La Comédie italienne

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jean-Pierre Festina
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Jean-Pierre Festina »

Elle est terrible - Luciano Salce, 1962. L'histoire d'un ingénieur de 39 ans (il insiste bien sur ce point), célibataire dragueur qui, sur le chemin du chemin du pensionnat de son fils, se fait aborder par une bande de lycéens en vacances ; il tombe rapidement amoureux d'une des filles du groupe.
dans le topic Ugo Tognazzi, Jeremy Fox wrote:
Jeremy Fox wrote:Elle est terrible de Luciano Salce par Justin Kwedi. Un film sorti en DVD chez SNC/M6 Video.

Bien alléchant comme film, surtout pour quelqu'un comme moi qui ai toujours eu un faible pour Catherine Spaak.
Si le film se suit sans déplaisir grâce surtout à un génial et très drôle Tognazzi (pléonasme) en ingénieur macho, je n'ai ressenti aucune empathie pour ces jeunes oisifs pas même pour Catherine Spaak sauf à quelques rares moments comme lors d'une magnifique séquence de slow ; et pourtant je suis très friand des films sur la jeunesse. Mais là je ne les ai que rarement senti exister comme s'ils n'avaient pas eu d'autres fonctions que de s'amuser au dépens de leur aîné. Superbe 10 minutes finales, plus amères et très touchantes. Dommage que le film ne m'ait pas plus profondément happé avant ça.
Quelque chose en effet empêche ce film de "prendre" réellement même s'il est très bon, parfois excellent - et très cruel, peut-être trop. Ce qui gêne, c'est le portrait du groupe de jeunes en question : ils sont pleins de vie mais je ne vois pas quel spectateur peut les prendre en réelle sympathie ne serait-ce que quelques instants. Et pour cause, à de rares instants près ces gamins sont exécrables : tout dans leur façon d'être respire la morgue satisfaite - que ce soit leur arrogance nonchalante à l'égard des adultes, leur totale insouciance, la beauté physique soigneusement entretenue de chacun d'eux, leur cynisme, leur versatilité de caractère tranquillement assumée voire recherchée, leur culture et enfin cette manière typiquement germanopratine de s'écouter baîller ("et si j'allais combattre auprès de Castro?" murmure l'une des filles avant d'aller cuver sa cuite). On l'a compris, ce n'est pas précisément le monde de Pialat ni même celui de Rohmer, mais le tableau des manières d'une toute autre classe sociale : la haute bourgeoisie. Ce qui me permet une remarque à l'égard de la chronique par ailleurs excellente de Profondo Rosso : je doute fort que ces jeunes-là soient le simple produit de l'euphorie liée au boom économique, ce sont d'abord des enfants gâtés comme on peut en voir aussi dans la petite fiesta des Tontons Flingueurs, et qui méritent d'abord un bon coup de pied aux fesses (et, pourquoi pas, une bonne guerre !)

Des gens à baffer au cinéma, ce n'est pas ce qui manque ni n'empêche les grandes oeuvres pourvu que l'on surmonte ses appréhensions. Le problème ici, c'est que le réalisateur semble vouloir travestir cette appartenance sociale en inscrivant le portrait de ce petit groupe jovial dans la ferveur de l'été et en leur ôtant l'argent nécessaire pour acheter de l'essence et une bouteille de whisky (ce qu'ils demanderont au brave ingénieur), comme si leur bohème pouvait être celle de n'importe qui... Cela fausse le sens du film à mon avis, car dès lors ce n'est plus à la seule jeunesse que se heurte le personnage d'Ugo Tognazzi, mais à une génération un rien désabusée typique de ce début des années 60, et qui nargue en lui avec raison le vieux beau, mais aussi le laborieux et le bourgeois de condition sans doute inférieure.
Soit trois sujets différents les uns des autres : la jalousie du barbon (que Risi reprend dans "Dernier amour", bien plus réussi), le conflit de deux générations, et enfin, le petit bourgeois humilié par les grands. Cela fait beaucoup pour 1h45.
Calvin Klein, Louis Pion, Fossil, Cerruti, G-Shock, G-shock premium, Casio pro-trek, Ted Lapidus, Michael Kors, Diesel, Daniel Wellington, Hugo Boss, Emporio Armani, Cluse, Gucci, Guess, Lacoste, Maserati, Nixon, Pulsar, Tommy Hillfiger... et bien sûr Festina !
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Jack Carter
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Jack Carter »

John Holden wrote:
Supfiction wrote:Quand je tape La Mia Signora sur Amazon, je tombe sur des dvds de cul..
Et pour cause, même en Italie il n'a visiblement pas été édité.
il vient tout juste d'atterir sur la chaine digitale mycanal Cine Italia :)
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Supfiction
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Supfiction »

Jack Carter wrote:
John Holden wrote:
Et pour cause, même en Italie il n'a visiblement pas été édité.
il vient tout juste d'atterir sur la chaine digitale mycanal Cine Italia :)
Bonne nouvelle. Ça arrivera bien sur Ciné+ à un moment.
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John Holden
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by John Holden »

Jack Carter wrote:
John Holden wrote:
Et pour cause, même en Italie il n'a visiblement pas été édité.
il vient tout juste d'atterir sur la chaine digitale mycanal Cine Italia :)
Et hop, un nouveau Sordi. 8)
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Jack Carter
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Jack Carter »

Supfiction wrote:
Jack Carter wrote: il vient tout juste d'atterir sur la chaine digitale mycanal Cine Italia :)
Bonne nouvelle. Ça arrivera bien sur Ciné+ à un moment.
Pas forcement.
John Holden wrote:
Jack Carter wrote: il vient tout juste d'atterir sur la chaine digitale mycanal Cine Italia :)
Et hop, un nouveau Sordi. 8)
ça nous manquait :mrgreen:
manuma
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by manuma »

Jack Carter wrote:
John Holden wrote:
Et pour cause, même en Italie il n'a visiblement pas été édité.
il vient tout juste d'atterir sur la chaine digitale mycanal Cine Italia :)
Grand merci à toi pour cette info.

Au passage, j'ai également récupéré celui-là, assez réputé me semble-t-il :

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Jean-Pierre Festina
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Jean-Pierre Festina »

Valse d'amour - Dino Risi. L'histoire matznevienne en diable d'un vieillard sénile tellement attaché à sa petite fille, aussi délaissée que lui, que cela ressemble à de l'amour incestueux.
Gassman reprend quasiment le même rôle que dans Parfum de femme, et le film pourrait en être une sorte de prolongement ; cela picore aussi du côté de Dernier amour. C'est donc assez crépusculaire : laissez votre sens moral au placard si toutefois vous le pouvez, faute de quoi vous risquez de passer à côté d'un joli film sur l'âge et la folie.
Calvin Klein, Louis Pion, Fossil, Cerruti, G-Shock, G-shock premium, Casio pro-trek, Ted Lapidus, Michael Kors, Diesel, Daniel Wellington, Hugo Boss, Emporio Armani, Cluse, Gucci, Guess, Lacoste, Maserati, Nixon, Pulsar, Tommy Hillfiger... et bien sûr Festina !
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Supfiction »

Le film en entier pour ceux qui sont bilingues italien:





J’ai l’impression qu’il n’y a pas de topic Claudia Cardinale.. :shock:
Last edited by Supfiction on 1 Jan 20, 10:15, edited 2 times in total.
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Jean-Pierre Festina
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Jean-Pierre Festina »

Rien à voir mais je viens de me souvenir que je ne vais plus avoir de steak haché dans mon frigo
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Supfiction »

Au fait, le terme "Comédie à l'italienne" est péjoratif. Dit-on "Comédie à l'américaine" ?
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Rick Blaine »

Supfiction wrote:Au fait, le terme "Comédie à l'italienne" est péjoratif.
Non.
Ca désigne un genre avec ses codes particuliers, un corpus d'auteurs. D'ailleurs personne ne l'utilise de manière pérjorative.
Western spaghetti par exemple, c'est utilisé de manière péjorative. On dit western italien.
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ed
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by ed »

Rick Blaine wrote:
Supfiction wrote:Au fait, le terme "Comédie à l'italienne" est péjoratif.
Non.
Ca désigne un genre avec ses codes particuliers, un corpus d'auteurs. D'ailleurs personne ne l'utilise de manière pérjorative.
De mémoire, Dino Risi je crois détestais l'expression, et voulait en effet qu'on parle de comédie italienne. Le label "all'italiana" avait été, suite au succès de Divorce à l'italienne, une opportunité de producteurs/distributeurs, qui en avaient abusé jusqu'à l'écoeurement dans les titres, et qui s'est ensuite exporté, avec des retitrages rétrospectifs de certains films d'ailleurs (Un maledetto imbroglio renommé Meurtre à l'italienne en France quelques années après sa sortie, alors qu'en plus le film ne rentre pas vraiment dans le genre).
Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, l'expression n'a pas spécialement de caractère péjoratif.
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Re: La Comédie à l'italienne

Post by Rick Blaine »

ed wrote:
Rick Blaine wrote:
Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, l'expression n'a pas spécialement de caractère péjoratif.
En tout cas je ne l'ai jamais entendu comme ça.
Et en plus, il faut bien distinguer ce qui fait la spécificité de ce que l'on désigne par "Comédie à l'italienne" par rapport aux autres comédies tournées en italie. "Comédie italienne" pour moi ça adresse n'importe quelle comédie tournée en Italie. Alors certes ça provient d'une logique commerciale, mais je ne vois pas de raison de changer.
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Supfiction
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Re: La Comédie italienne

Post by Supfiction »

A votre avis, il y a une chance infime de voir ce film edité un jour en France ?
Le BR non sous-titré est à 9 euros + port sinon.
Cela dit, pour avoir déjà vu le film, il pourrait presque être muet de mémoire.

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Jean-Pierre Festina
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Re: La Comédie italienne

Post by Jean-Pierre Festina »

Supfiction wrote: Cela dit, pour avoir déjà vu le film, il pourrait presque être muet de mémoire.
Et ça, alors : "Angela, voulez-vous bien me chercher le livre de Plaute qui est situé en haut de la bibliothèque s'il vous plaît ? Tenez, voici l'escabeau. Pardon, encore un peu plus haut." ?


Sur ce, Mesdames et Messieurs Bonsoir. - Comédie de 1976, réalisée à cinq et scénarisée à onze : soit un véritable film d'équipe, apothéose du modèle comique italien. Les suppôts de la politique des auteurs auraient d'ailleurs tôt fait de dire que ce film n'est finalement l'oeuvre de personne ; mais comme nous l'apprend ed dans sa chronique, celui-ci est "produit par un collectif associé au Parti Communiste Italien", ce qui vient donner à tout ce tintamarre une marque, une identité, une signature même. (En France, cela aurait donné quelque chose comme "Rions avec Georges Marchais" et au Cambodge, "Les Khmers ont de l'humour". On nous rétorquera que nous avions Marcel Dassault, ce qui est une autre question.)

Qu'y voit-on ? La crème du cinéma comique italien au service d'une satire de la télé. Difficile pour le spectateur de ne pas jubiler à l'avance devant un tel projet qui annonce des réussites comme Hamburger Film Sandwich ou TVN 595.

Mais dès les cinq premières minutes, un premier souci : les séquences ont été filmées chacune dans leur coin, sans concertation des scénaristes et réalisateurs, faisant par exemple du personnage principal (le présentateur Paolo T. Fiume, incarné par Mastroianni) tantôt un journaliste casse-cou pressé de démasquer la corruption du régime, tantôt un incompétent infatué et coureur de jupons.
Quant aux "programmes", ils tombent sous le coup de cette incohérence qui alterne pêle-mêle le mélo pleurard (le sketch inspiré de Swift sur la surpopulation enfantine en milieu pauvre, grand thème du cinéma italien de gauche et traité à l'identique par Risi dans Sexe Fou et Scola dans Affreux, sales et méchants), le pamphlet macabre contre une société voyeuriste, de fausses séries policières où Vittorio Gassman s'amuse comme un fou avec ses perruques, un gag antimilitariste scatologique (et rigolo) où Ugo Tognazzi salit son uniforme dans les toilettes, et enfin quelques petites séquences érotico-fantaisistes glissées ça et là à titre d'interlude.
Quelques questions ont vite fait de maltraiter le spectateur le mieux disposé. Quel est le point de vue dans tout ça ? Où s'exerce la dérision ? S'agit-il de se moquer du racolage de la télévision, comme le montre le sketch du jeu télévisé ? Ou alors de rire d'autres aspects de la société et de glisser ça à titre d'émission, à prendre au premier degré, comme les médailles du militaire qui tombent dans le caca ? Hésiter entre porter un regard critique sur le message ou sur le vecteur du message, c'est une contradiction rédhibitoire, même un enfant peut le comprendre... ce qui n'a pas été le cas de ce film sans souci de direction et assemblé à la truelle.

Pour revenir sur les petites saynètes qui ponctuent des gags plus longs, celles-ci sont à mon avis les bulles d'air qui viennent alléger le propos général, et arrivent à point nommé pour donner à cet énorme effort de propagande une allure jubilatoire, au vrai bien fugace. Un spectateur sérieux y verrait des concessions au goût épais de l'Italien moyen, ce qui se comprend. Mais l'on répondra que la facilité se trouve aussi dans cette prétention du Parti à manier le sarcasme et l'humour noir, pour la bonne cause bien entendu. «Nous faisons de l’humour obscène mais c’est pour dénoncer le Grand Capital ». La technique est rudimentaire et permet de tirer la couverture morale à soi-même à tous les coups. Un peu comme pour le moule à gaufres : tout le monde peut s'y mettre, femme, enfants, papa, un peu de pâte et on appuie, c'est sans danger. On ne peut que regretter ce que ce film promettait d'être, avec un peu moins d'idéologie, un minimum de cohésion... et un peu plus de comique.
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