Top cinéma des années 40

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 95841
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Top 20 des années 40

Post by Jeremy Fox »

Supfiction wrote:
Jeremy Fox wrote:

Je peux éditer si vous le voulez mais vous m'envoyez le texte tout prêt avec les liens par MP car je n'aurais pas le courage de le faire sans ça. :wink:
On ne peut pas ajouter un message de ma part avant celui de Hitch, par exemple ?
Je ne pense pas ou alors il faudrait récupérer un de tes messages antérieurs au topic que je transfèrerais ici et qui se retrouverais en premier post du fait de sa date. Mais ce serait un peu du bricolage. Le plus simple est que je puisse éditer le premier post avec ce que tu m'enverrais par mp.
User avatar
Beule
Directeur photo
Posts: 5268
Joined: 12 Apr 03, 22:11

Re: Top 20 des années 40

Post by Beule »

John Holden wrote: Les sta ne sont pas trop compliqués à suivre ?
A priori non, aucun souci. Sta pour malentendants only par contre.
User avatar
Beule
Directeur photo
Posts: 5268
Joined: 12 Apr 03, 22:11

Re: Top 20 des années 40

Post by Beule »

Supfiction wrote:
Pas encore vu. C'est une sorte de Lassie avec Natalie Wood ?
Je ne pense pas :mrgreen: .
Mais après tout je n'ai pas vu de Lassie depuis ma plus tendre enfance. Il y est bien question d'un colley que recueille une gamine, mais s'il s'érigera presque littéralement en Deus ex machina pour la communauté, il ne saurait être considéré comme véritable pivot de l'intrigue. Vibrant éloge de la gentillesse, de l'entraide et du don de soi, Driftwood est avant tout une authentique pièce d'americana, frayant à l'occasion avec un onirisme trouble chargé de sourds maléfices que n'aurait pas renié Tourneur.
User avatar
Jack Carter
Certains l'aiment (So)chaud
Posts: 27326
Joined: 31 Dec 04, 14:17

Re: Top 20 des années 40

Post by Jack Carter »

Red Shoes, c'est 48 :wink:
Image
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 95841
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Top 20 des années 40

Post by Jeremy Fox »

ah oui : je corrige :wink:
User avatar
Jack Carter
Certains l'aiment (So)chaud
Posts: 27326
Joined: 31 Dec 04, 14:17

Re: Top cinéma des années 40

Post by Jack Carter »

TOP 20

1. Le Narcisse noir Black Narcissus (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1947)
2. Gentleman Jim (Raoul Walsh, 1942)
3. La Poursuite infernale My darling Clementine (John Ford, 1946)
4. La Vie est belle It's a wonderful life (Frank Capra, 1946)
5. Breve rencontre Brief encounter (David Lean, 1945)
6. Les Chaussons rouges The Red Shoes (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1948)
7. Jour de colère Dies Irae (Carl Theodor Dreyer, 1943)
8. Rendez-vous The Shop around the corner (Ernst Lubitsch, 1940)
9. Jeux dangereux To be or not to be (Ernst Lubitsch,1942)
10. Le Dicateur The Great Dictator (Charles Chaplin,1940)
11. La Tempete qui tue The Mortal Storm (Frank Borzage, 1940)
12. Les Enchainés Notorious (Alfred Hitchcock, 1946)
13. L'Enfer est à lui White heat (Raoul Walsh, 1949)
14. Assurance sur la mort Double indemnity (Billy Wilder, 1944)
15. The Strawberry Blonde (Raoul Walsh, 1941)
16. Le Portrait de Jennie Portrait of Jennie (William Dieterle, 1948)
17. La Folle ingenue Cluny Brown (Ernst Lubitsch, 1946)
18. Vaudou I walked with a zombie (Jacques Tourneur, 1943)
19. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)
20. Colonel Blimp The Life & death of Colonel Blimp (Michael Powell & Emeric Pressburger, 1943)

top 10 par année

1940
Spoiler (cliquez pour afficher)
Rendez-vous (Ernst Lubitsch)
Le Dictateur (Charles Chaplin)
The Mortal Storm (Frank Borzage)
L'Aventure d'une nuit (Mitchell Leisen)
Les Raisins de la colere (John Ford)
La Fille du puisatier (Marcel Pagnol)
Le Cargo maudit (Frank Borzage)
La Valse dans l'ombre (Mervyn Leroy)
La Caravane heroique (Michael Curtiz)
Rebecca (Alfred Hitchcock)
1941
Spoiler (cliquez pour afficher)
The Strawberry Blonde (Raoul Walsh)
Citizen Kane (Orson Welles)
Le Vaisseau fantome (Michael Curtiz)
La Charge fantastique (Raoul Walsh)
Adieu jeunesse (Henry King)
Chasse à l'homme (Fritz Lang)
Qu'elle etait verte ma vallée (John Ford)
Mr Smith agent secret (Leslie Howard)
Le Faucon maltais (John Huston)
49eme parallele (Michael Powell)
1942
Spoiler (cliquez pour afficher)
Gentleman Jim (Raoul Walsh)
Jeux dangereux (Ernst Lubitsch)
La Feline (Jacques Tourneur)
Casablanca (Michael Curtiz)
La Femme de l'année (George Stevens)
L'Etrange incident (William Wellman)
La Splendeur des Ambersons (Orson Welles)
Ceux qui servent en mer (David Lean, Noel Coward)
Cinquieme colonne (Alfred Hitchcock)
Madame et ses flirts (Preston Sturges)
1943
Spoiler (cliquez pour afficher)
Jour de colere (Carl Theodor Dreyer)
Vaudou (Jacques Tourneur)
Colonel Blimp (Michael Powell & Emeric Pressburger)
Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot)
L'Homme leopard (Jacques Tourneur)
Goupi mains-rouges (Jacques Becker)
Douce (Claude Autant-Lara)
L'Ombre d'un doute (Alfred Hitchcock)
Le Ciel peut attendre (Ernst Lubitsch)
L'Ange des tenebres (Lewis Milestone)
1944
Spoiler (cliquez pour afficher)
Assurance sur la mort (Billy Wilder)
Espions sur la Tamise (Fritz Lang)
Le Chant du Missouri (Vincente Minnelli)
None shall escape (Andre De Toth)
La Femme au portrait (Fritz Lang)
Le Ciel est à vous (Jean Gremillon)
Sous les ponts (Helmut Kautner)
Le Grand National (Clarence Brown)
Les Petites des quais aux fleurs (Marc Allegret)
Heureux mortels (David Lean)
1945
Spoiler (cliquez pour afficher)
Breve rencontre (David Lean)
Le Roman de Mildred Pierce (Michael Curtiz)
Aventures en Birmanie (Raoul Walsh)
L'Horloge (Vincente Minnelli)
Deux mains, la nuit (Robert Siodmak)
Hangover Square (John Brahm)
Le Poison (Billy Wilder)
Detour (Edgar Ulmer)
Yolanda et le voleur (Vincente Minnelli)
Au coeur de la nuit (Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden, Robert Hamer)
1946
Spoiler (cliquez pour afficher)
La Poursuite infernale (John Ford)
La Vie est belle (Frank Capra)
Les Enchainés (Alfred Hitchcock)
La Folle ingenue (Ernst Lubitsch)
Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
Panique (Julien Duvivier)
Sciuscia (Vittorio De Sica)
Les Plus belles années de notre vie (William Wyler)
Scandale à Paris (Douglas Sirk)
Une question de vie ou de mort (Michael Powell & Emeric Pressburger)
1947
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le Narcisse noir (Michael Powell & Emeric Pressburger)
La Griffe du passé (Jacques Tourneur)
L'Aventure de Madame Muir (Joseph Mankiewicz)
Antoine et Antoinette (Jacques Becker)
Huit heures de sursis (Carol Reed)
Monsieur Verdoux (Charles Chaplin)
Les Passagers de la nuit (Delmer Daves)
Capitaine de Castille (Henry King)
Quai des orfevres (Henri-Georges Clouzot)
Les Amants du Pont Saint-Jean (Henri Decoin)
1948
Spoiler (cliquez pour afficher)
Les Chaussons rouges (Michael Powell & Emeric Pressburger)
Le Portrait de Jennie (William Dieterle)
Le Voleur de Bicyclette (Vittorio De Sica)
Allemagne année zero (Roberto Rossellini)
La Riviere rouge (Howard Hawks)
Lettre d'une inconnue (Max Ophuls)
Le Pirate (Vincente Minnelli)
Le Chevalier mysterieux (Riccardo Freda)
Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
La Ville abandonnée (William Wellman)
1949
Spoiler (cliquez pour afficher)
L'Enfer est à lui (Raoul Walsh)
Le Rebelle (King Vidor)
La Charge heroique (John Ford)
Les Bas-fonds de Frisco (Jules Dassin)
Printemps tardif (Yasujiro Ozu)
Nous avons gagné ce soir (Robert Wise)
Acte de violence (Fred Zinneman)
La Fille du desert (Raoul Walsh)
L'Intrus (Clarence Brown)
Incident de frontiere (Anthony Mann)
Last edited by Jack Carter on 7 Dec 19, 23:02, edited 3 times in total.
Image
User avatar
Sybille
Assistant opérateur
Posts: 2124
Joined: 23 Jun 05, 14:06

Re: Top cinéma des années 40

Post by Sybille »

De beaux tops par ici :)

La décennie 1940 est quand même assez formidable, y a pas à dire :P
Je dis ça parce que j'ai eu l'impression de "m'en éloigner" - enfin tout ça est très relatif :lol: - pendant un temps mais je me reprends d'intérêt pour elle (en particulier sa première moitié) depuis environ cette année.
User avatar
Jack Carter
Certains l'aiment (So)chaud
Posts: 27326
Joined: 31 Dec 04, 14:17

Re: Top cinéma des années 40

Post by Jack Carter »

maj avec mes tops 10 par année :wink:
Image
User avatar
Loup Solitaire
Stagiaire
Posts: 77
Joined: 6 Jul 20, 19:23

Re: Top cinéma des années 40

Post by Loup Solitaire »

Mon top des années 40 :

Top 20 général :
1- Le Corbeau (Clouzot)
2- Le Grand Sommeil (Hawks)
3- The Sea Wolf / Le vaisseau fantôme (Curtiz)
4- Le Faucon Maltais (Huston)
5- To be or not to be (Lubitsch)
6- Ossessionne / Les Amants Diaboliques (Visconti)
7- Vaudou/I walked with a zombie (Tourneur)
8- None shall escape (De Toth)
9- Laura (Preminger)
10- Assurance sur la mort (Wilder)
11- Je sais où je vais (Powell & Pressburger)
12- La Poursuite infernale/My Darling Clementine (Ford)
13- Une question de vie ou de mort (Powell & Pressburger)
14 - Gilda (Charles Vidor)
15- La Vallée de la Peur/Pursued (Walsh)
16- Fort Apache (Ford)
17- Force of evil (Polonsky)
18- Le Démon des armes/Gun Crazy (J.H. Lewis)
19- Les Amants de la nuit/They Live by night (N. Ray)
20- L’homme de la rue (Capra)

1940
Les Raisins de la Colère (Ford)
Le Dictateur (Chaplin)
La Dame du Vendredi (Hawks)
Le signe de Zorro (Mamoulian)
Battement de coeur (Decoin)
L’Aigle des mers (Curtiz)
Primrose Path (La Cava)
Shop around the corner (Lubitsch)
Le Voleur de Bagdad (Powell coréal.)
Gouverneur malgré lui/The Great Mac Ginty (Preston Sturges)

1941
The Sea Wolf / Le Vaisseau Fantôme (Curtiz)
Le Faucon maltais (Huston)
L’homme de la rue (Capra)
They died with their boots on / La Charge fantastique/ (Curtiz)
Citizen Kane (Welles)
Manhunt (Lang)
Lettres d’amour (Autant-Lara)
La Couronne de fer (Blasetti)
Les voyages de Sullivan (Preston Sturges)
High Sierra / La grande évasion (Walsh)

1942
To be or not to be (Lubitsch)
Ossessionne / Les Amants diaboliques (Visconti)
L’Assassin habite au 21 (Clouzot)
The Shangaï Gesture (Sternberg)
La Féline (Tourneur)
Les Visiteurs du soir (Carné)
Gentleman Jim (Walsh)
Casablanca (Curtiz)
Macao, l’enfer du jeu (Delannoy)
Le Mariage de Chiffon (Autant-Lara)

1943
Le Corbeau (Clouzot)
Vaudou/I walked with a zombie (Tourneur)
Douce (Autant-Lara)
L’Ombre d’un doute (Hitchcock)
L’étrange incident (Wellman)
Le Ciel peut attendre (Lubitsch)
Colonel Blimp (Powell & Pressburger)
La septième victime (Mark Robson)
La Main du Diable (Maurice Tourneur)
Lumière d’été (Grémillon)

1944
None shall escape (De Toth)
Laura (Preminger)
Assurance sur la mort (Wilder)
La Vie de plaisir (Albert Valentin)
Le Ciel est à vous (Grémillon)
The Lodger (John Brahm)
Give us the moon (Val Guest)
Le Masque de Dimitrios (Negulesco)
A Canterbury Tale (Powell & Pressburger)
Héros malgré lui/Hail the conquering hero (Preston sturges)

1945
Je sais où je vais (Powell & Pressburger)
The story of G.I. Joe (Wellman)
Jéricho (Henri Calef)
Les enfants du Paradis (Carné)
La Fiancée des ténèbres (Serge de Poligny)
Scarlet Street (Lang)
Fallen Angel (Preminger)
Au coeur de la Nuit (Cavalcanti, Crichton, Dearden, Hamer)
Le port de l’angoisse (Hawks)
Péché mortel (Stahl)

1946
Le Grand Sommeil (Hawks)
My Darling Clementine / La Poursuite infernale (Ford)
Une question de vie ou de mort (Powell & Pressburger)
Gilda (Charles Vidor)
La vie est belle (Capra)
Un revenant (Christian-Jaque)
Panique (Duvivier)
Les enchaînés/Notorious (Hitchcock)
La folle ingénue/Cluny Brown (Lubitsch)
Scandale à Paris (Sirk)

Une année exceptionnelle, d'autres titres auraient pu y être , notamment Bedlam, les Tueurs, le passage du canyon, les plus belles années de notre vie, détour, la belle et la bête, cinq femmes autour d'Utamaro...

1947
La Vallée de la Peur/Pursued (Walsh)
Monsieur Verdoux (Chaplin)
Quai des orfèvres (Clouzot)
La Griffe du passé (Tourneur)
The Gangster (Gordon Wiles)
State of the Union (Capra)
The man I Love (Walsh)
La dame de Shangaï (Welles)
La dame d’onze heures (Devaivre)
The Lost moment (Martin Gabel)

1948
Fort Apache (Ford)
Force of evil (Polonsky)
Les Trois mousquetaires (Sidney)
Pour toi j’ai tué/Criss Cross (Siodmak)
Le Voleur de bicyclette (de Sica)
La rivière rouge (Hawks)
L’Ange Ivre (Kurosawa)
Le réveil de la sorcière rouge (Edward Ludwig)
Marché de brutes/Raw Deal (A. Mann)
L’Armoire volante (Carlo Rim)

1949
Le Démon des armes/Gun Crazy (J.H. Lewis)
Les Amants de la nuit/They Live by night (N. Ray)
Un pacte avec le diable/Alias Nick Beal (John Farrow)
La Charge héroïque/She wore a yellow Ribbon (Ford)
Noblesse oblige (Robert Hamer)
L’enfer est à lui/White Heat (Walsh)
Nous avons gagné ce soir/The Set-up (Wise)
Le rebelle/The Fountainhead (King Vidor)
La ferme des sept pêchés (J. Devaivre)
La fille du désert/Colorado territory (Walsh)
Last edited by Loup Solitaire on 17 May 22, 22:44, edited 1 time in total.
« Better a life like a falling star, brief and bright across the dark, than the long, long waiting of the immortals, loveless and cheerlessly wise » - The Broken Sword - Poul Anderson
« Que sommes nous, tous autant que nous sommes, sinon des spectres disparaissant dans la nuit ?» - Le Crépuscule du Dieu Gris - R.E. Howard
User avatar
Ender
Machino
Posts: 1065
Joined: 6 Jan 07, 15:01
Location: Mizoguchigrad

Re: Top cinéma des années 40

Post by Ender »

Loup Solitaire wrote: 17 May 22, 18:47 Mon top des années 40 :

3- The Sea Wolf / Le vaisseau fantôme (Curtiz)
💘⚓ Celui-ci peut squatter à peu près la même place toutes décennies confondues, il y a des jours où je me dis que c'est le plus beau film possible par quelqu'un d'autre que Mizoguchi.
User avatar
Supfiction
Charles Foster Kane
Posts: 20598
Joined: 2 Aug 06, 15:02
Location: Have you seen the bridge?

Re: Top cinéma des années 40

Post by Supfiction »

Ender wrote: 17 May 22, 20:56
Loup Solitaire wrote: 17 May 22, 18:47 Mon top des années 40 :

3- The Sea Wolf / Le vaisseau fantôme (Curtiz)
💘⚓ Celui-ci peut squatter à peu près la même place toutes décennies confondues, il y a des jours où je me dis que c'est le plus beau film possible par quelqu'un d'autre que Mizoguchi.
Ne surtout pas lire le roman avant sous peine de douche froide (malgré le casting).
User avatar
Ender
Machino
Posts: 1065
Joined: 6 Jan 07, 15:01
Location: Mizoguchigrad

Re: Top cinéma des années 40

Post by Ender »

Supfiction wrote: 17 May 22, 21:05
Ender wrote: 17 May 22, 20:56

💘⚓ Celui-ci peut squatter à peu près la même place toutes décennies confondues, il y a des jours où je me dis que c'est le plus beau film possible par quelqu'un d'autre que Mizoguchi.
Ne surtout pas lire le roman avant sous peine de douche froide (malgré le casting).
C'est vrai que London peut paraitre lourd à côté de tant d'aisance curtizienne, de cinégénie. :wink: :arrow:
User avatar
Loup Solitaire
Stagiaire
Posts: 77
Joined: 6 Jul 20, 19:23

Re: Top cinéma des années 40

Post by Loup Solitaire »

J'ai le roman depuis un moment dans mes lectures en attente, mais pas encore pu le lire.
Avec Robinson, John Garfield (un des tous meilleurs acteurs des années 40, trop tôt disparu) et Ida Lupino, peut être mon actrice préférée de la période.

Et 46 est probablement mon année préférée pour le cinéma : cinq titres de mon top 100 y figurent.

Dans les derniers ajouts, les films de Devaivre, et un étonnant la vie de plaisir découvert grâce à Bertrand Tavernier, malgré une copie dvd franchement pas terrible.

Années 60 et 70 à suivre, mais j'ai pas mal de films en attente de visionnage acquis récemment.
« Better a life like a falling star, brief and bright across the dark, than the long, long waiting of the immortals, loveless and cheerlessly wise » - The Broken Sword - Poul Anderson
« Que sommes nous, tous autant que nous sommes, sinon des spectres disparaissant dans la nuit ?» - Le Crépuscule du Dieu Gris - R.E. Howard
User avatar
Lohmann
Doublure lumière
Posts: 580
Joined: 13 Feb 21, 20:36

Re: Top cinéma des années 40

Post by Lohmann »

Moins de films des années 40 que 50 et 60 dans mon top 100, il a fallu un peu plus bosser...

1. Massacre de Fort-Apache (Le) (John Ford, 1948)
2. Lettre d'une inconnue (Max Ophüls, 1948)
3. Ciel peut attendre (Le) (Ernst Lubitsch, 1943)
4. Charge fantastique (La) (Raoul Walsh, 1941)
5. Qu'elle était verte ma vallée (John Ford, 1941)
6. Homme de la rue (L') (Frank Capra, 1941)
7. Splendeur des Amberson (La) (Orson Welles, 1942)
8. Femme au portrait (La) (Fritz Lang, 1944)
9. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)
10. Folle ingénue (La) (Ernst Lubitsch, 1946)
11. Dictateur (Le) (Charles Chaplin, 1940)
12. Vie est belle (La) (Frank Capra, 1946)
13. Ombre d'un doute (L') (Alfred Hitchcock, 1943)
14. Belle et la Bête (La) (Jean Cocteau, 1946)
15. Chasse à l'homme (Fritz Lang, 1941)
16. Dames du Bois de Boulogne (Les) (Robert Bresson, 1945)
17. Scandaleuse de Berlin (La) (Billy Wilder, 1948)
18. Poursuite infernale (La) (John Ford, 1946)
19. Rebelle (Le) (King Vidor, 1949)
20. Enchaînés (Les) (Alfred Hitchcock, 1946)
User avatar
Thaddeus
Ewok on the wild side
Posts: 5707
Joined: 16 Feb 07, 22:49
Location: 1612 Havenhurst

Re: Top cinéma des années 40

Post by Thaddeus »

Comme pour les autres décennies (et classements annuels), quelques petites astreintes :
- 500 caractères maxi par commentaire
- accessits pour 5 films au plus chaque année, sous réserve que je leur accorde la note minimale de 5/6


Image


1. Citizen Kane (Orson Welles, 1941)
2. Le Voleur de Bicyclette (Vittorio De Sica, 1948)
3. Casablanca (Michael Curtiz, 1942)
4. La Vie est Belle (Frank Capra, 1946)
5. La Splendeur des Amberson (Orson Welles, 1942)
6. Les Enchaînés (Alfred Hitchcock, 1946)
7. La Dame de Shanghai (Orson Welles, 1947)
8. La Rivière Rouge (Howard Hawks, 1948)
9. Les Plus Belles Années de notre Vie (William Wyler, 1946)
10. La Dame du Vendredi (Howard Hawks, 1940)
11. L’Ombre d’un Doute (Alfred Hitchcock, 1943)
12. Le Dictateur (Charles Chaplin, 1940)
13. Le Faucon Maltais (John Huston, 1941)
14. Les Sacrifiés (John Ford, 1945)
15. Duel au Soleil (King Vidor, 1946)
16. L’Enfer est à Lui (Raoul Walsh, 1949)
17. L’Aventure de Madame Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947)
18. Le Trésor de la Sierra Madre (John Huston, 1948)
19. Assurance sur la Mort (Billy Wilder, 1944)
20. Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943)


1940
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. La Dame du Vendredi – Howard Hawks

Acéré, frénétique, étourdissant, le film démontre avec un insolent brio que la suggestion, le sous-entendu sont aussi efficaces que les discours explicites. Il va si vite qu’il faudrait le revoir pour tout comprendre de ce qui s’y joue dramatiquement, psychologiquement et moralement dans le récit des amours de deux adultes sans vertu. Chaque plan demanderait à être étudié un par un. Il y en a 366, autant que de jours dans une année. Du moins certaines années exceptionnelles – 1940 par exemple.

2. Le Dictateur – Charles Chaplin

La moustache est toujours là mais Charlot s’estompe, étouffé par son propre anachronisme. Chaplin trouve en Hitler la cible rêvée de son amertume. Phare idéologique de l’époque, son hymne humaniste semble le résultat d’une manipulation génétique à laquelle seul son génie a pu donner figure universelle. Comment une symétrie se dégage-t-elle de styles et de tons si contradictoires ? Psychologique et concret, parlant et muet, hilarant et poignant, ce classique est une pieuvre sans descendance.

3. Les Raisins de la Colère – John Ford

La conquête de l’Ouest, version infernale. La vieille guimbarde des Joad, fermiers faméliques chassés de leur lopin, succède aux diligences de l’héroïsme, et les flèches du chômage se révèlent plus meurtrières que les lances des Indiens. Mais leur exil deviendra lui aussi une croisade. Aucune ride n’affecte la mise en scène limpide et orageuse de cette parabole sociale, traversée de motifs bibliques, et dont la force emblématique des personnages exprime la quintessence vivante du cinéma fordien.

4. Indiscrétions – George Cukor

Où Katharine Hepburn aborde triomphalement sa période glamour, Cary Grant conquiert pour de bon sa légende de séducteur désinvolte, James Stewart impose définitivement sa fragilité rêveuse. Et où la comédie américaine, pimpante, cristalline, champagnisée, trouve l’un de ses axiomes les plus parfaits. Après Sylvia Scarlett et Vacances, le film achève en beauté une trilogie informelle de l’élégance. Et dispense, derrière les ballets amoureux et les rapports de classe, une morale euphorisante.

5. Rendez-vous – Ernst Lubitsch

Peignant un monde injuste et contraint, sans autre avenir que l’imaginaire mais où pourtant tout est possible, même la réconciliation sociale, Lubitsch apporte mille nuances aux quiproquos amoureux qui séparent puis réunissent ses héros. On est dans l’aquarium hollywoodien, cette lumière de bocal, cette moonlight ciselant les visages et donnant à la banalité un écrin de merveilleux : temps retrouvé d’un vieux crocodile, exilé à cigare, qui convoque ses racines avec une insurmontable tendresse.

6. La Valse dans l’Ombre – Mervyn LeRoy

Le mélodrame n’a qu’une étude : la passion. Il en décrit les frémissements jusqu’à ériger le mémorial de ses signes les plus infimes, battement d’un cil, effleurement d’une main, caresse d’un reflet ou d’une ombre. Il touche à la secrète réserve d’expression qui libère la valeur incantatoire de l’image, sa densité lyrique. Ce film en apporte la preuve, bijou de raffinement où la perte est scellée dans le premier regard, dans l’échange du fétiche qui dit le non-lieu de l’amour, éternelle utopie.

7. Rebecca – Alfred Hitchcock

Lorsqu’Hitchcock débarque en Amérique, c’est par la grande porte. Son art alchimique, qui vise à transformer le plomb de la hantise en or, substitue au "bonheur dans le crime" selon Barbey d’Aurevilly le bonheur dans l’emprise. Ainsi de Rebecca, sommet de drame victorien où les cheminements de personnages envoûtés par leurs désirs et les menaces qui s’y insinuent (à travers le vaste manoir de Winter) se confondent avec ceux d’un public embobiné par la maîtrise passionnelle de sa mise en scène.

8. L’Aigle des Mers – Michael Curtiz

On a souvent dit de Michael Curtiz qu’il était un homme à tout faire, mais pas assez qu’il le faisait bien. Il abat ici la besogne avec une santé de bûcheron, fait caracoler les zébrures du noir et blanc, nourrit son sujet de bonne humeur. La vitalité de la mise en scène, la richesse de la reconstitution historique, les partis pris visuels infusés d’expressionnisme, le discours patriotique qui se fond avec l’énergie du pur romanesque : c’est à ce type de ferias qu’Hollywood doit son rayonnement.

9. La Lettre – William Wyler

C’est la garce du cinéma américain, une garce en dentelles et déshabillés de satin, une criminelle de la haute, hypocrite, manipulatrice, sans scrupules mais toujours classe : Bette Davis, qui tisse sa toile dans une atmosphère étrange, envahie par la fumée de l’opium et l’oppression de la terre orientale, méconnue et illustrée comme les bas-fonds de l’enfer. Des ressources de la profondeur de champ au pouvoir des ombres maléfiques, ce jeu de masques captive par sa maîtrise et son ambiguïté.

10. La Tempête qui Tue – Frank Borzage

Si le récit de ce beau drame décrit l’asservissement d’un peuple au nazisme qui déferle sur l’Allemagne, c’est pour mieux exalter l’irréductible autonomie de l’esprit. Les évènements répartissent les individus en deux camps : ceux qui se laissent investir par la folie collective et ceux qui, résistant à son attraction, demeurent fidèles à eux-mêmes. Contrairement à Lang (qui la piège) ou à Ford (qui la nourrit), Borzage assume la fiction avec une délicatesse qui n’enlève rien à son engagement.
1941
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. Citizen Kane – Orson Welles

Tant de bruit pour une simple luge… Mais un effet sans autre cause que la sienne peut être une belle définition pour le septième art. Avec cet acte de naissance qui sonne déjà comme un testament, le prodige dresse la table de matières du cinéma, cristallise chaque plan comme exercice de style, comme élément d’une nouvelle géométrie, se fraye des voies d’accès à travers un dédale de vérités subjectives, avant de découvrir à la dernière image toute la mémoire du monde. Un premier film assez réussi.

2. Le Faucon Maltais – John Huston

Atmosphère, atmosphère… Le coup d’essai de Huston en a la gueule, avec sa faune douteuse qui s’ébroue dans une toile de clairs-obscurs tamisés. Comme tous les grands jalons du cinéma noir, il dispense aussi et surtout une morale : l’argent ne peut être que maudit. Sa possession est un leurre, du vil plomb, et si ce pilier corrupteur et damnateur d’une civilisation fait courir les hommes, seuls ceux qui savent regarder au-delà (comme Sam Spade) peuvent espérer conserver quelque innocence.

3. La Charge Fantastique – Raoul Walsh

Pour Walsh, le cinéma reste avant tout l’expression de la vitalité, de l’énergie grâce à laquelle l’homme survit dans un monde cataclysmique. Que cette flambée thermodynamique s’éteigne et aussitôt le héros dépérit, à l’instar du général Custer qui existe pleinement lorsqu’il peut jouer son argent, son épée, sa vie si nécessaire, mais déprime dès que le feu de la guerre s’éloigne et qu’il se retrouve enfermé dans sa maison. Toute la fougue, le souffle, le lyrisme d’un grand western romanesque.

4. La Vipère – William Wyler

Si les vieilles querelles ("À bas Ford, vive Wyler !") sont révolues, un tel film vient néanmoins rappeler plusieurs évidences. Que chaque plan est ciselé comme une miniature d’époque. Que l’expressionnisme de Bette Davis s’accorde aux petits renards et aux larves tête-à-gifle s’agitant en coulisses. Que la tension narrative doit autant à la mise en scène qu’au décor, au montage, à une crispation subtile de la dramaturgie. Un brin de poésie en plus, et on approche de La Splendeur des Amberson.

5. Hellzapoppin – H.C. Potter

Hell is popping – L’enfer s’éclate. Et le spectateur également, emporté dans une tornade absurde qui mitraille au moins un gag par plan, dans un déchaînement visuel et sonore sans queue ni tête, frisant le surréalisme. Des Marx brothers à Tex Avery en passant par Y a-t-il un pilote dans l’avion ? et le 1941 de Spielberg, toute une histoire du cinéma comique américain semble condensée par ce sommet de loufoquerie débridée, lancée à fond la caisse dans mille directions totalement aléatoires.

6. La Grande Évasion – Raoul Walsh

Roy Earle, le gangster incarné par Bogart, apparaît comme une figure vieillissante, dépositaire du rêve nostalgique de la pastorale en même que des valeurs d’honneur, de fidélité et de loyauté. Pris dans la spirale qui le conduit à la mort, il ne connaîtra pas la seconde chance accordée dans le passé aux âmes nobles qui voulaient accéder au rêve américain. Ici pas de ruelles lugubres ni de décors urbains étouffants, mais de vastes espaces indomptables où s’accomplit son destin. Majesté du polar.

7. Remorques – Jean Grémillon

Brest, la présence obsédante de l’océan, un coup de foudre et une très vieille histoire : la passion adultère qui se sait vouée à l’éphémère, à l’échec, à la mort peut-être. La poésie que dégage le film est due à la disposition du cinéaste pour faire éclore le lyrisme aux moments où le réalisme s’envole vers la nostalgie du bonheur. Quand, dans cette cantate des éléments, Gabin et Morgan marchent sur une plage isolée, c’est à la fois l’amour naissant et le secret d’un monde que l’on entrevoit.

8. Un Cœur Pris au Piège – Preston Sturges

Le véhicule est ici l’excuse idéale pour que "boy meets girl" (rencontre), l’escale le prétexte à ce que "boy loses girl" (séparation), la reprise du trajet l’unique recours pour que "boy gets girls" (réunion). Si le voyage est donc parcours initiatique, le noir et blanc est expression de la dualité, et la Bible ressort comique : Adam et Eve, avec le serpent du générique qui se faufile dans le "o" de Preston. Autant de composants élémentaires fournissant les repères d’une alchimie disparue.

9. Docteur Jekyll et Mister Hyde – Victor Fleming

Adaptation étonnamment intelligente, qui approfondit un fantastique à dimension humaine et met en jeu le grand défi de la science à la religion. Spencer Tracy y transforme ses péchés mignons en indices de monstruosité : sa gourmandise devient fringale vulgaire, sa franche allure cynique, son humour "taquinisme" (selon le mot de Sade). Et l’inversion des rôles entre Lana Turner (la fiancée amoureuse) et Ingrid Bergman (la coquette aux mœurs faciles) répond exactement au dédoublement Jekyll/Hyde.

10. Chasse à l’Homme – Fritz Lang

Vêtu d’un costume de chasseur tyrolien, Walter Pidgeon émerge de derrière un arbre, un fusil à lunettes en bandoulière. Il s’allonge dans les feuillages, épaule son arme et vise la cible qu’il tient au bout du canon : Hitler. Ainsi débute ce Lang dense et dru qui cavale de forêt en docks londoniens, de ruelles sombres en tunnel du métro ou en caverne, décors d’un combat impitoyable entre le bien et le mal, de situations fortes et complexes engageant le spectateur bien plus que toute propagande.
1942
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. Casablanca – Michael Curtiz

Cela aurait pu n’être qu’un exploitation movie de plus, qui aurait brassé les genres et ajusté ses motifs et conventions au temps de guerre. C’est devenu l’un des immortels classiques de l’écran, un œuvre de légende dont on ne sait, de la fiction foisonnante, de l’achèvement d’un style pénétré d’intelligence, du décor exhalant sa féérie cosmopolite, de la richesse fertile du matériau romanesque ou du rayonnement des acteurs, au faîte de leur pouvoir de fascination, ce qu’il faut admirer le plus.

2. La Splendeur des Amberson – Orson Welles

Welles en sa splendeur, deuxième chapitre : la chronique d’une dynastie à la charnière des siècles. Gelé par ses convictions, cristallisant son triomphe capitaliste dans une demeure babylonienne, le clan mime la farce de l’immortalité mais marche inéluctablement vers le trépas, au rythme solennel qui sied à l’agonie. Sa chance s’effrite, son bonheur s’estompe, sa hiérarchie s’écroule, consumée par la ruine financière, le changement des sociétés et le passage du temps. Un chef-d’œuvre païen.

3. Madame et ses Flirts – Preston Sturges

S’adonnant sans pudeur aux règles de la comédie de remariage, le cinéaste américain le plus azimuté de son époque se paie le luxe d’une énigme totalement gratuite en fond de générique de début, qui ne se résout par déduction qu’à la toute dernière séquence, avec une chute dont l’absurdité devient logique. Le parcours narratif revient ainsi au départ comme un train électrique, et le cinéma se montre un art capable de contourner la réalité, de contredire la vie avec panache. Un délire jouissif.

4. Jeux Dangereux – Ernst Lubitsch

Où finit le théâtre ? Où commence la vie ? Lubitsch pose sur la question dans cette exemplaire comédie d’espionnage où l’art triomphe de l’uniforme. Puisant son matériau à la source de l’actualité la plus tragique, il élabore un perpétuel jeu de dupes dont l’issue n’est autre que la survie d’une communauté et réussit la gageure de combiner un authentique esprit de résistance avec les ressorts classiques du vaudeville. Tout en prouvant que l’Histoire se met en scène comme une histoire juive.

5. Une Femme cherche son Destin – Irving Rapper

Modèle achevé du woman’s picture, si prisé dans les années quarante, ce très beau mélo invite à une plongée dans l’improbable qui est aussi un voyage au pays des conventions. Grâce aux dialogues ciselés, à l’image ouatée, à la présence souveraine d’une Bette Davis méritant plus que jamais son surnom de "Queen of the Warner lot", il dépasse la simple nostalgie pour toucher là où pourtant on se tient sur ses gardes et atteindre à l’émouvante beauté de ce qu’on appelle une "pièce d’époque".

6. Gentleman Jim – Raoul Walsh

Comme le prouve l’irrésistible ascension de James Corbett, humble employé de banque déterminé à s’élever au-dessus de sa condition, on peut être né dans le ghetto irlandais et devenir à la fois gentleman et champion de boxe – une star capable de jouer sa propre légende sur scène. La vraie noblesse est innée : ce film tourbillonnant en apporte la preuve, qui fuse rapide comme l’éclair, servi par la mobilité d’une jeune nation, pour donner une forme exaltante à la concrétisation du rêve américain.

7. L’Étrange Incident – William A. Wellman

Dans ce western adulte qui, historiquement, ouvre l’âge d’or que Ford fermera d’un battement de porte dans La Prisonnière du Désert, Wellman scrute les visages, s’attache aux êtres plus qu’à l’action. Ainsi construit-il en dehors des recours et des sollicitations habituelles un univers où l’humanité ne manque jamais de paraître vraie parce qu’il sait dresser autour d’elle un climat commun qui détermine puissamment le drame. Il y a du Zola dans son naturalisme, du Steinbeck dans sa générosité.

8. L’Assassin Habite au 21 – Henri-Georges Clouzot

Première réalisation d’un des plus pessimistes des grands cinéastes français. Par-delà la mécanique impeccable du scénario, il s’agit déjà de créer un climat dans un cadre soigneusement balisé, d’appréhender les personnages comme l’émanation d’un décor déterminant leurs passions, leurs erreurs, leurs faiblesses. Entre intrigue et narration, acteur et mise en scène, les liens organiques traduisent une conception globalisante laissant entendre que, chez lui, le gris l’emporte souvent sur le noir.

9. La Féline – Jacques Tourneur

C’est une jeune Serbe réfugiée à New York qui charrie dans sa mémoire le souvenir d’une ancienne malédiction. Elle descend d’une lignée de femmes-chats capables de se transformer en félins au contact du désir. À la fois prédatrice et victime, elle offre son visage de pékinois à ce conte nocturne tout imprégné d’un climat fantastique à la Edgar Poe, dont la dramaturgie implicite de la peur, l’esthétique de la suggestion, la tension entre champ et hors-champ ouvrent une ère nouvelle du genre.

10. Madame Miniver – William Wyler

Entre la fable de Chaplin (Le Dictateur) et la farce de Lubitsch (Jeux Dangereux) pour inciter les USA à entrer en guerre, voici le mélo de Wyler pour entériner cet engagement. Peignant une bourgade anglaise aux allures de petit paradis, le film laisse infuser la gravité à mesure que le péril prend forme. Le sens du détail du cinéaste, la conviction des interprètes assurent sa force d’adhésion à cette ode au courage, à la solidarité et au dévouement, étendards d’une résistance à visage humain.
1943
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. L’Ombre d’un Doute – Alfred Hitchcock

"Il y a trop de femmes mûres aux États-Unis", déclare Hitchcock pour innocenter le suave Joseph Cotten, assassin de veuves fortunées venu se réfugier dans sa famille provinciale. L’histoire d’amour entre le meurtrier et sa jeune nièce ne peut se conclure que par de nouveaux crimes : le puritanisme tue. Et les cendres du passé déposé au fond du film – à la fois l’Amérique des années quarante et un chapitre révolu de l’histoire du cinéma – de remonter ainsi à la surface en une admirable apothéose.

2. Le Corbeau – Henri-Georges Clouzot

La province française mise à mal par un sadique, métissée d’expressionnisme et passée à la loupe de l’entomologiste. Entre un enterrement au grand soleil et la lumière électrique qui balaie le visage des suspects, le film multiplie les déviations, les perversions, les frustrations. La vamp est une boîteuse, la femme honnête une démente, et c’est dans une église que s’affrontent les rivales, observées par la cornette d’une infirmière perfide. Qui est le Corbeau ? Tous coupables, répond Clouzot.

3. Meshes of the Afternoon – Maya Deren

Quatorze minutes d’hypnose. On y éprouve les saccades irrationnelles de l’inconscient, on y évolue selon la logique déroutante du rêve (ou du cauchemar), on y croise la silhouette sans visage du Voyage de Chihiro, on s’immerge envoûté dans un climat d’angoisse et de tension qui préfigure les univers oniriques et les dispositifs formels (boucles et spirales, répétitions et permutations) de Buñuel ou de Lynch, tout en actant la naissance d’une avant-garde américaine proche de Cocteau. Stupéfiant.

4. Colonel Blimp – Michael Powell & Emeric Pressburger

Derrière cette saga romanesque s’étalant sur plusieurs décennies et différents conflits (de la guerre des Boers à celle de 14-18), un tourbillon de trouvailles visuelles, de cocasserie et de romantisme désenchanté. Mais aussi un optimisme plein de foi en la victoire, à une époque où la défaite du nazisme était loin d’être acquise. Et enfin, depuis la générosité du propos humaniste jusqu’aux rapports de classes et de nations, le seul film britannique que l’on puisse comparer à La Grande Illusion.

5. Vaudou – Jacques Tourneur

Des sanglots fantomatiques aux ritournelles-oracles, des chants d’oiseau aux bruits de pas, des cris et chuchotements à la voix off habitée, de l’entre chien et loup à la clarté aveuglante de la nuit, tout dans la mise en scène vibratoire relève du rite de possession. En découle un film chuchoté, halluciné, peuplé de morts-vivants, traversé de présages et de sortilèges. Un cérémonial de mystère et d’ombres, une transe qui met à l’épreuve la croyance des personnages comme celle des spectateurs.

6. Goupi Mains-Rouges – Jacques Becker

Zola sans emphase, Becker le naturaliste épuise l’étude des mœurs campagnardes et campe les trognes paysannes de la France profonde. Pas très joli joli, le microcosme où se déchire le clan Goupi, tribu de filous, de demeurés, d’avares, de maritornes et d’assassins. Le comique râpe la gorge comme une vieille gnôle et l’on garde le souvenir tenace des imprécations de Tonkin (Le Vigan, déchaîné) éructant son fiel à la face d’un monde corrompu auquel il ne peut échapper que par la mort violente.

7. Les Anges du Péché – Robert Bresson

Avant de s’épurer dans une exigence toujours plus solitaire, le style de Bresson savait encore s’ouvrir au frémissement et aux lois de l’émotion. Pas de jugement porté sur ces nonnes soumises à l’abnégation et au renoncement, nul effet dramatique, mais un haut débat travaillé par des luttes intérieures, une force d’attraction qui relève non de la religion mais de la transcendance. Qui en fait des saintes, des criminelles, des artistes. Et qui provoque le grand ébranlement de la vie spirituelle.

8. Le Ciel peut Attendre – Ernst Lubitsch

La vie d’Henry Van Cleve fut heureuse, même si elle comporta de ces vrais et grands et malheurs auxquels nul n’échappe s’il vit assez longtemps. Parce qu’il doit la justifier pour entrer au paradis, il confesse son égoïsme, ses failles, sa vie conjugale, ses infidélités et ses minuscules duperies. Toute une existence – et l’existence de tout homme – passée au tamis ironique de Lubitsch. Derrière la légèreté des situations, un traité philosophique sur l’art de savoir aimer, vieillir et mourir.

9. Douce – Claude Autant-Lara

La fameuse séquence où la comtesse autoritaire et très collet monté fait sa tournée annuelle aux nécessiteux résume la cruauté anarchisante de cette sarcastique étude de mœurs : les pauvres sont aussi asservis à la morale de la reconnaissance que la vieille douairière à celle de la charité. Dans un film qui analyse la rupture de l’aristocratie avec la classe populaire et qui se terme sur la combustion et la mort, l’entente ne peut exister. Et la leçon est amère : tout ce qui attire détruit.

10. Air Force – Howard Hawks

La situation imposée par le contexte historique semble ici agir comme une discipline, fournissant au cinéaste un thème qui lui convient idéalement. Construit sur un rythme cumulatif d’alternance entre les vols et les épisodes sur les différentes îles du Pacifique, le film s’exonère de toute sentimentalité pour mieux dépeindre le Mary Ann comme symbole d’un ordre préservé dans un monde chaotique, construit sur des valeurs partagées, un but commun, la sympathie intuitive et la dépendance mutuelle.
1944
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. Assurance sur la Mort – Billy Wilder

À l’aube de sa carrière hollywoodienne, Wilder sort le grand jeu et signe l’un des modèles définitifs du genre. Voix-off, flash-back, femme fatale, tous les ingrédients sont maniés avec le sens de l’ironie grinçante qui est le sien. Nulle rédemption n’est permise par ce jeu funeste où la passion se noie dans le sang et où le désir sexuel, trouvant son acmé dans l’accomplissement du meurtre, est montré crûment, loin de toute hypocrisie ou alibi sociologique. Jamais le noir n’avait été plus noir.

2. Lifeboat – Alfred Hitchcock

Globalement, ce huis-clos marin rejoue la scène primitive. Le commandant allemand y endosse le rôle du père, Saturne tout puissant n’hésitant pas éliminer ses enfants. Sa suppression par le troupeau des fils jaloux est sauvage mais un autre ennemi ressort à la fin, ultime rejeton de cet accouplement monstrueux (l’Angleterre et l’Allemagne ne seront jamais alliés). Un univers de valeurs nécessaire se voit ainsi fondé, qui remet en ordre les bouleversements nés de la guerre. Éblouissante leçon.

3. Le Chant du Missouri – Vincente Minnelli

Un exercice de mémoire musicale où le cinéaste tourne en coloriste les pages d’un album de famille : les amours s’ébauchent, les enfants grandissent, le matriarcat s’affirme, la grande foire s’installe à St-Louis au début du siècle dernier... On accepte d’autant plus la morale de l’Amérique profonde – "there’s no place like home" – qu’elle adhère à un genre investi par le génie national et sait aussi risquer des notes plus cruelles liées à l’enfance (la nuit d’Halloween tournant au cauchemar).

4. Laura – Otto Preminger

De la fascination. Pour des mouvements d’horlogerie raffinés qui ont l’évidence du constat et la pureté du cristal. Pour l’autopsie non pas d’un meurtre mais d’une irrésistible attraction amoureuse. Pour l’élégance d’un style multipliant les scintillements feutrés. Pour la nécessaire efficience de la mise en scène qui semblait alors indiquer la route à suivre. Et pour le simulacre qui posa cette équation imaginaire sur laquelle continuent à vivre nos souvenirs : Laura = Gene Tierney, éternelle.

5. Le Ciel est à Vous – Jean Grémillon

Certains ont vu dans l’équipée de cette aviatrice pionnière un symbole de l’héroïsme modeste, du courage tranquille, de la volonté de résistance à l’oppression ennemie ; d’autres au contraire ont souligné l’ambigüité vichyste du message. La vérité est ailleurs, dans l’équilibre tenu entre lyrisme et austérité, à mi-chemin de Malraux et de Péguy. Sans cacher son attachement aux bons sentiments, le film illustre ainsi exemplairement les servitudes et les grandeurs d’un certain esprit français.

6. Ivan le Terrible, Partie I – Sergueï Eisenstein

Austère, lent, hiératique, le film n’est certes pas d’un abord facile. Mais Eisenstein en assure le triomphe plastique à chaque plan, dessiné, peint, sculpté et composé de main de maître. Les chatières où se courbe Ivan évoquent les cabinets des figures de cire de l’expressionnisme ; la saturation esthétique envahissant le palais le Sternberg de L’Impératrice Rouge. Et tandis que le visage pur du monarque s’assombrit inéluctablement, la distance est franchie qui sépare le terrible du tyran.

7. Hantise – George Cukor

Si la perfection des décors de studio et de la technique porte la marque hollywoodienne, on ne saurait voir en Cukor un simple couturier du prêt-à-porter MGM. D’une Italie un peu trop romantique à un Londres où le brouillard, le crime, le sadisme rôdent autour de la respectabilité victorienne, il développe un univers morbide, un monde décalé par la peur et la fascination amoureuse. L’époque s’y prêtait et, dans ce conte noir à l’oppressante atmosphère gothique, le cinéaste n’a rien oublié.

8. La Femme au Portrait – Fritz Lang

Selon Lang, chaque individu a son reflet noir, chaque sentiment honnête son double tranchant, chaque atome d’existence sa parité, et il faut beaucoup de force d’âme, de prévention lucide pour ne pas se laisser corrompre par cet alter ego maléfique. Subtile amphibologie dont il explore les mécanismes dans cette mise en pratique de la représentation freudienne qui, bien que fondée sur l’esprit de géométrie (et ses équations), témoigne d’esprit de finesse (et de ses troubles phosphorescences).

9. Le Port de l’Angoisse – Howard Hawks

Le cinéaste se plait à mettre en pièces le roman d’Hemingway et privilégie les rapports de force, de violence, de désir, la surenchère dans la hauteur des tons. Une femme doit vaincre le préjugé d’un homme qui craint de s’investir dans l’action comme dans l’amour et s’y trouve poussé au gré des évènements. La lutte des sexes se résoudra dans l’harmonie, le respect mutuel, l’égalité reconnue et assumée sans perte ni abaissement de l’un ou de l’autre. Une sorte d’abrégé de la morale hawksienne.

10. Miracle au Village – Preston Sturges

De Barbara Stanwick à Claudette Colbert, d’Henry Fonda à Joel McCrea, les vedettes ont aimé faire les fous dans la farandole sturgesienne. Ce film-ci relève d’un autre défi : Eddie Bracken suggère la naïveté désarmante du puceau par un festival de bafouillages et de bouches de travers, Betty Hutten démolit en pleurnichant l’image de la jeune provinciale américaine. Deux spécimens d’infantilisation pour une satire délirante qui liquide en bonne et due forme les règles sévères du production code.
1945
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. Les Sacrifiés – John Ford

Même si le réalisateur lui a souvent refusé le moindre mérite (peut-être parce qu’il ne l’a pas achevée), cette évocation de la campagne du Pacifique demeure une œuvre purement fordienne. Sans excès de dramatisation, sans emphase ni exaltation héroïque, elle puise dans le quotidien des hommes en guerre les notes poignantes mais chaleureuses d’un authentique lamento. Tout y est exprimé sur la pointe fine des émotions, dans cette marge subtile qui relie le désenchantement à l’humanisme. Admirable.

2. Le Roman de Mildred Pierce – Michael Curtiz

Deux coups de feu, puis un nom s’échappant des lèvres du mourant : "Mildred…" Commence un long flash-back où se reforment le puzzle et le destin d’une redoutable femme de tête. La science des éclairages, la perfection du travail de studio qui insuffle son réalisme à un monde entièrement artificiel, la mise en scène qui rénove dans la dureté du film noir les archétypes du mélodrame sentimental et fait chatoyer le kaléidoscope de ses artifices et maléfices : l’âge d’or d’Hollywood, c’était cela.

3. Brève Rencontre – David Lean

Avant d’entreprendre les épopées qui l’ont rendu célèbre, Lean offrait sa recette pour mise en bière des pulsions amoureuses : une ménagère prépare son pot-au-fog et rate son soufflé à l’adultère. En se heurtant aux codes moraux et à ce qui reste des valeurs victoriennes, l’aspiration du cinéaste à la grandeur fait jaillir de magnifiques étincelles. Sans doute le film le plus émouvant qu’ait donnée cette variante anglaise du masochisme qui s’épanouit dans la frustration et la négation du désir.

4. Le Lys de Brooklyn – Elia Kazan

De John Ford (Qu’elle était Verte ma Vallée) à James Gray (Armageddon Time), la chronique d’une famille d’immigrés constitue un genre à part entière du cinéma américain. Le premier film de Kazan en est peut-être l’un des plus beaux et poignants fleurons. Fort de sa notoriété acquise dans le monde du théâtre, l’artiste y creuse l’éternelle tension entre espoir et résignation, sens des responsabilités et inclination rêveuse, pragmatisme et joie éphémère, avec une sensibilité qui étreint le cœur.

5. Aventures en Birmanie – Raoul Walsh

Le cinéma américain a payé avec éclat son tribut à la défense du monde libre contre les invasions armées. Walsh, pour qui l’enjeu du conflit importe moins que le comportement du soldat sur le terrain, n’a jamais réalisé film de guerre plus remarquable que cette éprouvante évocation d’un guêpier infernal, dont l’impression d’authenticité quasi documentaire naît d’un souci de traiter l’Histoire à chaud. Une fois de plus, son économie de moyens y féconde une maîtrise narrative proche de l’épopée.

6. Les Dames du Bois de Boulogne – Robert Bresson

Il en est des films comme des pierres précieuses : certains éblouissent par leur pureté transparente, d’autres fascinent par leur noirceur. Tel est le deuxième long-métrage de Bresson, clos comme un théorème et acéré comme une flèche, dont la rigoureuse mise en scène ourdit une machination perverse apte à prendre quiconque dans ses filets. Partant de la passion sèche d’une vengeance féminine, il s’achève dans l’éblouissement d’une mystique amoureuse, le triomphe transcendantal de la blancheur.

7. Les Cloches de Sainte-Marie – Leo McCarey

Suite des aventures du père O’Malley. On aurait tort d’utiliser le terme de foi tant peu de place y est laissée au doute fertile qui souvent stimule la croyance dans ce qu’elle a de plus profond. L’expérience quotidienne du sacerdoce vécu par ce prêtre dévoué (mais désinvolte comme une créature pasolinienne) et cette sœur rayonnante (superbe Ingrid Bergman) rappelle en revanche notre condition : celle d’une humanité vouée au transitoire, à la précarité, toujours en partance, à jamais inquiète.

8. Falbalas – Jacques Becker

Un couturier frivole s’éprend d’une jolie provinciale comme on tombe dans un puits. Elle le confond avec les mannequins qu’il habille rue Montaigne, et il en meurt. Becker demeure le peintre inspiré des sociétés parisiennes, d’Antoine à Édouard, d’Antoinette à Caroline. Cette histoire d’une crise de passion, où l’on ouvre beaucoup de portes mais dont chaque mouvement, chaque déplacement est nécessaire, est avant tout le film du vertige : l’amour y naît et y meurt de ses propres artifices.

9. Le Poison – Billy Wilder

L’histoire d’une convalescence ratée, d’un homme tétanisé à l’idée d’échapper à son circuit de dépendance, pris en otage par son propre cerveau, mais aussi le récit sordide d’une confession, d’une pathologie éminemment évolutive allant d’abandon en abandon, jusqu’au point de non-retour. Le film ne montre pas que l’alcoolisme crée une rupture avec la réalité mais que l’individu qui boit est en phase avec une réalité bien plus terrible : celle de sa lâcheté. Implacable de précision et de lucidité.

10. Crime Passionnel – Otto Preminger

Après la diaphane Laura, voici la charnelle Stella – non plus supposée morte, mais assassinée à mi-course du récit. Entre les deux femmes, le même somnambulique Dana Andrews, la même musique élégamment swingée, la même photographie nocturne. On passe du décor sophistiqué de New York à celui, petit-bourgeois, de la Californie ; des pistes romantiques à une approche plus naturaliste. Deux films dissociant la thèse de l’antithèse, mais ne laissant aucun doute sur l’unité du talent de leur auteur.
1946
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. La Vie est Belle – Frank Capra

Il y a des Européens qui ont vécu à Hollywood sans cesser d’être européens (Lubitsch, Wilder) et des Américains qui se sont européanisés (Kubrick, Losey). Capra est un Européen américanisé, ayant fait fortune sur sa terre promise et n’ayant cessé de lui dire merci. Avec cette fable universelle exaltant la convergence de l’initiative individuelle et de l’équité sociale, il prouve que, même quand elle ne se hausse pas jusqu’à l’idéal dont rêve la jeunesse, toute vie possède son mérite héroïque.

2. Les Enchaînés – Alfred Hitchcock

Être humain, pour un spectateur du maître anglais, ce n’est pas se plaindre, condescendre ou militer mais se rendre complice de la séduction. Le bien et le mal ne se présentent dès lors que plus irréductibles l’un à l’autre. Le suspense opère sur le double échiquier du thriller et du sentiment pour mieux cultiver la mise en cause des préjugés et des apparences qui donne sa valeur à l’ambigüité hitchcockienne. Et l’amour salvateur surgissant comme un pacte ou une prière achève de tout embraser.

3. Les Plus Belles Années de Notre Vie – William Wyler

Si la force d’une telle œuvre reste intacte à chaque retrouvaille, c’est parce qu’elle trouve sa source dans l’engagement à corps perdu de Wyler. Après quatre ans d’inactivité, il dit tout de la douleur du retour, du désarroi des mobilisés, des contradictions de son temps. La beauté naît de l’élan accumulé, et la triple puissance du mythe, de l’actualité et de la prémonition relève d’une gageure tenue avec une intransigeance exceptionnelle. Le classicisme à son plus haut degré d’accomplissement.

4. Duel au Soleil – King Vidor

Dans la Genèse personnelle de Selznick, ce film fou est tel un Caïn imprévisible poursuivant, la massue brandie, cet Abel propret qu’est Autant en emporte le Vent. Ici l’amour porte la mort avec une sauvagerie ingénue, l’épouse rampe vers l’époux, le frère condamne le frère, les baisers s’entretuent dans un bain de sable et de sang, les cadres déchirés aux couleurs souveraines ont la magnificence d’un Turner, et le vertige formel qui s’empare du récit produit comme un roulement de tonnerre.

5. La Poursuite Infernale – John Ford

Wyatt Earp, Doc Holliday, la fusillade d’O.K. Corral, le nettoyage de Tombstone, la scène de square dance… Mais l’arbre des traditions de l’Ouest ne doit pas cacher la forêt fordienne. Rarement western se sera tant dépouillé de ses pittoresques oripeaux pour mettre à nu la quintessence du drame qui le sous-tend. Dans cette variation d’une pureté presque géométrique sur les thèmes de l’attente et du destin, tout est suspension, espaces épurés, mensonges avec soi-même et rédemption des faibles.

6. Le Grand Sommeil – Howard Hawks

Deux écoles subsistent devant ce modèle archétypal du film noir. Il y a ceux qui cherchent à percer les mystères d’un récit inexplicable (et inexpliqué par Raymond Chandler). Et ceux qui, abdiquant toute volonté, cèdent au pouvoir léthargique de la cinéphilie, se laissent magnétiser par quelques détails, les deux tics-clés de Bogart, l’ombre d’une limousine en stationnement, les dialogues salaces que dissimule un art poétique de la prose. Le secret du Grand Sommeil n’est pas prêt d’être vaincu.

7. Sciuscia – Vittorio De Sica

On s’égarerait à ne voir dans cette fable poignante qu’une étape vers l’accomplissement du Voleur de Bicyclette. Le cinéaste y dépeint la réalité tragique que le fascisme voulait masquer et exprime une compassion d’adulte pour l’enfant victime de désespérance épouvantée. À travers l’histoire de deux gosses réduits à la rue et exposés à l’égoïsme des caïds, aux mensonges des éducateurs, à la cruauté d’une société misérable qui aura raison de leur amitié, c’est tout un peuple qui crie sa douleur.

8. Le Criminel – Orson Welles

Élevant le pléonasme et la redondance au rang de motifs stylistiques, Welles démultiplie à l’infini le parti-pris esthétique du noir contre le blanc, comme ces étranges parties de dames qui occupent les temps morts de l’action. Et si son criminel démiurge expire à la fin, embroché par le glaive du destin que brandit l’énorme figurine mécanique d’une horloge d’église, il aura prouvé une chose : dans cette mythologie moderne où tout est réversible, l’ennemi se dissimule en chacun d’entre nous.

9. Les Tueurs – Robert Siodmak

Comment un homme peut-il en arriver à perdre le désir de vivre ? Et le film d’organiser une savante série de flashbacks pour éclairer le destin de son héros, boxeur devenu criminel par amour pour la fatalement belle Ava Gardner. Il dénude la corruption du monde, la traîtrise de la femme, la faillite de l’innocence, l’angoisse existentielle d’après-guerre, et dissout les frontières du bien et du mal dans une atmosphère étouffante dont l’opacité renvoie à la nature ontologique du cinéma noir.

10. Panique – Julien Duvivier

L’œuvre de Duvivier fut souvent le lieu d’une ambition torturée, situant des destins en bout de course dans une forte exigence plastique. Sa noirceur s’est exemplairement cristallisée dans cette spectrographie sans illusion de la nature humaine, cette peinture d’un monde sans pitié ni beauté où personne n’est aimable, à commencer par l’inquiétant Monsieur Hire, pathologiquement indifférent aux malheurs des autres. Rarement Simenon aura trouvé adaptation aussi ténébreuse, sordide et affligée.
1947
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. La Dame de Shanghai – Orson Welles

Welles choisit le parti du pion : un marin engagé pour une croisière à Acapulco. Il trace des frontières mouvantes entre des espaces plus moraux que réels. Sa caméra couturière (araignée) tisse un fil serré que seule défera l’atomisation finale, achèvement du processus suicidaire menant le film dès l’origine. Quant à son récit knock out, resté loin derrière, il perd pied et se volatilise dans la chambre aux miroirs d’un Lunapark infernal, où des reflets et des ombres s’entretuent indéfiniment.

2. L’Aventure de Madame Muir – Joseph L. Mankiewicz

Tout vibre ici de poésie et d’onirisme, de magie et de romantisme. Gene Tierney, amoureuse surnaturelle, et Rex Harrison, ganache maritime et éthérée, tutoient la grâce. La musique d’Herrmann, dont l’inspiration semble puisée chez Debussy, enveloppe un récit d’une extrême délicatesse qui, en libérant le subconscient, apprend à l’héroïne à vieillir dans l’attente d’un bonheur qui viendra au-delà. Et les dernières séquences portent bien haut l’émotion commandée par ce pur envoûtement sentimental.

3. Le Narcisse Noir – Michael Powell & Emeric Pressburger

Pour le dire simplement, c’est ce que l’on appelle une tuerie esthétique. Soit un songe ventilé, ensorcelant, atmosphérique, cultivant dans son décor sternbergien un formalisme en Technicolor qui renvoie à Murnau et Lang, mais sans le moindre emprunt. L’irréalité du lieu est mère d’enchantement, l’orage des pulsions convoque tous les délires, les deux moitiés d’un même être s’affrontent au bord du gouffre en une danse de folie et de mort. Et les brumes d’effacer lentement le palais de Mopu…

4. Huit Heures de Sursis – Carol Reed

Le climat est lourd, l’air glacé, la neige tombe sur la nuit profonde de Belfast où déambule James Mason, hagard, gagné par des hallucinations, se débattant en vain contre un monde qui se referme sur lui comme un piège. L’enchaînement fortuit des circonstances s’érige en fatalité et l’entraîne inexorablement vers la mort. Par ses recherches formelles, sa composition expressionniste, son exigence dramatique, son idéalisme à la Graham Green, Reed justifie la réputation de sa période faste.

5. Quai des Orfèvres – Henri-Georges Clouzot

Ici on barbote dans la vie comme dans une eau sale. Le naturalisme littéraire se trouve reconsidéré par le réalisme noir de Clouzot qui, après avoir passé un mois à renifler les odeurs des locaux de la PJ, parsème son histoire de minables, de voyeurs, de névrosés, perce le secret des caractères et des turpitudes, vide les poubelles de la société avec un œil d’oiseau de proie mais sans acrimonie envers cette humanité dérisoire, un peu sordide, pathétique. Le film noir à la française est né.

6. La Vallée de la Peur – Raoul Walsh

Singulier et envoûtant western, où le taciturne Robert Mitchum joue avec sa mauvaise étoile à pile ou face dans une fausse indifférence et poursuit l’ombre fatale et fantomatique de son passé. Walsh y capte la réfraction réciproque des consciences, s’abandonne à une stylisation volontiers expressionniste qui plonge le récit dans un univers intérieur et abstrait. Chantre de l’instinct, il prouve ici qu’il n’est pas non plus dénué de cette intelligence spécifique propice à l’éclosion de la poésie.

7. Antoine et Antoinette – Jacques Becker

Becker portait une grande admiration à la comédie américaine, enlevée, tonique, pétillante. Il en offre ici l’une des plus convaincantes équivalences françaises : un film d’énergie, de rythme, de jeu pur sur un prétexte infime. Tout son art se concentre dans cette finesse descriptive, cette variété de moyens par lesquels il inscrit ses personnages dans leur milieu, cette attention intimiste aux petites gens, ce style alerte dont l’équilibre des forces atteste d’une vraie souveraineté classique.

8. Monsieur Verdoux – Charles Chaplin

Charlot n’est plus. Il est devenu un vieux beau trucidant des matrones avec l’opiniâtreté d’un Landru. Quelques scènes de burlesque pur, des ballets comiques menés sur les chapeaux de roue émaillent ce chant de crépuscule et de désespoir qui met son époque en accusation. "Quel horrible monde !" déplore Verdoux, dont l’aberration individuelle s’estime justifiée par les injustices de l’Histoire, et dont la mort renvoie, par sa force d’expression universelle, à celle du Meursault de L’Étranger.

9. Le Secret derrière la Porte – Fritz Lang

"Il y a des forces obscures en nous" : avec cette affirmation, le protagoniste synthétise l’obsession fondamentale qui étreint nombre de héros langiens. Que les fleurs empoisonnées du mal émergent des ténèbres du subconscient pour envahir le réel et c’en est fini de l’humain. Tel est le véritable secret tapi derrière la porte, qu’il s’agit d’exorciser en un va-et-vient de masses blanches et noires, sous le regard d’un démiurge justicier connaissant le pourquoi et le comment de toutes choses.

10. Les Passagers de la Nuit – Delmer Daves

Climat nocturne et onirique, intimité rêveuse, piège se refermant sur un homme qui gagne sa liberté mais ne pourra jamais prouver son innocence, identification du spectateur à un héros invisible, puis apparition de ce visage que Lauren Bacall semble caresser : malgré les meurtres et les menaces, malgré une autre femme perverse et destructrice, il n’y a alors plus rien que la passion entre deux êtres unis jusqu’à la mort. Si le film s’inscrit dans le genre policier, il le déborde de toutes parts.
1948
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. Le Voleur de Bicyclette – Vittorio de Sica

L’étendard de la génération néo-réaliste, le phare des baziniens, l’une des œuvres les plus révérées de l’histoire du cinéma. Tout bouleverse dans cette mise en scène de la simplicité, cette pratique du réel à claire-voie qui élève un sujet très social aux plus nobles hauteurs de la générosité humaniste, et où la faute du chômeur n’est rachetée que par la main de l’enfant étreignant la sienne. Il serait impossible, aujourd’hui, de faire tout un plat (tout un film) d’un simple vol de bicyclette.

2. La Rivière Rouge – Howard Hawks

Où le héros hawksien hérite de l’accomplissement du groupe (réussir où les autres ont échoué) mais aussi du rachat d’une culpabilité qui l’isole : pour pouvoir commencer, il faut essuyer les traces d’un passé restant la condition première. Courbe vicieuse du temps qui rend compte de ce palimpseste initiatique où deux cow-boys s’affrontent sous les yeux d’une jeune femme rompue à leurs jeux. Un des sommets de l’auteur quand sa vision du monde atteint à la fois au plus complexe et au plus épique.

3. Le Trésor de la Sierra Madre – John Huston

Trois épaves d’une société trop dure s’associent au Mexique sur un billet de loterie afin de prospecter de l’or, se battent et s’entretuent pour une poudre étincelante qui finira par leur glisser entre les doigts. Mais tout cela valait la peine d’être vécu car l’important est de se colleter avec la vie, de lui infliger autant de coups qu’elle en assène et de savoir qui a le dernier mot. Ce grand film d’aventures le prouve : Huston n’est pas le cinéaste de l’échec mais l’apologiste de la volonté.

4. Le Fils du Désert – John Ford

Si Ford réalise un conte de Noël, il ne traite le miracle que dans sa matérialité, Dieu n’étant plus force spirituelle mais doigt venant toujours ouvrir la Bible à la bonne page. Sa sérénité joyeuse et attendrie lui permet d’intégrer sans difficultés des allusions immédiatement mythologiques à un récit conduit selon son allure caractéristique : ni petites touches, ni longs élans, ni paroxysmes, mais l’exactitude (cadrage, métrage) se niant supérieurement elle-même en irradiant la sympathie.

5. Les Chaussons Rouges – Michael Powell & Emeric Pressburger

Que peut la vie contre l’art lorsque ce dernier se met à tout engloutir ? La réalité contre le conte quand celui-ci s’échappe de sa représentation sur scène pour investir le monde ? La raison contre les débordements du désir qui s’empare du personnage et des cinéastes prêts à le suivre jusqu’au point de non-retour ? Débuts de réponses dans cet enchantement hallucinatoire, ce somptueux délire esthétique suscitant l’adhésion et le ravissement naïfs éprouvés devant tout ce qui coule de source.

6. Allemagne Année Zéro – Roberto Rossellini

Ce Berlin d’après-guerre a des allures de chapelle ardente. Edmund, le petit héros blond, y erre en prenant sur ses frêles épaules la profonde défaillance morale du monde adulte. Et le film rend sensible la pente tragique de son parcours, par la vitesse de son récit, son carburant fictionnel minimal et hyper condensé, son filmage d’une étonnante fluidité. Par la force de ses images aussi : dans un château de ruines, un disque rayé tourne sur un vieux phonographe. Mais où est passé le bon Dieu ?

7. Première Désillusion – Carol Reed

Dans une ambassade londonienne, un jeune garçon livré à lui-même voue un véritable culte au majordome. Mais parce qu’il rêve et désire, son esprit projette l’innocence hors de lui-même, jusqu’à la chute, face contre le réel. La force des images de Reed, c’est d’animer la turbulente dialectique entre sincérité et vérité, de combiner la mécanique narrative d’un romanesque savamment pervers avec un réalisme halluciné qui fait du décor le reflet monstrueux et envahissant des personnages.

8. Hamlet – Laurence Olivier

En adaptant l’une des plus fameuses pièces du répertoire, Olivier multiplie les pouvoirs du théâtre par ceux du cinéma, complique la frontière qui les sépare par tant d’enclaves et de sinuosités qu’on ne parvient plus à la tracer à main levée et de notre propre décret. Il s’agit de dilater l’espace de la scène jusqu’aux dimensions du monde réel et de substituer au pouvoir évocateur des mots la poésie de la chose vue. Dans la maîtrise dramatique comme dans la plasticité, la réussite est totale.

9. Le Pirate – Vincente Minnelli

Qui est Macocco ? Pirate féroce, baladin ou gouverneur obèse d’un petit port des Caraïbes ? Dans les tropiques de Minnelli et du Technicolor, Manuela rêve sa vie éveillée sous la pendule de l’enchanteur Mesmer. Façon pour l’auteur, à travers son kaléidoscope de la scène et du songe, de traiter de la recherche par l’homme de sa propre identité. Et comme dans les meilleures comédies musicales, le chant et la danse opèrent insensiblement la jonction vers ce lieu idéal où s’engouffre l’imaginaire.

10. Le Fils du Pendu – Frank Borzage

L’histoire d’un homme victime de préjugés et de sévices depuis sa plus tendre enfance parce que son père a été pendu sur la place publique. Lorsqu’une funeste impulsion le conduit lui-même à commettre un crime, il y voit la fatalité de l’atavisme. Souvent considéré comme l’ultime réussite d’un authentique poète du cinéma américain, le film entrecroise avec une vibrante humanité la traque policière et la lutte intérieure de cet être pris entre la honte, la culpabilité et la pression sociale.


Sur le banc : La Terre Tremble (Luchino Visconti).
1949
Spoiler (cliquez pour afficher)
Image


1. L’Enfer est à Lui – Raoul Walsh

S’il fallait résumer d’une seule étoile la vaste constellation walshienne, ce serait sans doute avec ce fulgurant film noir. Autant qu’à l’analyse des émois de l’âme humaine, l’auteur vise un tragique qu’il atteint pleinement si l’on accepte d’y voir le pur mouvement des corps en action vers un but inconnu mais inéluctable, cernés par une caméra à la frénésie virtuose. Du cinéma considéré en son pouvoir cathartique et bouillonnant, en ses passions d’où naissent un étonnement à jamais reconduit.

2. Le Rebelle – King Vidor

En filigrane, la vie (tourmentée) et l’œuvre (controversée) de l’architecte Frank Lloyd Wright, qui se battit contre son siècle pour imposer ses vues modernistes. Vidor raconte l’ascension de son héros avec une vigueur épique, exaltant la violence de ses actes, à la (dé)mesure de son orgueil. Combat des formes, combat des êtres. Et dans la mêlée, s’échinant torse nu au marteau-piqueur sur du basalte (que Sainte Métaphore nous pardonne), Gary Cooper, taillé pour ce rôle de solitaire granitique.

3. Le Troisième Homme – Carol Reed

Trame internationale, triangle amoureux, thèmes de la fidélité et de la loyauté, décor cosmopolite (la Vienne d’après-guerre, occupée par les quatre puissances alliées) : le spectre de Casablanca hante cette œuvre mythique. Mais du scénario de Graham Greene à la cithare d’Anton Karas, de ses morceaux d’anthologie (la poursuite finale dans les égouts) à son ambivalence morale, de son esthétique baroque à la labilité fertile de ses significations, le film ne ressemble en réalité qu’à lui-même.

4. Chaînes Conjugales – Joseph L. Mankiewicz

Trois femmes, trois histoires, trois comédies acérées sur le mariage où la voix off – celle, rouée, de Celeste Holm – relance et commente un constant jeu de miroirs sur le récit. Pour ces épouses, il s’agit de rechercher la faille, l’instant de torsion qui pourrait faire que leurs maris soient dans les bras d’une autre, donc de s’adonner à un examen de conscience les désignant comme suspectes. Structure complexe, joutes verbales virtuoses, richesse sémantique : tout l’art consommé de Mankiewicz.

5. La Charge Héroïque – John Ford

L’officier va-t-en-guerre et nostalgique, l’irlandais au grand cœur, le fringant jeune premier… Si tout l’arsenal fordien répond présent, la construction narrative est faite d’excroissances, de reports, d’échos, obéit à un processus d’accolades et d’accumulation. Frappé par le goût de la beauté, par son croisement avec la contemplation dans le foyer du plan, c’est le film de la poussière, celle que font les chevaux au présent, et celle du futur, de la destinée de l’homme (retourner à la terre).

6. Manon – Henri-Georges Clouzot

Le réalisateur transpose le roman de l’abbé Prévost dans les tumultes de la Libération. Mais il ne retranche rien à l’acuité implacable de l’étude de comportements, à l’histoire de l’impossible union entre une certaine exigence de pureté et un désir de confort que rien de rebute. Avec la sévérité de moraliste qui est la sienne, il accorde le romantisme morbide de cette passion malheureuse à la virulence du commentaire social, pour finir en apothéose dans un imaginaire infernal de terre promise.

7. Rendez-vous de Juillet – Jacques Becker

Une bande de zozos vogue en voiture amphibie dans Paris, court de cabaret enfumé en joyeux cours de théâtre. La mode existentialiste, le quartier Latin, les robes légères... L’amour, la famille, la débrouille, l’amitié... Avec ce cousu-main habité qui fait sa marque, Becker aborde la jeunesse de Saint-Germain-des-Prés, dont l’insouciance est contrariée par la peur des apocalypses d’après-guerre. Une œuvre chorale composée comme un morceau de jazz, une chronique du bonheur dont on émerge grisé.

8. Les Amants du Capricorne – Alfred Hitchcock

À l’art hitchcockien qu’on connaît, aux mouvements de caméra élaborés, à l’unité choisie des plans, à la proximité qu’ils imposent, s’ajoute ici un traitement des couleurs qui n’a pas d’équivalent dans son œuvre. Flamboyantes, mélodramatiques, presque minnelliennes. Elles disent l’intensité des sentiments, l’angélisme et son triomphe radieux sur les maléfices, la permanence d’un conflit livré mains et âmes nues, sans digression ni trêve, dans la retenue d’un sanglot et l’éclat d’un sourire.

9. Le Silence de la Mer – Jean-Pierre Melville

Melville, première. Et devant ce film conjuguant bricolages wellesiens et inscription documentaire, tourné sans carte professionnelle et avec un budget des plus modestes, on comprend qu’il soit devenu l’un des héros de la Nouvelle Vague. C’est une œuvre de résistance, de hauteur morale, de patriotisme situé au fond de l’âme, un drame en vase clos où, dans le marbre d’un silence rompu seulement par les battements de l’horloge, se formulent les termes d’un débat intérieur aussi pur que brûlant.

10. L’Héritière – William Wyler

Entre la douce Melanie d’Autant d’en emporte le Vent et la diabolique Miriam de Chut, Chut Chère Charlotte, Olivia de Havilland fait ici le grand écart. Le sourire de Monty Clift, ambigu jusque dans la défaite, est une énigme. Ralph Richardson condense toute la cruauté feutrée et aliénante du milieu patriarcal. Le film, lui, développe une étude psychologique très serrée qui oscille de portes coulissantes en escalier, de vestibule en salon bourgeois – le plus terrible des champs de bataille.


Sur le banc : Les Amants Passionnés (David Lean), Madame Bovary (Vincente Minnelli), Madame Porte la Culotte (George Cukor), La Maison des Étrangers (Joseph L. Mankiewicz), Noblesse Oblige (Robert Hamer).