Dino Risi (1916-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Rick Blaine
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Rick Blaine »

Le ton doux-amer, l'humour comme arme, c'est justement ce qui caractérise le genre. Il ne faut pas chercher là dedans des comédies pures, mais des films qui utilisent le rire pour ausculter la société et les hommes.
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Thaddeus
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Thaddeus »

J'entends bien, mais est-ce que tu qualifierais Nous nous sommes tant aimés et Une Journée particulière (auxquels je me référais lorsque j'employais ces qualificatifs) de comédies ?
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Rick Blaine
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Rick Blaine »

Thaddeus wrote:J'entends bien, mais est-ce que tu qualifierais Nous nous sommes tant aimés et Une Journée particulière (auxquels je me référais lorsque j'employais ces qualificatifs) de comédies ?
Je ne qualifierais quasiment aucun Risi, aucun Scola, aucun Monicelli, aucun Comencini de comédie au sens pur du terme. Mais la plupart de leurs films sont des "comédies à l'italienne". Pour les films que tu cites, Une journée particulière n'appartient pas vraiment au genre, mais Nous nous sommes tant aimés y est à mon sens, même si Risi n'aimait pas et en voulait à Scola suite à ce film (à cause du ton trop nostalgique, de la peinture des personnages, ...)
Strum
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Strum »

Thaddeus wrote:Bien sûr, mon jugement est à pondérer par le peu de films de Risi que j'ai vu, et ne vaut donc pas grand chose pour l'instant. Je pensais que l'on considérait souvent Le Fanfaron et Les Monstres comme faisant partie de ses meilleurs ouvrages, mais il est vrai qu'il faut toujours se méfier de ces réputations officielles.
Par ailleurs, j'avoue ma méconnaissance quasi totale en matière de comédies italiennes. De Monicelli, je n'ai vu que Le Pigeon (qui est loin de m'avoir laissé un souvenir impérissable), de Comencini que L'Incompris (qui pour le coup n'est pas vraiment une comédie, mais fait en revanche partie de mon top 100) ; de Germi rien du tout ; de Scola un peu plus (mais ce sont ses films les plus graves et doux-amers que je préfère : Nous nous sommes tant aimés ou Une Journée particulière). Bref, c'est pour moi un vaste continent à découvrir en effet, et mon assertion ne se base à ce jour que sur une très petite poignée d'expériences.
Les Monstres et Parfum de femme me paraissent être des Risi mineurs, malgré leur réputation. Les plus beaux Risi sont pour moi Une vie difficile et Il Giovedi. Monicelli et Comencini ont fait des films formidables aussi. Scola et Germi me paraissent un ton en-dessous. De manière générale, le genre de la comédie à l'italienne (intitulé trompeur, et qui n'a pas beaucoup de sens passé le côté globalisant de la dénomination ; ce sont des satires pour l'essentiel) est très riche, recèle des cinéastes à la sensisbilité différente, et tu devrais finir par y trouver ton compte.
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Jeremy Fox
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

Le distributeur Les Acacias poursuit sa mise en lumière du génie d’Alberto Sordi qui trouve dans Le Veuf son premier rôle majeur chez un réalisateur qui le fera souvent briller, Dino Risi. La news et la chronique signée Justin Kwedi.
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Jeremy Fox
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Re: Dino Risi

Post by Jeremy Fox »

joe-ernst wrote:Le gaucho (Il gaucho, 1965).

L'équipe d'un film italien est invitée à un festival à Buenos Aires...

La première partie du film est de la pure comédie, avec un Gassman plus goujat, mal élevé, vantard, margoulin que jamais. Il est très bien entouré par une Pampanini diva au possible et un Amedeo Nazzari en grand propriétaire terrien très séducteur. Puis la seconde partie bascule quelque peu dans une tonalité mélancolique, lorque Gassman retrouve son ami Stefano (Nino Manfredi, magnifiquement émouvant) et laisse la place à une réflexion sur l'exil, comme une blessure dont on ne guérit pas, que l'on ait réussi (Nazzari) ou tout raté (Manfredi).

Les dialogues sont étincelants et ennemis du politiquement correct.
Pas mieux ; très grande surprise pour un titre dont je n'avais jamais entendu parler. Un sommet de Risi et un Gassman, géniallissime. Le DVD est très bien.
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Joshua Baskin
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Joshua Baskin »

Découverte hier du magnifique Il giovedi. L'histoire toute simple d'un père divorcé qui va passer une journée avec son jeune fils qu'il n'a pas vu depuis des années. Le père en mode classe populaire/débrouille n'est plus aligné avec son fils et sa mère ayant rejoint la grande bourgeoisie.
Le film alterne le rire et l'émotion et on prend un plaisir fou à se balader dans Rome dans les années 60.
Walter Chiari, qu'on retrouvera plus tard chez Michael Powell se la joue Aldo Maccione et chose rare, le petit garçon est excellent et ne joue pas du tout sur la corde sensible du petit enfant à l'innocence pure.
Encore un bijou signé Risi. Pour couronner le tout, le DVD pourtant sorti il y a pas loin de 10 ans est d'excellente qualité. (vu sur un 46 pouces à 2 mètres de distance).
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Jeremy Fox
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

Allez hop, dans ma wishlist Amazon :)
Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Profondo Rosso »

Il Gaucho (1964)

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Mario Ravicchio, un attaché de presse financier "légèrement" à court d'argent, accompagne une compagnie de production italienne pour un voyage d'affaire en Argentine, afin de présenter un film lors d'un festival. Quand ce n'est pas avec les femmes, il passe le plus clair de son temps, a essayer de gagner un maximum d'argent, soit aux paris, soit en soutirant de l'argent auprès d'un italien expatrié, devenu un riche et prospère industriel...

Il Gaucho est une des plus belles réussites du duo Dino Risi/Vittorio Gassman. Un des atouts du film vient de son processus d'écriture singulier. Au départ il y a le postulat imaginé par Dino Risi d'une satire de cinéma se déroulant en suivant l'équipe d'un film durant un festival. Joignant l'utile à l'agréable le réalisateur choisit pour cadre le Festival de Mar Del Plata en Argentine durant lequel il tournera le film. La production soutient le projet mais Risi n'a qu'un mois pour pondre son scénario avant le début du festival et il s'envole donc pour l'Argentine en compagnie de son scénariste Ettore Scola. En journée Risi parcours le pays, repérant autant les lieux de tournages potentiels que les personnalités rencontrées dont il rapporte la description à Scola qui doit en alimenter son script. Le film débute sans scénario définitif et la méthode improvisée se poursuit, Scola travaillant d'arrache-pied pour alimenter Risi de scènes à filmer pour le lendemain, d'autant que les comédiens s'ajoutent également au processus créatif. Ces conditions amèneront une étonnante fluidité et spontanéité au film, la progression dramatique naissant plus de l'évolution des personnages que d'une construction narrative de séquences.

Vittorio Gassman retrouve ici un de ses fameux emplois de "Mattamore" arrogant en incarnant Mario Ravicchio, attaché de presse accompagnant l'équipe d'un film pour un festival en argentine. La satire bat son plein dès la caractérisation de l'équipe avec deux bimbos écervelées, une actrice vieillissante ou encore un scénariste gauchiste. Mario mène la petite troupe par sa truculence et sa fourberie. L'hypocrisie et les faux-semblants règne ainsi dès le départ, le festival et l'Argentine au sens large représentant une manne dont il faut profiter. On s'amuse ainsi de voir Mario habilement négocier la meilleure suite, esquiver le moindre d'hôtel frais supplémentaire et se faire payer tous ses repas avec une gêne toute calculée. Les séquences grinçantes s'enchaînent sans discontinuer et n'épargnent personne telle cette conférence de presse où les réponses illustrent l’égo de l’actrice déclinante Luciana (Silvana Pampani), la pédanterie intellectuelle du scénariste (Nando Angelini) et la profonde bêtise des deux starlettes (Annie Gorassini et Maria Grazia Buccella). Tous représentent un instantané monstrueux de l'Italie mais qui fait pourtant briller les yeux de la population locale. Une des originalités du film est en effet de montrer la diaspora italienne expatriée depuis plus ou moins longtemps (et ayant plus ou moins réussie) en Argentine. Cette nostalgie du pays introduit donc des personnages haut en couleur comme le riche industriel Maruchelli (Amedeo Nazzari) forçant jusqu'à la caricature son italianité, mais offre aussi des séquences hilarantes comme cette dispute routière achevée dans le rire quand Mario comprendra que son interlocuteur est romain - la dimension régionale est un élément fondamental de la culture italienne dont les scénaristes savent toujours bien tenir compte.

Le film est constitué ainsi d'une suite de moments épars fustigeant autant les locaux que les nouveaux venus, la vraie découverte du folklore du pays (le tango, les gauchos) s'entrelaçant toujours à cette moquerie. En l'état et même par ce pur prisme cynique Il Gaucho aurait déjà été une excellente comédie. Mais c'est mal connaître Risi qui va bercer l'ensemble d'une vraie mélancolie. Endetté jusqu'au coup au pays, Mario compte sur l'aide de son ami Stefano (Nino Manfredi) depuis dix ans en Argentine pour le renflouer. Leur rencontre fait de faux-semblants et fanfaronnades fuyantes avant de s'avouer leur dénuement respectif constitue une des plus belles scènes du film. Risi désamorce le vrai drame de l'instant en les montrant rieurs (mais c'est bien le rire du désespoir) sur leurs déconvenues, la scène amenant le ton plus désenchanté de la deuxième partie du film. L'Argentine représente une "terre promise" où tous sont venus chercher quelque chose en vain, et Risi s'éloigne de la caricature initiale pour scruter leur détresse. Le riche industriel s'accroche à une identité italienne qui s'estompe avec le déracinement, Stefano végète dans ce pays où il était venu réussir, Luciana sous ses airs hautain subira le camouflet d'un prétendant, sans parler de Mario dont les créanciers l'attendent à son retour.

La structure atypique du film laisse ainsi cette mélancolie se diffuser imperceptiblement entre deux éclats de rire (l'apparition hilarante d'un sosie d'Hitler) et sans jamais adoucir les personnages (Mario couchant avec l'épouse de Maruchelli), leur nature attachante naissant de cette imperfection. Toute l'histoire constitue ainsi une parenthèse enchantée estivale, insouciante et illusoire avant un retour au réel difficile. Risi conclut fort heureusement sur une note rieuse avec un dernier coup de griffe tordant quand un autre italien renommé s'apprête à débarquer en Argentine (piétinant au passage le semblant de sincérité des adieux). Vittorio Gassman entre grotesque et vraie belle nuance est une fois de plus grandiose et trouve un de ses meilleurs rôles chez Risi. L'expérience le marqua durablement, tout comme Ettore Scola pour lequel le tournage fut une vraie aventure. 5/6
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

:D Dommage que ce Risi ne soit pas plus connu ! Chef d'oeuvre pour ma part.
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

Splendor Films ressort ce jour en salles Le Fanfaron : la chronique est signée Justin Kwedi.
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

cinephage wrote: Belles, mais pauvres, de Dino Risi (1957) 7,5/10 - Une comédie sociale charmante et fort drole, où l'ironie s'efface derrière des personnages assez touchants. Une jolie découverte.
Pareil ; bien meilleur que Pauvres millionnaires qui suivra. Me reste à découvrir le premier film de la trilogie mais celui-ci fut une petite bouffée de fraîcheur.

Et puis il y a la ravissante Marisa Allasio :oops:

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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by mannhunter »

Un très bon et atypique Risi ressort demain...en espérant une sortie Blu Ray pour 2020! :D

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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

A 15 jours d'intervalle, Les Acacias ont la merveilleuse idée de ressortir en salles deux chefs d'oeuvre méconnus de Dino Risi réalisés en 1977. Avant donc La Carrière d'une femme de chambre le 11 décembre, voici Âmes perdues, drame gothique plein de mystère et de trouble, qui fascine par la grâce notamment de deux de ses "effets spéciaux" : Venise en hiver, filmée comme jamais ; et Vittorio Gassman, dans une performance proprement inouïe.
La Chronique est signée Antoine Royer.
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Jeremy Fox
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

Deux semaines après Âmes perdues, Les Acacias nous proposent de redécouvrir un autre film de Dino Risi, quasi-contemporain, La Carrière d'une femme de chambre ; chronique à nouveau signée Antoine Royer.