Masahiro Shinoda

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Tutut
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Re: Masahiro Shinoda

Post by Tutut »

Tant mieux pour toi, pas fait exprès, c'était à l'insu de mon plein gré.
noar13
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Re: Masahiro Shinoda

Post by noar13 »

Tutut wrote:Tant mieux pour toi, pas fait exprès, c'était à l'insu de mon plein gré.
sauf qu'asia diffsion s'echappe

ils m'ont annonce une rupture alors que l'artcile est tjrs en stock sur leur site mais evidemment pas au même prix

ceci dit à 30 euros c'est tjrs interessant
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2501
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Re: Masahiro Shinoda

Post by 2501 »

noar13 wrote:
Tutut wrote:Tant mieux pour toi, pas fait exprès, c'était à l'insu de mon plein gré.
sauf qu'asia diffsion s'echappe

ils m'ont annonce une rupture alors que l'artcile est tjrs en stock sur leur site mais evidemment pas au même prix

ceci dit à 30 euros c'est tjrs interessant
C'est moins intéressant quand à la première réponse il ne te propose pas de remboursement mais un bon d'achat.
Malhonnête. Et je leur ai bien fait savoir. Risquent pas de me revoir chez eux.
Ils ont quand même essayé de faire passer cette erreur de prix (je rappelle : 7,99€ le coffret Wild Side initialement à 50) pour une opération promo expirée !!
Record de mauvaise foi explosé.
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Boubakar
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Re: Masahiro Shinoda

Post by Boubakar »

2501 wrote:Record de mauvaise foi explosé.
ça me rappelle le coffret NAruse, que j'ai tenté d'avoir pendant 2 mois chez eux....rupture de stock, alors qu'il est annoncé comme dispo !
Et une sacrée plombe pour me faire rembourser...quels voleurs !! :evil:
Tutut
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Re: Masahiro Shinoda

Post by Tutut »

J'ai commandé plusieurs fois chez eux, à part une fois où ma commande a mis plus de trois semaines pour arriver, dû à l'achat de mangas avec des DVDs, je n'ai pas à me plaindre.
De toute façon même les revendeurs réputés fiables font des conneries, même si c'est moins fréquent.
bruce randylan
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Re: Masahiro Shinoda

Post by bruce randylan »

Double suicide à Amijima ( 1969 )

Le coffret Wild Side finit en beauté par ce film étonnant au parti pris très osé. En effet, Shinoda décide de filmer l’histoire comme une histoire de marionnette en faisant intervenir au milieu des scènes des « manipulateurs » tout habillé de noir qui viennent déplacer le décor, attacher les personnages ou leur donner des objets… Fort heureusement, Shinoda commence son film par des images de spectacle de marionnettes qui permettent de comprendre ce que sont en fait ces personnages car un occidental comme moi n’aurait certainement pas le bagage culturel pour comprendre leurs significations.
Ces interventions donnent en tout cas un symbolisme tragique très impressionnant en faisant office de force du destin qui vient condamner inéluctablement le couple d’amant maudit. Il en résulte un pouvoir visuel d’une rare puissance d’autant que Shinoda n’est avare en symbolisme appuyé où son style visuel toujours aussi tranché pousse à son paroxysme.
Le choix d’ailleurs de tourner en 1.33 au lieu du traditionnel scope n’est pas anodin dans sa volonté de décrire une histoire à la passion claustrophobique.
On regarde ce ballet avec une fascination admirative qui marche d’autant plus que la théâtralisation des décor, de la photo et surtout du jeu des acteurs fonctionne sans encombre.
Il y a cependant quelques longueurs lors des passages avec l’épouse de Jihei pour des scènes qui s’étirent dangereusement.

Typiquement le genre de film qui ne laisse pas indifférent : on adore ou on déteste.
Moi j'adore :D

Ps : l'interview du cinéaste sur le dvd donne justement de nombreuses clés pour mieux appréhender ses symboles.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

FLEUR PÂLE

Emprunté le coffret Wild Side un peu (totalement!) au pif, ne connaissant pas du tout le réalisateur et les films, j'ai donc entamé le cycle avec ce FLEUR PÂLE qui, s'il ne m'a pas marqué (voire un peu ennuyé), m'a quand même laissé quelques impressions intéressantes.
J'ai par exemple assez apprécié, finalement, la relation entre le yakuza et cette jeune fille. Deux êtres que tout oppose (il est un tueur, elle est une jolie et frêle créature) mais qui ont en commun le besoin de se sentir vivants au milieu d'un monde en léthargie où l'Homme subit sa condition (cf le monologue du tout début). Ces deux personnages aiment prendre des risques pour se "réveiller" momentanément: elle conduit très vite, il assassine, ils jouent de grosses sommes aux jeux d'argent (là où ils vont se rencontrer). C'est une relation en non-dits, en impressions, entre deux personnages qui s'avoueront trop tard leurs vérités.

J'ai eu un peu de mal à supporter le rythme extrêmement lent du film (sans beaucoup d'action au milieu), mais c'est heureusement ponctué par quelques sursauts yakuzesques (forcément le tueur est pris pour cible, guerre des clans oblige) et surtout par une peinture inhabituelle et très intéressante (pour le quidam que je suis) de ces maisons de jeu clandestines où le rituel est presque plus important que le gain (et cela donne quelques scènes étonnantes).
Et j'ai moi aussi remarqué cette scène (presque finale) du meurtre avec une sorte d'opéra à la place du son direct. Ca m'a rappelé les finals (finaux? :mrgreen: ) des PARRAIN, la multiplication des lieux en moins.

Début du coffret honnête, donc, mais j'espère beaucoup mieux par la suite.
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cinephage
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Re: Masahiro Shinoda

Post by cinephage »

Je lis ci-dessus surtout des avis défavorables concernant Fleur Pale. Je viens donc apporter un contrepoint enthousiaste.
Avec une histoire infiniment plus simple que dans Assassinat , Shinoda refuse toujours toute psychologie (avec une voix off, pourtant !!) et poursuit un travail formel que je trouve passionnant. On est ici, sur le plan narratif, à la limite de l'épure, avec une intrigue lancinante, on a même un boss qui conseille à son homme de main de se soigner les dents plutôt que de passer à l'action. "Rien ne presse" revient d'ailleurs souvent dans les dialogues.

Le film évoque à mes yeux Antonioni et Melville, tant par sa modernité et son travail sur l'intériorité que par une certaine distanciation vis-à-vis du récit. Sans parler de la valorisation extrême de la forme. Son noir & blanc somptueux, dans un scope de premier ordre, donne un écrin magnifique à ce récit du mal-être, d'une non-histoire d'amour contée avec une distance savamment travaillée. Et pourtant, chaque personnage existe, un univers se construit, tout en se transformant, et cette plongée dans le milieu et dans l'univers du jeu est aussi un film policier.
Mais il ne faut pas attendre d'action dans ce récit nihiliste : c'est plutôt dans la contemplation que l'on verse. Mélopées entêtantes du meneur de la table de jeu, courses de chevaux, promenades nocturnes, grand final opératique, on reste toujours à distance d'une image qui incite à l'introspection, frappe par sa beauté et la brutalité d'une bande sonore de Toru Takemitsu tout à fait surprenante.
Ces héros modernes s'ennuient, jouent, conduisent à vive allure, se cherchent, vivent des histoires qui n'aboutissent pas...

Seule une voix off, en début, et, surtout, à la fin, vient nous inciter à percevoir que cet homme nonchalant, indifférent à tout et emprisonné, hurle pourtant de douleur en son for intérieur.

Pour ma part, je suis très emballé, même un chouia plus que pour Assassinat, même si je comprends que Fleur Pale, plus intérieur, plus psychologique, soit moins accessible ou parle à moins de monde.
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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beb
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Re: Masahiro Shinoda

Post by beb »

Je découvre le 3ème des réalisateurs de cette "nouvelle vague" de la Shochiku des années 60 avec ce coffret de 4 films.
Je choisis l'ordre chronologique avec Fleur Pale de 1964.
Je suis d'accord avec Cinephage sur la parenté avec Antonioni et Melville.
En ironisant un peu on pourrait dire que c'est Antonioni au pays des Yakuza !
On est vraiment à l'opposé des Fukasaku ou Suzuki qui décrivent un univers macho et violent dans une société très codifiée avec un héros, qui peut etre un looser, mais qui concentre tous les aspects positifs et négatifs de l'histoire.
Rien de cela dans le film de Shinoda.
Meme si tous les points ci-dessus restent vrais (macho, violent...looser...), Shinoda montre un type qui vit, tout simplement. Et sa vie se trouve etre des tripots de jeu de carte, une femme en recherche d'adrénaline, des querelles de gangs...
Un très belle recherche formelle aussi à travers ces fréquents plans serrés souvent filmés en zoom qui renforcent cette impression de solitude.

Belle découverte.....et à suivre.
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Re: Masahiro Shinoda

Post by Akrocine »

Test de l'édition Blu-Ray de Fleur Pale chez Criterion :

http://www.blu-ray.com/movies/Pale-Flow ... 15/#Review

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C'est sublime :D
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Supfiction
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Re:

Post by Supfiction »

Nestor Almendros wrote:FLEUR PÂLE

Emprunté le coffret Wild Side un peu (totalement!) au pif, ne connaissant pas du tout le réalisateur et les films, j'ai donc entamé le cycle avec ce FLEUR PÂLE qui, s'il ne m'a pas marqué (voire un peu ennuyé), m'a quand même laissé quelques impressions intéressantes.
J'ai par exemple assez apprécié, finalement, la relation entre le yakuza et cette jeune fille. Deux êtres que tout oppose (il est un tueur, elle est une jolie et frêle créature) mais qui ont en commun le besoin de se sentir vivants au milieu d'un monde en léthargie où l'Homme subit sa condition (cf le monologue du tout début). Ces deux personnages aiment prendre des risques pour se "réveiller" momentanément: elle conduit très vite, il assassine, ils jouent de grosses sommes aux jeux d'argent (là où ils vont se rencontrer). C'est une relation en non-dits, en impressions, entre deux personnages qui s'avoueront trop tard leurs vérités.

J'ai eu un peu de mal à supporter le rythme extrêmement lent du film (sans beaucoup d'action au milieu), mais c'est heureusement ponctué par quelques sursauts yakuzesques (forcément le tueur est pris pour cible, guerre des clans oblige) et surtout par une peinture inhabituelle et très intéressante (pour le quidam que je suis) de ces maisons de jeu clandestines où le rituel est presque plus important que le gain (et cela donne quelques scènes étonnantes).
Et j'ai moi aussi remarqué cette scène (presque finale) du meurtre avec une sorte d'opéra à la place du son direct. Ca m'a rappelé les finals (finaux? :mrgreen: ) des PARRAIN, la multiplication des lieux en moins.

Début du coffret honnête, donc, mais j'espère beaucoup mieux par la suite.
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Avec trois ans de retard sur toi, je découvre également un peu au pif (tout ça à commencer par une promo Amazon sur le coffret yoshida) le film Fleur pâle et par la même occasion son réalisateur Masahiro Shinoda. Effectivement la photographie est magnifique, et puis Mariko Kaga l'est tout autant.
En revanche je me suis souvent ennuyé également devant le peu d'enjeux du récit et des personnages que je n'ai pas toujours compris. Et puis l'ennui des personnages est communicatif.. Aurais-je le courage de le revoir pour mieux le comprendre et l'apprécier ?..

Concernant la scène finale du meurtre on peut penser à Melville ou également à l'un de ses admirateurs, John Woo et The killer.

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bruce randylan
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Re: Masahiro Shinoda

Post by bruce randylan »

Nouveau cycle à la Maison de la Culture de la Japon autour de la figure de l'écrivain Yasunari Kawabata avec une dizaine de films adaptés de ses romans.

tristesse et beauté (1965)

Un écrivain retrouve une ancienne maîtresse dont le bébé qu'elle avait eu avec lui était mort nourrisson. Celle-ci a une liaison avec une de ses élèves en peinture qui décide de se venger de l’égoïsme de l'homme qui a détruit son amante

Premier film en couleur que je vois de Shinoda et celle-ci l'inspire moins que le noir et blanc même si certains choix chromatiques sont bien-sûr réfléchis. Seulement le cinéaste semble moins épanoui, moins viscéral et à l'inverse plus académique et conventionnel. Il tente régulièrement de jouer sur le cadre, le hors-champ (des décors masquant 50% de l'image et donc certains acteurs lors de tête à tête) et l'espace (des travellings circulaires entre cloisons jouant sur le trouble psychologiques) mais cela est loin de suffire à porter son film qui demeure bien terne avec surtout de gros problèmes de personnages. Car les principaux défauts viennent du scénario et des partis pris narratifs qui ne tiennent pas le coup : entre certains scènes qui se répètent 3-4 (Mariko Kaga expliquant qu'elle veut se venger), des flash-backs pas toujours pertinents, l'épouse sous exploitée ou le fiston invisible durant 75% du film qui devient le centre du film dans le dernier acte, le film possède de graves problèmes de rythme, de concision et de cohérence.
Quelques séquences sont tout de même plus réussis (la discussion autour de la princesse déterrée) ou plus stimulantes visuellement ; insuffisamment pour insuffler de la vie, de la tension et tout simplement de l'émotion.
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Re: Masahiro Shinoda

Post by bruce randylan »

Sapporo Olympiad (1972)

Dans la lignée de Tokyo Olympiad, voilà une autre commande du comité des JO qui a demandé à Shinoda de livrer un documentaire pour ses jeux olympiques d'hivers. Je n'ai pas encore regardé le Ichikawa (le peu que j'en ai vu à l'air excellent) donc je ne peux pas comparer.

Saporro est plutôt pas mal mais sur 2h45, il y a forcément quelques passages à vide avec par moment un sentiment de remplissage (il faut couvrir la cérémonie d'ouverture et évoquer toutes les disciplines et certaines n'ont pas l'air d'inspirer Shinoda). A l'inverse, sur d'autres aspects, la précipitation est dommageable.
Avec sa dizaine d'opérateurs, les plans sont plutôt travaillés mais c'est le montage qui prime, même si ce n'est pas toujours dynamique. En tout cas, j'ai été régulièrement impressionné par la virtuosité de certains cameraman qui filment avec une parfaite fluidité des mouvements très rapides de sportifs en action (je pense au patinage de vitesse capté en panorama de 720°)
On voit bien que le slalom, le saut à ski et le patinage artistique ont le plus fasciné le cinéaste avec de très beaux ralentis (et une surimpression entre une patineuse et des cygnes à l'envol, c'est risible sur le moment mais ça fonctionne mieux sur la longueur... enfin ça reste très kitsch quoiqu'il en soit :mrgreen: ).
En tout cas, même pour un non amateur de sport comme moi, ça passe plutôt bien (malgré une certaine lassitude sur la fin).
Last edited by bruce randylan on 9 Mar 19, 00:44, edited 1 time in total.
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Re: Masahiro Shinoda

Post by bruce randylan »

A flame at the pier / Tears on the Lion's Mane (1962)

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Sabu, une petite frappe, est employé par une grosse compagnie pour briser les grèves des dockers qui réclament une augmentation. Derrière sa nonchalance et son tempérament impulsif, se trouve une âme plus mélancolique qui se révèle lorsque qu'il croise Yuki, une serveuse.

L'introduction est un peu trompeuse et laisse croire qu'on va assister à un film noir tendance social bien teigneux et incisif avec une séquence pré-générique diablement prenante où Sabu traverse les quais pour secouer les ouvriers qui font le piquet tandis que la voiture d'un des responsables de la compagnie s'avance vers le noyau de la contestation. Variété des cadrages, acuité du montage, sens du mouvement et des lignes, utilisation menaçantes des bruits lointains des chantiers navals... Une poignée de minutes qui impressionne dès le premier plan.
La suite s'assagit mais Shinoda ne se sépare jamais d'une réalisation brillante à base de plans fixes particulièrement denses qui témoignent d'une belle maîtrise du scope et de la photographie en noir et blanc. L'ambiance met en sourdine la violence pour privilégier la psychologie et le spleen qui habitent quasiment tous les personnages : Yuki, Sabu, son "père" adoptif, la maîtresse de ce dernier, les ouvriers bien-sûr largement exploités et même quelque part le grand patron frappé d'impuissance.
Cette atmosphère permet aussi de bien intégrer les différentes chansons interprétées par Takashi Fujiki (Sabu) qui tenait là son premier vrai rôle et que la Shochiku voulait sans doute mettre en avant. En plus d'être assez belles, elles sont plutôt bien intégrées au récit et n'arrivent pas fortuitement comme dans d'autres équivalents. On devine que Shinoda a vraiment travaillé la dramaturgie de son film qui tend de plus en plus vers la tragédie pour une dernier quart d'heure qui ne manque pas d'intensité et de force émotionnelle. Ca passe autant pas de réelles idées dans le sens de l'espace et de l'intégration des personnages dans les paysages, que l'utilisation des bruitages (une sonnette agressive qui claironne comme un sirène de bateau) ou la longueur des plans qui donnent une valeur inéluctable et oppressantes à certaines séquences. De quoi transcender un scénario finalement convenu et assez classique (aux ficelles parfois grossières) qui s'inscrit évidement dans cette nouvelle vague centrée sur les adolescents en révolte.

Et il y aussi une très bonne interprétation générale où le mal-être des protagonistes est bien palpable. Shinoda n'a pas l'air de juger ses personnages et il met en parallèle sans le moindre cynisme des séquences romantiques entre deux générations d'amoureux avec une certaine délicatesse et poésie.
Ca donne envie d'être indulgent envers les faiblesses du script (où la dimension sociale n'est en réalité assez peu présente), certains seconds rôles qu'on aurait aimé plus développé (le copain de Sabu surtout) et un rythme parfois un petit peu languissant.
Dans l'ensemble, c'est une très belle découverte, moins froide et conceptuelle que ses films plus connus en occident.

Ce film fait parti des titres dont Criterion possède les droits mais qui ne sont (n'étaient ?) visibles qu'en VOD.
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Re: Masahiro Shinoda

Post by bruce randylan »

A la Cinémathèque :

Orin la proscrite (1977)

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Aveugle de naissance, Orin a été abandonnée par sa mère et recueillie par une troupe itinérante où elle devient rapidement une "gozé" (une aveugle joueuse et chanteuse de shamizen). A cause de sa beauté, de nombreux hommes lui tournent autour et tentent de profiter de son handicap. Pourtant, pour rester dans la troupe, elle doit rester vierge, au risque d'en être chassé.

La carrière de Shinoda est moins distribué en occident après Silence, ce qui est fort regrettable en découvrant cette Orin la proscrite, très beau drame à la fois lumineux et tragique, sans être fataliste, résignée ni mélodramatique.
Le cinéaste ne choisit pas la facilité en optant pour une narration complexe où la première heure multiplie les flash-backs (pas nécessairement linéaire) tandis que le sujet est tout de même osé avec le destin d'une femme aveugle, abandonnée de nombreuses fois, abusée par les hommes, trahie, profondément seule, à qui on refuse même les élans de tendresses et de passions pour des codes jamais explicités ou des raisons absurdes. Sa douleur reste intériorisée, indissociable de son existence, une malédiction qu'elle porte dès sa naissance, comme sa cécité. Parfois ce fardeau la submerge et l'injustice comme la peur la terrifient. Mais souvent, elle accepte son destin sans se plaindre, parfois avec le sourire. Son handicap la situe de plus inévitablement en dehors des conventions sociales, de la bienséance et de la moralité. Ce qui n'arrange rien à sa marginalité. Orin est ainsi une femme qui n'a pour ainsi dire jamais l'opportunité de vivre pleinement sa féminité, ses désirs et sa sexualité. Et quand c'est le cas, on l'écrase immédiatement de remords et de culpabilité.
Tous ces éléments en font un œuvre riche, dense, complexe qui pourrait s'inscrire dans la continuité d'un Mizoguchi - clin d'oeil à L'intendant Sansho inclus. Pour autant, et même si la forme semble à première vue emprunt de classicisme (tourné en 4/3, de très beaux chants traditionnels et la présence de l'immense Kazuo Miyagawa à la photographie couleur), son montage, la gestion des l'espace et son sens du cadre témoignent toujours d'un désir de recherches graphiques qui tendent presque vers l'abstraction. C'est principalement le cas lors de la dernière partie si on s'attarde à la stricte construction des plans, des espaces vides et des lignes. Ce n'est en rien un hasard vu l'évolution de l'héroïne et si la démarche n'est pas aussi radicale que chez Akio Jissoji, il y a une indéniable maturité formelle qui ne choisit pas entre la modernité et la sobriété sereine.

Un vibrant portrait de femme porté par la présence magnétique de Shima Iwashita, parsemé de moments touchants, légers et poignants, qui refuse le pathos, jusque dans les passages les plus durs (le suicide d'une grand-mère et de sa petite-fille ; et tout le dernier tiers de manière générale).
Le trio Shinoda-Miyagawa-Iwashita a raflé de nombreux prix au Japon amplement mérités. Il serait temps de les rappeler au public contemporain. Un blu-ray est sorti au Japon, espérons que ça suive dans d'autres pays - avec des sous-titres.


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