Cinéma Coréen contemporain

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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bruce randylan
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Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Découvert à Séoul (en VO sans sous-titres) le gros carton de cette année avec plus de 10 millions de spectateurs en moins de 20 jours ! Une preuve au passage que les choses bougent en Corée car avec un tel sujet, le film aurait été largement boycotté par les distributeurs.

A taxi driver (Hun Jang – 2017)

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En 1980, alors que la colère étudiantes et syndicales grondent à Gwangju pour réclamer plus de démocratie et liberté pour la presse, un journaliste allemand cherche à rejoindre la ville et couvrir les événements dont très peu d'informations filtrent. Arrivé sous une fausse identité en Corée, il embauche un chauffeur un taxi habitant à Séoul pour le conduire sur place dans une ville totalement coupé du reste du pays par les militaires.

L'ancien assistant de Kim ki-duk revient derrière la caméra après 6 ans d'absence. Il porte à l'écran une histoire vraie, elle-même plongée au cœur d'une page sombre de l'histoire sud-coréenne soit la répression sanglante par le gouvernement de la manifestation : état martial étendu sur l'ensemble du pays, ville interdite aux journalistes, presse muselée et tirs à balles réelles sur les manifestants pour plus de 200 morts « officiels » (vu le nombre de disparus, on serait plutôt vers 10 fois plus de victimes !).

Le film semble clairement romancée et opte pour une formule assez basique pour ne pas dire cliché : le veuf qui s'occupe tant bien que mal de sa petite ville ; au début assez détaché voire cynique sur les manifestants, le chauffeur ne tardera pas d'épouser leurs causes et de l'aider, choqué par les représailles subies.
C'est un peu la grosse limite du film que de reposer un peu trop sur un schéma et une formule un bien trop rodé. L'avantage, c'est qu'en connaissant le synopsis, on comprend l'histoire même sans rien piger au coréen ; il faut dire que les dialogues en anglais avec le journaliste anglais aide pas mal aussi.
Après, il faut bien admettre que toute prévisible qu'elle soit, la narration est indéniablement prenante et possède un très bon dosage entre les moments dramatiques qui noue la gorge, les séquences de tensions et les pauses qui approfondissent les seconds rôles. On apprécie ainsi autant la traque nocturne dans les ruelles qui prend des allures de cauchemar éveillé que la soirée chez les habitants qui accueille le duo obligé de dormir sur place ou bien-sûr la charge terrifiante des militaire sur les civils. Les comédiens sont exemplaires, y compris Thomas Kretschmann. C'est bien entendu le toujours impeccable Song Kang-Ho qui demeure le personnage central et qui s'impose une nouvelle fois comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération, tout autant drôle, émouvant ou poignant avec une aisance admirable.
La réalisation de Hun Jang parvient à faire preuve d'un belle harmonie malgré des choix de mise en scène qui s'adapte pratiquement à chaque séquences : léger et coloré, intimiste, presque fantastique, thrillers tendus ou ralentis silencieux qui évitent heureusement le voyeurisme trop complaisant. Et la reconstitution est d'une grande qualité, usant de CGI pour les plans aériens urbains de Gwangu ou Séoul.

On regrettera tout de même un dernier tiers qui n'évite pas une surenchère dans le climax. Car si on peut trouver crédible la charge des chauffeurs de taxi, qui utilisent leur véhicule pour faire faire un barrage et permettre le secours les blessés, on a dû mal à croire à la poursuite final tout droit sorti d'un (médiocre) film d'action américain avec de surcroît son lot de sacrifices héroïques. Assez dommage mais par chance l'épilogue réussit à finir sur une note de nouveau très émouvante et digne avec une interview très récente du vrai Jurgen Hinzpeter qui prouve que la relation entre ce journaliste et le chauffeur de taxi a vraiment dû être très forte.

De plus le fait de ne pas savoir ce qui est vraiment advenu de ce chauffeur donne une réelle force à la conclusion, et ce malgré les appels à témoin du journaliste et les recherches de l'équipe du film. A-t-il est arrêté par les services secrets ? A-t-il réussi à cacher son identité et vivre dans la clandestinité pour protéger sa famille ?
En tout cas, j'aimerais vraiment découvrir le véritable périple des deux acolytes.

Avec un scénario moins balisé, le film aurait été beaucoup plus marquant mais il demeure quoiqu'il en soit largement recommandable. Ca ferait d'ailleurs un très bon choix de titre d'ouverture/clôture au Festival du Film Coréen de Paris cet automne. :)

Et pour finir sur une anecdote personnelle : j'étais justement à Gwangju, à deux pas de place de la Révolution, trois jours avant de découvrir le film. Ca fait bizarre après-coup même si sur le moment, ça m'a paru forcément plus lointain comme événement.

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Coxwell
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Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by Coxwell »

bruce randylan wrote:Découvert à Séoul (en VO sans sous-titres) le gros carton de cette année avec plus de 10 millions de spectateurs en moins de 20 jours ! Une preuve au passage que les choses bougent en Corée car avec un tel sujet, le film aurait été largement boycotté par les distributeurs.

A taxi driver (Hun Jang – 2017)

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En 1980, alors que la colère étudiantes et syndicales grondent à Gwangju pour réclamer plus de démocratie et liberté pour la presse, un journaliste allemand cherche à rejoindre la ville et couvrir les événements dont très peu d'informations filtrent. Arrivé sous une fausse identité en Corée, il embauche un chauffeur un taxi habitant à Séoul pour le conduire sur place dans une ville totalement coupé du reste du pays par les militaires.

L'ancien assistant de Kim ki-duk revient derrière la caméra après 6 ans d'absence. Il porte à l'écran une histoire vraie, elle-même plongée au cœur d'une page sombre de l'histoire sud-coréenne soit la répression sanglante par le gouvernement de la manifestation : état martial étendu sur l'ensemble du pays, ville interdite aux journalistes, presse muselée et tirs à balles réelles sur les manifestants pour plus de 200 morts « officiels » (vu le nombre de disparus, on serait plutôt vers 10 fois plus de victimes !).

Le film semble clairement romancée et opte pour une formule assez basique pour ne pas dire cliché : le veuf qui s'occupe tant bien que mal de sa petite ville ; au début assez détaché voire cynique sur les manifestants, le chauffeur ne tardera pas d'épouser leurs causes et de l'aider, choqué par les représailles subies.
C'est un peu la grosse limite du film que de reposer un peu trop sur un schéma et une formule un bien trop rodé. L'avantage, c'est qu'en connaissant le synopsis, on comprend l'histoire même sans rien piger au coréen ; il faut dire que les dialogues en anglais avec le journaliste anglais aide pas mal aussi.
Après, il faut bien admettre que toute prévisible qu'elle soit, la narration est indéniablement prenante et possède un très bon dosage entre les moments dramatiques qui noue la gorge, les séquences de tensions et les pauses qui approfondissent les seconds rôles. On apprécie ainsi autant la traque nocturne dans les ruelles qui prend des allures de cauchemar éveillé que la soirée chez les habitants qui accueille le duo obligé de dormir sur place ou bien-sûr la charge terrifiante des militaire sur les civils. Les comédiens sont exemplaires, y compris Thomas Kretschmann. C'est bien entendu le toujours impeccable Song Kang-Ho qui demeure le personnage central et qui s'impose une nouvelle fois comme l'un des meilleurs acteurs de sa génération, tout autant drôle, émouvant ou poignant avec une aisance admirable.
La réalisation de Hun Jang parvient à faire preuve d'un belle harmonie malgré des choix de mise en scène qui s'adapte pratiquement à chaque séquences : léger et coloré, intimiste, presque fantastique, thrillers tendus ou ralentis silencieux qui évitent heureusement le voyeurisme trop complaisant. Et la reconstitution est d'une grande qualité, usant de CGI pour les plans aériens urbains de Gwangu ou Séoul.

On regrettera tout de même un dernier tiers qui n'évite pas une surenchère dans le climax. Car si on peut trouver crédible la charge des chauffeurs de taxi, qui utilisent leur véhicule pour faire faire un barrage et permettre le secours les blessés, on a dû mal à croire à la poursuite final tout droit sorti d'un (médiocre) film d'action américain avec de surcroît son lot de sacrifices héroïques. Assez dommage mais par chance l'épilogue réussit à finir sur une note de nouveau très émouvante et digne avec une interview très récente du vrai Jurgen Hinzpeter qui prouve que la relation entre ce journaliste et le chauffeur de taxi a vraiment dû être très forte.

De plus le fait de ne pas savoir ce qui est vraiment advenu de ce chauffeur donne une réelle force à la conclusion, et ce malgré les appels à témoin du journaliste et les recherches de l'équipe du film. A-t-il est arrêté par les services secrets ? A-t-il réussi à cacher son identité et vivre dans la clandestinité pour protéger sa famille ?
En tout cas, j'aimerais vraiment découvrir le véritable périple des deux acolytes.

Avec un scénario moins balisé, le film aurait été beaucoup plus marquant mais il demeure quoiqu'il en soit largement recommandable. Ca ferait d'ailleurs un très bon choix de titre d'ouverture/clôture au Festival du Film Coréen de Paris cet automne. :)

Et pour finir sur une anecdote personnelle : j'étais justement à Gwangju, à deux pas de place de la Révolution, trois jours avant de découvrir le film. Ca fait bizarre après-coup même si sur le moment, ça m'a paru forcément plus lointain comme événement.

oh tu étais en Corée ? :shock: Zut, on aurait pu se rencontrer.
je n'ai pas encore vu taxi driver, en revanche j'ai vu en rattrapage il y a peu Asura, et malgré ces défauts, la scène finale et la folie toujours aussi malsaine de Hwang jun Min ont achevé de me convaincre.
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Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Coxwell wrote: oh tu étais en Corée ? :shock: Zut, on aurait pu se rencontrer.
je n'ai pas encore vu taxi driver, en revanche j'ai vu en rattrapage il y a peu Asura, et malgré ces défauts, la scène finale et la folie toujours aussi malsaine de Hwang jun Min ont achevé de me convaincre.
Oui, première quinzaine d'aout mais à priori je devrais revenir de temps en temps, ma belle-famille habitant Choenan.

Asura, c'est justement le loooonnng final qui m'a achevé. Je te renvoies à mon avis, page précédente. :mrgreen:
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Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Dernier film découvert lors de mon voyage

Fabricated City (Park Kwang-Hyun - 2017)
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Un hardcore gamer se fait piégé sans savoir pourquoi ni par qui et se trouve condamné à vie à la prison pour meurtre. Après avoir appris le suicide de sa mère, il parvient à s'évader pour tenter de prouver son innocence. Il sera rapidement aidé par sa Team de joueurs en réseau qu'il n'avait jamais rencontré dans la vraie vie.

Sorte de A-Team 2.0 pour djeuns coréens avec un gros meelting pot brassant le film de vengeance, les jeux-vidéos, la surveillance électronique massive (mais plutôt façon Fast & Furious 7-8), le film de prison et 2-3 autres trucs (dont lé mélodrame forcément).
Pour son public cible, j'imagine que c'est plutôt dans le haut du panier, un peu moins quand on a dépassé les 25 ans : trop long (2h10), trop fourre-tout rapidement bordélique et scénario rapidement incompréhensible même si on y trouve quelques idées pas trop mal (l'espèce d'organisation couvrant les crimes des élites toutes puissantes).
A l'image du rythme et des séquences d'actions, c'est très inégale. L'introduction qui se veut une version live des Modern Warfare post-apo est plutôt fun et bien torché, comme le long final assez généreux (pas loin de 20 minutes de poursuites en voitures qui partent dans tous les sens, sans être toujours compréhensibles) font face à des pétards mouillés ou de fausses bonnes idées (le combat dans l'obscurité).
Il va sans dire que les personnages, et leurs psychologies, sont clichés au possible pour ne pas dire inexistantes à l'image du méchant grotesque et qui demeure le gros point noir du film.

Ca passe le temps dans l'avion on dira.

Et encore une fois, c'est le retour derrière la caméra d'un cinéaste qui n'avait rien filmé depuis 12 ans (c'est son troisième film) ! Je me demande ce qui justifie ce grands nombres de récents come-backs !
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Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Deux titres découvert à l'Etrange Festival :)

On commence avec la nouvelle bête de festival : The villainess (Jung Byung-gil - 2017)
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Après la standing ovation en séance de minuit à Cannes et les critiques très virulentes qui ont rapidement suivi, The villainess est devenu le coeur d'un gros buzz pour ses folles séquences d'actions. Le genre de film qu'on va découvrir entre crainte et excitation... Et comme souvent, le résultat se situe entre les deux réactions excessives.
Comme j'avais eu des retours très négatifs, je m'attendais au pire, genre deux morceaux de bravoures en début et en fin de métrage et 1h55 de parlote mélo entre les deux. Heureusement le film est plus rythmé que ça avec même une première heure assez soutenue qui laisse ensuite place à une partie plus comédie romantique qui embraye sur le film de vengeance bête et méchant.
Le gros défaut vient en fait de ce scénario inutilement alambiquée et bordélique, bourrée de rajouts inutiles (le flash-back sur le tatouage ?), de morts qui ne le sont pas et qui reviendront sous forme de twists inachevés et de péripéties compliquées pour rien (pourquoi les méchants les méchants libèrent-ils l'héroïne ? Le vieux dans son lit d’hôpital ?). Comme d'hab avec ce genre d'intrigue, au bout d'un moment on ne cherche plus à comprendre pourquoi untel et untel se trahissent les uns les autres. Vraiment dommage. Le mélange des genres est assez curieux mais ne passe pas si mal quand on est habitué au cinéma asiatique, et coréen en particulier, avec ses scènes de violence extrême et pour le moins sanglante qui alternent avec des passages mignons tout plein avant de basculer dans le tragique là aussi typiquement asiatique.
Spoiler (cliquez pour afficher)
et vas-y que l'amoureux et surtout la fille de l’héroïne meurent dans une explosion sous les yeux de celle-ci !
Reste donc ses séquences d'action désormais fameuses, genre croisement entre Hardcore Henry, Alfonso Cuarón et Tsui Hark. Soit des plans-séquences bourrées de raccords numériques plus ou moins subtils et réussis. Le sentiment est là aussi mitigé à causes de certains tics de réalisation trop systématiques et gratuits (tremblements exagérés, caméra trop frénétique dans ses déplacement). D'un autre côté, difficile de ne pas jubiler devant la virtuosité et l'ambition du concept qui a du être un sacrée casse-tête lors du découpage.
Ca commence fort par une grosse baston façon Old Boy en caméra subjective (un couloir et des douzaines d'adversaires). Pas forcément crédibles puisque les ennemis placés de chaque côté de l’héroïne n'attaquent jamais en même temps mais le résultat en jette pas mal quand même, juste un peu trop long dans la partie salle de gym. Ca continue par quelques combats à l'arme blanche sanguinolents et pas toujours très lisibles pour finir par une poursuite en moto bien enlevée avant de se calmer jusqu'au long final qui culmine dans sa folle lancée finale, un nouveau gros (faux) plan-séquence qui se déroule sur plusieurs dizaines de kilomètres. La aussi, par moment pas très compréhensible mais c'est assez grisant dans plusieurs phases comme lorsque l'héroïne plante sa hache dans le capot de sa voiture pour mieux se préparer à sauter sur le bus où se trouvent une demi-douzaine d'adversaires.

Alors, certes, ça ne fait pas un film et l'action est elle-même de qualité aléatoire mais ça mérite quand même son coup d’œil, même si beaucoup risque de trouver ça vain, grotesque et poseur à souhait. Enfin, je préfère toujours ça aux Marvelleries interchangeables.
Exemple d'un minute et des poussières



A day (Cho Sun-ho -2017)
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Un célèbre scientifique rentre en Corée et espère renouer avec sa jeune fille qui ne supporte plus ses absences. Lorsqu'il arrive au lieu de rendez-vous, il aperçoit un accident de la circulation dont une des victimes est sa fille. Il se réveille alors en sursaut au même endroit que le matin-même, dans l'avion sur le point d'atterrir. Cette journée a beau se répéter inlassablement, il arrive à chaque fois trop tard pour la sauver...

Changement de style pour ce Jour sans fin qui prend la forme d'un thriller très astucieux et qui a l'originalité d'être très concis pour un film coréen. A peine 90 minutes au compteur !
Le film ne perd ainsi pas de temps et possède un montage dynamique et très dense jusqu'à ce qu'un premier rebondissement permette de relancer habilement l'intrigue au bon moment qui se sera elle-même relancée une troisième fois. Ce dernier acte n'évite pas lui en revanche les pièges du cinéma local avec ses émotions exacerbées : pleures, sangs, sueurs, hystérie et pathos. Mais la conclusion permet de finir sur une note à la fois intense, spectaculaire et vraiment touchante qui risque d'en faire pleurer plus d'un... si on est pas trop réfractaire à la méthode coréenne (coucou 1kult :mrgreen: ).
Ca reste pour ma part l'un des meilleurs films de cette édition de l'Etrange Festival : une histoire bien ficelée, des acteurs investis, une narration comme un fil à plomb et un bon mélange entre tension et réalisation ludique.




Et puisque je suis là, quelques mots sur April Snow (Hur Jin-ho - 2006) dernier film qu'il me restait à découvrir du coffret français consacré au cinéaste.
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J'avais beaucoup aimé Christmas in August et pas vraiment One Fine Spring Day. Celui-ci est plutôt pas mal avec son scénario qui décline le concept d'In the mood for love où un homme et une femme découvrent que leur conjoint respectif, tous deux dans le coma à la suite d'un accident de voiture, étaient amants ; leur visites à l'hôpital va finir par les rapprocher.

Une réelle délicatesse et pudeur dans la réalisation permettent de compenser un scénario peu stimulant dans son concept.
Beaucoup de silence, de regard, de petits gestes, captés par une caméra fixe ou en mouvements imperceptibles. Cette lenteur a le risque de se retourner contre le film à plusieurs reprises mais l'émotion fait son chemin et April snow se fait de plus en plus poignant dans sa progression avec de jolis moments de séduction, de sensualité, de fragilité et de tensions (y compris sexuelle). Après, c'est assez prévisible et ça tire un peu en longueur bien que ça fasse partie d'un indéniable rythme.
Si Bae Yong-joon est un peu trop fade (et pourtant ce fut une icône de la nouvelle vague coréenne), Son Ye-jin est bien plus juste dans son personnage.
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bruce randylan
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Re: Cinéma Coréen contemporain

Post by bruce randylan »

Ca y est le FFCP 2017 a ouvert mardi avec A Taxi Driver comme je l'avais imaginé 8)
http://www.ffcp-cinema.com/

Par contre, le festival est vraiment victime de son succès et les séances affichent complets très rapidement. Si vous voulez voir des films en pass illimitées Gaumont/UGC, venez plus d'une heure en avance... Au moins...
Et si c'est pas le cas, achetez vos places le plus tôt possibles.

Ps : dans le jury de la compétition de court-métrages, on trouve un certain David Perrault :fiou:

Place aux films
No money, no future (Lee Dongwoo - 2016) est un documentaire sur la scène punk coréenne réalisé par le bassiste/chanteur du groupe Scumraid, réputé comme étant le plus bruyant du pays... au point que la critique parlait "d'attentat auditif".
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Si on oublie l'absence de point de vue, c'est plutôt sympathique pour son côté immersif, convivial et qui n'oublie pas l'auto-dérision avec des intervenants un brin loosers, mal organisés, immatures et pas du tout professionnels (un mec réussit à perdre leur merchandising dans l'aéroport, le chanteur d'un groupe ami n'arrive pas à se rappeler les paroles qu'il a écrite et qu'il joue depuis 6 ans).
Après, en effet, faut aimer le punk bruyant et violemment saturé. Chose curieuse pour voir que le film a été réalisé par un musicien, les morceaux sont souvent réduits à des extraits de concerts de quelques dizaines de secondes, ce qui est parfois frustrant (surtout lors de la tournée au Japon avec d'excellents groupes locaux un peu plus "mélodieux" que leurs homologues coréens). Le gimmick de la transition par la petite ritournelle au piano est finalement ce qu'on entendra le plus, presque un peu trop tant le procédé vire au systématisme.
Sinon, la forme est plutôt plaisante, c'est bien rythmé, sans artifice inutile dans la réalisation (beaucoup de jump cuts assez discrets pour les interviews) avec une approche finalement intimiste qui parvient à devenir touchante sur la fin quand la réalité rattrape certains membres : les frasques destructrices d'un chanteur qui l'ont fortement endetté, un musicien qui essaye de se reconvertir mais n'arrive pas à garder un job plus de quelques semaines, un barman qui se lâche complétement quand son tour de chant arrive, un leader trop éméché qui révèle ses doutes sur sa stagnation et bien-sûr l'absence de public coréen réel pour ce type de musique (certains groupes ont pu sortir leur album dans plusieurs pays mais pas chez eux).
Plutôt une bonne surprise pour réussir à conserver l'esprit et la rage punk-anarchiste tout en dévoilant l'envers du décor avec humour et complicité.



The King (Han Jae-rim - 2017)
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"Autant que je me souvienne, j'ai toujours rêvé d'être un procureur"

Un nouveau représentant de la "Scorsezploitation" avec son côté les Affranchis/loup de Wall Street : rise & fall, criminels violents, débauche, voix-off, mise en scène démonstrative et virtuose, BO rock, personnages féminins absents... C'est plutôt bien fichu mais ça n'atteint bien-sûr pas la maestria de sa source d'inspiration ou même de Sans pitié de Byun Sung-hyun sorti cette année chez nous où l’exercice de style avait quelques chose d'euphorisant (du moins dans sa première moitié). Ici, il manque une certain sentiment d'effervescence pour être vraiment pris : les mouvements de caméra ne sont pas assez nerveux, la musique trop sous-mixée, la narration pourrait être plus dynamique etc...
Tout en reconnaissant donc une réelle maitrise et une ambition assez maitrisée dans son didactisme de la corruption de la justice (avec de nombreuses références à l'histoire politique récente de la Corée), le film ne décolle qu'à moitié ou fonctionne par scènes avec tout de même quelques moments savoureux comme l'ouverture, le héros se découvrant un meilleur apprentissage dans la fureur que dans le calme studieux, les moments où le procureur Han se lâche sur le dancefloor etc...

La structure assez conventionnelle du récit fait qu'on évite pas les passages prévisibles pour un gros ventre mou dans son dernier tiers qui stagne et traîne trop en longueur, nous épargnant cependant l'écueil mélodramatique. Enfin, toujours est-il qu'avec 135 minutes, il y a au moins 20 minutes en trop.
Bon point tout de même pour l’interprétation masculine, la photo, la reconstitution, cette manière quoiqu'il en soit ludique de revisiter les scandales politiques du pays avec une verve indéniable (même si le réalisateur n'arrive pas totalement à lâcher la bride) et cette aisance typiquement coréenne à mêler les registres entre thriller, film d'action, satire, critique sociale ou comédie de mœurs (les séances de chamanisme !)




The artist : reborn (Kim Kyoung-won - 2016)
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Une artiste revient en Corée après 10 ans d'absence en prenant le nom de Giselle. Après une période de galère, elle est repérée par le propriétaire d'une galerie d'art qui commence à promouvoir son œuvre sans la prévenir. Mais Giselle décède brusquement et le prix de ses toiles commencent à grimper en flèche.

Ca m'embête de taper sur un premier film qui essaye de sortir du lot avec son scénario se moquant autant du milieu spéculatif de l'art que des artistes mêmes (plus gentiment certes) mais je dois admettre que malgré ses bonnes intentions et quelques réflexions/thèmes pertinents, il est difficile de se passionner pour ce film indépendant mal écrit et dont l'argument principal ne passe pas l'écran : les tableaux de Giselle sont quand même sans la moindre saveur ni originalité.
De plus les personnages sont antipathiques soit par leur caractère soit par leur manque de caractère à commencer par Giselle qu'on arrive jamais à saisir.
Il y a beaucoup de choses qui ne fonctionnent pas tout simplement parce que le scénario a l'air d'avancer sans la moindre fluidité. Le gag sur l'arrachage des poils pubiens par exemple n'amène nul part et semble aussi gratuit que hors sujet. Mais on pourrait on dire autant sur les seconds rôles, les tentatives de relancer l'histoire (l'émission télé) ou son dernier acte grotesque avec la tentative d'assassinat. Bref, l'univers ne fonctionne pas, tout simplement.
Dommage pour un capital sympathie qu'on était prêt à délivrer au bout des 15 premières minutes.
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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I can speak (Kim Hyun-seok - 2017)

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Un jeune fonctionnaire prend ses fonctions dans le service de réclamations d'un petit quartier. Il est rapidement pris pour cible par une dame âgée, réputée pour ses plaintes à répétitions sur les dysfonctionnements et entorses aux règlements. Un jour celle-ci découvre que son "ennemi" maîtrise parfaitement la langue anglaise et le supplie pour qu'il lui donne des cours particuliers.

Encore un excellent titre en partie gâchée par la propension des coréens à virer dans le gros mélodrame déshydratant. Dans le cas de I can speak, on peut même parler de 2 films en un tant la seconde partie du film basule dans une nouvelle intrigue qui n'a plus grand chose à voir avec la première.

Durant donc 1h00-1h20, I can speak est une comédie drôle, rythmée, et souvent touchante, avec cette guerre des tranchée entre un fonctionnaire appliqué et "Mamie Goblin". Sans être follement originale, la réalisation reste enlevée, l'écriture fonctionne parfaitement avec un excellent duo qui réserve quelques bonnes tranches de rires (la partie de Go/pichenette) et des seconds rôles bien campés bien que parfois sous-exploités : la collègue célibataire (son discours sur son "sacrifice" à l'approche d'une mutation :lol: ), les voisines de la mamie ou le jeune frère (trop expédié malheureusement). Le dosage entre légèreté, progression narrative et touche d'émotions est bien équilibrée et on s'attache vraiment aux deux personnages.

Et donc paf, après quelque chose comme 80 minutes, le film sort la grosse artillerie et brandit son partenariat avec kleenex. Je serai cynique, je dirais que cette seconde partie flirte avec l'opportunisme en s'emparant d'un sujet d'actualité sensible pour les coréens pour s'y engouffrer avec des ficelles suffisamment grosses pour faire du saut à l'élastique au dessus de l'Etna.
Spoiler (cliquez pour afficher)
En gros la mamie est une ancienne femme de réconfort, secret qu'elle a toujours gardé mais qui ressurgit quand son ami d'enfance, frappée par Alzheimer ne peut aller témoigner à Washington devant l'ONU. La mamie va donc devoir utiliser les courts d'anglais pour parler à la barre en leur nom.
Si le sujet est digne, il aurait pleinement mérité un film entièrement consacré à cette cause. Ici, on a l'impression que le dernier tiers à été totalement rajouté à l'improviste pour surfer sur la vague d'indignation qui secoue le pays depuis plusieurs mois sur la reconnaissance tardive japonaise. D'ailleurs tous les éléments narratifs de la première partie sont tout simplement oublié dans ce dernier acte : les dégradations sur l'immeuble, le procès avec le bailleur, les relations avec le jeune frère... Les flous autour du frère aux USA ou de la jeune femme accompagnant la copine qui commence à perdre la mémoire et que notre mamie refuse de voir sont particulièrement manipulateurs et malhonnêtes pour ma part.
C'est d'autant plus dommage que quand on reste dans le quotidien de la vie de quartier, on trouve encore quelques bons moments (la colère de la commerçante d'avoir été écartée du passé de Mamie). Mais quand on change de pays, rien ne nous épargné des clichés du genre même si j'ai étais agréablement surpris de voir qu'on donne la parole à une autre nationalité.

Si je fais la fine bouche, il faut reconnaître que c'est très efficacement fait (trop, j'ai envie de dire) et une grande partie du public féminin a pleuré à chaudes larmes durant toute la dernière demi-heure. Le sol en devenait presque glissant au moment de sortir.

Le trailer qui ne décrit que la première partie
Last edited by bruce randylan on 1 Nov 18, 01:50, edited 1 time in total.
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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The poet and the boy (Kim Yang-hee - 2017)

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Taek-gi se voudrait poète mais peine à atteindre le niveau de maturité artistique suffisant pour se faire remarquer. Il traverse ainsi une dépression et répond "mollement" au désir de son épouse d'avoir un enfant. Se rendant un jour dans une nouvelle boutique spécialisé en Donuts, Taek-gi se sent de plus en plus attiré par le serveur.

Cette fois, je suis un peu plus motivé à défendre ce premier film tout en regrettant une seconde moitié qui tourne dangereusement en rond. Mais pendant une heure, j'ai fortement apprécié cette comédie dramatique assez juste, engluée dans une le ville où il ne se passe pas grand en dehors des interminables trajet en bus et dont on ne sait pas si c'est le cadre qui déteint sur le manque de motivation de Taek-gi ou bien l'inverse.
Le duo qu'il forme avec son irrésistible épouse est excellent et cette dernière est formidable par son naturel cru, franc, spontanée et profondément amoureuse de son mari. Lui est assez touchant avec sa petite crise existentielle, un peu pathétique sans être ridiculisé... sincèrement humain en somme.
La fascination qu'il éprouve pour le jeune homme est écrit avec finesse et la cinéaste la filme avec une belle évidence sans jamais verser dans le jugement ni la moralité, mais simplement dans l'état d'hébété du héros qui ne comprend lui-même ce qu'il lui arrive : coming out, attrait pour une forme de nouveauté dans cette ville qui vit au ralenti, identification dans ce qu'il a vécu avec son propre père, fuite en avant pour échapper aux contraintes de sa vie de famille, muse platonique. Il y a un peu de tout à la fois.
Si l'amitié entre un quadra dépressif et un jeune un peu paumé n'est pas toujours plausible, le mélange tragi-comique est bien géré. Par contre, comme je disais en préambule, la seconde moitié ne tient pas vraiment la distance et n'arrive plus vraiment à nous faire adhérer aux atermoiements de ses protagonistes, sans doute car il manque le contre-poids de l'épouse qui disparait trop longuement (et qui donnent les meilleures séquences quand elle revient). Les scènes s'étirent également un peu trop et finalement un certain ennui poli s'installe et on finit par se désintéresser un peu de la relation entre les deux hommes. C'est un peu toujours le problème avec ce genre de film où le ménage à trois devient inextricable avec le sentiment que la réalisatrice/scénariste n'arrive pas à trouver une conclusion satisfaisante et préfère repousser l'échéance. Elle s'en sort cela dit bien avec un joli épilogue qui renoue avec la simplicité qui faisait tout le charme du début du film.

The king's case note (Moon Hyun-sung - 2016)

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Un nouveau chroniqueur royal arrive à la cour et se trouve immédiatement attaché au service du régent, un homme fantasque qui n'hésite pas à enquêter lui-même sur les tentatives de déstabilisation et les complots pour l'évincer du pouvoir.

Un croisement entre Detective Dee et Sherlock Holmes pour une comédie policière en costumes qui avait tout pour faire saliver sur le papier mais qui demeure bien trop sage et conventionnel au final. Si l'alchimie entre les deux comédiens est indéniable, les ressorts comiques sont assez légers pour ne pas dire très peu présents. Et puis le concept du Sherlock/Watson fait qu'on a régulièrement l'impression d'avoir deux fois les explications, ce qui n'aide pas aux dynamismes d'une réalisation et d'un montage déjà académiques.
Il ne faut pas trop attendre des rares séquences d'actions pas super bien fagotée et qui manque d'ampleur. Du coup, on a l'impression d'avoir une sorte de long pilote d'une série télé, vraiment trop long.
Alors, certes il y a quelques moments amusants, quelques gags bien sentis mais l'ensemble parait tristement étriqué.
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bruce randylan
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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A quiet dream (Zhang Lu - 2016)

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3 personnes (plus ou moins amis) trainent ensemble et passent leur journée autour de la patronne d'un petit bar dont ils sont tous amoureux

Vrai cœur pour cette petite comédie dramatique indépendante tournée dans un joli noir et blanc et surtout terriblement attachante.
Un film où il n'y a pas d'histoire, pas de péripéties, pas de réelles progressions mais plutôt une succession de moments qui se répètent et de complètent pour un quatuor de personnages immédiatement sympathiques. Ce n'est pourtant ni une chronique de quartier, ni un remake déguisé de Four Friends et Zhang Lu (cinéaste sino-coréen) évite également le Hong Sang-soo movie (malgré plusieurs similitudes sur le papier).
L'approche épurée de la narration, la simplicité du jeu des comédiens, leur présence indéniable, la chaleur des moments, la beauté de la photo toute en nuance de gris, la retenue de la réalisation qui privilégie les moments en creux sans jamais verser dans l’aridité mutique de ce type de cinéma d'auteur sont déjà de grandes qualités mais le scénario possède de nombreuses séquences qui semblent régulièrement issue d'un songe comme son titre le suggère. Un songe délicat et suffisamment palpable pour être assimilée à la réalité. D'ailleurs le film s'ouvre sur un reflet déformé. Beaucoup d'éléments tourne sur cette idée : un homme paralysé se met à émettre quelques phrases hors-champ ou se met inexplicablement à dévaler une ruelle en pente dans son fauteuil roulant, l'héroïne est amoureuse d'un homme chimérique, une lesbienne rêve de se plonger dans un lac perdu dans la brume (le lac au sommet du mont Paektu et sacré pour les coréens), un homme annule son projet de tuer des gens au hasard avec une à feu, plusieurs personnages sont binationaux (et l'un est bipolaire), des individus évoqués apparaissent à la fin du récit sans justification, un voyant évite une prédiction funeste...
Bref, il plane un climat curieux, à la lisière de l'absurde voire du fantastique mais jamais surligné ou appuyé. Et les errances des premières minutes deviennent de plus en plus hypnotiques. Le film déploie son rythme, une musique intérieur bourrée de charme et l'on ressort de la séance en se disant qu'on vient de perdre la notion du temps. Le film aurait pu durer le double de temps que ça n'aurait pas été gênant.
A quiet dream est typique de ce genre de film qui ne cesse de se bonifier lorsqu'on y songe après coup. Justement parce on utilise le verbe "songer"
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bruce randylan
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The Seeds of violence (Lim Tae-gue - 2017)

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En service militaire, Joo-yong est l'un des deux victimes récurrentes de son groupe, en particulier de son caporal qui les rabaisse et brutalise. Ce dernier apprend qu'un plainte anonyme a été déposée contre lui. Il exige que son auteur se rétracte et commence à menacer ses 2 têtes-de-turcs favories au point de casser la dent de la personne sous les ordres de Joo-Yong

Comme son titres l'annonce, Lim Tae-gue ambitionne de radiographier la Corée pour y chercher l'origine d'une violence dans les gênes du pays et dont l'un des racines pour lui réside bien évidement dans l'armée et son service, propice à de nombreux débordements. Thématiquement, il y a forcément beaucoup de choses, pour ne pas dire passionnantes, tant la Corée du Sud dépend encore fortement d'une société phallocrate où prédominent le respect de la hiérarchie, des personnages plus âgées, de l'autorité et de la famille. La seconde partie gagne en profondeur en confrontant deux niveaux de violence : celle de l'armée donc et celle au sein d'une même famille avec le beau-frère de Joo-yong qui s'avère maltraiter sa sœur et que Joo-yong giflera violemment lui aussi pour se laisser battre par son époux. Quant à elle, c'est à peine si elle a le droit de parole. Il ne lui reste en fait qu'à chercher à se réfugier dans la religion qui n'a guère l'air trop épanouissante.
Le film respecte une unité de temps en se déroulant sur moins de 24h avec un certain brio pour un scénario assez bien construit dans ses péripéties et qui, pour une fois, évite le gros mélodrame bien pathos (cf la première moitié de Black Stone) sans jamais rentrer dans "le film à thèses".

Reste un point moins convainquant : la réalisation qui joue beaucoup sur les plans-séquences caméra à l'épaule qui suivent les personnages de dos sans jamais vraiment les lâcher. Le procédé n'apporte pas grand chose à la tension, contrairement au choix de cadrer en 1.33 qui renforce un réel sentiment d'enfermement, cohérent par rapport au propos.
J'ai même trouvé que le partis-pris de la mise en scène dessert le film et qu'il nuit à la psychologie des personnages, plutôt crédible sur le papier, mais auxquels il n'est pas évident de s'attacher.

Du coup le film n'atteint qu'à moitié sa cible. Mais l'approche et le caractère donnent envie de croire en la suite de la carrière de Lim Tae-gue. En tout cas, je suis bien moins sévère que mes camarades qui ont plutôt descendu ce titre.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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New trial (Kim Tae-yun - 2016)

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Un avocat opportuniste a perdu sa fortune (et sa famille) lors d'un procès médiatisé. Au fond du trou, un ami le fait intégrer un cabinet d'affaire où, pour faire ses preuves, il doit donner des conseils juridiques gratuits. Il commence à s'intéresser au cas d'un jeune homme ayant passé 10 ans en prison pour un crime qu'il dit n'avoir pas commis. Son dossier présente en effet de nombreuses irrégularités.

Un film à procès/enquête dans la bonne moyenne du genre qui s'inspire d'une histoire vraie (assez fidèlement à première vue pour ses grandes lignes).
Rien de très neuf ni d'original mais tout est super carré, pro et rondement mené avec d'excellents comédiens, un solide photo, de petites touches drôles et touchants habilement intégrées et des passages plus musclées (pas trop quand même). Le scénario est dans l'ensemble bien construit entre les différentes trajectoires des protagonistes, quelques flash-backs, nouvelles pistes, impasses, moments de doutes... Le film se permet surtout de critiquer violemment son système judiciaire et sa corruption : policiers brutaux qui fabriquent de toutes pièces des fausses preuves et brutalisent leur suspect pour en tirer des aveux mensongers ; procureurs dans des magouilles financières ou immobilières.
Une fois de plus, le film pâtît de la difficulté des coréens à filer droit et être concis. Il y a ainsi une encore pratiquement 20 minutes superflues et un final pas super crédible, présent pour assurer son quota de sensations fortes et de rebondissement.
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Ben Castellano
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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Décès de l'acteur Kim Joo-hyuk dans un accident de voiture
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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Re: Cinéma Coréen contemporain

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Il était en couple avec l'actrice du film d'ailleurs (Lee Yoo-young)
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Re: Cinéma Coréen contemporain

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Ordinary person (Kim Bong-han - 2017)
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En 1987, la dictature au pouvoir cherche à éteindre les différents foyers de dissidence au travers d'impitoyable services secrets. Elle confie à un simple inspecteur de police aux méthodes discutables de trouver un sérial killer.

Un très bon polar dramatique, sombre et assez complexe dont l'une des principales qualités est de ne pas présenter un personnage manichéen. Il est violent, torture ses suspects, n'hésite pas à bidonner ses rapports et ne semble comprendre que les rapports de force. C'est aussi cependant un père de famille dévoué et maladroit qui essaye au mieux de faire vivre sa famille. Alors quand l'opportunité se présente d'arrondir ses fins de mois confortablement, il ne montre pas trop de scrupules et collabore pleinement avec les directives des autorités qui désire inventer un tueur en série pour étouffer une série de meurtres non résolues. Sauf qu'il s'agit d'un premier pas dans un engrenage aux rouages imprévisibles qui vont briser ses repères et ses convictions.
Le film a quelques chose de tragique, voire de la fable morale, dans l'évolution de cet inspecteur pris dans une spirale infernale qui prend progressivement le spectateur à la gorge.
Sur cet aspect le scénario est particulièrement bien construit et ne souffre de pratiquement aucun défaut majeur du cinéma coréen. Tout juste peut-on noter 10-15 minutes qui faiblissent un peu (avec un curieux twist presque sorti d'un rêve) mais qui conduisent à une dernière partie vraiment poignante qui a l'intelligence de rester lucide et cohérent sur l'avenir des personnages, qu'ils soient corrompues, victimes ou collaborateurs (in)volontaires.
L’interprétation est remarquable et tous les acteurs parviennent à donner vie à leur personnages et les rendre crédibles, même le procureur impitoyable des services secrets qui n'hésite pas à frapper au visage une célèbre comédienne pour qu'elle accepte de signer un faux témoignage sur ses soi-disant consommation de drogue et qui servira ultérieurement de pare-feu médiatique en cas de scandale gênant pour le pouvoir. Le film devient ainsi glaçant car toujours réaliste tant dans le comportement de ses personnages que dans l'évolution du l'histoire qui repose sur de nombreux faits réels de l'histoire du pays. C'est ce qui permet au cinéaste de ne pas verser dans le mélodrame alors que de nombreux éléments du scénario aurait pu le favoriser.

Dans cet enchaînement implacable d'un pouvoir tentaculaire et omniprésent, j'avoue avoir penser à une habile transposition du cinéma de Costa-Gavras (Z ou Missing) en Corée avec leur spécificité culturelle, toute proportion gardée tout de même même si Kim Bong-han (qui signe son second long-métrage) fait preuve d'une certaine rigueur avec de plus une reconstitution aussi efficace de discrète, soutenue d'une direction artistique à la hauteur.




Midnight Runners (Kim Joo-hwan - 2017)
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Deux jeunes hommes aux origines opposées sympathisent lors de leur entrée dans l'école de formation policière. Alors qu'ils n'ont pas fini leur cursus, ils assistent à un kidnapping en pleine rue au milieu de la rue. Par manque d'effectif et par paresse, aucun supérieur n'écoute leur déposition. Les deux amis décident alors de mener l'enquête par leur propre moyen.

Autre gros coup de cœur que cette irrésistible comédie policière qui s'inscrit dans la pure lignée des buddy movies tout en renouvellement un certain nombres de ces conventions. Ainsi si les deux héros sont bien antagonistes dans leurs caractéristiques (l'un est sportif et d'origine modeste, tandis que l'autre est intellectuel et psychorigide sur la propreté), ces ressort sont assez peu exploités en fin de compte, évitant pas mal de clichés et de gags attendus. La dynamique du film repose ainsi sur la progression du récit et la manière dont les deux jeunes doivent s’approprier ce qu'ils ont appris (et donc les codes du genre). Plutôt que de s'opposer ou même de se compléter, ils se retrouvent plutôt dans leur détermination commune avec juste ce qu'il faut de contrastes pour agrémenter leur course contre la montre.

Du coup on se marre beaucoup face à pratiquement chaque situation même si le film rappelle à plusieurs reprises que la menace n'est pas une blague (trafic d'organes, femmes séquestrées et droguées avec des conséquences hygiéniques vraiment glauques). Ces brusques ruptures de tons sont très bien gérées et parsèment adroitement le récit pour qu'on ne bascule jamais dans un autre genre. J'ai ainsi envie de dire que ça fait un moment que je m'étais pas autant marré devant un buddy movie ! Qu'il s'agisse de la première partie à l'école de police, du début de l'enquête ou du dernier acte, moins crédible mais sacrément jubilatoire, ça ne s'arrête jamais et on est régulièrement surpris par l'évolution de récit. Certains passages sont impayables avec une réalisation toujours dans le bon timing au point qu'on a l'impression d'être dans la cadence mitraillette d'une Screwball comedy (la planque devant le club ; la méthode pour trouver le bon sourire ; la démonstration de self-defense... :mrgreen: ). Et le duo de comédiens fait des étincelles avec une alchimie communicative.
Midnight runners n'oublie pas nous plus de nous gratifier de petites séquences d'actions dans sa seconde moitié vraiment fun, des combats bien découpés et montés, clairement chorégraphiés sans en faire trop. De quoi rappeler l'ambiance des polars urbains HK 80's. Le final, en deux temps, ne manque absolument pas d'allure à ce titre.

Gros moment de bonheur et encore un film qui mériterait d'avoir une vraie sortie salle tant le résultat est à la fois drôle et efficace ne peut que créer l'adhésion. Et c'est pas comme si le cinéma américain était désormais capable de produire quelque chose de décent dans ce registre. :?
Le film a logiquement cartonné en Corée (et c'est mérité), ils peuvent lancer la suite quand ils veulent !



Jane (Cho Hyun-hoon - 2016)
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Une adolescente introvertie qui peine à se remettre d'une rupture se lie d'amitié à un travesti mélancolique. Ce dernier est une sorte de figure maternelle d'autres adolescents désœuvrées qui vivent en communauté.

J'aurais bien du mal à parler de celui-ci : je l'ai regardé comme une vache regarde les trains passer. Je n'ai rien trouvé de quoi m'y accrocher afin de rentrer dans le film ou m'intéresser aux personnages. Faut dire que Cho Hyun-hoon qui fait ses débuts dans le long-métrage fait tout pour : personnages fuyant et dépressifs, narration non linéaire et qui semble même reposer sur des strates temporelles alternatives (plusieurs séquences se répètent mais avec d'étranges variations), aucun background sur ces communautés...
Alors certes, visuellement et formellement c'est maîtrisé (photo, travelling, atmosphère) et on sent une réelle ambition de sortir des sentiers battus mais si c'est pour me laisser sur le bord de la route...
Last edited by bruce randylan on 1 Nov 18, 01:55, edited 1 time in total.
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