Clarence Brown (1890-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Clarence Brown (1890-1987)

Post by Jeremy Fox »

Que pensez vous de ce réalisateur hollywoodien ?

Personnellement, de ce que j'ai vu, j'aime très peu de ses films que ce soit ses muets ou ses parlants (il a beaucoup tourné avec Garbo) mais je dois reconnaitre qu'il a réalisé deux des plus beaux films pour enfants dont je ne me lasse pas : Jody et le faon (The yearling) avec Gregory Peck mais surtout National velvet (Le grand national) avec Elisabeth Taylor toute jeunette et Mickey Rooney.

Par quel miracle ces deux films qui avaient tous les éléments pour tomber dans la mièvrerie la plus écoeurante (façon Lassie) demeurent ils aujourd'hui encore aussi magnifiques ?

Un somptueux technicolor, une distribution irréprochable et un charme fou qui vient d'on ne sait où !!!

Qui connait ? Avez vous vu d'autres bons films de ce cinéaste ?

EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez consulter le topic consacré à L'intrus (1949)
et la mini-Chronique Classik de Jodie et le faon (1946)
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Roy Neary
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Post by Roy Neary »

Là on va chercher loin dans la naphtaline ! :wink:

J'aimais beaucoup les 2 films dont tu parles. Mais je n'ai pas eu l'occasion de les revoir depuis mon enfance.

J'aime assez ses films tournés avec Greta Garbo : Anna Karénine ou Maria Walewska.

Il a fait un sympathique drame mêlé d'aventure : La mousson. Je retiens aussi La vie de Thomas Edison même si un peu pompeux.
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Philip Marlowe
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Post by Philip Marlowe »

Roy Neary wrote:Là on va chercher loin dans la naphtaline ! :wink:
Pfiou... :roll:
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Roy Neary wrote:Là on va chercher loin dans la naphtaline ! :wink:

.
Oui, j'ai pris des risques là, je sais très bien mais je suis sur que ces deux films ont fait couler plus de larmes qu'on ne le pense et je peux te dire pour les avoir revu tous deux pas plus tard que le mois dernier que ce sont deux petites merveilles de sensibilité. :-)

Pas vu la mousson qui est pourtant passé récemment au cinéma de minuit :(
Atticus Finch
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Post by Atticus Finch »

J'en ai des souvenirs émus de films que j'ai regardés en famille avec pleurs à la fin et attachement profond pour les personnages d'enfants.

Les 2 films que tu cites Jeremy (National Velvet avec une Liz Taylor toute en fougue et The Yearling avec Gregory Peck et cette histoire déchirante d'enfant et de faon) étaient passés il y a environ 15 ans de ça à la télé :shock: :?
Il faudrait que je les revoie parce que c'est flou dans ma mémoire mais je sais que ça correspondait à ce que je lisais à l'époque (toutes ces histoires pour enfants où l'apprentissage de la vie, des émotions etc... se fait par le biais des animaux et de la nature).

J'aime aussi assez bien La Mousson (The Rains Came pour l'histoire d'amour quasi impossible en Inde entre une femme privilégiée et un médecin engagé.
Pas vu les autres de sa filmo, alors qu'il a toujours réuni des stars visiblement.
Atticus
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Jeremy Fox
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Jody et le Faoon (The Yearling)

Post by Jeremy Fox »

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Jody et le Faon


Les Baxter vivent en Floride dans une région où il est difficile de pouvoir vivre de la terre. Un jour, le père est mordu par un serpent et pour sauver sa vie, tue un daim afin d'utiliser le coeur et le foie pour extraire le poison. Le fils de la famille Baxter, Jody, recueille le petit faon qui accompagnait sa mère et qui ne peut survivre sans elle. Bon gré malgré, les parents acceptent. Une belle amitié lie le gamin et le faon mais celui-ci grandit et menace les maigres cultures dont ils dépendent...


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Années 1870. Dans la magnifique région marécageuse des Everglades en Floride, la famille Baxter peine à subsister. Malgré la nature foisonnante environnante, Jody se sent un peu seul dans ce coin perdu, surtout que, trop couvé par sa mère qui craint de perdre encore un enfant, ses moments de liberté sont limités. Un jour, il décide pour se tenir compagnie, d’adopter un jeune faon dont lui et son père viennent de tuer la mère au cours d’une tragique partie de chasse. C’est le début d’une grande amitié entre l’enfant et l’animal mais aussi une douloureuse étape qui marquera la fin de l’enfance de Jody... Surtout connu aujourd’hui pour avoir, dans les années 20 et 30, beaucoup fait tourner Greta Garbo, Clarence Brown fut ensuite l’un des cinéastes les plus doués du cinéma familial de la MGM et il n’avait pas son pareil lorsqu’il s’agissait de dépeindre l’enfance et l’adolescence.


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Il y eut en 1944 le déjà très bon Le Grand National (National Velvet) puis en 1949, encore un beau portrait d’adolescent dans une courageuse et sobre charge antiraciste constituée par L’Intrus (Intruder in the Dust) à nouveau interprété par Claude Jarman Jr. The Yearling est un classique de la littérature enfantine signé M. K. Rawlings, dont Clarence Brown restitue l’atmosphère avec une sensibilité qui lui est propre. Il pourrait être son plus beau film et le succès fut heureusement au rendez-vous, ce qui fit enfin sortir le producteur Sidney Franklin d'un cauchemar qui dura pendant cinq ans. En effet, le tournage de cette adaptation avait débuté en 1941 sous la direction de Victor Fleming avec Spencer Tracy dans le rôle qui échut plus tard à Gregory Peck ; mais les prises de vues en Floride furent interrompues à cause des dégâts causés par une vindicative armée d'insectes et le cinéaste d'Autant en Emporte le vent préféra jeter l'éponge à cause de ses mauvais rapports avec Spencer Tracy. King Vidor s'y essaya ensuite sans plus de succès. Louis B. Mayer préféra alors laisser tout ceci en plan.


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Repris en main par Clarence Brown qui imposa un tournage en extérieurs, après avoir prouvé son savoir-faire dans le registre du film familial avec enfants et animaux (National Velvet), The Yearling bénéficia donc d'un très gros budget parfaitement bien utilisé et le résultat fut à la hauteur des espérances. La critique fut quasi unanime et les récompenses pleuvirent sur ce très beau film impressionniste sur l'amitié et l'amour filial ; mention spéciale d'interprétation pour Claude Jarman Jr, Oscars pour les trois directeurs de la photo ainsi que pour la remarquable direction artistique de Cedric Gibbons, Paul Groesse et Edwin B. Willis. Chaleureux mais jamais mièvre, plongeant souvent dans la tragédie mais non dénué d’humour, un émouvant film initiatique porté par trois acteurs formidables, le couple formé avec beaucoup de grâce par Gregory Peck et Jane Wyman, cette dernière très touchante dans un rôle assez difficile et peu gratifiant, ainsi que le talentueux enfant-acteur Claude Jarman Jr. que l’on retrouvera encore en tant que fils de John Wayne dans Rio Grande de John Ford.


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Une photographie de Charles Rosher tout simplement admirable, jouant des contre-jours avec maestria et qui pourrait être un très bon exemple de démonstration des miracles qu’Hollywood pouvait opérer avec le Technicolor ; un scénario amenant son lot de surprises à rebrousse-poil d’autres films familiaux de la MGM du genre Lassie (la mort étant omniprésente et le final étant assez éloigné de ce qu’on aurait pu attendre d'une telle production, pouvant même durablement marquer les plus jeunes) ; et une spectaculaire séquence de chasse à l'ours qui n'a peut être pas encore été égalée, hallucinante de virtuosité par son montage et ses travellings, et qui nous fait regretter que Clarence Brown n’ait pas plus souvent travaillé dans le film d’aventure d'autant plus que le réalisateur filme la nature avec un lyrisme et une inspiration peu courante dans ce registre. Tout ceci ne va pas sans quelques longueurs (le film dure plus de deux heures) et quelques fautes de goûts (notamment dans la musique, son pillage éhonté de classiques et ses envolées chorales sans finesse), mais l'ensemble demeure une bien belle réussite. Une œuvre tout en délicatesse qui devrait pouvoir plaire à toutes les tranches d’âge sans jamais avoir été dans l’obligation de racoler large pour ce faire ; une touchante histoire d’amitié jamais douceâtre ou écœurante, ce qui était loin d’être gagné d’avance !
Kurtz

Post by Kurtz »

j'ai récemment vu sur Arte La chair et le diable, un de ses muets les plus connus, avec le couple Garbo/Gilbert.

le film a quand même réussi à me tenir éveillé jusqu'à plus d'une heure du mat après une semaine de cours.
c'est un drame romanesque, pas très original (encore que il y a quelques idées sympas dans le scénario) mais impeccable sur le plan formel.
Fatalitas
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Post by Fatalitas »

Roy Neary wrote:
Il a fait un sympathique drame mêlé d'aventure : La mousson.
j'aime bien ce film avec la sublime et tres belle Myrna Loy(si mes souvenirs sont bons) et c'est le seul film que j'ai vu de Brown :wink:
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Beule
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Post by Beule »

Je n'ai aucun souvenir de ses deux films pour en fants en Technicolor, pas même une image en tête, d'ailleurs. Ca me surprend d'ailleurs parce que je suis à peu près certain de les avoir vu étant gamin :?

Par contre les rares autres bandes que j'ai vu de lui auraient tendance à me désespérer. J'ai déjù souligné dans le topic Garbo l'ennui que je ressens à la vision de ces mises en images glacées et poussiéreuses que représentent Conquest, Anna Karénine (mais Duvivier ne fait pas mieux :? ) ou Anna Christie. Etrangement l'adaptation allemande de la pièce d'Eugène O'Neill, due à Feyder, a beaucoup mieux vieilli selon moi et transcrit bien mieux la poésie grise de ce port de Mer du nord.

Je n'ai pas réussi à aller jusqu'au bout de ce mélo à l'exotisme de pacotille (Power en médecin Hindou progressiste me fait rire malgré moi, comme Burton dans le remake de Negulesco :lol: ) qu'est La Mousson lors de sa diffusion au Cinéma de Minuit l'an dernier. Cinéma froid,appliqué et sans âme, dont l'inertie du rythme me décourage. Tous défauts que je retrouve encore dans cet atroce film d'aventures maritimes qu'est Capitaine sans loi avec Tracy Johnson et une Gene Tierney vite sacrifiée à l'action :cry:

Bref pas ma tasse de thé le Clarence, néanmoins j'aimerais bien découvrir son drame progressiste: Inttruder in the dust
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Beule wrote: Par contre les rares autres bandes que j'ai vu de lui auraient tendance à me désespérer. J'ai déjù souligné dans le topic Garbo l'ennui que je ressens à la vision de ces mises en images glacées et poussiéreuses que représentent Conquest, Anna Karénine (mais Duvivier ne fait pas mieux :? ) ou Anna Christie.
Tous défauts que je retrouve encore dans cet atroce film d'aventures maritimes qu'est Capitaine sans loi avec Tracy Johnson et une Gene Tierney vite sacrifiée à l'action :cry:
Entièrement d'accord avec tout ça, c'est pour cette raison que je ne vois en Clarence Brown un bon réalisateur que quand ces sujets touchent à l'enfance :-)
Kurtz

Post by Kurtz »

Kurtz wrote:j'ai récemment vu sur Arte La chair et le diable, un de ses muets les plus connus, avec le couple Garbo/Gilbert.

le film a quand même réussi à me tenir éveillé jusqu'à plus d'une heure du mat après une semaine de cours.
c'est un drame romanesque, pas très original (encore que il y a quelques idées sympas dans le scénario) mais impeccable sur le plan formel.
transparence du message, quand tu nous tiens...
John T. Chance
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Post by John T. Chance »

je n'ai vu qu'anna Christie, pour moi une sombre daube :evil: :P :? . Mais je le jugerais sur d'autres films grâce à ton topic et à la notice de Tavernier :wink:
passe me voir du côté du rio grande, petite...
O'Malley
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Post by O'Malley »

Ames libres: un drame bourgeois de 1931 et réalisé par Clarence Brown bien désuet aujourd'hui. il mériterait de sombrer dans l'oubli si Norma Shaerer ne portait pas de robes si légères et si Clark Gable, débutant, n'était pas étonnant en salaud de service...
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Jody et le faon de Clarence Brown

Dans un DVD absolument splendide, voici ce magnifique film sur l'enfance et vendu comme un film pour les enfants d'ailleurs.

Belle leçon de vie somptueusement filmée dans laquelle la nature tient un rôle primordial. Une chasse à l'ours comme on en a rarement vu, même en numérique, je ne pense pas qu'on aurait pu faire aussi spectaculaire ; une Jane Wyman sobre dans un rôle difficile de mère constamment dépressive, un Gregory Peck excellent, de l'humour, de la tendresse, de la poésie et une histoire assez grave. Clarence Brown pouvait parfois être très inspiré comme ici ou encore comme dans L'intrus diffusé dimanche soir au cinéma de minuit

PS : Le faon du titre n'apparait qu'au bout de 70 minutes de film, il ne tient donc pas une place très importante dans le film.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Majordome wrote:

J'ai vu la fin de Grand National de Clarence Brown, en attendant Kiss me Kate. Quel choc de voir Elisabeth Taylor aussi jeune ! Une ado à la voix presque agaçante (carrément stressante sur la VF !!) mais déjà jolie quand même (elle avait 12 ans d'après le guide cinéma Télérama).
A priori seul intérêt du film (qui m'a eu l'air bien gnangnan) mais bon, je vais m'abstenir de juger sur les 20 dernières minutes, ce serait malhonnète.
Plus formaté et moins original que Jody et le faon mais tout aussi remarquable : d'une efficacité à toute épreuve et d'une sincérité de tous les instants de la part de Clarence Brown qui joue à fond la carte de la naïveté et de l'innocence sans jamais prendre le spectateur pour un idiot. Une mise en scène enlevée et galvanisante, un scénario carré et un technicolor fabuleux. Après, c'est sur, il faut regarder ça avec son âme d'enfant, ou ce qu'il en reste ;-) 8/10