Notez les films naphtas - Octobre 2011

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Profondo Rosso »

Ce plaisir qu'on dit charnel de Mike Nichols (1972)

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L'itinéraire sentimental, psychologique et sexuel de deux hommes : de l'adolescence à l'âge mûr, Jonathan et Sandy face à la femme, aux femmes, à la féminité.

Mike Nichols résume brillamment le propos de son film quasiment dès la scène d'ouverture. Tandis que défile le générique sur fond noir, on suit en voix off le dialogue trivial des deux héros sur la gent féminine et de leur définition de la femme idéal. Leurs attentes sont immenses et contradictoires à la fois puisque pour eux la femme doit être sensuelle sans être vulgaire, bien faite mais pas trop, entreprenante au lit mais vierge au départ... Une mentalité quelque peu rétrograde qui s'explique par le jeune âge des héros Sandy (Art Garfunkel lancé au cinéma par Nichols dans Catch 22) et Jonathan (Jack Nicholson qui allait devenir l'acteur fétiche de Nichols) et du contexte des années 50 où la figure masculine toute puissante peut pour la dernière fois imposer ses désidératas aux femmes. Le film de Nichols se fait donc l'illustration de leur parcours et de leurs désillusions, des années 50 aux années 70 dans un monde changeant tandis qu'eux reste coincés dans leurs certitudes.

Les trois parties du film répètent un même schéma où les mutations de la société accentuent un peu plus à chaque transition le fossé entre les attentes de nos héros et leurs univers. Le début dans les années 50 voit donc se former un triangle amoureux secret entre notre duo encore étudiant et la jolie Susan (Candice Bergen). Le timide Sandy s'avère faussement innocent et romantique, influençable et superficiel (la manière dont il suit toute les affirmations de Susan lors de leur première conversation) dans sa relation avec Susan où il suit toutes les directives machistes de son ami Jonathan. A l'inverse ce dernier sous ses airs de séducteurs insensible va s'avérer le plus sincère des deux mais ira au-devant d'une terrible déconvenue. Candice Bergen, fausse oie blanche mène finalement les deux hommes par le bout du nez...

La deuxième partie à l'âge adulte s'avère plus virulente encore. Sandy désormais marié s'avère toujours aussi creux et débite des banalités sur son équilibre en couple avant d'exprimer bientôt son insatisfaction et se réfugier dans une autre relation castratrice. C'est cependant le couple autodestructeurs entre Jack Nicholson et la belle Ann-Margret qui passionne, les scènes amoureuses torrides illustrant la libération sexuelle des 60's où tout réel rapprochement sentimental semble impossible. Ann-Margret est très touchante, partagée entre la candeur d'antan et une sensualité assumée moderne mais qui va se trouver brisée par un Jack Nicholson odieux et incapable de s'engager.

L'épilogue désabusé montre les héros à l'âge mûr définitivement engoncés dans leur caricature. Rendu encore plus cynique et désabusé avec l'âge (avec une mémorable séquence de diapos où il commente toute ses conquêtes) Nicholson s'assure définitivement d'éviter tout engagement en ayant des relations tarifée tandis que Garfunkel va désormais chercher artificiellement la flamme auprès de très jeunes femmes... Mike Nichols montre une nouvelle après Le Lauréat et Catch 22 dans un registre différent un regard acéré sur ses contemporains. Les nouvelles idéologies libérées comme les tempéraments les plus archaïques en prennent ici pour leur grade dans une œuvre intelligente, inventive et élégamment filmée. Un Nichols plutôt sous-estimé semble-t-il, qui annonce son plus récent Closer. 5/6 Merci à Bruce Randylan d'en avoir parlé il y a quelque temps c'est ce qui m'a incité à le voir ! :wink:
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Flavia
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Flavia »

J'ai épousé un français (Count Your Blessings) - Jean Negulesco - 1959

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Lors de la guerre, en Angleterre, Charles de Valhubert (Rossano Brazzi), capitaine français, épouse Grace Allingham (Deborah Kerr) aristocrate anglaise. La lune de miel ne dure pas longtemps, quelques jours après leur mariage, Charles rejoint le front. Neuf mois plus tard Grace donne naissance à un garçon, grâce à cet enfant elle va tenir jusqu'au retour de son mari au bout de neuf ans. Celui-ci décide d'emmener sa petite famille vivre à Paris.
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Tout était réuni pour en faire une comédie sympathique, sans prétention, ayant comme thème le choc de deux cultures : une actrice écossaise jouant une anglaise, un comédien italien jouant un français, et enfin Maurice Chevalier apportant la "vraie" touche française. Malheureusement c'est une très grosse déception car malgré une Deborah Kerr qui démontre, encore une fois, qu'elle est très à l'aise dans la comédie, son partenaire, Rossano Brazzi, ne peut en dire autant. Peu crédible dans le rôle du séducteur français, il semble bien pâle face à l'actrice et même face à Maurice Chevalier :uhuh: Le film ne décolle pour ainsi dire jamais, l'ennui arrive très rapidement et se clôt sur un final proche du ridicule où l'on se demande si cette scène existe dans le scénario. Un film vraiment dispensable dans la filmographie de Deborah Kerr...
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by riqueuniee »

Un témoin dans la ville 'Edouard Molinaro, 1959). Une belle réussite que ce film noir made in France. Intrigue minimaliste, mais suspense soutenu (autour de la "cavale" de Lino Ventura). Réalisation efficace, avec un très belle photographie -le film se déroule de nuit. Interprétation remarquable (superbe composition de Lino Ventura). En dehors de l'ambiance film noir, on pourra aussi apprécier la balade dans un Paris qui a bien changé depuis, et de belles scènes de rue ou de bstrot.
Belle BO Jazz, de Barney Willen.
Diffusion sur 13ème rue, avec malheureusement une coupure publicitaire au milieu du film, et des surimpressions genre '"demain soir" ou "à suivre " -tel programme sur les dernières secondes du film .
L'image qui a tant occupé au quiz naphta est en fait l'introduction du film. C'est Françoise Brion qui se fait jeter du train.
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by hansolo »

Gilda - Charles Vidor (1946)

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Découverte du classique en même temps que le jeu des principaux interprètes (je connais très peu de films avec Glenn Ford ou Rita Hayworth :!: )

Pas déplaisant, mais le scénario m'a désarçonné et la conclusion me semble un peu vaine ...
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Rick Blaine »

hansolo wrote: Pas déplaisant, mais le scénario m'a désarçonné et la conclusion me semble un peu vaine ...
Je ne me souvient pas exactement de la conclusion du film, mais je l'avais trouvé fascinant, par son esthétique et son interprétation, au point d'en faire un indéboulonnable de mon top.
Et puis comment oublier Rita Hayworth dans ce film... :oops: :fiou:
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Demi-Lune
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Demi-Lune »

hansolo wrote:Pas déplaisant, mais le scénario m'a désarçonné et la conclusion me semble un peu vaine ...
Il faudrait que je revoie Gilda, cela fait bien longtemps maintenant. Mais si la présence de Rita Hayworth atteint effectivement dans ce film des cimes de beauté et d'érotisme, je crois que j'avais moi-même été un peu déçu par ce qu'on présente traditionnellement comme un des plus grands films noirs (genre que j'affectionne beaucoup). Gilda me semble, personnellement, être plus un fabuleux écrin taillé pour l'actrice qui y brille de mille feux (tout concourt à la mettre en valeur, à aviver le désir qu'elle inspire), mais le scénario patine un peu et se révèle peu prenant, et, si mes souvenirs sont bons, le "twist" final faisait assez artificiel.
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by riqueuniee »

Voilà,. Tu exprimes très bien ce que j'avais à dire. Le tungstène n'est même pas un Mc Guffin, comme le faucon dans Le faucon maltais.
Le film est en fait un drame psychologique et sentimental (pas toujours très bien) déguisé en film noir.
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hansolo
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by hansolo »

riqueuniee wrote:Voilà,. Tu exprimes très bien ce que j'avais à dire. Le tungstène n'est même pas un Mc Guffin, comme le faucon dans Le faucon maltais.
Le film est en fait un drame psychologique et sentimental (pas toujours très bien) déguisé en film noir.
Idem ...
Il est évident que la présence de l'incandescente Rita rend le film loin d'être déplaisant ... mais on est a mille lieux des classiques du genre ... (et l'aura qui entoure le film (qu'est ce que j'en ai entendu parlé!!) crée sans doute une déception à la mesure de l'attente ...)
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Jeremy Fox »

Et quant en plus on est pas du tout fan de Rita Hayworth, vous imaginez la (ma) déception :oops:
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Flavia
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Flavia »

Trois Camarades (Three Comrades) - Frank Borzage - 1938

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Trois vétérans de la guerre : Erich Lohkamp (Robert Taylor), Otto Koster (Franchot Tone) et Gottfried Lenz (Robert Young) rentrent dans Berlin ruinée et prête à succomber aux sirènes du nazisme. Tentant de survivre, ils rencontrent Patricia Hollmann (Margaret Sullavan) jeune femme belle et mystérieuse, et son protecteur, le riche parvenu Breuer (Lionel Atwill).

Ce film triste, sombre et pourtant d’un grand optimisme nous démontre que l’amitié, l’amour et la foi nous permettent de continuer malgré tout. L’Allemagne de l’entre-deux guerres est omniprésente, la montée du nazisme se fait sentir, lors de scènes de lynchage.

Les acteurs sont parfaits, en tête Robert Taylor drôle et touchant, sa partenaire Margaret Sullavan filmée magnifiquement incarne la douceur et la bonté, sans oublier Robert Young et Franchot Tone en amis loyaux et dévoués.

Mélodrame superbe teinté de romantisme, de chaleur humaine, remarquable et mélancolique. Très bonne surprise, je n'en attendais pas moins de Borzage.

Film produit par J. L. Mankiewicz.
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by riqueuniee »

Si tu ne l'as pas déjà vu, tu dois absolument voir the mortal storm (Borzage, toujours) avec aussi Margaret Sullavan (et avec également James Stewart) : deux magnifiques films sur fond de montée du nazisme en Allemagne (jusqu'à l'arrivée au pouvoir dans Mortal Storm, qui se passe en 1933)
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Flavia
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by Flavia »

riqueuniee wrote:Si tu ne l'as pas déjà vu, tu dois absolument voir the mortal storm (Borzage, toujours) avec aussi Margaret Sullavan (et avec également James Stewart) : deux magnifiques films sur fond de montée du nazisme en Allemagne (jusqu'à l'arrivée au pouvoir dans Mortal Storm, qui se passe en 1933)
Merci pour l'info :)
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hansolo
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by hansolo »

La Vallée des rois - Robert Pirosh (1954)
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Romance classique des 50' agréable à suivre entre R Taylor & Miss Parker (qui vient d’interpréter l'inoubliable Lenore dans Scaramouche) avec un final se déroulant aux temples d'Abou Simbel dans leur localisation initiale (quelques années leur "déménagement" pour éviter d'être engloutis par le barrage d'Assouan).

Le principal intérêt réside dans l'analogie assez frappante avec un nombre d’éléments non négligeable des Aventuriers de l'Arche Perdue (entre autres : recherche archéologique sur fond de textes bibliques, combat au sabre, "visite" d'un tombeau égyptien à la manière de Indy) ... et - pour l'anecdote - guide nomade se dénommant ... Akmed Salah ... :fiou:

Il est évident que Lucas & Spielberg ont vu et revu Valley of the Kings
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Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by riqueuniee »

Tout à fait. J'ai eu la même impression en voyant le film : on se retrouve devant un ancêtre des Aventuriers de l'arche perdue;
Un bon petit film d'aventures, qui présente aussi l'intérêt d'avoir été tourné (pour les extérieurs) en décors naturels (et pas seulement le site d'Abou Simbel). Les images sont d'ailleurs superbes.
Last edited by riqueuniee on 4 Oct 11, 17:52, edited 2 times in total.
feb
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Re: Notez les films naphtas - Octobre 2011

Post by feb »

Robert Taylor, Eleanor Parker et ça n'existe pas en DVD :evil: Tu l'as vu par le biais d'un enregistrement TV hansolo ?