Etrange festival

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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bruce randylan
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

A la bourre :

Death row family (Yuki Kobayashi - 2017)
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Vous prenez le cinéma de Takashi Miike, vous baissez fortement le budget, vous donnez ça à un jeune cinéaste et bim, voilà Death Row Family. C'est à dire 1h40 sans grand intérêt qui repose sur un argument très mince (un famille de criminelle qui cherche à récupérer leurs billes) pour des effets très répétitifs intervenant toutes les 15-20 minutes. Réalisation en pilotage automatique, genre le branleur qui fait passer son impéritie pour du style à base d'humour à froid sur des victime qui ne veulent pas mourir aux premiers coups.
Bref, on attend desespérement que quelqu'un passe la seconde : le réalisateur, le monteur, le caméraman, les acteurs ou même le projectionniste. :|
Les 3-4 moments vaguement transgressifs et en roue libre ne suffisent pas à maintenir éveiller ou à justifier ce coup d'épée dans l'eau.

A croire que le film n'existe que pour permettre le happening du cinéaste après la séance qui est bien plus déjanté que son film : il demande à plusieurs spectateurs de descendre sur scène pour qu'ils se fassent étrangler par ses soins avec une serviette (comme dans le film). Et puisqu'il y a toujours un moment d'hésitation dans la salle, il en profite pour baisser son pantalon et exhiber son anatomie :lol: . Tenue qu'il gardera lors des strangulations (actives ou passives). Le tout sous l’œil de la pauvre traductrice qui n'aura cependant pas besoin de répéter le "nique ta mère" que Kobayashi lance en français en sortant de la salle :mrgreen:


Les tueurs fous (Boris Szulzinger - 1972)
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Deux homosexuels se procurent des fusils et s'amusent à abattre gratuitement des inconnus. Par provocation, ils envoient les photos de leur méfait à un journaliste qui entretient l'un d'eux.

On se demande ce qui s'est passé pour ce film représente la Belgique pour l'oscar du meilleur film étranger!
Certes l'approche du film est assez audacieuse pour l'époque avec la description "clinique" de deux homosexuels se livrant à de meurtres purement gratuits, qu'ils commettent hilares. Mais ça n'excuse pas une réalisation amorphe, plate, sans le moindre rythme ou idée de réalisation et à l’interprétation rapidement agaçante.
Les 15 premières se tenaient plutôt bien avec un certain malaise dans la mise en place des personnages puis dans l’exécution du premier assassinat où un innocent cycliste se prend une balle dans le dos, continue de pédaler, totalement hébété, et ne comprenant pas pourquoi ses assassins en voiture continue de le suivre pour se moquer de lui. Une longue séquence où le champ contre-champ et le jeu des regards ne manquent pas d'une amère cruauté. La dilatation du temps et la répétition du montage finissent par créer un curieux sentiment, entre l'absurde, l'irréel flottant et le sadisme. D'un autre côté son étirement provoque en même temps une lassitude par son procédé martelé et on se demande quand même si tout ça ne repose pas sur une certaine maladresse. La suite donne envie de penser qu'il y a une bonne part d'amateurisme dans la technique vu l'absence flagrante de rigueur, voire de "cinématographie" dans son sens large avec l'impression de se retrouver devant un de ses polar français des 60's désormais invisibles (et à juste titre) filmés entre deux guéridons, trois portes, une route de campagne et une triste boite de nuit aux clients dépressifs.
Plus l'histoire avance et plus sa vacuité se précise pour des personnages agaçants jusqu'à une fin totalement bâclée. Vraiment dommage car il y avait matière à faire un grand film glaçant dans sa peinture sans jugement d'un duo pervers de détraqués qui ne manquent pas de tendresse l'un envers l'autre.


9 doigts (FJ Ossang - 2017)

Encore un film où dès le troisième plan, je savais que ça allait me gonfler. Je partais pourtant content de découvrir mon premier Ossang ( :oops: ), en plus dans de bonnes conditions. La déconfiture est totale. Noir et blanc numérique laid, interprétation insupportable (même d'une pointure comme Pascal Greggory), dialogues prétentieux, scénario idiotement abstrait, univers incompréhensible... Bref de la posture artistico-underground qui m'a consterné et où surnage cependant de temps en temps une idée visuelle brillante (1 plan toutes les 15 minutes en gros). Le genre de film où tu hésites à te barrer de la salle et où chaque minute écoulée te fait regretter de ne l'avoir toujours pas fait. J'ai quand même quitté la salle 15 minutes avant la fin avec un comparse dont je tairais le nom.
Une fan d'Ossang m'a précisé que celui-ci n'était pas folichon et très inférieur à ceux sorti en coffret chez Potemkine (et qu'on m'a prêté).


Thelma (Joachim Trier - 2017) fut à l'inverse une vraie bouffée d'oxygène.
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Là, on sent immédiatement qu'il y a un cinéaste derrière la caméra et qu'il y a un vrai point de vue sur son matériel. Sur le principe, ce n'est pas fondamentalement révolutionnaire avec sa relecture du refoulée sexuelle se traduisant par des manifestations surnaturelles. Le film évoque d'ailleurs subtilement la Féline de Tourneur (ou Carrie) sans tomber dans le plagiat ou la citation directe.
C'est avant tout un très joli film sur la l'adolescence et ses problèmes d'identité, de pression familiale, sociale et scolaire. Les actrices sont fabuleuses et sublimées par une réalisation très sensible et à fleur de peau tandis que le scénario choisit plutôt la fragilité et le doute aux effets chocs. La dernière partie est un peu plus bancale avec sa critique de la religion et du conservatisme un peu facile mais demeure toujours habilement filmé avec son esthétisme froid et jouant beaucoup sur le vide et l'espace. Le premier plan ne parle que de cela d'ailleurs, de l'isolement et de la solitude au milieu de la foule. Trier décline cette idée tout au long du film avec un réel talent pour le trouble et la sensualité.
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Re: Etrange festival

Post by Max Schreck »

bruce randylan wrote: A croire que le film n'existe que pour permettre le happening du cinéaste après la séance qui est bien plus déjanté que son film : il demande à plusieurs spectateurs de descendre sur scène pour qu'ils se fassent étrangler par ses soins avec une serviette (comme dans le film). Et puisqu'il y a toujours un moment d'hésitation dans la salle, il en profite pour baisser son pantalon et exhiber son anatomie :lol: . Tenue qu'il gardera lors des strangulations (actives ou passives). Le tout sous l’œil de la pauvre traductrice qui n'aura cependant pas besoin de répéter le "nique ta mère" que Kobayashi lance en français en sortant de la salle :mrgreen:
J'ai du relire ce paragraphe pour bien être sûr qu'on était plus dans le film. Et il y a donc eu des personnes consentantes. C'était tard la nuit, je suppose ?
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Re: Etrange festival

Post by 1kult »

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Re: Etrange festival

Post by Flol »

C'est extrêmement embarrassant.
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Re: Etrange festival

Post by Max Schreck »

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Re: Etrange festival

Post by cinephage »

:fiou:
Nous éviterons donc de parler de Noboru Iguchi...
:fiou:
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Flol wrote:C'est extrêmement embarrassant.
Dans la continuité du film et en "spontannée", ça passe mieux qu'en vidéo (dont le cadrage est bien trop serré). Surtout quand on connaissant certaines des victimes qui se sont prêtées au jeu. :P


Bon, avec tout ça il me restait un film à aborder pour conclure cette édition : Mon mon mon monsters (Giddens Ko - 2017)
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Harcelé et humilié par ses camarades de classes, un adolescent doit accompagner ses bourreaux pour une activité extrascolaire pour aider des personnages âgées livrées à elles-mêmes dans des taudis. Les lycéens croisent alors deux monstres qui s'attaquent aux résidents.


Et ça aurait été dommage de ne pas l'aborder car c'était l'une des bonnes surprises de cette édition. Non pas que le film soit sensationnel mais il possède un scénario riche qui s'amuse à prendre en contre-pied les codes du genre pour mieux nous mettre mal à l'aise sur la condition des créatures qu'on prend bientôt en pitié face à des humains tortionnaires.
Cette misanthropie est ce qui dessert le film puisqu'elle est bien trop martelée et qu'il n'y a pour ainsi dire aucun personnage pour rattraper les autres. Le portrait que Ko fait de la jeunesse taïwanaise est terrifiante bien que non dénuée d'une certaine lucidité, ici radicalisée : égoïste, sadique, voyeur, sans la moindre compassion ou empathie, superficielle, obsédée par les réseaux sociaux... D'un autre côté ça participe à la thématique "les monstres ne sont pas ceux qu'on croient" bien que ça manque de nuances. Les monstres, les "vraies", sont plus pathétiques et se révèlent finalement émouvant et touchant à force de subir les sévices de la bande d'ados. Ils apparaissent comme une métaphore des laissers pour comptes d'une société qui délaisse les fragiles et les démunis cloisonnés dans des immeubles délabrées entre retraités séniles et SDF regroupées dans des parkings à l'abandon.
La critique sociale, qui ratisse large allant de l'éducation à la religion, n'est pourtant pas le cœur d'un récit qui mélange habilement les registres, alternant malaise (les tortures), humour décalé (le papi remettant son costume de résistant), séquence choc (le bus, l'empoisonnement de la prof) et mise en scène ludique à la photo colorée.

Avec une virulence mieux canalisée et quelques minutes en moins, Giddens Ko aurait pu livrer un véritable brûlot passionnant, on se contentera d'une pépite inventive, maîtrisée et audacieuse.

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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

La nouvelle édition a commencé depuis mercredi et pour le moment, c'est pas folichon non plus année. :|
Cela dit, j'ai surtout privilégié jusqu'ici les films punk/underground japonais en 8mm, œuvres de jeunesse de futures cinéastes majeures du pays (Sono Sion, Tsukamoto, Sogo Ishii...). J'en parlerai davantage dans Revus et Corrigés :wink:

Pour les contemporains :

Kafou (Bruno Mourral - 2018) est un moyen-métrage d'une heure qui a la particularité d'avoir été tourné et financé entièrement à Haiti, ce qui a conduit à des conditions de tournages compliquées (fusillades à proximité du lieu de tournage et même l'assassinat d'un passant sur le plateau). Des intentions louables mais le résultat est très raté où deux loosers sont liés à un réseau de kidnapping géré par un policier corrompu. Personnages hystériques sans justification (la réaction du chien sur la route ???), acteurs largués, sound disign paresseux, problèmes de rythme, enjeux dramatiques mal gérés... Il n'y a guerre que la dernière séquence qui réveille un peu avec quelques idées sympa (le survol en drône avec les maisons s'allumant au fur et à mesure), un certain sens du mouvement et une fin abrupte.

C'était accompagné de La casa Lobo (Cristobal Leon & Joaquin Cocina - 2018), film d'animation chilien très original de 72 minutes à base de stop-motion sur du papier mâché et peintures murales. C'est somptueux visuellement et ça force le respect face au défi que se sont lancés les cinéastes (qui auront mis 7 ans à le finir). Souci : le scénario et sa narration par voix-off finissent très rapidement par fatiguer donnant l'impression que toutes les séquences racontent la même chose pour un sentiment de sur-place irrémédiable. De plus le concept de transformer les méfaits d'un nazi pédophile exilé en conte de fée macabre est intéressant sur le papier mais en restant dans la parabole indirect du début à la fin, il n'y a aucune empathie possible. Voire même d'être devant un objet trop abstrait au lieu d'un drame dérangeant et viscéral. Vraiment dommage.


She (Zhou Shengwei - 2018), autre film d'animation en stop-motion (chinois) tourné sur 6 ans souffre un peu des mêmes défauts : trop long et bien trop répétitif. 95 minutes qui aurait dû être réduit au moins de moitié. Cette fois il n'y a pas de dialogues et l'univers est moins onirique mais le résultat est aussi plus compréhensible avec sa sa métaphore d'une dictature bannissant les chaussures (de femmes) de la société, réduit à un rôle de mère pondeuse, tandis que les souliers travaillent à la chaîne pour un régent narcissique. C'est bourré d'idées bien trouvés et efficaces (le remodelage, le salaire sous forme de chaussette, le design des "monstres" etc...) mais la seconde partie se perd une fois que la situation s'inverse pour tomber dans une imagerie hors sujet et trop répétitive (combien de fois assiste-t-on à une résurrection ou une chaussure ingurgiter une autre de l'intérieur ?). C'est con car l'univers est génial, pas très loin de Svankmajer, et les trouvailles ne manquent pas.

A vigilante (Sarah Daggar-Nickson - 2018)
Une femme solitaire et appliquée, vivant dans la clandestinité, vient en aide aux femmes ou enfants maltraités en obligeant par la force leurs tortionnaires de s'éloigner.

Voilà, ça c'est la première demi-heure qui intrigue positivement avec une réalisation concise, élusive jouant des ellipses et des non-dits, avec Olivia Wilde très impliquée émotionnellement et une certaine justesse dans les réunions de femmes battues. On se demande du coup, comment le film va réussir à tenir 90 minutes là dessus et ce que ça va raconter. Et bien rien du tout en fait. :(
Ce qui faisait l'une des qualités du début (le passé de l'héroïne) est idiotement expliqué en détail et une série de flash-back montrent ses débuts de femme vengeresse. Ce qui occupe encore une demi-heure. Que raconter ensuite ? Et bien, le pire qu'on pouvait imaginer : le retour de son ancien mari qui la maltraitait bien-sûr. Soit 30 minutes de thriller affligeant de vide et d'aberration (le rasoir caché sous la peau :lol: ).
Poubelle.

Buy bust (Erik Matti - 2018)
Le réalisateur Philippin a voulu s'offrir son "The raid" avec une équipe de squad pris au piège dans un bidon ville, entouré de narco-trafiquants surarmés et d'une population locale bien décidée à leur faire payer leurs dommages collatéraux. Ca donne un gros film d'action quasi non stop après 30-40 minutes de mise en place. Ce décor principale labyrinthique est très bien conçu et souvent bien mise en valeur (via sa conception, sa photo, la pluie battante) pour une ambiance qui ne fait pas dans la finesse avec un bodycount conséquent, surtout quand il met en scène les simples habitants hargneux qui se font dézingués par douzaines.
Sauf qu'il y a un gros "mais" : on n'y croit pas ! Si le décor est incroyablement cinématographique, les fusillades ne sont jamais crédibles avec des balles incapables de traverser le moindre obstacle (planche en bois, bidon en métal), des adversaires pas fichus de se toucher à quelques mètres de distance sachant que les gentils sont sensés être des forces spéciales sur-entrainés. Ce sentiment factice est renforcé par des chorégraphies qui manquent cruellement de nervosité et d'urgence. Sans doute car le personnage principale est jouée par une actrice (Anne Curtis) jusque là spécialiste des comédies romantiques et qui a voulu casser son image. Et malgré son entraînement, celle-ci n'arrive jamais à être à la hauteur. Non seulement, on voit qu'elle manque de technique mais aussi de force, d’impact et de hargne. La plus part du temps, on a l'impression qu'elle caresse l'épaule de ses assaillants plutôt qu'elle ne leur fracasse la clavicule. Pourtant, elle essaie de faire de son mieux et se livre même à un plan-séquence plan fichu de plusieurs minutes où elle grimpe et descend sur des structures précaires pour fuir et repousser une vingtaine d'adversaires. Ca m'a fait pensé au film thaï Chocolate (loin d'être un chef d'oeuvre) où il y avait une scène similaire. La aussi l'actrice manquait de force dans ses coups mais c'était compensé par ses réelles talents martiales et une équipe de cascadeurs fou-furieux.
Cela dit, son duo avec Brandon Vera fonctionne plutôt bien même si la encore, le personnage devient grotesque, pour ne pas dire cartoonesque, avec son côté invincible.
Et il faut avouer que la noirceur de la conclusion est plus percutante que les combats.
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Violence voyager (Ujicha - 2018)

Encore un film d'animation indépendant conçu sur plusieurs années ("seulement" 3 ici). Cette fois, c'est à bases de cartons découpés et peints.
Contrairement aux précédents, il m'a fallu un certain temps pour accrocher au style et au visuel. L'adhésion suit finalement l'histoire qui évolue progressivement vers quelque chose de plus dérangeant à la façon des mangas de Kazuo Umezu (en moins glauque et torturé quand même). Ujicha n'y va pas avec le dos de la cuillère et peut zigouille en quelques secondes beaucoup de personnages qu'on pensait important tandis que l'univers devient assez sadique. J'étais donc plutôt impatient de voir comment il allait affronter le dernier tiers avec le sentiment qu'il avait un peu grillé rapidement toutes ses cartouches.
Et malheureusement, il le fait d'une manière qui ne m'a pas du tout plu avec une sorte de parodie Shonen grotesque et de mauvais goût qui fout pour moi par terre tout ce qu'il avait essayé de construire jusque là quand il évitait justement de basculer totalement dans la facilité et les coups de coudes au public.
Ainsi une fois que le père débarque, ça devient n'importe quoi. Genre, par crainte que mon gosse ne meure en tombant dans un précipice, je le jette moi-même dedans pour le sauver :idea:
Je parle même pas du dernier acte avec la nouvelle "team".

Pour ne pas trop être méchant, je rajouterai que je suis plutôt seul sur le coup et que mes comparses ont plutôt beaucoup aimé.

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Re: Etrange festival

Post by cinephage »

bruce randylan wrote:Violence voyager (Ujicha - 2018)

Encore un film d'animation indépendant conçu sur plusieurs années ("seulement" 3 ici). Cette fois, c'est à bases de cartons découpés et peints.
Contrairement aux précédents, il m'a fallu un certain temps pour accrocher au style et au visuel. L'adhésion suit finalement l'histoire qui évolue progressivement vers quelque chose de plus dérangeant à la façon des mangas de Kazuo Umezu (en moins glauque et torturé quand même). Ujicha n'y va pas avec le dos de la cuillère et peut zigouille en quelques secondes beaucoup de personnages qu'on pensait important tandis que l'univers devient assez sadique. J'étais donc plutôt impatient de voir comment il allait affronter le dernier tiers avec le sentiment qu'il avait un peu grillé rapidement toutes ses cartouches.
Et malheureusement, il le fait d'une manière qui ne m'a pas du tout plu avec une sorte de parodie Shonen grotesque et de mauvais goût qui fout pour moi par terre tout ce qu'il avait essayé de construire jusque là quand il évitait justement de basculer totalement dans la facilité et les coups de coudes au public.
Ainsi une fois que le père débarque, ça devient n'importe quoi. Genre, par crainte que mon gosse ne meure en tombant dans un précipice, je le jette moi-même dedans pour le sauver :idea:
Je parle même pas du dernier acte avec la nouvelle "team".

Pour ne pas trop être méchant, je rajouterai que je suis plutôt seul sur le coup et que mes comparses ont plutôt beaucoup aimé.
C'est vrai que le film bascule d'une ambiance un peu inquiétante, où l'on va de surprise en surprise, à quelque chose de plus 'pop' ou pulp, mais une fois les mystères révélés, j'ai trouvé qu'il ficelait bien son histoire, et je reste assez emballé par ce film.
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Fender l'indien (1974) est une grosse rareté, pratiquement invisible depuis sa sortie confidentielle, signé Robert Cordier qui tourna son unique film pour le cinéma au milieu d'une riche carrière comme metteur en scène au théâtre, coach d'acteurs et réalisateur pour la télévision (entre autres). Le film n'est vraiment pas facile d'accès avec son budget fauché, son absence de ligne narrative claire, des acteurs amateurs et pas mal de tics du films indé/fauché de l'époque. La première moitié est même pénible pour ne rien cacher tant on est extérieur à l'histoire, aux personnages, et malmené par une réalisation gênante d'amateurisme et d'approximation. C'est donc avec soulagement que j'ai suivi le tiers suivant, davantage centré sur la musique et une ambiance psychédélique abstraite qui donne au moins quelques séquences quasi hypnotiques dont une notamment qui anticipe certaines expérimentations de The Other side of the wind (la tension sexuelle à l'intérieur d'une voiture avec des effets de lumières avant-gardistes).
On comprend pas davantage le film mais au moins on s'ennuie moins.
Et puis tout à coup, le film semble embrayer directement de la première à la cinquième vitesse en une fraction de seconde, éclairant brusquement le passé du héros (un ancien musicien un peu paumé et aux pulsions criminelles), traumatisé par le Vietnam. Le malaise se fait tout de suite sentir d'autant que la réalisation trouve ses marques et se fait plus précise et inspirée avec quelques effets réussis.
Ce vision très amer des désillusions libertaires hippies ne dure qu'une quinzaine de minutes mais on effleure ici la possibilité d'un grand film s'il avait été confié à un cinéaste « professionnel ».

Le réalisateur et sa cheffe opératrice étaient présents lors de la séance et celle-ci expliquait qu'il s'agissait de sa première expérience pour le cinéma (après des années comme photographe) et qu'elle s'est retrouvée avec un matériel défectueux sans oser le dire. Ce n'est que vers la fin du tournage qu'elle a réussi à le réparer et à gagner en confiance. Ce qui se sent grandement lors du visionnage du film.
Ils expliquaient aussi que le scénario était très écrit et qu'il n'y avait aucune place à l'improvisation contrairement à ce qu'on pouvait croire et que le jeu maladroit des comédiens était voulu.

The spy gone north (Yoon Jong-bin – 2018)
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Au début des années 90, un ancien militaire est approché par les services secrets pour devenir un espion en Corée du Nord dans le but de se renseigner sur leurs installations nucléaires. Il rejoint la Chine et se fait passer pour un homme d'affaire désireux de commercer avec Pyongyang.

Le dernier film en date du réalisateur de Nameless Gangster(toujours pas vu) et du sympathique Kundo est une très agréable surprise, un film d'espionnage privilégiant la dimension humaine et qui refuse ainsi toute scène d'action. Une approche plutôt payante grâce à un scénario passionnant, extrêmement riche et qui s'inspire d'une histoire réelle, inévitablement romancée bien que les grandes lignes soient respectées. C'est ainsi palpitant, très prenant et même sidérant étant donné le parcours improbable du héros en Corée du Nord. Le scénario est bien construit entre pur thriller, ambiance « undercover » à la Infernal affairs et histoire d'amitié Nord/Sud façon JSA.
Les 2h20 passent sans temps mort et se révèlent même assez touchante dans son dernier tiers.
La réalisation est alerte, rythmé, précise sans être trop stylisé. Ca reste à la fois assez balisé et sans réelle surprise dans son ancrage dans le "genre" mais l'histoire est tellement édifiante qu'on marche sans souci d'autant que cela éclaire des faits peu connus de la Corée du Sud (manipulations pour influencer les élections), tout en faisant un parallèle avec l'actualité.
Je regrette quand même que Hwang Jeong-min appuie un peu trop sur ses effets quand il est en danger ou suspecté.

Le film a une sortie française de prévu pour le 7 novembre :D
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Suite

Killing (Shin'ya Tsukamoto - 2018)



Au 19ème siècle, durant une période politique trouble, deux jeunes paysans passant leur temps à s'entraîner avec des sabres en bois sont approchés par un ronin qui leur demande de le suivre à Edo et prendre part à la lutte. Peu avant leur départ, une bande de vagabonds armés s'installe à proximité du village.

Après Feux dans la plaine, ça fait plaisir de revoir du Tsukamoto sur grand écran en France. Ce premier film de chambara pour le cinéaste souffre des mêmes défauts que son précédent à savoir une image et une texture numérique assez laide. Les 10-15 premières minutes font mêmes assez mal au yeux, à croire que lui et Hong Song-soo partage la même caméra. :P
Et comme pour Feux dans la plaine, on parvient à l'oublier progressivement d'autant que sa photographie (étalonnage ?) a l'air plus soigné au fur et à mesure que le film progresse. Et ses personnages.
Car Killing surprend avant tout par l'écriture et les relations entre les protagonistes de plus en plus complexes. Avec son budget dérisoire, Tsukamoto réduit son intrigue à une douzaine de comédiens et principalement à 4 intervenants, ce qui est suffisant pour malmener les codes du genre comme l'héroïsme, la lâcheté, le rapport à la violence, la sexualité et fin d'une époque pour les samouraïs. A ce niveau, ce n'est même plus crépusculaire !
Avec ce canevas épuré, qui se rétrécit scène après scène pour ainsi dire, le film trouve une force dramatique très intense quand même il y a très peu de scènes d'action, à la crudité aussi tranchante et fugace qu'une lame.
Ce n'est pas vraiment un film aimable ni plaisant avec peu de personnages sympathiques ou attachants : jeune chien fou arrogant, un escrimeur redoutable mais impuissant (dans tous les sens du termes) et terrifié à l'idée de se servir d'un vrai sabre, personnage féminin stridente et un ronin inquiétant dont on s'interroge sur la santé mentale.
C'est Shin'ya Tsukamoto qui s'offre ce dernier rôle, ambigu et passionnant, un homme froid, déterminé et implacable qui semble symboliser les mutations historiques frappant les samouraïs. Il est le moteur de l'histoire, qui prend des allures de conte initiatique macabre et cruel, dont les motivations peuvent se prêter à plusieurs interprétations.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Cherche-t-il vraiment à tuer son ancien protégé selon son code d'honneur désormais archaïque ? Est-il devenu fou à force de tuerie ? Ou cherche-t-il à le pousser dans ses derniers retranchant en se laissant assassiner volontairement pour que ce jeune sabreur perde sa "virginité" ?
.

Il y a dans cette épure narrative et cette richesse thématique une certaine forme de maturité. Non pas qu'il se soit assagit formellement, juste que son style est plus canalisé, plus adapté aux enjeux des différentes séquences et la progression de son récit. Il y a ainsi beaucoup à dire sur son utilisation de la végétation et la nature comme témoins de la perdition humaine (c'était aussi le cas dans Feux dans la plaine).
Le film n'est cependant pas exempt de défaut (l'aspect visuel, les acteurs inégaux, ce n'est pas toujours très subtil dans le traitement) mais l'absence de concession et de formatage rendent Killing salutaire.

J'ai aussi profité du focus consacré au réalisateur kazakh Adilkhan Yerzhanov dont l'Etrange Festival avait déjà diffusé Plague at Karatas village il y a deux ans et qui m'avait totalement laissé sur le carreau.
Realtors (2011) est son premier long métrage et m'a laissé tout autant perplexe. Certes, c'est original, atypique et on devine un univers cherchant à sortir des sentiers battus. On y suit les tribulations d'un parieur compulsif malchanceux et de l'homme sensé recouvrir ses dettes qui se retrouvent propulsés plusieurs siècles en arrière, face à des paysans traqués par des pilleurs.
Le style visuel est très rapidement fatiguant (caméra à l'épaule, grand angle, acteurs à la limite de l'hystérique), les personnages m'ont plus agacé qu'autre chose et l'approche narrative ne me parle du tout. Après, je ne nie pas ses qualités (surtout pour un premier film) et je comprend son joli parcours en festival international. C'est seulement pas du tout ma came.

J'ai été bien plus réceptif à Constructors (2013), un drame social beaucoup plus posé avec son beau noir et blanc, servi par une caméra fixe. C'était intéressant de voir ce film quelques semaines après A scene at the sea car on y trouve le même genre d'humour (noir), de touches sociales assez juste et d'un style finalement poétique sur un sujet terriblement cruel : un veuf, ruiné, et ses enfants sont expulsés de leur domicile et partent à la campagne où ils pensent s'installer chez de la famille. Sauf qu'ils trouvent un terrain vide et que pour le conserver, ils doivent construire une maison en quelques jours.
C'est vraiment touchant, jamais misérabiliste tout en étant profondément tragique et engagé (critique acerbe de la corruption et du manque de solidarité) avec une fin très réussie. Une petite réussite pour le coup.

Par contre The story of kazakh cinema (2015) fut une nouvelle source de frustration car ce documentaire d'une heure sur le cinéma local ne donne pour ainsi dire rien à voir. Seulement 2-3 minutes d'extraits et des intervenants dont les propos sont finalement assez banals ("le réalisateur doit avoir une vision personnelle" ; "le cinéma formaté et commercial, c'est pas bien"). Au lieu, on a plutôt une œuvre justement revendiquée comme personnelle qui prend trop de place sur son sujet. On n'apprend quasiment rien, et si le dispositif est intrigant au début (le cinéaste déambule dans un immense studio à moitié délabré et croise quelques figures fantomatiques de la nouvelle vague), j'ai vite été lassé par la lenteur du montage et un procédé contreproductif, malgré quelques notes d'humour froid presque absurde.

Bref, par sur de me déplacer pour découvrir son nouveau film La tendre indifférence du monde qui sort en salles dans un mois.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"