esthétiquement parlant, que peu de souvenirs précis de quelconques image ou plans : on peut néanmoins retrouver son génie plastique à dose homéopathique par l'intermédiaire de cette vision étonnante des pyramides de bottes de foin, des impressionnantes rangées de corrals au bord de la voie ferrée, du magnifique plan de l’église au crépuscule ou encore de ceux de Glenn Ford en contre plongée jetant un œil sur son troupeau en contrebas… Certains parleront de nonchalance ; mais si nonchalance et sobriété il y a, elles sont parfois accompagnées d’une certaine paresse de la mise en scène. Tout ceci est d’autant plus regrettable que le potentiel suggéré par l’idée de départ pouvait nous laisser espérer un nouveau chef d’œuvre du genre. On ne ressent pourtant pas constamment la conviction qu’a du pourtant avoir Delmer Daves à diriger ce film : ce dernier demeure d’ailleurs fier du résultat, son amour pour les situations décrites et ses personnages n’étant du coup pas à mettre en doute, s’estimant avoir réussi à montrer tout ce qu’il avait voulu : "La vie des cow-boys était pénible, leur humour était rude, et nous l’avons montré. Les nuits étaient de véritables nuits et non ces crépuscules bleutés en Technicolor, des nuits comme on les vit dans la prairie, dans les canyons" dira t’il à l’un de ses plus grands défenseurs, Bertrand Tavernier, lors d’une interview reprise dans son passionnant 'Amis américains'.


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On ne peut donc pas imputer au seul réalisateur cette impression de semi-ratage (mais parlons plutôt de semi-réussite car l’impression d’ensemble demeure néanmoins bien plus positive que négative). Car là où le bat semble blesser le plus, c’est assurément au niveau de l’écriture. Le film mélange les tons parfois avec maladresse à l'image du générique signé Saul Bass, très réussi en lui-même mais peu en conformité avec le ton du film une fois le premier quart d’heure passé. En le regardant défiler, on pense immédiatement que nous allons voir une comédie du style Blake Edwards. Et les premières séquences semblent le confirmer puisque Cowboy démarre en trombe, cependant plus proche d'un Billy Wilder, la présence de Jack Lemmon accentuant ce sentiment ; mais l’histoire d’amour, qui fait dès le début son apparition, est bien terne et nous aurions pu très aisément nous en passer. Même s’il est vrai que l’histoire ne se prêtait guère à un crescendo dramatique, nous aurions quand même préféré ressentir un certain ‘liant’ entre les scènes, ce qui nous aurait permis d’être plus en phase avec ces personnages qui nous restent un peu extérieurs bien qu’ils soient croqués avec humanité par le réalisateur. Mais attention, comme je le faisais sous-entendre juste avant, par bien des côtés le film demeure extrêmement intéressant. Daves a recherché le côté vériste sans jamais cependant verser dans la démystification à outrance. Si effectivement le côté romantique du ‘cow-boy Marlboro’ en prend un sacré coup, le réalisateur demeure un chantre du classicisme, généreux et sensible, jamais cynique ni même ironique. Il a cherché d’une manière assez documentaire, sans dramatisation excessive, à nous faire découvrir les vrais aspects d’un métier rude et non ‘exotique’ comme tous les adolescents se l’imaginait à la vision de multiples autres westerns. Pour bien se mettre en tête cet aspect le plus passionnant du film, il suffit de citer à nouveau un extrait du dialogue, dénigrant le cheval cette fois. Au tout début, lorsque Reece, dans son bain, se fait livrer une bouteille par le garçon d’hôtel, en l’occurrence Jack Lemmon, ce dernier lui disant son admiration et son attirance pour les chevaux, Reece lui rétorque sans ménagement et avec une ‘savoureuse cruauté’ : " Et les boniments sur les chevaux ! La loyauté et l’intelligence du cheval. Les chevaux ont une cervelle de la taille d’une noix. Ils sont méchants, traîtres, stupides. Même pas assez intelligents pour s’éloigner du feu. Aucuns homme doué d’intelligence peut aimer les chevaux. L’homme tolère la sale carne parce que vaut mieux chevaucher que marcher." Pour qu’un sourire se dessine sur vos lèvres, je vous laisse imaginer la figure ahurie de Jack Lemmon à cet instant, qui reste bouche bée par ces explications.


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Un autre moment très réussi, mais plus du tout drôle, est celui au cours duquel, une nuit, par excès de fanfaronnade, un homme lance un serpent venimeux au milieu du groupe, trop calme à son goût. Malheureusement l’animal retombe sur les épaules de l’un d’entre eux et le tue. Dans n’importe quel autre film, le responsable aurait été puni mais là, devant le regard étonné du ‘tenderfoot’, rien de tel ne se passe, tout le monde comprenant que ce n’était qu’un jeu stupide mais n’en faisant pas grand cas. Reece, lors de l’enterrement, dira : "Devant pareille chose, on se demande comment c’est arrivé. Par sa faute ou par celle d’un autre ? La seule certitude que nous ayons c’est qu’il y a un mort. La cause n’a aucun intérêt. Si ce n’avait pas été un serpent, ça aurait pu être un taureau ou un Comanche ou bien son cheval aurait pu trébucher dans un trou de chien de prairie par une nuit sombre." Et le responsable continue à tenir sa place au milieu du groupe comme si de rien n’était, sans même que sa conscience en soit affectée. C’était le destin, la vie continue ! Ces deux scènes montrent à quel niveau le film aurait pu s’élever si toutes les autres avaient été de cette qualité, mais il aurait fallu aussi que le thème de l’amitié entre les deux hommes ait été un peu plus creusé car, là encore, ça ne fonctionne qu’à moitié : nous avons vraiment du mal à croire au changement de caractère si rapide de Frank Harris après ce ‘voyage initiatique’. En effet, après sa déception au début du voyage, et après avoir partagé quelques temps la vie ce ces cow-boys, il va finir par comprendre Reece, sa dureté envers lui, et nous allons assister à la naissance d’une amitié à la toute fin du film. Ce qui nous empêche aussi de croire à ce revirement brusque du personnage, c’est, il faut l’avouer, le fait que Jack Lemmon se révèle bien moins à son aise dans le genre que le toujours impeccable Glenn Ford. Alors que dans la première partie assez enjouée, l’acteur se retrouve dans son élément de comédie, quand il joue au ‘pied tendre’ naïf et maladroit, il est bien moins convaincant dans son rôle de ‘dur à cuire’ de la seconde moitié du film. Pour en finir avec les comédiens, dommage de voir attribué à Brian Donlevy un rôle aussi peu gratifiant ou tout du moins aussi étriqué.


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Un scénario qui aurait donc mérité, à mon sens, d’être étiré pour obtenir un film plus long, plus ample, moins saccadé, aux scènes d’actions mieux intégrées au reste du récit (et filmées moins rapidement, sans continuelle et pénible accélération des images que ce soit lors des pugilats ou de la scène de 'tauromachie') et pour ne pas avoir cette fâcheuse impression que le réalisateur n’a pas su comment boucler son film ; le final nous apparaît effectivement comme purement et simplement bâclé. Cependant, et pour conclure sur une note positive (car il le mérite amplement), il serait exagéré d’accabler plus longtemps ce film honnête et généreux qui se regarde malgré tout avec beaucoup de plaisir. Pour les fans du genre, il serait donc quand même dommage de passer à côté de Cow-boy malgré les réticences qui ont été notifiées ci-dessus, vite oubliées devant un ensemble très attachant.
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Saddle the Wind

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Libre comme le vent (Saddle the Wind - 1958) de Robert Parrish
METRO GOLDWIN MAYER


Avec Robert Taylor, John Cassavetes, Julie London, Donald Crisp, Charles McGraw, Royal Dano
Scénario : Rod Serling
Musique : Elmer Bernstein
Photographie : George F. Folsey (Metrocolor 2.35)
Un film produit par Armand Deutsch pour la MGM


Sortie USA : 20 mars 1958


Peu après la fin de la Guerre de Sécession, l’inquiétant Larry Venables (Charles McGraw) arrive dans une petite ville du Colorado à la recherche d’un nommé Steve Sinclair ; il semble ne pas lui vouloir le plus grand bien. Ayant appris que Steve descend parfois en ville s’approvisionner, il décide de l’attendre. Steve Sinclair (Robert Taylor) est un tueur repenti ayant décidé de refaire sa vie en élevant du bétail ; il est désormais à la tête d’un des deux grands cheptels de la région, le second domaine étant dirigé par le vieux et sage Deneen (Donald Crisp) pour qui Steve travaillait juste avant de se mettre à son compte. Ce jour là, Steve a la surprise de voir revenir son jeune frère Tony (John Cassavetes) accompagné de Joan (Julie London), une chanteuse de cabaret qu’il a décidé d’épouser. Si Steve s’est définitivement rangé, Tony semble néanmoins avoir été marqué par le violent passé de son aîné qu’il considère encore comme son héros ; il en a gardé une passion immodérée pour les armes à feu. Alors que les deux frères se rendent en ville, Tony se retrouve face à face avec Venables ; apprenant que ce dernier est venu venger son frère autrefois abattu par Steve, Tony l’assassine avant qu’il n’ait eu le temps de dégainer. Steve s’en va raconter le drame à Deneen qui avait jusqu’à présent réussi à éradiquer toute violence au sein de la vallée. Le vieux propriétaire demande à Steve de surveiller son frère afin que ça ne reproduise plus, auquel cas contraire il serait obligé de leur demander de quitter la région. Mais Tony va avoir d’autres accès de violence, en particulier envers un groupe de fermiers pacifiques venu de Pennsylvanie s’installer légalement sur leurs terres…


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En ce début d’année 1958, Robert Parrish réalise le premier de son mini-corpus de deux westerns. Encore assez peu connu de nos jours (excepté au sein d’un cercle très restreint de cinéphiles), le réalisateur, ayant eu l’occasion de toucher un peu à tout dans le domaine du 7ème art, a pourtant eu un parcours assez passionnant qu’il relatera d’ailleurs dans une des plus réjouissantes autobiographies écrites par une personne issue du monde du cinéma : 'J'ai grandi à Hollywood'. Robert Parrish débuta comme acteur chez Charlie Chaplin puis chez John Ford. Le trouvant médiocre devant la caméra, le célèbre cinéaste borgne le assoir à la table de montage ; il apprit ce métier sur Drums along the Mohawk (Sur la piste de Mohawks) ainsi que sur Les Raisins de la colère (Grapes of Wrath) puis il s’occupa enfin seul du montage de ses documentaires tournés pendant la Seconde Guerre Mondiale dont La Bataille de Midway. On lui demanda même de compiler les archives utiles pour le procès de Nuremberg. Il gagna ensuite un Oscar pour le montage de Body and Soul (Sang et or) de Robert Rossen, puis en 1951, grâce à son ami Dick Powell, il put enfin accomplir son rêve, débuter dans la mise en scène. Après quelques films noirs de série B, il passe au film de guerre avec deux œuvres assez réputées auprès des amateurs, La Flamme pourpre (The Purple Rain) avec Gregory Peck ainsi que L’Enfer des tropiques (Fire down Below) avec Robert Mitchum.


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Puis c’est pour la Metro Goldwin Mayer qu’il réalise Libre Comme le vent, confiant le rôle de la jeune tête brulée à John Cassavetes avec qui il s’entendra d’ailleurs remarquablement bien. Ce dernier lui rendra la monnaie de sa pièce en lui demandant de mettre en scène deux épisodes de la fameuse série Johnny Staccato. Robert Parrish a avoué à son grand ami Bertrand Tavernier n’avoir jamais vu son premier western, gardant trop de mauvais souvenirs de son tournage et de la postproduction, ayant surtout eu en travers de la gorge la suppression de quelques séquences entre John Cassavetes et Dick Erdman, mais surtout le rajout de multiples plans de coupe en studio réalisés par John Sturges. Ce dernier, très ami avec Robert Parrish, a toujours été gêné d’avoir été obligé de le faire, et au vu du résultat on peut comprendre pourquoi : si Saddle the Wind me parait aussi déséquilibré et aussi décevant, c’est dû en grande partie à tous ces hideux gros plans de coupe devant transparences qui cassent toute l’ambiance installée par le cinéaste. Il n’y en aurait eu qu’une dizaine que ça aurait pu passer comme une lettre à la poste ; ce n’est malheureusement pas le cas, quasiment toutes les scènes importantes en étant parasitées. C’est d’autant plus plombant que les plans d’ensemble ou plans américains de ces mêmes séquences sont filmés en véritable et splendides extérieurs ; ce perpétuel va et vient entre plans en studio et plans en extérieurs dans la même scène se révèle tout simplement vite assez indigeste.


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Mais si, de par ses thèmes adultes, une mise en scène très correcte (même si guère mémorable) et un beau casting, le western de Robert Parrish reste en l’état tout à fait honorable, il est décevant sur d’autres points et notamment et en premier lieu à cause du travail d’écriture de Rod Serling, le futur créateur de la cultissime série La Quatrième dimension (Twilight Zone) ; ce sera d’ailleurs son unique incursion dans le genre. Si les thèmes brassés sont enthousiasmants, les deux axes principaux s’harmonisent assez mal, certains des plus intéressants personnages (tel celui interprété par Julie London) en subissant les conséquences, presque évacués en cours de route sans crier gare. Ces deux axes dramatiques, quels sont-ils ? Tout d’abord, comme ce fut souvent le cas ces deux dernières années, les relations parfois tendues et difficiles entre deux hommes, ici deux frères. L’autre thématique, plus traditionnelle, est celle de l’irruption des barbelés au centre des Open Range et des conflits qui s’ensuivent entre pionniers-fermiers et ranchers déjà bien installés. Rod Serling aura donc du mal à imbriquer harmonieusement les deux pivots de son intrigue. Pourtant, séparément l’un de l’autre, il y avait de quoi captiver l’auditoire d’autant que certains détails sont encore assez inédits. Concernant les rapports tourmentés entre Steve et Tony, beaucoup de choses très intéressantes sont mises en avant et notamment l’engouement du cadet pour le passé de son aîné que ce dernier fait au contraire tout pour oublier. Si Steve est le héros de Tony, c’est pour avoir été un tireur d’élite hors-pair et un ‘sale type’, ce qui révulse intérieurement l’ancien bandit qui souhaiterait que son frère ne suive pas comme lui la mauvaise voie. Plus que comme un frère, Steve se comporte envers Tony comme un père et une mère, le protégeant même plus que de raison malgré son tempérament emporté et violent qui en fait l'équivalent d'un délinquant. Si Robert Taylor se révèle parfaitement sobre (quoiqu'un peu trop en retrait) dans son rôle de bandit repenti d’ailleurs très bien écrit, John Cassavetes finit par cabotiner de trop durant la seconde partie ; faute une fois encore au scénariste qui, s’il avait réussi à nous le rendre attachant de prime abord malgré tous ses défauts, le transforme par la suite en un personnage fortement haïssable pour lequel il est devenu impossible d’éprouver de l’empathie : sa mort par suicide (élément novateur grâce auquel le film n'est pas tombé dans l'oubli) ne nous fait presque alors ni chaud ni froid, et c’est d’autant plus dommage que le cinéaste avait tourné cette scène avec un certain lyrisme au milieu d’un paysage fleuri idyllique, un chatoyant champ de lavande (scène également écornée par les plans de coupe en studio). Au risque d’en choquer un grand nombre, je trouve le face à face meurtrier entre les deux frères dans La Vallée de la vengeance (Vengeance Valley) de Richard Thorpe bien plus captivant ou en tout cas finalement plus réussi.


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La thématique des rivalités dues à l’arrivée de fermiers sur les terres des éleveurs est bien évidemment bien plus conventionnelle, vue et revue à de très nombreuses reprises. Rod Serling a donc eu la bonne idée de rajouter à ce thème rebattu deux personnages qui rendent le propos un peu plus original. Le premier permet d’aborder la période historique de l’après Guerre Civile : l’homme à la tête des émigrants venus s’installer légalement sur les terres des éleveurs porte l’uniforme nordiste alors qu’il arrive dans une région ayant combattue dans le camp adverse lors du conflit meurtrier. Ceci dit, ce n’est pas très malin de sa part ni en l'occurrence très crédible pour le spectateur sachant que les rancœurs sont encore extrêmement tenaces à cette époque difficile de la reconstruction, ce que viendra parfaitement démontrer le film de Parrish. Excepté ce détail, Royal Dano interprète avec force conviction un fermier qui, ayant traversé les Etats-Unis pour s’installer sur des terres appartenant à ses ancêtres, est prêt à tout pour ne pas s’en faire déloger, quitte à risquer la vie de ses proches dont beaucoup de jeunes enfants. Les séquences mettant en scène ces pionniers font un peu penser à certaines des Raisins de la colère sur lequel Robert Parrish fut monteur : par de simples magnifiques gros plans sur les visages des membres de ce groupe, rarement la misère et la détresse de ces colons n’aura été aussi perceptible. Venant du Nord, ils seront par ce seul fait encore plus dénigrés, voire même rejetés sans ménagement par les habitants de la région n’ayant pas encore digérés la défaite de leur camp et la reddition du Général Lee. L’autre personnage assez atypique est celui du maître de la région qui ne l’est que par l’importance de son domaine et l’ascendant qu’il a sur ses concitoyens, car il ne s’agit absolument pas, comme c’est presque toujours le cas, d’un tyran assoiffé de pouvoir et d’argent mais d’un moraliste foncièrement bon, son but étant que plus aucun coup de feu ne soit tiré alentour, que la violence soit définitivement éradiquée. Donald Crisp, le patriarche de Qu’elle était verte ma vallée (on en revient une fois encore à John Ford) est une nouvelle fois très à son aise dans ce genre de rôle de guide spirituel, cependant toujours un brin sentencieux comme c’est le cas ici aussi.


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On trouve de nombreuses notations psychologiques plutôt novatrice mais également des détails réalistes très intéressants (comme cette ville faite de maisons disséminées un peu au hasard et non alignées des deux côtés de la rue principale - le film a été tournée au sein d’une véritable ville-fantôme) dans ce western qui débutait de la plus belle des manières. Le générique était peut-être pour la première fois chantée par une voix de femme (en l’occurrence, celle envoutante de Julie London) dont la magnifique chanson-titre de Jay Livingston et Ray Evans sera reprise par la suite et sera l’occasion d’une des séquences les plus touchantes du film, celle au cours de laquelle Tony demande à sa future épouse de lui chanter une mélodie tout en posant sa tête sur ses genoux. Pour en revenir à ce début qui promettait monts et merveilles, étonnement aucun des protagonistes principaux n’apparait durant les 5 premières minutes mais à la place le personnage peut-être le plus marquant du film, celui joué par un Charles McGraw charismatique en diable. Rappelez-vous, c’était l’acteur des principaux films noirs d’Anthony Mann et le personnage principal, celui de l’inspecteur, dans l’excellent L’énigme du Chicago Express (The Narrow Margin) de Richard Fleischer. Inquiétant et teigneux, c’est l’homme qui recherche l’assassin de son frère pour se venger. Mais très vite, on commence à lui trouver un certain charme, celui dû à la lassitude et à la lancinante tristesse qui transparaissent à travers son regard vitreux et presque éteint. La séquence du ‘duel’ qui l’oppose à John Cassavetes est formidablement tendue et Parrish filmera sa mort avec un grand réalisme. Haïssant la violence, il dira d’ailleurs avoir voulu la tourner de telle façon à montrer, avant Hitchcock, comment la mort pouvait être longue et douloureuse ; il récidivera avec celle de Royal Dano gigotant dans la boue en d’atroces souffrances. Ce seront d’ailleurs les deux séquences les plus mémorables du film, d’une sécheresse âcre et qui fait mal. Pour ces séquences, pour les acteurs qui les interprètent, le film mérite absolument d'être vu.


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Si l’on a admis que les trois plus belles séquences du film sont dues à Royal Dano, Julie London et Charles McGraw, on se dit qu’il y a un petit problème sachant que ce sont tous des seconds rôles. C’est me concernant une preuve de ce que le film n’est pas pleinement réussi, le plus décevant étant la mise à l’écart injustifiée durant la seconde partie du très beau personnage interprété par Julie London au profit des relations tourmentées assez redondantes entre le grand frère prisonnier de son passé et le plus jeune totalement déséquilibré par ce même passé. Mais pour tous les beaux moments octroyés, pour une très belle photographie de George F. Folsey en Metrocolor et en cinémascope sublimant les paysages traversés du Middle West, pour un score d’Elmer Bernstein qui ne manque pas de panache, pour la magnifique chanson du générique et enfin pour une ribambelle de bons acteurs, cette tragédie grecque en milieu westernien se laisse regarder sans déplaisir d’autant qu’elle mêle (même si pas toujours habilement) drame intimiste et familial à de grandes thématiques traditionnelles du genre. Intéressant à défaut d’être constamment captivant ; à voir au moins pour quelques séquences inoubliables.
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Flavia
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by Flavia »

C'est un western assez surprenant, j'ai trouvé Robert Taylor, très à l'aise en frère protecteur, et Cassavettes assez bluffant. J'en ai gardé un très bon souvenir, une photo très belle avec ces splendides décors naturels du Middle West.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by Jeremy Fox »

Flavia wrote:C'est un western assez surprenant, j'ai trouvé Robert Taylor, très à l'aise en frère protecteur, et Cassavettes assez bluffant. J'en ai gardé un très bon souvenir, une photo très belle avec ces splendides décors naturels du Middle West.

Les innombrables (et hideux) plans en studio ne t'ont pas gâché ton plaisir ? Tant mieux car moi je ne voyais plus que ça à la fin :(
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by Flavia »

Je ne m'en souviens pas :o Il faudra que je vérifie !
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Jeremy Fox
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Cole Younger, Gunfighter

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Le Desperado des plaines (Cole Younger, Gunfighter - 1958) de R.G. Springsteen
ALLIED ARTISTS


Avec Frank Lovejoy, James Best, Abby Dalton, Jan Merlin
Scénario : Daniel Mainwaring d'après une histoire de Clifton Adams
Musique : Marlin Skiles
Photographie : Harry Neumann (DeLuxe 2.35)
Un film produit par Ben Schwalb pour la Allied Artists


Sortie USA : 30 mars 1958


1873. Mécontents de la répression exercée par la police mise en place par le gouverneur du Texas E.J. Davis, de jeunes texans se révoltent en dégradant les locaux des hommes de loi et en brûlant les effigies du politicien. Le jeune Kit Caswell (James Best) est soupçonné d’être à leur tête ; le terrifiant shérif de la ville, le Capitaine Follyard (Ainslie Pryor), vient l’appréhender ainsi que son ami Frank Wittrock (Jan Merlin) lors d’une vente de charité. Torturés pour avouer leurs méfaits, ils réussissent à s’échapper. Alors que sa fiancée Lucy (Abby Dalton) promet de le cacher, Kit est encouragé par son père de se rendre à Austin rencontrer le gouverneur pour protester contre la brutalité policière de ses miliciens. Kit et Frank fuient donc direction la capitale. En route ils tombent sur le tristement célèbre Cole Younger (Frank Lovejoy), recherché pour meurtre par toutes les polices des USA. Il les accueille avec cordialité et les invite à partager son repas. Attiré par la prime de 10.000 dollars promise pour la tête de Younger, Frank a dans l’idée de le faire prisonnier durant son sommeil mais Kit s’y oppose. Frank rentre ventre à terre pour les dénoncer, espérant ainsi être ‘amnistié’ et dans le même temps débarrassé de Kit qui s’avère être son rival en amour auprès de la jolie Lucy. Entre temps Kit se prend d’amitié pour Cole qui lui raconte que le crime pour lequel on l’accuse n’était que de la légitime défense. D’autres drames vont avoir lieu qui vont aboutir à ce que Kit soit lui aussi recherché pour meurtre...


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Une très jolie surprise que ce premier film à relativement gros budget du réalisateur R.G. Springsteen. ‘Relativement’ car, malgré son format large, son western produit sous la bannière de la Allied Artists Pictures est néanmoins un film à très faible moyens, ce studio n’étant autre que la Monogram ayant changé de nom en 1953. Faisant partie de ces maisons de productions communément désignées comme des Poverty Row, la Monogram a eu son heure de gloire dans les années 30/40, ayant fait en sorte que son image soit associée dans l’esprit des spectateurs à l'aventure décomplexée et à des films trépidants et mouvementés. Le plus bel hommage qui lui a été rendu est très probablement celui de Jean-Luc Godard lui dédicaçant son premier film, A Bout de souffle. Dédicace justifiée lorsque l’on se souvient des quelques perles produites pas le studio : Fort Osage ou Shotgun de Lesley Selander, Un Jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur, et aussi, hors western, L'Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) de Don Siegel, Ariane (Love in the Afternoon) de Billy Wilder…


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Le réalisateur R.G. Springsteen allant être souvent associé dans les années 60 au tristement mauvais producteur A.C. Lyles, spécialisé dans le recyclage d’ex-stars vieillissantes, il allait de soi que son nom au générique d’un western pouvait faire craindre le pire surtout au regard de ces productions non seulement fauchées mais de plus extrêmement médiocres. Il faut parfois savoir faire fi de ses à priori car ce n’est pas le cas concernant ce Cole Younger, Gunfighter dont Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon parlent dans leur 50 ans de cinéma américain comme du seul scénario adulte qu’eut Springsteen entre les mains. Un scénario signé par le romancier Daniel Mainwaring (prenant parfois le pseudonyme de Geoffrey Homes), auteur qui n’aura pas toujours été inspiré dans le domaine du western (Black Horse Canyon, l’un des plus mauvais films de Jesse Hibbs) mais qui nous aura néanmoins laissé quelques pépites au niveau de l’écriture telles La Griffe du passé (Out of the Past) de Jacques Tourneur, Ca Commence à Vera Cruz (The Big Steal), L’Ennemi public (Baby Face Nelson) et L'Invasion des profanateurs de sépulture (Invasion of the Body Snatchers) de Don Siegel ou encore le méconnu mais excellent L’aigle et le vautour (The Eagle and the Hawk) de Lewis R. Foster… Mainwaring était déjà le scénariste en 1954 de The Desperado de Thomas Carr dont Le Desperado des plaines est le remake en couleurs et en cinémascope, Frank Lovejoy reprenant ici le rôle que tenait précédemment Wayne Morris.


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Ce sera le dernier rôle au cinéma de cet acteur peu connu dans nos contrées mais qui au vu de son interprétation dans ce western aurait mérité de l’être un peu plus. Cole Younger est un des bandits les plus célèbres de l’histoire de l’Ouest, ayant fait partie en compagnie de ses frères du gang des frères James qui a sévit plus de 15 années durant dans les Etats proches du Missouri en pillant trains, banques et diligences. Selon la légende que leur a tressé Hollywood, ce sont uniquement à cause des tristement célèbres Carpetbaggers que tous vont devenir hors-la-loi et, tels des Robin des Bois du Far West, faire profiter leurs larcins aux petits propriétaires terriens sudistes spoliés par les vils hommes d’affaires du Nord. Mais revenons à la réalité ! Pour éviter la potence, les Younger plaident coupables et sont incarcérés 25 ans durant. Seul survivant de la fratrie, Cole écrit ses mémoires à sa sortie de prison à l’orée du nouveau siècle, s’estimant avoir été, plus qu’un brigand, un justicier sudiste. Il parcourra ensuite les USA avec Frank James pour un spectacle relatant leurs exploits avant de mourir en 1916 après avoir été prédicateur durant ses dernières années. Mais ce mythique hors-la-loi aura eu l’occasion d’être maintes fois sur le devant de la scène westernienne, campé tour à tour par –pour n’en citer que quelques uns ayant tenu le rôle avant Frank Lovejoy- Dennis Morgan, Steve Brodie, Wayne Morris, Bruce Bennett, Bruce Cabot, Jim Davis, Alan Hale Jr et même –assez ‘cocassement’- par … James Best dans Kansas en feu (Kansas Raiders) de Ray Enright ; James Best qui se retrouvera en face de Younger dans le western qui nous concerne.


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Cette rapide ‘biofilmographie’ pour dire que si le titre du film met le célèbre desperado en avant, il ne s’agit absolument pas d’un biopic : d’une part il ne reste quasiment rien de la réalité historique dans le portrait de bandit au grand cœur qui en est tracé, pas plus que dans les faits relatés à son propos ; de l’autre Cole Younger n’est même pas le personnage principal du film contrairement à ce que nous aurions pu croire, seulement une sorte de mentor qui apportera aide et conseil à un protagoniste bien plus important dans cette intrigue, celui interprété par James Best. Frank Lovejoy, surtout connu par les amateurs de films noirs, par son charisme, sa personnalité et sa nonchalance, rappelle un peu cet autre immense comédien (au propre comme au figuré) qu’était Jock Mahoney (Joe Dakota). Son interprétation de Cole Younger, le cigare constamment à la bouche, force non seulement la sympathie mais s’avère également être l’un des éléments positifs à mettre à l’actif de ce western attachant, ses partenaires n’ayant d’ailleurs rien à lui envier, tous très justes et très bien dirigés, seconds rôles compris. Ce qui prouve aussi que malgré sa faible réputation, R.G. Springsteen n’est pas pour rien dans la réussite du film, tout du moins grâce à sa direction d’acteurs. Il faudrait citer les interprétations d’un James Best très sobre, d’un Jan Merlin haïssable à souhait, d’un inquiétant Ainslie Pryor, d’une émouvante Abby Dalton, sans oublier les brèves mais sympathiques apparitions de Douglas Spencer, Frank Ferguson, George Keymas ou encore Myron Healey tenant un double rôle, celui assez rare dans le domaine du western de deux parfaits jumeaux. Des personnages pour la plupart assez nuancés et tous richement décrits par Daniel Mainwaring qui apporte une belle sensibilité au film, un ton finalement assez doux malgré les faits plutôt durs, dramatiques et violents rapportés tout du long. Toutes proportions gardées, un ton assez proche du sublime Wichita de Jacques Tourneur dont le film de Springsteen reprend justement quelques images dont le plan nocturne des cow-boys avinés créant un bruyant chahut dans les rues de la ville.


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Les relations d’amitié qui s’instaurent entre Cole Younger et James Best, le triangle amoureux, les thématiques de la loyauté, de l’honneur, du sens de la justice et du refus de se soumettre à la tyrannie, le contexte historique de l’après Guerre de Sécession, tout ceci se mêle parfaitement bien au sein d’un scénario fluide et intelligent contenant peu d’action (faible budget oblige) mais pas mal de rebondissements jusqu’à ce procès certes un peu bâclé mais qui clôture le film sur un sympathique happy-end qui ne dépare pas trop avec ce qui a précédé. Marlin Skiles (déjà auteur d’un superbe score pour Fort Osage) enrobe le tout dans une composition musicale plutôt plaisante et la photo de Harry Neumann n’est pas non plus désagréable à regarder. Quant à la milice des ‘bluebellies’ du 14ème sénateur du Texas, Edmund Jackson Davis, ses membres n’ont pas été souvent mis en scène au sein du western et c’est l’une des plaisantes surprises de celui-ci ; ils représentèrent en quelque sorte le pouvoir exécutif corrompu des Carpetbaggers, peu tendres envers la population sudiste qu’ils n’hésitaient pas à tyranniser parfois jusqu’à ce que mort s’ensuive ; c’est ce qui arrive d’ailleurs au père du personnage interprété par James Best et à cause de quoi les problèmes pour ce dernier vont s’accélérer. Mainwaring semblant ne pas spécialement apprécier la violence ne tombera pas dans le piège de la vengeance aveugle mais je vous laisse en juger sans en dire plus afin de ne pas déflorer toute l’intrigue.


Certes rien de remarquable dans la mise en scène néanmoins honorable et sans notables fautes de goût, mais au final un western d’une belle sensibilité, très bien scénarisé et dialogué, au contexte historique intéressant, contant une histoire d’amitié assez touchante, montrant beaucoup de tendresse dans sa romance et la peinture de ses personnages et nous octroyant beaucoup de rebondissements en une durée minimale d’à peine 75 minutes. Ca n’a évidemment ni la concision ni la densité d’un film de Budd Boetticher ; ça n’en reste pas moins une série B tout à fait recommandable avant tout grâce à son scénario et ses interprètes. Une petite galette numérique ne serait pas de refus !
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by Grimmy »

Pour ma part, un très bon souvenir également ! J'avais bien aimé l'interprétation de John Cassavetes (acteur que je déteste habituellement à cause d'un sur jeu insupportable) rendant son personnage encore plus antipathique que prévu. Je me souviens de ces inserts tournés en studio mais pas au point qu'ils m'aient gâché le film. En tout cas, dans l'ensemble je suis largement pas d'accord avec les propos critiques de Jeremy Fox ! :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Post by Jeremy Fox »

Grimmy wrote:Pour ma part, un très bon souvenir également ! J'avais bien aimé l'interprétation de John Cassavetes (acteur que je déteste habituellement à cause d'un sur jeu insupportable) rendant son personnage encore plus antipathique que prévu. Je me souviens de ces inserts tournés en studio mais pas au point qu'ils m'aient gâché le film. En tout cas, dans l'ensemble je suis largement pas d'accord avec les propos critiques de Jeremy Fox ! :wink:

Mais je suis loin de n'avoir pas aimé ceci dit :wink:
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Fort Dobbs

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Sur la piste des Comanches (Fort Dobbs - 1958) de Gordon Douglas
WARNER


Avec Clint Walker, Virginia Mayo, Brian Keith, Richard Eyer, Russ Conway
Scénario : George W. George & Burt Kennedy
Musique : Max Steiner
Photographie : William H. Clothier (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Martin Rackin pour la Warner


Sortie USA : 18 avril 1958


Gar Davis (Clint Walker) arrive à Largo ; il y recherche un nommé Hansen. Le shérif (Russ Conway) le prévient de laisser tomber auquel cas contraire il s’exposerait à de sérieux problèmes. Mais Gar le retrouve et le tue. Le voici poursuivi par les autorités jusqu’au sein du territoire Comanche. Se trouvant nez à nez avec un homme mort transpercé d’une flèche, il a pour idée d’échanger sa veste avec le cadavre et de pousser celui-ci au bas d’une falaise. Le stratagème réussit : le shérif et ses hommes pensent avoir accompli leur mission en découvrant ‘le meurtrier’ gisant au fond du ravin. Désormais Gar passe pour mort et il peut continuer à avancer sans être pourchassé par le posse. Cependant, pour que sa ruse réussisse, il a dû laisser sa monture. De nuit, arrivé à un ranch, il essaie de voler un cheval mais se retrouve évanoui ; il a été éraflé par une balle tirée par le jeune Chad (Richard Eyer), le fils de la propriétaire Celia (Virginia Mayo) ; cette dernière s’inquiète de l’absence de son époux, censé être rentré au bercail depuis quelques jours. Gar n’a pas le temps de s’excuser pour sa tentative de vol puisque les Comanches encerclent déjà le ranch. Ils n’ont pas d’autres alternatives que de s’enfuir, ce qu’ils réussissent à faire dès la nuit tombée. Alors que Celia a dans l’idée d’aller se réfugier au plus près, soit à Largo, leur sauveteur, sans leur en donner la raison, préfère conduire la femme et son fils jusqu’à Fort Dobbs. Une nuit, Celia, en fouillant la sacoche de Gar, découvre la veste prise sur le cadavre, qui n’est autre que celle de son mari ; elle accuse alors son ‘convoyeur’ de l’avoir assassiné. Malgré les explications fournies, elle doute encore de sa sincérité. En route, ils croisent Clett (Brian Keith), un homme louche qui semble bien connaître Gar. Il essaie de se faire accepter au sein du petit groupe mais Gar refuse. Quelques heures plus tard, Clett sauve néanmoins la vie de Gar alors en mauvaise posture, attaqué de toutes parts par les Comanches


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… Et nous n’en sommes arrivés qu’à peine à un tiers du film ! En pleine vague de westerns adultes, souvent volubiles et à fortes tendances psychologiques, Gordon Douglas nous offrait alors à cette occasion un film d’action survitaminé et sans temps morts avec dialogues réduits à portion congrue mais qui n’en font pas moins mouche, typiques de son auteur qui n’est autre que Burt Kennedy, qui écrivit ce scénario entre deux autres de la splendide série Randolph Scott / Budd Boetticher, The Tall T (L’homme de l’Arizona) et Buchanan Rides Alone (L’aventurier du Texas). Un exemple tout simple de son génie incisif lors des retrouvailles entre Brian Keith et Clint Walker :

Gar (Clint Walker) : "Tu continues à tuer ? "
Clett (Brian Keith) : "Je suis toujours vivant !"


Même si Face au châtiment (The Doolins of Oklahoma), sa première contribution au western, s’était révélée extrêmement attachante, par la suite, jusqu’en ce début 1958, Gordon Douglas n’aura pas forcément brillé à l’intérieur du genre, beaucoup de ses westerns qui ont suivi n’ayant pas été entièrement satisfaisants : se succédèrent un exercice de style un peu froid (Only the Valiant - Fort Invincible), un bon divertissement guère mémorable (The Nevadan – L’Homme du Nevada), voire un film très médiocre (The Great Missouri Raid - Les Rebelles du Missouri). Et puis, en 1957, avec le méconnu Les Loups dans la vallée (The Big Land), le cinéaste nous offrait à nouveau, après son premier western, un autre au charme certain et au ton étonnamment doux. L’action était réduite au stricte minimum mais lorsqu’elle faisait son apparition, elle nous décevait rarement tellement le contraste entre sa brutalité et la délicatesse de ce qui avait précédé provoquait son effet. Virginia Mayo était déjà de la partie et Fort Dobbs prouve à nouveau que Gordon Douglas était l’un des cinéastes ayant su le mieux la diriger.


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Durant la seconde moitié des années 50, la Warner était le principal fournisseur de séries westernienne pour la télévision. C’est grâce à elles que des acteurs tels Ty Hardin, Jack Kelly ou James Garner commencèrent à émerger. Clint Walker était dans la même situation. Alors relativement connu des spectateurs américains par le fait d’incarner le héros de la série TV à succès, Cheyenne, la compagnie des frères Warner voulu lui donner une chance de percer aussi sur grand écran sans toutefois prendre trop de risques, lui proposant ce western à petit budget dans lequel il n’aurait pas à trop parler de manière à ce que ses carences en matière d’art dramatique ne se remarquent pas vraiment. Le film ne bénéficiera donc que d’un budget restreint, sera tourné en noir et blanc et quelques stock-shots en provenance de films plus anciens seront utilisés pour l’attaque du fort. A ce propos, on regrette que les auteurs ou producteurs aient été aussi si peu regardants sur les séquences choisies, puisque si l’action finale se déroule au sein d’un désert aride, certains plans de coupe sur les indiens voient l’apparition incongrue d’une large rivière dans laquelle les guerriers tombent avec force éclaboussures !!! On regrette parfois un tel laxisme laissant à penser qu’on se fiche parfois des spectateurs qui ne sont pourtant pas dupes. Ceci étant dit, je vous rassure de suite avant que vous ne tourniez bride, il s’agit d’une excellente série B, l’une des toutes meilleurs du cinéaste. A l’exception de ces quelques stock-shots, du choix frustrant de tournage en noir et blanc malgré les splendides paysages traversés, d’une postsynchronisation des dialogues assez gênante et de quelques rares transparences, les faibles moyens alloués ne se font guère ressentir, grâce avant tout au solide métier de Gordon Douglas et au talent de Burt Kennedy.


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La première demi-heure du film est un véritable tour de force ; avec un étonnant sens de l’ellipse et une efficacité à toute épreuve lorsqu’il s’agit de mettre en place un suspense, Gordon Douglas et Burt Kennedy semblent avoir tellement de facilités avec tous ces éléments que le spectateur aura du mal à détacher son regard de l’écran ; il y avait longtemps que nous n’avions pas vu un western à ce point mouvementé, les dialogues étant du coup quasiment absents sans que ce ne soit incommodant une seule seconde. Un véritable exercice de style auquel se livrent nos deux comparses cinéaste/scénariste ! Il faut dire qu’ils sont grandement aidés par un Max Steiner qui semble avoir retrouvé une seconde jeunesse, nous octroyant pour l’occasion une musique omniprésente mais tellement inspirée qu’elle ne nous lasse jamais contrairement à certaines équivalentes signées Dimitri Tiomkin (pour en rester à la Warner). Qu’elle soit contemplative ou virulente, romantique ou stridente, lyrique ou pesamment angoissante, la partition que Steiner a composé pour le film est une réussite totale ; lors du générique, il se permet même de recycler le thème indien d’un de ses chefs-d’œuvre, La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford, thème que l’on retrouve alors avec grand plaisir. Seulement, que les amateurs de westerns pro-indiens soient prévenus, ici les ‘peaux-rouges’ sont de vrais sauvages, non seulement violents et assourdissants mais également pas très futés : à une trentaine, ils n’arrivent pas durant tout le film ne serait-ce qu’à blesser les trois fugitifs traversant leur territoire dont une femme et un enfant ! Clint Walker semble prendre un grand plaisir à faire craquer leurs cervicales entre ses puissantes mains et à les tirer comme des lapins en compagnie de son compagnon d’infortune, un vil trafiquants d’armes. Mais pour ce genre de westerns ‘survival’ n’ayant pas d’autres prétentions que de divertir, rien de grave ; il fallait un implacable ennemi pour maintenir constamment le suspense, et en l’occurrence ce sont les Comanches. Aucune tentation raciste là-dessous ! C’auraient été des bandits que le résultat aurait été le même.


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En plus d’une mise en scène fluide, rigoureuse et concise, d’un solide scénario parfaitement rythmé et d’une musique puissante, saluons aussi la photographie très contrastée en noir et blanc de William A. Clothier qui, avec un parfait sens du cadre, semble s’être régalé d’avoir tourné quasiment toujours en extérieurs parmi de majestueux paysages. Grâce à ses premières images de l’arrivée de Clint Walker en ville dans une tempête de vent et de poussière, ses cadrages en caméra subjective lors de l’attaque du ranch, ses plans en contre plongée sur Clint Walker, etc., plastiquement, le film est également un véritable bonheur. Une séquence démontre l'art époustouflant des auteurs dans la gestion du suspense grâce à la compilation de tous ces éléments, celle au cours de laquelle Clint Walker part en éclaireur pour traverser une vallée, la caméra opérant des panoramiques afin de repérer d’éventuels ennemis sur une musique sourde et inquiétante ; elle nous rappelle celle similaire dans Apache Drums (Quand les tambours s’arrêteront) de Hugo Fregonese, celle durant laquelle Stephen McNally se retrouve seul au milieu d’une gorge qui pourrait receler toutes sortes de dangers, se tournant à droite à gauche avec angoisse. Le côté captivant de l’intrigue (pourtant assez simpliste) est renforcé par le fait que le scénario ne distille que très peu d’informations sur les personnages principaux et que leur passé demeure longtemps énigmatique, notamment celui de Gar Davis : qui est-il et pourquoi a-t-il assassiné un homme de sang froid dès les premières minutes ? Quels sales trafics a-t-il partagé avec le personnage inquiétant qu'est Cleet ? Quant à ce dernier, que recherche t’il exactement à tourner avec insistance autour du groupe ? Gar, c’est Clint Walker pour la première fois en tête d’affiche ; si certains l’accuseront de fadeur, je lui trouve, tout comme toutes proportions gardées chez Jock Mahoney, une formidable présence rien que par sa stature, sa manière de se tenir et de se déplacer : sa façon de prendre le garçon par le fond de culotte lors de l’attaque sur le ranch, le fait de rendre les chevaux minuscules par sa carrure, ect., sont des images relativement marquantes. J’avoue n’avoir pas eu de problèmes d’empathie avec le personnage, preuve s’il en est qu’il ne s’en sort pas si mal que ça même si ses talents d’acteurs sont certes limités. Cleet, c’est Brian Keith avec son nonchalant cynisme et son inoubliable rire de hyène ; à son propos, les avis devraient être plus unanimes car en à peine 3 ou 4 scènes et guère plus de 15 minutes de présence à l’écran, il marque les esprits ; la scène où il tente de séduire puis de violer le personnage de Virginia Mayo est réjouissante de sadisme ; sa mort est tout aussi jubilatoire si tant est qu’il soit possible d’accoler ces adjectifs à des séquences censées être déplaisantes.


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D’ailleurs le cinéaste ne se gêne pas non plus pour inclure dans son film des images très violentes pour l’époque comme celle où Clint Walker renfonce la flèche dans le cadavre, casse le cou d’un guerrier indien ou encore certaines images de soldats perforés par des lances lors de la superbe séquence de l’arrivée au fort avec sa vision apocalyptique à laquelle on ne s’attend vraiment pas. Les deux autres comédiens principaux sont donc Virginia Mayo (plutôt convaincante et même assez amusante lorsqu’elle se rend compte que Gar l’a probablement vu nue ; cependant aucune romance entre les deux personnages, ce qui n’est pas forcément plus mal et qui change un peu) et le jeune Richard Eyer, déjà très bon dans Le Raid de Fregonese et à nouveau plutôt sobre et talentueux ici, se voyant même octroyer une longue séquence dramatique assez touchante grâce à son jeu d’acteur. Si la première heure (celle qui voit nos quatre personnages principaux tenter de traverser le territoire indien sans se faire occire) est formidable, la dernière partie est moins originale, plus classique mais toute aussi spectaculaire et efficace. Elle se déroule tout du long au sein du fort du titre original, celui qu’a réussi à atteindre le petit groupe, vite rejoint par les habitants de Largo venus se réfugier eux aussi, les indiens menaçant d’attaquer leur ville. Se retrouveront donc ensemble durant le blocus du fortin par les indiens Gar et le shérif qui le poursuivait au départ : une situation intéressante mais un ensemble un peu moins captivant d’autant que les résolutions des mystères seront un peu décevantes. Cependant, il est assez amusant de constater que les motivations qui ont poussé Gar à tuer un homme ainsi que l’une des révélations sur son passé, inconnue de lui-même, ressemblent étrangement à la situation de Randolph Scott du splendide Decision at Sundown de Budd Boetticher. Burt Kennedy aurait-il regretté de n’avoir pas écrit le scénario de ce dernier après avoir proposé cette idée géniale ? Aurait-il eu cette 'illumination' en même temps que Charles Lang et serait-ce alors du pur hasard ? Ceci étant, les concordances sont tellement flagrantes que c'en est un peu troublant.


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Un western sans prétention, un peu froid et sec mais néanmoins bougrement réjouissant, qui ne nous permet pas de souffler une seule minute, évacuant même tout épanchement sentimental (si ce n’est lors de la belle séquence au cours de laquelle le jeune garçon apprend la mort de son père) et instants contemplatifs. Avec une magnifique appréhension des paysages et de la nature saisie dans toute sa sauvage beauté, des dialogues concis et vigoureux, une efficacité aussi bien dans l'action que dans le suspense et un Max Steiner en grande forme, un western dynamique et somme toute un bel exercice de style. Pour finir, un détail qui m’a bien amusé en le lisant : alors que dans le film Clint Walker se met torse-nu à une seule reprise, la majorité des photos d’exploitation le montraient parait-il avec sa musculeuse poitrine velue (comme très souvent d’ailleurs Robert Ryan au début de cette même décennie). Sur quoi, un utilisateur de IMDB a écrit as if the movie had been filmed in "Torso-Scope" or "Pecs-a-rama" or "Chest-o-vision." :mrgreen:
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Re: Fort Dobbs

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Jeremy Fox wrote:Sur la piste des Comanches (Fort Dobbs - 1958) de Gordon Douglas

un détail qui m’a bien amusé en le lisant : alors que dans le film Clint Walker se met torse-nu à une seule reprise, la majorité des photos d’exploitation le montraient parait-il avec sa musculeuse poitrine velue (comme très souvent d’ailleurs Robert Ryan au début de cette même décennie). Sur quoi, un utilisateur de IMDB a écrit as if the movie had been filmed in "Torso-Scope" or "Pecs-a-rama" or "Chest-o-vision." :mrgreen:
Ce n'est pas pour rien qu'on a appelé ça des photos d'exploitation. :P
Les départements publicitaires faisaient de même avec les actrices, allant même inventer des moments qui ne se trouvaient pas dans le film, juste histoire de montrer une belle plante en nuisette et autre "tenue d'intérieur" (je ne citerai pas un exemple bien connu de western avec une certaine T... L.... sinon on va me traiter d'obsessionnel, n'est-ce pas Commissaire ?) :fiou:
J'imagine facilement que les photos et posters avec le balèze Clint torse-poil ont du à l'époque orner plus d'une chambre de fille et sans doute aussi de garçons... :wink:
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz