Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

ballantrae wrote:Band of angels que je parlais car je le croyais de cette année là or il date de 1957!
Une de mes plus grosses déceptions de l'an dernier ; on se rejoint donc sur ce film. J'ai du écrire une petite bafouille quelque part ; encore faut-il que je la retrouve

Voilà
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Jeremy Fox wrote:L'esclave libre (Band of Angels)
Nestor Almendros wrote: Je viens de le terminer et ce fut assez difficile pour moi. Je trouve le film trop propre sur lui, trop lisse, avec un Gable qui nous fait le séducteur à la tête de cartoon et la Yvonne de Carlo au physique très très agréable, certes, mais qui ne fait pas passer grand chose et qui n'est surtout pas crédible une seconde en fille d'esclave noire. En jolie fille par contre y'a aucun problème :wink: .

La première heure s'apparenterait presque à un conte de fées, avec Gable à la fois bonne fée et prince charmant. La deuxième heure est plus noire, et décrit de façon intéressante certains côtés du conflit nord/sud mais c'est très vite ramené à des figures basiques. Le film est en fait un gros spectacle avec un pseudo fond, mais reste très superficiel. Je l'avais déjà vu 2 fois il y a quelques années sur TCM, sans grand souvenir. Je comprends pourquoi.
+ 100 sur tout ce qui a été dit ci-dessus ; j'aurais ajouté un scénario qui part dans tous les sens (ça me confirme que John Twist était quand même un sacrément mauvais scénariste sur l'ensemble de sa carrière) sans jamais nous passionner (mais des dialogues plutôt réussis et assez osés) et une Yvonne de Carlo qui m'a quand même montré ses limites.

Quant à la comparaison avec Gone with the Wind, je la trouve sacrément culottée tellement chacune de ses séquences prises séparément est plus ample et plus inspirée que n'importe laquelle du Walsh qui m'a presque ennuyé. Plastiquement parlant, j'ai trouvé le film très pauvre ; idem concernant le rythme. Et ces transparences !!! La Warner en usait à mauvaise escient durant les années 50 alors qu'un studio comme Universal les bannissait à juste titre. Très grosse déception une fois encore pour un Walsh :(
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Jeremy Fox
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Gun Fury

Post by Jeremy Fox »

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Bataille sans merci (Gun Fury, 1953) de Raoul Walsh
COLUMBIA


Avec Rock Hudson, Donna Reed, Philip Carey, Roberta Haynes, Leo Gordon, Lee Marvin, Neville Brand, Ray Thomas, Pat Hogan
Scénario : Irving Wallace et Roy Huggins d’après le roman Ten Against Caesar de Kathleen B. George et Robert A. Granger
Musique : Mischa Bakaleinikoff
Photographie : Lester H. White (Technicolor)
Un film produit par Lewis J. Rachmil pour la Columbia


Sortie USA : 30 octobre 1953

L’année westernienne 1953 avait débutée dès le 03 janvier avec Raoul Walsh et l’une de ses plus belles réussites dans le genre, Victime du destin (The Lawless Breed). Rock Hudson y interprétait le bandit John Wesley Hardin avec force conviction. Gun Fury est un film bien moins ambitieux et dans lequel Rock Hudson fait moins forte impression, un de ces nombreux films tournés surtout pour être vus ‘en 3D’ en cette année qui fit découvrir cette nouvelle ‘technique’. "Voilà néanmoins un bon petit film de série !" pourra-t-on aisément affirmer après que le 'The End' ait fait son apparition sur l’écran. Mais sachant qu’il a été réalisé par Raoul Walsh, avouons que nous aurions voulu quand même pouvoir écrire autre chose que cette phrase évoquant un western honnête mais routinier. Dans une filmographie aussi conséquente que celle du cinéaste, s’étendant sur une centaine de films du muet aux années 1960, il était cependant tout à fait logique de trouver en son sein des œuvres mineures, ce qu’est indubitablement ce Bataille sans merci.

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Dans une diligence caracolant dans les paysages désertiques de l’Arizona se trouve Jennifer Ballard (Donna Reed), une belle jeune femme qui doit rejoindre son fiancé Ben Warren (Rock Hudson), avec qui elle doit se rendre en Californie pour y couler des jours heureux. Voulant lui faire une surprise, Ben la retrouve plus tôt que prévu, au premier arrêt de la diligence. Le lendemain, les voilà repartis en direction de l’Ouest par le même mode de locomotion en compagnie de deux autres voyageurs. Malheureusement, ces derniers se révèlent être de dangereux hors-la-loi : Burgess (Leo Gordon) et le tristement célèbre Frank Slayton (Phil Carey), ex-soldat confédéré qui n’a pas supporté la défaite, pillant et tuant désormais sans vergogne. Rejoints par des complices déguisés en Tuniques Bleues, ils stoppent la diligence, dépouillent son chargement d’or, laissent Ben Warren pour mort et prennent Jennifer en otage, Slayton n’ayant pas été indifférent à sa beauté et au sourire de la jeune femme. Burgess, ne supportant pas le comportement de son "chef" envers la captive et pensant qu’elle les ralentit dans leur fuite, se rebelle mais fini abandonné, ligoté et livré aux vautours. De son côté, Ben, seulement blessé et évanoui, se lance à la poursuite de sa promise. Sur son chemin, il délivre Burgess avec qui il fait désormais équipe. Un peu plus tard, ils sont rejoints dans leur chasse par Johash (Pat Hogan), un indien dont la sœur a été massacrée par le gang Clayton. Ils ne demeureront que trois pour effectuer cette battue, car personne d’autre ne souhaite leur venir en aide, ni les civils ni les représentants de la loi, chacun préférant garder sa tranquillité (le célèbre High Noon était sorti seulement un an plus tôt !). Dans le camp des poursuivis, Jennifer n’a de cesse de repousser les avances de plus en plus pressantes de son geôlier. La poursuite, qui amène tout ce petit monde au Mexique, est sans merci et les morts s’accumulent...

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Filmé pour être exploité en relief, comme d’autres films à l’époque (les plus célèbres, à juste titre, étant Kiss Me Kate de George Sidney et L’Homme au masque de cire d’André De Toth) dans le but d’attirer le spectateur dans les salles après que la télévision ait envahi les foyers et 'scotché' le public devant son petit écran, Gun Fury est sorti en France pendant l’été 1958 mais n’y fut pas exploité dans ce procédé ; en cinq ans, la formule était déjà tombée en désuétude. De la volonté de filmer en relief, il demeure quelques plans -perceptibles même lors d’une projection 'à plat'- conçus pour accentuer son côté spectaculaire : la caméra fixée à l’avant de la diligence dévalant un raidillon ; Lee Marvin pointant le canon de son fusil sur l’objectif ; Pat Hogan s’avançant le couteau à la main en gros plan, la lame brillante et effilée tendue vers l’avant ; et, plus fréquemment, plusieurs scènes au cours desquelles les protagonistes lancent toutes sortes d’objets en direction du spectateur qui se les prend ainsi en pleine face. Dans tous les cas, ne pouvant désormais le visionner qu'en 2D, le résultat, visuellement parlant, est nettement moins hideux qu'au sein du premier western à être sorti 'en relief', Les Massacreurs du Kansas (The Stranger wore a Gun) d'André De Toth.

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Spectaculaire, ce petit film l’est assurément par le rythme que lui impose le réalisateur. Peu de temps morts, ça file à toute vitesse ! Rythme sans faille, vigueur des scènes d’action, superbe manière d’appréhender la topographie des lieux, de magnifier les paysages rougeoyants et désertiques de l’Arizona, ses cieux tour à tour largement dégagés ou chargés de majestueux nuages, la poussière qui s’élève suite aux passages des chevaux caracolant… Raoul Walsh est visiblement à son aise avec ce scénario rocambolesque de Roy Huggins. Les scènes mouvementées se suivent sans interruption, Walsh passant de l’une à l’autre avec sérénité et application, emmenant cette bande jusqu’à son final sans perdre une seule fois la main. De l’action, encore de l’action et pas vraiment le temps de s’embarrasser de psychologie. Raoul Walsh opère avec un grand professionnalisme ; néanmoins on ne le sent guère concerné par son travail. Il remplit son contrat mais ne s’implique pas plus avant, se fichant comme d’une guigne des faux raccords qui sont légions et de certaines vilaines transparences et nuits américaines qui, en temps normal, auraient été moins bâclées. Mais les aficionados du western ne devraient pas faire la fine bouche, un bon film de série (dans l’esprit plus que par le budget) comme Gun Fury pouvant sans aucun problème leur faire passer un moment tout à fait réjouissant.

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Les personnages principaux, unidimensionnels et fortement caractérisés, demeurent cependant intéressants surtout au départ où nous les retrouvons dans une séquence tout à fait réussie, tous réunis dans un relais de diligence, prenant leur repas tout en discutant de la Guerre de Sécession désormais terminée. Tous les personnages principaux se trouvaient du côté des Sudistes mais chacun a réagi différemment face à la défaite. On reconnait là un peu la situation de départ de l'excellent Horizons West (Le Traître du Texas) de Budd Boetticher dans lequel Rock Hudson tenait un rôle à peu près similaire. Ben Warren donc, est un homme sage qui veut oublier le passé, la violence et le bruit des armes, partir pour la Californie et ne plus s’occuper que de son futur foyer ; il regrette que la Guerre de Sécession se soit déroulée dans un bain de sang : "I still say the war could have been prevented by peaceful means, negociation, compromise, reason. I’m sick of violence and force." Promettant à cet instant de ne plus jamais se mêler des affaires des autres, il changera pourtant d’avis malgré la supplication de sa fiancée et, au final, renonçant à son idéal légaliste et non-violent, il prendra la décision de mettre Slayton hors d'état de nuire après avoir vu ce dernier tuer de sang-froid son ex complice (séquence, très bien filmée et montée, d’échanges de prisonniers).

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Slayton justement, gentleman sudiste, ne supporte pas d’avoir vu ses terres et son 'monde' détruits par les Yankees et n’imagine pas un retour à la vie normale. La défaite lui étant intolérable, il poursuit son propre combat en harcelant et tuant tout d’abord les Carpetbaggers (profiteurs de guerre) ; mais il finit par s’attaquer aussi aux femmes et aux enfants et dépasse alors vite les bornes du combat honorable pour sombrer dans la violence et le sadisme les plus haïssables. Si ses rapports avec Jennifer offrent ce qui se révèle de plus captivant dans le scénario, c’est avant tout dû au fait que Donna Reed et Phil Carey sont les acteurs les plus convaincants du casting. Aucune ambiguïté dans leurs relations, Jennifer refusant de se donner à son geôlier, se doutant en son for intérieur que son fiancé n’a pas pu être tué, mais des rapports de force plutôt tendus et assez prenants. Tous les personnages gravitant autour n’ont d’autre intérêt que de présenter des gueules de cinéma ; de ce point de vue, on pouvait difficilement faire de meilleurs choix que Lee Marvin mais surtout Leo Gordon et ses yeux bleus électriques qui lui donnent un air vraiment inquiétant.

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Même s’il prononce la plus belle 'punchline' du film, "Bullets are very democratic ; they Kill good men as well as bad", Rock Hudson n’est ici intéressant que par sa stature que Walsh se plait à filmer en contre-plongée, sa forte silhouette se découpant ainsi à merveille devant les ciels et les pics rocheux ou montagneux ; car si l’on devait parler de son jeu, nous serions obligés d’avouer qu’il n’était ici qu’assez terne. Ce n’est d’ailleurs pas lui qui bénéficie du plus long temps de présence à l’écran car le cinéaste s’intéresse surtout à son très charismatique 'Bad Guy' qui trouve en Phil Carey un acteur idéal. Donna Reed, surtout connue pour avoir été l’héroïne de quelques-uns des chefs-d’œuvre de Capra (La Vie est belle) et Ford (Les Sacrifiés), est très à l’aise dans le genre et trimballe avec conviction sa superbe silhouette et ses beaux atours au milieu des rudes paysages qui composent le film. Nous avions déjà pu nous en rendre compte au travers du Relais de l'or maudit ; dommage que son personnage ne soit pas plus fouillé (et ceci est valable pour tous les autres)

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Efficace mais prévisible, primitif mais honorable ; en tous les cas fort plaisant ! Et pourtant, le scénariste Roy Huggins (surtout célèbre pour avoir écrit des épisodes de séries TV comme Maverick, Le Fugitif…) a fait encore mieux à travers le seul film qu’il a mis en scène lui-même, celui dont je vous parlais juste au-dessus, le trépidant et jouissif Hangman’s Knot. Une preuve supplémentaire que, malgré les qualités de Gun Fury, ce dernier n’en demeure pas moins très mineur à l’intérieur du genre et de la filmographie même de Walsh qui comporte des titres beaucoup plus glorieux dans le western tels The Big Trail, They Died with Their Boots On, The Lawless Breed.
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Flavia
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Flavia »

Comme tu as raison :wink: je l'ai bien apprécié ce Doris Day :)
O'Malley
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by O'Malley »

C'est vrai que pour Bataille sans merci, c'est surtout Phil Carey (et dans une mondre mesure, Donna Reed) qui remporte le morceau et donne du relief à ce western d'honnête facture. Mais j'ai toujours cru qu'il abusait de Donna Reed dans le film (je me souviens de le voir s'avancer, dans la chambre où est retenue la dame, de celle-ci, refermer brutalement la porte, laissant aucun doute sur l'ellipse qui suit). A revoir car mes souvenirs datent pour le coup.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

O'Malley wrote:C'est vrai que pour Bataille sans merci, c'est surtout Phil Carey
Pour ceux qui ne le connaitraient pas, il s'agit de l'acteur assis à gauche de Leo Gordon sur la 3ème capture.
O'Malley
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by O'Malley »

Jeremy Fox wrote:
O'Malley wrote:C'est vrai que pour Bataille sans merci, c'est surtout Phil Carey
Pour ceux qui ne le connaitraient pas, il s'agit de l'acteur assis à gauche de Leo Gordon sur la 3ème capture.
Je ne l'ai jamais vu par la suite dans un rôle aussi charismatique (même pas dans l'excellent Pushover ou il jouait l'acolyte de Fred McMurray).
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

a l air bien ce film ! :)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Avant d'en revenir aux 50's avec deux films signés Byron Haskin puis la reprise du parcours à la fin de l'année 53, on fera un dernier détour vers la décennie précédente avec

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Flavia
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Flavia »

Enregistré, j'attends avec impatience ta critique. :)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Premier des deux westerns mis en scène par Byron Haskin en 1951 : Warpath
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Le suivant (Silver City) en fin de semaine :wink:
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Jeremy Fox
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Silver River

Post by Jeremy Fox »

Fin des rattrapages avec Silver City ; encore un western plus que moyen signé Byron Haskin ; mais la comédienne principale m'a fait être un peu moins sévère que pour les deux autres westerns du cinéaste qui entourent celui-ci, Warpath et Denver & Rio grande. Mais bon, pas de quoi s'en relever la nuit quand même.

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Après, on va enfin pouvoir reprendre le cours normal des choses et si tout va bien, boucler l'année 1953 juste pour le deuxième anniversaire du parcours. Reste donc La Blonde du Far West (Calamity Jane) de David Butler, Hondo de John Farrow et, pour terminer, l'arrivée de John Sturges avec son Fort Bravo.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Amis de la douceur, de l'élégance et de la finesse, vous pouvez vous abstenir de vous rendre au prochain rendez-vous. Amis westernophiles aussi d'ailleurs :mrgreen:



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Par contre, si vous craquez devant un joli minois, on se retrouve en début de semaine avant de poursuivre plus sérieusement par la suite


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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

Moi je vote pour l'image N°2 :mrgreen:
Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Julien Léonard »

Oula, c'est du lourd la première image... :mrgreen:

Heureusement, la belle Doris est là. Je ne connais pas du tout ce film, et pourtant je l'ai en DVD. Faudra que je tente le coup un de ces jours.
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Jeremy Fox
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Calamity Jane

Post by Jeremy Fox »

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La Blonde du Far West (Calamity Jane, 1953) de David Butler
WARNER


Avec Doris Day, Howard Keel, Philip Carey, Dick Wesson, Paul Harvey, Chubby Johnson, Allyn Ann McLerie
Scénario : James O'Hanlon
Musique : Sammy Fain & Paul Francis Webster
Photographie : Wilfred M. Cline (Technicolor)
Un film produit par William Jacobs pour la Warner


Sortie USA : 04 novembre 1953

Après The Harvey Girls et Annie reine du cirque (Annie Get your Gun), tous deux signés George Sidney, voici avec Calamity Jane une troisième comédie musicale se déroulant dans le Far-West du 19ème siècle et s'appropriant respectueusement tous les codes et ingrédients du genre, toujours avec beaucoup d'humour. Annie Get your Gun mettait déjà en scène un fameux personnage féminin de l'histoire de l'Ouest, Annie Oakley, qui fut l'une des principales attractions du cirque de Buffalo Bill. Concernant cette autre célébrité qu’est Calamity Jane, nous avions déjà eu l'occasion de rencontrer ce personnage sous les traits de Jean Arthur dans le superbe The Plainsman (Une Aventure de Buffalo Bill) de Cecil B. DeMille aux côtés de Gary Cooper dans le rôle de Wild Bill Hickok, puis sous ceux de la splendide Yvonne De Carlo dans un western beaucoup moins connu mais excellent lui aussi, réalisé par George Sherman en 1949, La Fille des prairies (Calamity Jane ans Sam Bass). En cette année 1953, c’est au tour de Doris Day d’endosser le rôle de la tireuse d’élite la plus emblématique qui soit ; et elle le fait avec un abattage confondant !

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Calamity Jane (Doris Day), très populaire dans sa ville de Deadwood (Dakota), est un véritable garçon manqué aux manières frustres, très habile au tir. Derrière son dos, attisé par Wild Bill Hickok (Howard Keel), ses concitoyens ne manquent pas une occasion de se moquer de sa vantardise outrancière, de sa naïveté et de son caractère très ‘soupe au lait’. Tous ces défauts ne l'empêchent pas d'avoir un cœur d'or ; elle va tout faire pour sauver de la faillite son ami Henry Miller (Paul Harvey), le tenancier du saloon local qui vient de subir un bide monumental avec la prestation calamiteuse de Francis Fryer (Dick Wesson) qu'il avait obligé à se travestir en femme après avoir annoncé à ses clients la venue d'une certaine... Frances Fryer. Pour que son établissement ne soit pas vite déserté, il faut qu'il trouve au plus vite une remplaçante qui fasse le poids. Voilà que Calamity part pour ‘Chicagee’ à la recherche d'Adélaïde Adams, une chanteuse adulée que les habitants de Deadwood, en manque de présence féminine, rêveraient de voir se produire dans leur petite bourgade. Mais ‘Calam’ ramène sans le savoir sa bonne, Katie Brown (Allyn Ann McLerie) qui, rêvant de monter sur scène, se fait passer pour sa patronne. Le lieutenant Danny Gilmartin (Philip Carey) et Wild Bill Hickok ne vont pas être insensibles aux charmes de la nouvelle venue, au grand dam de Calamity qui prend du coup conscience de son manque de féminité...

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Cette parodie a été réalisée par David Butler, cinéaste assez peu connu que nous avions pourtant déjà croisé aux alentours de 1946 lorsque nous avions abordé le plaisant San Antonio, l'un des plus gros budgets de la Warner dans le genre et qui mettait en scène Errol Flynn et Alexis Smith. Mais les amateurs de comédies musicales le connaissent mieux que les westernophiles puisque ce fut quasiment son genre de prédilection. Toujours à la Warner pour qui il fut très fidèle, après celles de Michael Curtiz, Butler a sans doute réalisé les films musicaux les plus sympathiques du début de carrière de Doris Day avec Tea for Two et Escale à Broadway (Lullaby of Broadway). Mais il est évident que son talent est bien moindre que celui de George Sidney et, techniquement et plastiquement parlant, son Calamity Jane n’est pas du même niveau que The Harvey Girls ou Annie Get your Gun avec lequel il possède néanmoins d’innombrables points communs à commencer par son personnage principal qui aurait d’ailleurs très bien pu être interchangeable, Betty Hutton et Doris Day les interprétant sur le même tempo et sur le même registre, à savoir celui du cabotinage le plus éhonté ; il vaut mieux prévenir car ces deux prestations pourraient en fatiguer ou agacer plus d’un alors que d’autres au contraire se réjouiront d’une telle énergie à revendre !

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Même si le film possède un rythme assez soutenu, la mise en scène est trop peu inspirée pour en faire une grande comédie musicale. Ceci dit, elle s’avère néanmoins franchement très amusante. Elle est portée à bout de bras par une Doris Day gouailleuse et survoltée qui s'amuse visiblement comme une folle à se comporter et à parler comme un garçon mal dégrossi. Son énergie et son abatage sont communicatifs ; son registre étant assez vaste, elle arrive même vers la fin du film à nous toucher par sa vulnérabilité : se rendant compte de sa grossièreté et de sa lourdeur, bref de son manque de féminité qui, jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse, ne lui faisait pas défaut, elle tente de retrouver charme et attrait, faisant également en sorte d’oublier sa pudibonderie exagérée. Naïve, voire même idiote, moquée par ses concitoyens qui ne peuvent s’empêcher dans le même temps de la respecter et l’admirer, Doris Day compose un personnage clownesque mais finalement très attachant. Quant à Howard Keel, il se révèle toujours aussi sympathique, n’hésitant pas une seconde à se moquer de lui-même et de son personnage de bellâtre vantard. Si certains (nombreux) ne seront pas encore convaincus à cette occasion par leurs talent de comédiens, ils devraient en revanche l’être par leur génie vocal car ce qui est certain, c'est que ce sont deux chanteurs formidables et ils ont ici de quoi le prouver car les tubes se suivent sans discontinuer à commencer dès le début par le revigorant ‘The Deadwood Stage’ (sur fond d’hideuses transparences décidément typiques de la Warner de cette époque.)

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S’ensuivent, toujours aussi remuantes, l’amusante et acrobatique ‘Just Blew in from the Windy City’ par une Doris Day qui se démène comme un beau diable ; l’hilarante ‘I Can Do Without You’ en duo avec Howard Keel, chanson qui ressemble étrangement à la plus mémorable de celles que l’on trouvait dans Annie Get your Gun, déjà un duo-scène de ménage entre Howard Keel et Betty Hutton, ‘Anything You Can Do, I Can Do Better’ ; la sympathique ‘A Woman's Touch’, un duo de femmes chanté par Doris Day et la très belle découverte qu’a été l’actrice Allyn Ann McLerie dont on regrette qu’elle n’ait pas fait une grande carrière au cinéma. Howard Keel prouvait qu’il était toujours un fabuleux baryton avec la délicieuse ‘Higher than a Hawk’ ; la très belle ballade ‘The Black Hills of Dakota’ précédée d’une phrase de Doris Day nous rappelant que nous étions en pleine période de réhabilitation de la nation indienne : "Pas étonnant que les indiens se battent pour garder ce pays". Et enfin, la chanson phare du film enregistrée en une seule prise, celle qui du jour au lendemain a propulsé Doris Day encore plus haut dans les sommets des box-office, ‘Secret Love’ : plus d’un million d’exemplaires vendus et l’Oscar de la meilleure chanson de l’année !

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Alors il semble évident qu’il ne faut pas chercher ici quelconque élégance ou finesse : David Butler et son scénariste sortent la grosse artillerie (ceci dit extrêmement efficace), et la bonne humeur qui parcourt le film devient vite contagieuse. On retrouve avec plaisir Philip Carey, inoubliable quelques mois auparavant dans Bataille sans merci (Gun Fury) de Raoul Walsh, ici il est vrai, un peu effacé par le dynamisme de ses partenaires dont un Howard Keel qu’il faut avoir vu être obligé de se déguiser en squaw suite à un pari qu’il pensait perdu. D’excellentes chansons et une énergie débordante sans lesquels le film serait probablement tombé aux oubliettes. Un film qui plaira avant tout aux fans de Doris Day qui s’est d’ailleurs toujours plu à dire qu’il s’agissait de son film préféré. Elle écrivait dans son autobiographie intitulée ‘Doris Day, her own Story’ : “In 1953 I made one of my favorite musicals, Calamity Jane. I loved portraying Calamity Jane, who was a rambunctious, pistol-packing prairie girl (I lowered my voice and stuck out my chin a little). I can’t say that the physical high jinks of jumping on horses, bars, wagons, and belligerent men or doing pratfalls in muddy streams seemed to be particularly exhausting…I had a great working relationship with my costar, Howard Keel, and absolutely first-rate songs to sing (by Sammy Fain and Paul Webster), one of which, ‘Secret Love,’ became my third million-plus recording and won that year’s Academy Award.”