Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Il existe un western sorti deux ans auparavant ayant de très nombreux points communs avec le Lang mais que j'ai trouvé plus original et surtout plus passionnant. Mais comme il est signé Lewis R. Foster, il est nettement moins connu : il s'agit de L'aigle et le vautour
daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by daniel gregg »

Ce Lang, il faut que je le revois car, en effet, on dirait qu'avec le temps s'opère une réévaluation le concernant.
Et je l'avais découvert il y a quelques années, fort influencé par la critique dithyrambique de Lourcelles et consorts. (dans le numéro spécial des Cahiers du Cinéma consacré au Cinéma américain du début des années 60, un certain nombre de journalistes le citent en effet dans leur Top ten, tous genres confondus).
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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Enfin ! La voilà cette superbe chronique sur Rancho Notorious :mrgreen:
Encore bravo pour le boulot Jeremy et même si ton avis diffère du mien, je comprends parfaitement que tu puisses être déçu par le film. Il fait partie de mes western préférés et je trouve que Lang a apporté une touche vraiment différente qui donne à ce film un style, un ton très particulier. J'aurais du mal à expliquer, à mieux détailler cette sensation mais le film de Lang me fait le même effet que Johnny Guitar de Ray : je suis absorbé par les images (qui malheureusement sont bien pales sur l'édition FSF ou sur la copie proposée par TCM soit dit-en passant :fiou: ), par l'actrice principale (étonnant non ? :mrgreen: ), par l'importance de la couleur et surtout par l'histoire si différente en comparaison d'autres western de facture "classique" (peut être justement parce que le personnage féminin est très important dans ces 2 films). Très belle critique Jeremy.

Un petit détail par contre : cette chronique manque de captures :fiou: :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Jeremy Fox
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The Wild North

Post by Jeremy Fox »

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Au Pays de la peur (The Wild North, 1952) de Andrew Marton
MGM


Avec Stewart Granger, Cyd Charisse, Wendell Corey, Morgan Farley, Ray Teal, John War Eagle
Scénario : Frank Fenton
Musique : Bronislau Kaper
Photographie : Robert Surtees (Ansco color)
Un film produit par Stephen Ames pour la MGM


Sortie USA : 22 mars 1952

Ne faisons pas attendre tomber le verdict plus longtemps et annonçons d’emblée que nous ne sommes pas déçu, au vu du résultat catastrophique, que The Wild North soit la seule incursion dans le western du pourtant intéressant Andrew Marton. D’origine hongroise, c’est Ernst Lubitsch qui le poussa à aller tenter sa chance à Hollywood. Il retourna en Europe, passant successivement d’Allemagne (qu’il quitta dès l’arrivée de Hitler au pouvoir) en Suisse, de Hongrie en Angleterre où il travailla aux côtés de Alexander Korda. Dès le déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale, il émigra aux USA et on le retrouve à Hollywood en tant qu’assistant réalisateur. C’est l’excellent Les Mines du Roi Salomon (King Salomon's Mines) coréalisé en 1950 avec Compton Bennett qui le fit émerger. Mais ce sera ensuite en tant que réalisateur de seconde équipe qu’il se fera le plus remarquer, ses propres films en solo s’avérant la plupart du temps médiocres. C’est lui qui entre autres tourna la fabuleuse séquence de chars dans le Ben-Hur de William Wyler, la scène la plus mémorable de La Chute de l’Empire romain (The Fall of the Roman Empire) d’Anthony Mann (la poursuite entre Commode et Livius) et qui s’occupa de la partie américaine du Jour le plus long (The Longest Day). Au Pays de la peur est le film qui suit immédiatement Les Mines du roi Salomon. A croire que sur ce film d'aventure en Afrique, c’est Compton Bennett qui menait la barque tellement la différence de qualité niveau mise en scène avec The Wild North est flagrante. Quoiqu’il en soit, ce n’est pas souvent que le western s’avançait si au Nord et c’est d’autant plus dommage de ne pas avoir profité de cette opportunité pour nous dépayser avec talent.


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Au début du 20ème siècle, au Canada. Une jeune indienne Chippewa (Cyd Charisse) est désireuse de regagner sa tribu. Elle était venue en ville pour gagner sa vie mais son activité de chanteuse de saloon et la promiscuité d'hommes rustres et constamment ivres ne lui plaisent guère. Jules Vincent (Stewart Granger), un trappeur français, lui promet de la raccompagner en pirogue jusque chez elle, dans le Grand-Nord. Se joint à eux Max, un homme qui se fait tuer par accident par Jules lors de la descente des rapides. Un homme de la police montée canadienne, Pedley (Wendell Corey), est chargé de l'arrêter afin qu'il soit jugé ; en effet, la veille les deux hommes s'étaient violemment battues pour les beaux yeux de la jeune indienne et les autorités ont du mal à croire que Max n'ait pas été abattu froidement par son rival. Accusé de meurtre, Jules doit s'enfuir mais est rapidement rattrapé par le policier qui lui passe les menottes. Il va falloir désormais rentrer alors que le froid est intense et que le chemin du retour est truffé de pièges naturels et humains : avalanches, tempêtes de neige, bandits et loups affamés. Les deux hommes ne sont pas au bout de leur peine mais les difficiles épreuves qu'ils auront à endurer cote à cote vont les rapprocher...


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D'un coté, un officier de la police montée canadienne, opiniâtre et peu loquace ; de l'autre un aventurier pittoresque et frondeur, charmeur et rigolard. Au pays de la peur, qui tire plus sur le film d'aventure que sur le western, se concentrera surtout sur les relations qui s'établissent entre les deux hommes durant un voyage au cours duquel l'un doit ramener l'autre en ville pour y être jugé ; un jeu du chat et de la souris entre un homme de loi et son prisonnier qui doivent dans le même temps affronter toutes sortes de danger et en premier lieu, le froid. Des conditions climatiques dont le trappeur est habitué et qui vont permettre à ce dernier, sans que son adversaire ne s'en rende compte, de mener la barque à son gré. Au cours de leurs périples, ils vont tomber nez à nez avec de dangereux hors-la-loi prêts à les tuer pour s'emparer de leurs montures et de leurs vivres, devoir se protéger d'une avalanche, lutter contre le froid extrême, descendre des rapides en pirogue, et pour finir, mener un combat sans merci contre une meute de loups affamés. A priori, une intéressante description psychologique, le touchant portrait d'une amitié naissante entre deux ennemis, de grandioses paysages, de l'action à revendre ; tout était en place pour le dépaysement et le divertissement assuré !


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Bronislau Kaper donnait le ton avec une partition faisant énormément penser à du Miklos Rosza, l'ample et énergique thème principal préfigurant étrangement ceux que le célèbre compositeur écrira pour les plus célèbres péplums hollywoodiens. Superbe générique donc qui se termine par une image de toute beauté, celle d'un canoë remontant une rivière enchâssée entre de somptueuses montagnes, l'embarcation finissant par accoster dans un endroit paradisiaque. Le film nous plongeait d'emblée dans la grande et belle aventure. Et puis Stewart Granger commence à ouvrir la bouche et c'en est fini de cette belle envolée lyrique et bucolique ; une vraie torture pour les oreilles commence et nous ne lâchera plus. Quelle idée de l'avoir fait jouer tout le film avec cet abominable accent français ; c'est un détail mais qui en dit long sur les fautes de goût du réalisateur qui malheureusement ne s'arrêtera pas en si bon chemin. Bref, le comédien en devient tout simplement insupportable et ridicule tout du long, son personnage de vantard et de benêt n'étant pas là pour arranger les choses ; ses partenaires ne sont guère plus gâtés ni par la direction d'acteur pour Wendell Corey (terne les 3/4 durant puis, ayant subi un traumatisme psychologique, grotesque en homme hagard le regard perdu dans le vague durant le reste du film) ni par l'importance du rôle accordée pour Cyd Charisse qui ne fait office ici que de charmant mobilier.


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Les dialogues étant risibles (la séquence de la mort du prêtre vaut son pesant de cacahuètes), la psychologie simplette et le scénario lassant et répétitif, les comédiens n'auraient d'ailleurs guère pu sauver grand chose. Le rire de Stewart Granger est tellement pénible, les expressions qu'on lui met dans la bouche si agaçantes (il appelle tout du long son adversaire par le diminutif de 'Baby' ; sous titrée français, ça donne 'mon poulet') que Wendell Corey lui donne à un moment un coup bien mérité ; à se demander s'il ne l'a pas fait réellement pour le faire taire ! Et Frank Fenton, le scénariste, de nous faire se succéder sans aucun sens du rythme une marche dans la neige, un feu de camp, une marche dans la neige, un feu de camp, une marche dans la neige, un feu de camp... le tout sans une seule étincelle d'émotion, sans aucune idée de mise en scène. Mais si la réalisation s'était contentée d'être à court d'idées ; elle s'avère en plus de ça totalement désastreuse et hideuse ; c'est un festival de faux raccords, de cadrages calamiteux, de gros plans disgracieux, le tout au sein d'un montage épouvantable et d'inharmonieux mouvements d'appareils. Les incessants passages des décors naturels aux décors de studio ne sont pas non plus franchement réussis, c'est le moins que l'on puisse dire. Avec les moyens qu'avait le MGM à l'époque, ç'en est presque incompréhensible.

Rageant de voir autant d'éléments prometteurs se transformer en un film sans rythme et aussi laid d'autant que le réalisateur est incapable d'exploiter ne serait-ce qu'un minimum les fabuleux paysages qu'il a à sa disposition (paysages qui sont ceux de l'Idaho et non du Canada où l'équipe n'a pas été tourner) ; les séquences de marche dans la neige sont une succession de plans plus platement filmés les uns que les autres. A sauver néanmoins dans ce qui se révèle être le premier film en Ansco Color (procédé qui, comme le Warner Color peu de semaines auparavant, n'aura guère révolutionné quoique ce soit), une impressionnante séquence d'avalanche, la scène finale dans les rapides et surtout celle de l'arrivée des loups en pleine nuit : l'apparition du premier animal les yeux brillants est effectivement assez effrayante. Le prologue était alléchant mais le souffle de l'aventure est plombé quelques minutes après qu'il se soit terminé ; le film ne se relèvera pas de la grossièreté de la mise en scène ni du cabotinage de Stewart Granger. Vraiment dommage !!!
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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Jeremy Fox wrote:De captures de Marlene faisais tu sous-entendre ? :mrgreen:
:fiou:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
ballantrae
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by ballantrae »

Cher Jérémy,
J'ai lu ta chronique sur Rancho notorious et , même si ne partage pas ton avis sur ce film qui m'avait fortement séduit il y a qqs années ( je l'avais découvert sur grand écran durant mes années estudiantines puis revu sur TCM ), dois reconnaître que le western n'est pas le genre où Lang se sent le mieux. il suffit de le comparer à d'autres westerns légèrement décalés, déplacés par rapport aux topoi du genre pour constater que son imaginaire est comme raidi: il suffit de se rappeler yellow sky ou Track of the cat de Wellman, Day of the outlaws de De Toth (qui me semblent stylistiquement plus proches de la sécheresse langienne que Johnny Guitar qui se rapproche de Rancho notorious par le personnage féminin).
Ton constat sur la politique des auteurs est juste et, malgré mon admiration, je ne mets pas Rancho notorious au même niveau que Manhunt, Moonfleet, House by the river, Beyond a reasonable doubt, Metropolis, M, Le testament du Dr Mabuse, fury ou big heat.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Petit retour en janvier de cette année avec le seul western de Vincent Sherman, Lone Star, avec le couple de Mogambo : Clark Gable / Ava Gardner
someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Encore une fois, 3 excellentes chroniques pour trois films que je ne connaissais pas... ca donne envie comme d'habitude. :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Merci Someone :)
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The Battle of Apache Pass

Post by Jeremy Fox »

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Au Mépris des lois (The Battle at Apache Pass, 1952) de George Sherman
UNIVERSAL


Avec Jeff Chandler, John Lund, Beverly Tyler, Bruce Cowling, Susan Cabot, John Hudson, James Best, Regis Toomey, Richard Egan
Scénario : Gerald Drayson Adams
Musique : Hans J. Salter
Photographie : Charles P. Boyle
Montage : Ted J. Kent
Une production Leonard Goldstein pour la Universal


Sortie USA : 05 avril 1952


Décidément, George Sherman est pour l'instant le metteur en scène que j’aurais le plus réévalué au cours de ce topic ; un cinéaste qui, loin d'être un tâcheron comme je le pensais au départ, possédait un véritable univers personnel (tout du moins dans le genre qui nous intéresse ici, ne connaissant guère le reste de sa filmographie). Après des westerns aussi plaisants et colorés que Black Bart (Bandits de grands chemins) et Calamity Jane et Sam Bass (La fille de la prairie), il entamait une série de westerns pro-indiens (sa filmographie est d'ailleurs très certainement, encore plus que celle de Delmer Daves, la plus à l'écoute des problème de la nation indienne à l'intérieur du cinéma hollywoodien) qui firent de son cursus westernien jusqu'à présent l'un des plus cohérents qui soit parmi les réalisateurs de série B. Ce fut d'abord Sur la piste des Comanches (Comanche Territory) mais surtout le splendide et méconnu Tomahawk. L’imagerie à la naïveté assumée et le côté bon enfant que l’on trouvait dans Comanche Territory sont totalement absents de Au Mépris des lois, traité au contraire avec la plus grande gravité, un peu comme l’avait été Tomahawk l’année précédente avec qui il entretient pas mal de points communs. Mais avant de les détailler, voyons donc de quoi il s'agit ; que nous conte cette jolie réussite du western militaire dont les conflits entre soldats et indiens occupent la majeure partie ?


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1860. Alors que les Apaches Chiricahuas commandés par Cochise (Jeff Chandler) semblent bien décidés à vivre en paix, les Tuniques Bleues quittent la région pour aller prendre part à la Guerre de Sécession qui vient d’éclater. De fortes têtes comme Geronimo décident d’en profiter pour reprendre les raids contre les colons. Le Major Colton (John Lund), ami de Cochise et de son épouse surnommée Little Lady (Susan Cabot), déterminé à rester sur place pour veiller au maintien de la paix sur ce territoire, comprend très bien que les récents massacres ne sont pas le fait de ce dernier mais de quelques rebelles éparpillés menés par le belliqueux Geronimo. Seulement, Neil Baylor (Bruce Cowling), le nouveau conseiller aux Affaires Indiennes arrivé récemment sur place, ne l’entend pas de cette oreille et, ne faisant pas confiance aux peaux rouges, va tout faire pour raviver le conflit avec l'aide de son inquiétant homme de main, Mescal Jack (Jack Elam) ; ces derniers, en cachette, vont même jusqu'à aller vendre des armes aux hommes de Geronimo, les poussant à continuer leurs exactions. Le jour où, profitant de l'absence du Major Colton, expressément mal conseillé par Baylor, le lieutenant Bascom (John Hudson) prend le commandement du fort, il fait prisonnier Cochise d'une manière assez lâche. C'est à partir de ce moment que les choses prennent une tournure plus dramatique ; la sauvagerie s'éveille dans les deux camps et le sang commence à couler de part et d'autres...


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Tourné deux ans après La Flèche brisée (Broken Arrow) avec déjà Cochise pour protagoniste principal, The Battle at Apache Pass se situe historiquement dix années auparavant, aux environs de 1861 et resserre en une durée assez courte deux faits historiques s’étant déroulés à un an d’intervalle : la honteuse affaire Bascom et la fameuse bataille de Apache Pass. Un rancher s'était mis à accuser Cochise d'avoir kidnappé son enfant et volé son bétail. Lors d'une rencontre entre le lieutenant Bascom de Fort Buchanan et Cochise, le chef des Tuniques Bleues tente de faire arrêter le chef indien qui s'échappe immédiatement en ayant soin de prendre un otage. Mais les soldats ont en gardé eux aussi. Les deux parties adverse ne voulant rien entendre, les otages sont massacrés de part et d'autres ; c'est le début de la reprises des Guerres Indiennes dans ce territoire des USA. Une année après, lorsque des renforts de soldats sont envoyés dans la région pour protéger la piste allant de Saint Louis en Californie, une bataille a lieu dans le Canyon appelé Apache Pass, lieu où les Indiens avaient tendu une embuscade aux soldats. Les troupes menées par le Colonel James Carleton emportent néanmoins une écrasante victoire grâce à l'artillerie utilisée, venue tout droit des champs de bataille de la Guerre de Sécession ; ils délogent donc à coups de canons les indiens cachés sur les rochers alentours et en déciment une grande partie (Dans Tomahawk, lors d'une séquence similaire, la victoire remportée sur les Indiens étaient également due à l'utilisation des premières mitrailleuses, armes que les adversaires ne s'attendaient pas à trouver en face d'eux).


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Tous ces faits, on les voit à l'œuvre au cours de Au Mépris des lois ; cependant il semblerait que Geronimo n'ait pas pris part à la bataille alors que George Sherman le fait combattre aux côtés de Cochise. Ce qui rend cependant son film bien plus intéressant, réunissant du coup les deux ennemis ayant eu jusqu'à présent des conceptions différentes de la manière de se comporter et de vivre en bonne harmonie ou non avec les hommes blancs. Le film se termine sur le départ de Cochise et un dernier message de réconciliation possible. Dans les faits, dès ce jour Cochise ira se réfugier au Mexique durant une dizaine d’années jusqu’à ce que Tom Jeffords vienne le rencontrer pour renouer un semblant de paix ; il s’agit du début de l’histoire racontée par Delmer Daves dans son justement célèbre Broken Arrow.


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Si ce dernier avait bénéficié d’un important budget de la part de la Fox, le film de George Sherman n’est qu’une série B aux moyens bien plus limités. Il s’en ressent durant les séquences de batailles cependant assez spectaculaires, notamment l’embuscade finale qui donne son nom au titre original et qui dispose d’assez de figurants pour être convaincante et réaliste, d’autant plus que Sherman en profite pour nous filmer quelques splendides gros plans d’une belle dignité sur de vraies femmes indiennes. Un western intéressant aux intentions louables de tolérance pro-indienne, et historiquement assez juste dans sa description de la rupture de la nation Apache (même si comme nous le disions plus haut les faits réels se déroulant logiquement sur une année sont compressés ici en quelques jours), mais qui souffre d’un scénario un peu moins rigoureux et plus répétitif (donc moins captivant) que celui de Tomahawk, d’un sérieux parfois un poil trop solennel et de deux personnages féminins principaux totalement sacrifiés par les auteurs. En effet, Susan Cabot et Beverly Tyler ont peu de temps de présence à l'écran mais leurs deux personnages féminins sont néanmoins à l'origine de séquences d'une grande tendresse ; à cet égard, voir la première entre Cochise et son épouse en tout début de film ainsi que celle qui confronte les deux femmes sous le wigwam, la jalousie première faisant vite place à la compréhension et à l'amitié. Quoiqu'il en soit, même si nous aurions souhaité qu'elles soient moins laissées de côté, elles rivalisent de beauté et ce n'est, avouons-le, pas pour nous déplaire. Dommage quand même que Beverly Tyler soit une actrice de moindre talent contrairement à l'héroïne de Tomahawk, la superbe Yvonne de Carlo (l'autre actrice de ce précédent film étant déjà Susan Cabot dans le rôle de l'indienne).


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La réalisation manque aussi un peu de punch, ce qui empêche la mise en place d’une intensité dramatique qu’il aurait pu posséder sous la houlette d’un cinéaste de la trempe d'un Delmer Daves ou d'un Anthony Mann. Sherman s'en sort néanmoins avec les honneurs notamment lorsqu'il ne cherche pas à édulcorer la cruauté présente dans les deux camps adverses lors de la superbe séquence du massacre des otages (d'autant plus que Cochise tue un de ses amis). Il se rattrape aussi d'ailleurs surtout par sa parfaite maîtrise du cadre et lorsqu'il s’agit de mettre en valeur les somptueux paysages rougeoyants et arides de l’Ouest américain, les canyons, déserts, gorges ou vallées écrasées par le soleil, aidé en cela par son chef-opérateur de Tomahawk, Charles P. Boyle, qui accomplit un remarquable travail (c'est la seule et unique fois que les paysages de Arches National Park seront d'ailleurs utilisés). Il nous surprend également très positivement par quelques splendides immenses plan d'ensemble et par de très belles idées de mise en scène, dont certaines scènes violentes en hors-champ comme l’ellipse et le raccord sur le ciel qui remplacent la séquence du massacre des colons au bord de la rivière. Le cinéaste, au sein de la production de série B, faisait vraiment partie des tous meilleurs concernant l'utilisation des extérieurs du Far West ; ses larges et lents panoramiques sont de toute beauté surtout qu'ils sont rehaussés par la partition d'un compositeur dont j'avais déjà dit tout le bien "qu'il fallait en penser" lors de ma critique de Bend of the River, Hans Salter, ici encore, sans atteindre les hauteurs de ce précédent score, très inspiré.


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Concernant l'interprétation, elle se révèle de très bonne tenue. Jeff Chandler est un Cochise à nouveau très charismatique, Jay Silverheels également dans le rôle de Geronimo (qu'il avait lui aussi déjà endossé à plusieurs reprises) : en passant, le combat au couteau qui les oppose est un beau morceau de bravoure. Et le reste du casting masculin a plutôt été choisi avec beaucoup de soin : on y trouve les très bons Richard Egan, Hugh O'Brian, Bruce Cowling, James Best ou Jack Elam dans le rôle de 'Mescal Jack', l’odieux sous-fifre de l’escroc aux Affaires indiennes. Quant au personnage principal, le major idéaliste, ami des Indiens, John Lund en donne une honnête et sobre interprétation. "L’amitié est préférable aux canons" dit-il à un moment donné. Si le film de George Sherman ne possède pas la même intensité dramatique que de précédents westerns pro-indiens (La Flèche Brisée de Delmer Daves, La Porte du diable d'Anthony Mann ou encore Tomahawk), il n'en force pas moins le respect. Les bons sentiments ne font pas forcément les bons films mais il arrive (souvent) que ce soit le cas.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

et encore une chronique qui donne envie de voir le film !
pak
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by pak »

Taza fils de Cochise m'avait assez barbé, du coup, sais pas pourquoi, mais en voyant Jeff Chandler sur la jaquette du DVD d'Au mépris des lois en indien, j'ai fait comme une sorte de projection et j'ai zappé l'achat. Apparemment, fallait pas... :?
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

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Outlaw Women

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Femmes Hors-la-Loi (Outlaw Women - 1952) de Sam Newfield
RON ORMOND PRODUCTIONS


Avec Marie Windsor, Richar Rober, Jackie Coogan, Carla Balenda, Allan Nixon, Jacqueline Fontaine
Scénario : Orville H. Hampton
Musique : Walter Greene
Photographie : Ellis W. Carter (Cinecolor 1.37)
Un film produit par Ron Ormond pour la Ron Ormond Productions


Sortie USA : 28 avril 1952


Sam Newfield était un cinéaste ultra prolifique qui pouvait tourner en moins d’une quinzaine de jours jusqu’à une vingtaine de films par an. Parmi ses quelques 250 films au total (dévolus surtout aux Drive-in), très peu sont passés à la postérité, qu’ils soient signés de son véritable nom ou sous des pseudonymes tels Sherman Scott ou Peter Stewart. Dans le dictionnaire des réalisateurs supervisé par Jean Tulard, on peut lire "Il faut avoir vu Le Créateur de monstres ou Nabonga, sombre histoire de gorilles, pour mesurer à quel degré de stupidité peut atteindre Newfield […] Tant de désinvolture, qu’il s’agisse d’un western, d’un thriller ou d’un film d’horreur, finit même par créer un style et les adeptes du ‘second degré’ élèvent depuis longtemps un culte à Sam Newfield." Ne connaissant de ce cinéaste que Terror of Tiny Town, western entièrement interprété par des nains et très justement classé parmi les cinquante plus mauvais films de tous le temps, je ne peux que souscrire à tout ça sauf sur le fait que l’on puisse élever un culte à l’imbécilité. C’était donc avec un à priori fortement négatif que je m’apprêtais à découvrir ce western soi-disant féministe. Et… je n’ai presque pas été déçu ! Hormis un postulat de départ assez cocasse et original, l’intrigue a beau se révéler sans surprises, le scénario est tellement lâche et mal écrit que le lendemain de sa vision, on a du mal à se le remémorer. Pondre ce semblant de résumé ci-dessous m'a été assez difficile :mrgreen:


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Les filons miniers de la ville de Silver Creek commençant à se raréfier, les habitants désertent en masse ; il n’y a donc plus beaucoup de travail pour les médecins tandis que les joueurs ne trouvent plus assez de partenaires, se contentant de prendre des paris sur les rares duels qui se déroulent encore en ville, chacun voulant se mesurer avec le tireur d’élite Piute Bill (Jackie Coogan). Une nouvelle fois ce jour là, Piute est obligé de descendre une forte tête. Une balle de son adversaire l’ayant égratigné, le docteur Bob Ridgeway (Allan Nixon) est là pour soigner sa blessure ainsi que celle d’une jeune femme, Beth Larabee (Carla Balenda) qui a reçu un bout de verre dans l’épaule suite à cette violente confrontation. Cette dernière, tombée sous le charme du médecin, lui propose de venir s’installer à Las Mujeres dans le Nouveau Mexique où le manque de docteur se fait cruellement ressentir. Bob apprend du joueur Woody Callaway (Richard Rober) qu’il s’agit d’une ville dirigée exclusivement par des femmes avec à leur tête la tenancière du saloon tenu par ‘Iron’ Mae McLeod (Marie Windsor). Ayant refusé ‘l’invitation’, le docteur se retrouve néanmoins à Las Mujeres après que sa diligence ait été arrêtée par Beth qui refusait de laisser partir sa ‘proie’. Il est bientôt rejoint par Woody et Piute qui ont dans l’idée de se refaire une fortune au détriment des femmes. Woody connait bien Iron Mae puisqu’ils semblent avoir été autrefois amants. Quelques jours plus tard, le bandit Frank Slater (Richard Avonde) vient proposer à Mae d’être partenaires pour la préparation d’un coup. Mae refuse et Frank jure de se venger…


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Une ville sous la coupe d’une armée de femmes, une de ces amazones (l’actrice Maria Hart) qui semble pratiquer les arts-martiaux au vu de la prise qu’elle effectue pour remettre un homme à sa place, une autre faisant semblant d’être malade pour assouvir sa nymphomanie auprès du nouveau médecin, un étui de revolver pivotant, un tireur d’élite cachant une dizaine d’armes sous ses vêtements, un quatuor vocal masculin a cappella… Voilà quelques petits détails cocasses qui démontrent d’emblée qu’il ne faut pas prendre ce film au sérieux ; il n'a d'ailleurs bien évidemment pas été conçu dans ce but. Malgré le fait de le savoir et de trouver quelques unes de ses séquences plutôt amusantes, il faut bien se rendre à l’évidence : l’ensemble est très mauvais et ce, à tous les niveaux. Hormis son postulat de départ, le scénario est minable et absolument pas subversif, ces femmes insoumises finissant par entrer dans le rang, s’étant toutes amourachés d’hommes allant ‘comme il se doit’ les remettre dans ‘le droit chemin’ ! Ceux qui auraient cru au moins tomber sur un western féministe devront donc déchanter, la morale conservatrice du mâle dominant étant sauve. Quant à la fantaisie que nous aurions été en droit d'attendre, elle n’existe quasiment pas, les dialogues eux-mêmes s’avérant d’une débilité consternante ; ou alors une fantaisie pachydermique.


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Quant à la mise en scène, sauve qui peut ! Elle est mauvaise à pleurer à l’image de la fusillade finale qui fait beaucoup de bruit mais qui visuellement parlant ne consiste qu’en une suite de champs / contre champs sur les adversaires qui tirent à qui mieux-mieux sans casser un seul objet, saus causer de bris de vitres alors qu’ils sont censés tirer au travers !!! Pour prouver le degré de bâclage de l’ensemble, le producteur aurait réalisé toutes les séquences ne comprenant que des hommes, Sam Newfield toutes celles ne comprenant que des femmes ! Malgré tout, on aura pu se surprendre à s’ennuyer moins qu’on l’aurait cru grâce à la présence de Marie Windsor (une comédienne ayant joué un nombre incalculable de ‘Bad Woman’ et notamment dans le film noir) qui arrive à faire passer la pilule ainsi qu’à celle de Jackie Coogan en tireur d’élite qui parvient à nous faire sourire de temps à autre comme lorsqu'au final il déballe toute sa quincaillerie cachée dans sa ‘panoplie’ ; le même Jackie Coogan qui, rappelons-le, interprétait The Kid de Charlie Chaplin plus de 30 ans plus tôt. Le reste du casting est à placer au même niveau que l’ensemble du film, de sa musique totalement nulle, de ses décors minables et de sa très laide photographie en cinécolor, c'est-à-dire au plus bas ! Mais enfin, que pouvait on sincèrement attendre du réalisateur de cet effroyable navet qu'était Terror of Tiny Town ? A réserver exclusivement aux amateurs de curiosités !
pak
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by pak »

Bon ben l'est dans ma liste de course !
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

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L'étranger...
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Location: Dans le dos de Margo et Roy !

Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by L'étranger... »

Jeremy Fox wrote:
pak wrote:Taza fils de Cochise m'avait assez barbé, du coup, sais pas pourquoi, mais en voyant Jeff Chandler sur la jaquette du DVD d'Au mépris des lois en indien, j'ai fait comme une sorte de projection et j'ai zappé l'achat. Apparemment, fallait pas... :?
Le film de George Sherman est bien meilleur que le western de Sirk qui moi aussi m'avait passablement ennuyé

Pareil que vous, sauf que moi c'est le Sirk que je n'ai pas acheté (déjà en dvd-r gravé sur Canalsat) ! :uhuh:
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