Etrange festival

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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bruce randylan
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Officer Downe (Shawn Crahan - 2016)

Filmé avec les pieds, monté avec des moignons.
J'ai lutté pendant 40 minutes et je me suis cassé.
En gros, Shawn Crahan, fondateur de Slipknot, a décidé d'adopter un comic book. On devine très rapidement qu'il n'a jamais tenu une caméra, jamais dirigé des acteurs, n'avait jamais entendu parlé de montage ou de notions de dialogues.

Alipato: The very brief life of an ember (Khavn de la Cruz - 2016)
Après la découverte de Ruined Heart l'an dernier qui fut une petite révélation, j'étais impatient de retrouvé le cinéaste avec un nouvel opus. C'était sans compté deux problèmes : la disparation de Christopher Doyle à la photo et une style bien trop proche de Ruined Heart. L'effet de surprise ne joue donc plus vraiment et la première moitié est assez douloureuse avec son absence de scénario, des personnages insaisissables, une musique peu inspiré et une réalisation très redondante basé des longs plans caméra à l'épaule qui suit les comédiens déambulé dans les bidons villes de Manille. Il y a parfois des plans saisissants par leur dimension surréalistes (des rues gigantesque recouverts d'immondices, des fanfares progressant au milieu d'une foule, quelques ralentis bien utilisé) et surtout une fabuleuse parenthèse en animation où une stop motion rend vivant des graphitis.
On ne sait pas sur quel pied danser et on navigue entre agacement et une certaine fascination. Et puis au bout d'un moment, on commence à comprendre et à se faire à sa narration très elliptique où les morts d'un guerre de gangs ne sont évoqués fugacement qu'on travers d'inserts sur des pierres tombales. Une côté tragédie commence à s'installer et on parvient à identifier les personnages. Les 15-20 dernières minutes deviennent alors sublimes avec des plans-séquences allégoriques stupéfiants de beauté (le karaoké au milieu d'une porcherie, un accouchement au milieu d'un règlement de compte, le plan final).

Pas facile d'accès mais si on tient jusqu'au bout, on peut largement y trouver des qualités. Faut quand même espérer que Khavn change de style.

Terra formars (Takashi Miike - 2016)
Miike se voit doter d'un budget gigantesque avec pour devoir d'adapter un manga culte où des repris de justice doivent aller sur Mars botter les fesses de cafards pour favoriser une future colonisation terrestre. Porblème, les cafards sont plus coriaces que prévus. Mais nos (anti)héros possèdent des injections concocté à partir d'ADN d'insecte afin de gagner des pouvoirs impressionnants.
C'est une idiotie incroyable qui sent le Shonen à plein nez avec la description des pouvoirs calqué sur une BD ou un jeux-vidéos. Ca pourrait presque être fun si ce n'était à ce point mal torché, laid et mal interprété. Ca passe encore durant la première moitié mais ça dure 2h et la dernière demi-heure donne envie d'arracher le clavier au responsable du montage pour raccourcir tous les plans de moitié et dégager ses PUTAINS DE BORDELS de flashback de MERDE ! (et les agonies mélodramatiques).
Mais découvrir Officer Downe après permet de relativiser sa nullité.
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1kult
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Re: Etrange festival

Post by 1kult »

bruce randylan wrote:
Alipato: The very brief life of an ember (Khavn de la Cruz - 2016)
Après la découverte de Ruined Heart l'an dernier qui fut une petite révélation, j'étais impatient de retrouvé le cinéaste avec un nouvel opus. C'était sans compté deux problèmes : la disparation de Christopher Doyle à la photo et une style bien trop proche de Ruined Heart. L'effet de surprise ne joue donc plus vraiment et la première moitié est assez douloureuse avec son absence de scénario, des personnages insaisissables, une musique peu inspiré et une réalisation très redondante basé des longs plans caméra à l'épaule qui suit les comédiens déambulé dans les bidons villes de Manille. Il y a parfois des plans saisissants par leur dimension surréalistes (des rues gigantesque recouverts d'immondices, des fanfares progressant au milieu d'une foule, quelques ralentis bien utilisé) et surtout une fabuleuse parenthèse en animation où une stop motion rend vivant des graphitis.
On ne sait pas sur quel pied danser et on navigue entre agacement et une certaine fascination. Et puis au bout d'un moment, on commence à comprendre et à se faire à sa narration très elliptique où les morts d'un guerre de gangs ne sont évoqués fugacement qu'on travers d'inserts sur des pierres tombales. Une côté tragédie commence à s'installer et on commence à identifier les personnages. Les 15-20 dernières minutes deviennent alors sublimes avec des plans-séquences allégoriques stupéfiant de beauté (le karaoké au milieu d'un porcherie, un accouchement au milieu d'un règlement de compte, le plan final).

Pas facile d'accès mais si on tient jusqu'au bout, on peut largement y trouver des qualités. Faut quand même espérer que Khavn change de style.
Moi ca a été une des bonnes surprises de l'année. Alors certes, ça ressemble à Ruined heart (LA découverte de l'année dernière à l'Etrange), c'est certain, et si vous avez pas aimés le premier, cet Alipato ne passera guère mieux. Pourtant, je nuance quand même quelques points : jamais je ne l'ai trouvé agaçant, et je trouve que l'absence de Doyle ne se fait pas tant ressentir que ça. Alors c'est vrai qu'au début on ne sait pas où ça va, mais heureusement ça prend forme dans sa seconde partie, a posteriori... Disons que toute la première partie est un film d'ambiance, un peu comme si Sono Sion et Jodo avaient fusionné dans les bidonvilles de Manille, et la seconde éclaire enfin sur les intentions du réal. En tout cas d'accord sur la fin, c'st un immense film - pour ma part - mais qui se mérite un petit peu...

En espérant une rétro l'année prochaine au même endroit ! ;)

Sinon : cadeau pour les non parisiens :

http://www.vice.com/fr/video/etre-cheval

Pas encore vu mais c'est aussi Etrange festival que gratuit et légal... ;)
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Yep, je suis vraiment curieux de découvrir un peu plus le travail du cinéaste qui a une sacrée filmographie derrière lui déjà (il y a déjà un court sur le Blu-ray de Ruined Heart). Croisons donc les doigts pour une rétro !

Girl Asleep (Rosemary Myers - 2015)
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Issue du théâtre australien, Myers s'attaque au cinéma directement avec un long-métrage. Girl Asleep a donc la fraîcheur des premiers films qui ignorent encore les codes et qui s'inventent un langage cinématographique anti-conformiste. Le style fait tout de même fortement penser à du Wes Anderson (format 1.33, couleurs, ambiance un peu rétro, humour décalé...) bien qu'on soit heureuement loin du plagiat mais dans une œuvre cohérente et très personnelle. Elle fait partie de ses films qui traite de manière métaphorique de la période (forcément ingrate) où l'on oscille encore entre enfance et puberté sans trop comprendre pourquoi les choses ne peuvent plus se dérouler comme avant, dans une zone de confort rassurante.
Ca donne une narration découpée en deux parties, l'une assez proche donc de Wes Anderson et une seconde plus onirique, entre le rêve et le cauchemar. Cette deuxième moitié est un peu moins originale (il y a là cette fois une dimension Magicien d'Oz) même si le traitement visuel est toujours aussi curieux.
Mais c'est sûr que le charme du début est irrésistible entre les jeux sur la profondeur de champ, les informations d'ellipses qui s'affichent directement dans le décor et le flegme des comédiens... Sans oublier une excellente BO avec une utilisation très drôle du You make me feel de Sylvester (tous les anniversaires devraient commencer comme ça)
Le genre de petite production qu'on aime bien découvrir aussi à l'Etrange Festival :)

Détour (Christopher Smith - 2016)
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Premier contact avec C. Smith :oops:
Une honnête série B qui déçoit un peu à la vue de son potentiel initial assez génial, sorte de relecture du Smoking / No smoking de Resnais mise régulièrement en parallèle par du split screen.
En gros, un adolescent décide (ou non) de suivre à Las Vegas un tueur qu'il a engagé un soir de beuverie pour se débarrasser d'un beau-père égoïste.

La première moitié est vraiment habile avec cette double temporalité alternative. De plus le cinéaste cherche vraiment à retrouver une écriture à l'ancienne avec des grosses références à L'inconnu du Nord Express, Le voyage de la peur ou Detour d'Ulmer (ouvertement citer à l'image). Mais bon, on ne peut s'empêcher de craindre que Smith ne tiendra pas ses promesses et en effet un p'tit twist
Spoiler (cliquez pour afficher)
et on comprend qu'une des deux présents possibles n'est qu'un flash-back de l'autre. Mine a atténue beaucoup l'originalité du script d'autant qu'on commence à deviner d'autre twists à venir.
Toujours décevant d'autant qu'un certain travail a été fait pour étoffer les personnages, comme le "méchant" qui se révèle plus touchant et humain qu'on aurait pu croire.
Après la réalisation est plutôt classe et prenante. Mitigé donc.

Year of the devil (Petr Zelenka - 2002)
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Découvert ce film culte tchèque dans la carte blanche à Jaz Coleman (membre fondateur de Killing Joke) qui y joue un petit rôle : le sien !
C'est une sorte de Spinal Tap qui brouille les frontière entre réalité et fiction puisque le film met en scène un vrai groupe folk-rock (Cechomor) qui fut créer en parallèle de la création de ce film. Certaines scènes sont inspirées de véritable évènements comme la rencontre entre Coleman et le violoniste ou le passé d'alcoolique du leader ; d'autres sont vraiment capté comme un vrai doc (les acteurs ne sachant pas toujours qu'ils étaient filmées) et des séquences purement écrites assez décalées et jouant sur l'humour noir et absurde (l'auto-combustion, le dialogue sur les slips/boxers). C'est donc moins délirant et parodique que Spinal Tap mais tout aussi original et peut-être plus touchant. Depuis la sortie le groupe a enchaîné les ventes records et Year of the devil ferait parti des 10 meilleurs films tchèques d'après différents classements.
J'imagine que pour un tchèque, le film doit regorger de clins d'œil et de mises en abîme. Pour un Français qui ignorait tout des personnages avant de rentrer dans la salle, c'est une œuvre plus qu'intéressante, dépassant la simple curiosité. Et certains morceaux de musiques sont vraiment très bien.
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Trash fire (Richard Bates Jr - 2016)
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Le cinéaste d'Excision (sciemment raté il y a quelques années :fiou: ) délaisse les éclaboussures provoc' mais ne se détourne pas d'un certain anticonformisme dans cette histoire qui tape avec malice sur les intégristes catho avec virulence et nanti d'un humour noir et cinglant.
Ca commence pourtant sous les traits d'une comédie (romantique) avec un couple en crise qui se donne une seconde chance alors qu'un bébé se profile. L'occasion de renouer avec la famille du futur papa, orphelin suite à un incendie et dont la jeune sœur vit avec sa grand-père.
Mine de rien, le scénario est assez bien construit. Le cinéaste prend le temps d'installer ses personnages avant de faire doucement monter la sauce quand on arrive chez grand-maman qui se révèle une sacrée peau de vache.
Ca marche plutôt pas mal grâce à ses personnages cyniques (mais attachant pour le duo de tête) qui composent un univers très caustique et sa vision d'une Amérique bigote assez hypocrite qui s'achève dans une conclusion audacieuse et culottée.
Après, la critique est un peu légère, le blasphème assez facile (hop, mémé se masturbe devant des sermonts) et il y a quelques fautes de goûts (les flash-backs avec l'incendie) mais les acteurs sont plutôt bons et j'aime bien la progression du scénario.

The tenants downstairs (Adam Tsuei - 2016)
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Après avoir rénové un immeuble, un propriétaire épie ses locataires avec des caméras de surveillance. Intrigué par la vie trop calme d'une femme mutique et mystérieuse, il s'introduit chez elle et assiste à mise à mort sadique. Cela lui donne des idées

Pour son premier film derrière la caméra, Adam Tsuei (ancien producteur musical de renom) se lance dans une sorte de revival de la Cat III hong-kongaise d'autant qu'on retrouve dans le rôle principale ce bon vieux Simon Yam. Vous vous rappelez de Chungking Express (ou Amélie Poulain) et son amoureuse qui se faufile dans l'appartement de celui qu'elle aime et apporte quelques modifications à la décoration/mobilier. Et bien c'est un peu la même idée sauf que Simon Yam prend le relai et qu'il essaye de pousser ses résidents à révéler leurs propres nature.
Le premier tiers est par moment assez dérangeant avec les sévices commises par la belle tueuse mais le film ne se déparait jamais d'un sens de l'humour iconoclaste. Simon Yam par exemple fait ingurgiter à un étudiant passionné de super-héros de puissant somnifères lui permettant de le déplacer (nu de préférence) pour lui faire croire qu'il sait pratiquer la téléportation. Et scènes après scènes, il le dépose dans des endroits de plus en plus "problématiques".
On trouve ainsi presque l'intégralité du cahier des charges de la CAT III : un peu de torture, plusieurs démembrements (hors champ), des morts violentes, pas mal de cul, de l'homosexualité, une dimension sociale, des soupçons de cannibalismes (involontaire)... Sauf qu'il faut reconnaître que ça tourne un peu à vide une fois dépassée la première moitié. La suite vire dans le vaudeville manipulateur où tous les habitants de la propriété sont placés dans des situations compromettantes les uns par rapport aux autres.
Il y a vraiment plein de choses intéressantes dans le scénario ou les personnages à commencer par celui de Simon Yam qui se prend rapidement pour un semi-dieu observant ses créatures (ou un chef d'orchestre admirant ses différentes partitions ; séquence limite ridicule pour le coup). De plus le caractère transgressif ne va pas complétement au bout de sa radicalité (comme le père célibataire qui se sent attiré par sa fille) d'où un sentiment un peu superficiel. Contrairement à ce que pense un ami, on est quand même très loin d'être devant un film "inoffensif" car même si les perversions sont rapidement atténuées par l'humour décalé, le film va tout de même assez loin dans sa perversité (faire croire à l'étudiant qu'il a été violé, un père se masturbant à côté de sa fille endormie, faire manger de la chaire humaine etc...)
Et chose vraiment agréable, le film est très maîtrisé techniquement, excellemment rythmé et solide visuellement. Un peu tape à l'œil par moment sans doute d'ailleurs.
Le gros défaut à mes yeux demeure le dénouement un peu inutile et démonstratif qui lève le doute avec lourdeur sur l'ambiguïté dans les rapports entre les deux personnages principaux. Il semble pourtant que le montage pour l'international soit déjà moins explicatif que celui pour une partie de l'Asie. Le cinéaste reconnaît d'ailleurs qu'il faut trop mâcher le travail pour le public chinois et qu'il est sans doute aller trop loin pour ça.

Malgré un côté un peu inachevé dans ses ambitions, j'ai passé un très bon moment sans ennui grâce à un sacré mélange des genres pour pas mal de séquences étonnantes et osées (qu'elles soient dérangeantes, drôles ou franchement barrées).



The neighbor (Marcus Dunstan - 2016)
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Une très honnête série B, carrée et efficace, où un couple de faussaire doit faire face à un bien inquiétant voisin. A peine plus de 80 minutes, un scénario habile à défaut d'être original mais ça s'enchaîne bien, on ne perd pas de temps et il y a quelques accélérations dans le tempo très plaisantes qui permettent de contourner plusieurs clichés. D'autant plus agréable que c'est issu d'un des scénaristes de Saw et que le film évite aussi la violence gratuite.
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Re: Etrange festival

Post by Flol »

bruce randylan wrote:D'autant plus agréable que c'est issu d'un des scénaristes de Saw et que le film évite aussi la violence gratuite.
Et c'est aussi le réalisateur des sympatoches The Collector et sa suite The Collection.
bruce randylan
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Headshot (Kimo Stamboel & Timo Tjahjanto - 2016)
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Après avoir détesté copieusement leur thriller Killers, les Mo Brothers (comme on les appelle plus généralement) revienne cette année encore au Forum des Images avec ce film d'action qui surfe beaucoup sur le succès de The Raid au point qu'on pourrait presque en faire un 3ème opus. On retrouve l'acteur principal Iko Iwais, Julie Estelle ou Yayan Ruhian et surtout le même genre de chorégraphies et de combats très brutaux.
Malgré un certains nombres de qualités, ce Headshot est tout de même loin de se hisser au niveau des 2 The raid en termes de réalisation avec un sens de l'espace bien inférieur, une absence de montée en puissance lors d'un même affrontement et un manque flagrant de renouvellement.
Ainsi les deux derniers actes (soit une bonne demi-heures) sont une succession de 5 scènes d'actions qui sont toutes des mano à mano, essentiellement à mains nues. :| De plus les deux derniers combats sont bien moins excitant que celui qui les précédait :cry:
Ceux qui trouvaient que les combats de The Raid étaient répétitifs risquent donc de trouver le temps bien long ici. Les duels sont donc très proches et répétitifs au bout d'un moment avec des clés et parades bien trop proches les uns des autres.

L'autre problème vient aussi d'une violence un peu trop complaisante à mon goût. Les deux films de Gareth Evans étaient particulièrement sanglant mais j'ai le sentiment que la violence étaient sèches, froides et assez évasives au final. Là, les cinéastes insistent lourdement et de manière un peu trop gratuite à mon goût : il faut que les machettes traversent les joues, se logent dans la gorge, les avant bras... Et il faut évidement qu'on les retire doucement histoire qu'on en profite bien.

Bon, une fois dit ça, il faut reconnaître que certaines scènes dépotent quand même pas mal avec certaines chorégraphies (réglées par Iko Iwais) ne manquent pas de qualité, surtout quand elles jouent sur le décor et le cadre. L'affrontement dans le bus est vraiment nerveux comme ceux dans le commissariat avec des échanges originaux autour d'un table auquel le héros est menotté. Et le coup de la machine a écrire est plutôt bien vu :mrgreen:
Celui entre Iko Iwais et Yayan Ruhian est assez chouette aussi, surtout le petit mélange avec armes à feux/armes blanches au début.

Régulièrement efficace (et bien bourrin, limite un peu trop même) donc mais bien trop long avec des scènes mélodramatiques sans intérêt pour un scénario parfaitement stupide et couillon.
Autre point qu'il faut quand même évoquer : je crois que toute la salle est tombée amoureuse de Chelsea Islan (la doctoresse avec les lunettes)



Psiconautas (Pedro Rivero & Alberto Vasquez - 2015)
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Ca vous dit un p'tit dessin animé avec des enfants lapin, renard et chien qui décident de partir à l'aventure en quittant leur île natale ?
Pas trop ? Et si je rajoute que ça se déroule sur fond de catastrophe nucléaire, de personnages torturés et de créatures sorti d'un cauchemar impressionniste ; ca vous parle plus ?

L'une des révélations de cette édition pour moi avec donc ce premier long-métrage d'animation très original et régulièrement angoissant à la fois poétique, grave, malsain et décalé. Ici les démons intérieurs prennent littéralement vies pour devenir d'impressionnantes araignées gigantesques ou insectes tétanisants. On trouve aussi des enfants rats qui se battent à mort pour trouver un peu de cuir dans d'immenses décharges ou des chiens policiers qui se livrent à une véritable épuration ethniques sur des oiseaux à cause de simples préjugés. Sans oublier pas mal de paraboles socio-politiques.
C'est visuellement assez impressionnant avec un graphisme assez simple et qui joue de son côté enfantin. J'espère que ce petit bijou espagnol sortira en salles chez nous


Plague at Karatas village (Adilkhan Yerzhanov - 2016)
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Un homme arrive dans un petit village reculé pour remplacer le maire touché par une grippe. Le nouveau venu ne tarde pas à comprendre qu'il s'agit de la peste.
J'attendais beaucoup de ce film Kazakh qui annonçait un univers kafkaien et surréaliste mais les premières images font vite déchanté. C'est du numérique laid avec une réalisation et une interprétation très théâtrale au rythme excessivement étiré (un insert sur une chaussure doit durer 1 minute sinon c'est pas drôle). Très pénible et j'ai failli suivre plusieurs spectateurs qui ont quitté la séance sans trop de scrupules.
J'ai pris sur moi en espérant que le scénario soit à la hauteur. Ca se rattrape un peu dans le dernier tiers avec un symbolisme plutôt intéressant dans sa satire politique tout en sachant qu'on doit manquer des références culturels du pays.
Grosse déception quoiqu'il en soit.

Grave (Julia Ducournau - 2016)
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Une adolescente timide et végétarienne intègre une école vétérinaire dont fait déjà partie sa grande sœur. Elle ne tarde pas à manifester une attirance pour la viande.

Après avoir fait sensation à Cannes et Toronto, Grave arrive en avant-première avant sa sortie officielle début 2017 et se révèle en effet l'un des grands moments de cette édition et aurait mérité de se trouver dans la compétition. Sans trop chercher à spoiler, c'est une relecture brillante d'un thème fantastique qu'on pensait rabâché mais ramené au roman initiatique en traitant de l'adolescence, de la puberté et des troubles sexuels et identitaires. C'est brillant, drôle, un peu dérangeant pour 2-3 séquences "chocs" très bien amenées dans le scénario qui ne laissent pas indifférents. En même temps, il y a réelle sensibilité et justesse dans le personnage principal sans que le film ne se prennent trop au sérieux (la fin fait même un peu trop blague pour le coup).
Pour un premier film français, ça fait du bien mais ça sera pas pour tous les yeux ! :mrgreen:


Et sinon, la séance retour de Flamme était dédié au fameux Deluge de Felix Feist (1933) qu'on a longtemps cru perdu puis uniquement visible en copie 16 mm VF ou italienne. Lobster a retrouvé récemment une copie 35 mm nitrate en France d'une excellente qualité (et assez facilement aussi, à se demander ce qui doit encore dormir dans les archives officielles !)
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Et le film alors ? Et bien disons que c'est avant tout un film pré-code avec les défauts et les qualités que ça impliquent. La narration est très rapide, presque trop au début d'ailleurs, le personnage féminin est assez en avance sur son temps (très indépendante et intransigeante la damoiselle) et le scénario fait presque l'apologie de la bigamie !
Pour le reste on est pas très loin du nanar assez ridicule avec son ménage à trois assez grotesque, des méchants patibulaires assez idiots, des hasards surréalistes, des facilités gênantes, quelques vannes racistes bien douteuses et une interprétation d'un autre âge (à part donc Peggy Shannon très moderne).
La réalisation est très inégale avec des faux raccords honteux, une gestion de l'espace parfois gênante et d'autre moments plus inspirés avec de très beaux matte painting (le héros se réveillant seul au milieu d'un paysage vide) et des travellings bien exploités. Quand à la séquence du raz-de-marée et de destruction massive, elle demeure encore assez impressionnante encore aujourd'hui d'autant qu'il s'agissait d'une petite production indépendante.
Je ne regrette pas la séance car Deluge ne manque pas d'un délicieux charme rétro et désuet avec son mélange premier/deuxième degré pour le moins atypique
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Re: Etrange festival

Post by Flol »

bruce randylan wrote:Psiconautas (Pedro Rivero & Alberto Vasquez - 2015)
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Ca vous dit un p'tit dessin animé avec des enfants lapin, renard et chien qui décident de partir à l'aventure en quittant leur île natale ?
Pas trop ? Et si je rajoute que ça se déroule sur fond de catastrophe nucléaire, de personnages torturés et de créatures sorti d'un cauchemar impressionniste ; ca vous parle plus ?

L'une des révélations de cette édition pour moi avec donc ce premier long-métrage d'animation très original et régulièrement angoissant à la fois poétique, grave, malsain et décalé. Ici les démons intérieurs prennent littéralement vies pour devenir d'impressionnantes araignées gigantesques ou insectes tétanisants. On trouve aussi des enfants rats qui se battent à mort pour trouver un peu de cuir dans d'immenses décharges ou des chiens policiers qui se livrent à une véritable épuration ethniques sur des oiseaux à cause de simples préjugés. Sans oublier pas mal de paraboles socio-politiques.
C'est visuellement assez impressionnant avec un graphisme assez simple et qui joue de son côté enfantin. J'espère que ce petit bijou espagnol sortira en salles chez nous
Ça l'air hyper intéressant, ça. D'après le trailer et ce que tu en dis, ça me fait immédiatement penser aux 2 chefs-d'oeuvre de Martin Rosen, The Plague Dogs et Watership Down (si tu ne les as pas vus, je conseille fortement !).
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

Oui, ça fait quelques temps que The Plague Dogs me tente beaucoup. Faudra que je penche vraiment sur son cas. Par contre, je n'avais pas entendu parler du second.

et puisque je suis là, dernier mots sur le festivals avec 3 documentaires.

Musique brute (Mathieu Mastin) aborde la question de l'autisme et de la musique où les membres d'un petit label indépendant initie plusieurs handicapés aux chants ou aux instruments. Une manière pour eux de s'exprimer et de créer une expérience collective. Musicalement, c'est évidement pas trop mal came mais il faut reconnaître que le sujet est très bien traité et assez touchant au final.

The weather underground (Sam Green, Bill Siegel - 2002) est un fabuleux documentaire qui revient sur des activistes d'extrême gauche qui se lancèrent dans une série d'attentat durant les années 60-70's en visant des institutions du gouvernement. Mêlant archives et témoignages contemporains des principaux participants aux événements, The weather underground s'avère lui passionnant avec un regard critique et rétrospectif des intervenants qui permet d'avoir une vision beaucoup plus juste et complète d'un mouvement assez peu connu chez nous. Très intelligent et constructif. Il est disponible sur YouTube en VOSTF donc n'hésitez pas.

Etre cheval (Jérôme Clément-Wilz) est plus anecdotique. Faut dire que le sujet est moins universel puisqu'il s'agit d'un portrait d'un transsexuel qui désire être dresser comme un cheval. Ca ressemble à un numéro de Strip-tease mais curieusement ça ne décolle que rarement, sans doute parce que le réalisateur n'a pas trop l'air de savoir quoi faire de son reportage. Reste quelques réflexions pertinentes du principal intéressé qui s'étonne qu'on lui demande s'il ne trouve pas ça avilissant comme démarche (alors que pour lui le monde du travail et de la société de consommation font bien pire au quotidien).


Sinon, les récompenses :
Prix Mauvais Genre Jeeg Robot et Headshot Ex aequo
Prix du public Poésie sans fin de Jodo (pas vu sur place puisqu'il sort bientôt en salle)
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Re: Etrange festival

Post by Duke Red »

bruce randylan wrote:Oui, ça fait quelques temps que The Plague Dogs me tente beaucoup. Faudra que je penche vraiment sur son cas. Par contre, je n'avais pas entendu parler du second.
À éviter un soir de déprime :fiou:
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Re: Etrange festival

Post by bruce randylan »

J'ai cru comprendre :mrgreen:
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Re: Etrange festival

Post by TheGentlemanBat »

Merci aux quelques aficionados du festival (et notamment Bruce) pour ce chouette survol de la cuvée 2016, ça m'a permis d'ajouter quelques titres à mon agenda. De mon côté, j'avais prévu d'aller voir le nouveau Christopher Smith ainsi que We Are the Flesh et au bout du compte, je n'aurais assisté qu'à une des nombreuses séances courts-métrages (celle avec la thématique World War IV car je voulais absolument voir le Keep Moving du Sud-Coréen Geon Kim). D'ailleurs pour en revenir à l'intriguant et semble-t-il assez brut de décoffrage We Are the Flesh qui a reçu le prestigieux parrainage d'Iñárritu & Cuarón, je ne crois pas avoir lu de review dessus (personne n'a voulu s'y risquer ?) donc je ne sais toujours pas s'il vaut le coup ou pas...
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Re: Etrange festival

Post by 1kult »

Pour moi We are the Flesh est une provocation à la fois vaine et puérile. Formellement réussie, surtout pour un quasi huis clos et un budget restreint, ça a quand même l'aspect d'un film de sale gosse très content de montrer du sexe ou de la violence non pas pour dire quelque chose, mais pour choquer. Du coup l'intention est là, mais avec une épuisante gratuité. Le film divise, moi il m'a agacé fermement par sa prétention de proximité. Et pourtant des films transgressifs, j'en ai vu une palanquée, mais celui là est typique de ceux que j'abhorre.
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Re: Etrange festival

Post by TheGentlemanBat »

Ton retour confirme assez l'impression que le trailer m'avait laissé y'a quelques mois donc c'est sûrement pas plus mal que je ne me sois pas déplacé, je serai ressorti de projo énervé (je suis très friand de cinéma qui sort dangereusement des sentiers battus mais si c'est juste une accumulation de scènes trash destinées à choquer le quidam, ça ne m'intéresse pas trop quand bien même c'est formellement très abouti).
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cinephage
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Re: Etrange festival

Post by cinephage »

L'étrange Festival a bien mis son programme en ligne, il y a beaucoup de choses très intéressantes.

http://www.etrangefestival.com/2017/fr/

Dommage que le site ne propose pas d'index des films, si on veut voir tel ou tel film, il faut savoir s'il est en compétition ou dans une carte blanche, ça ne simplifie pas la navigation sur le site...
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
1kult
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Re: Etrange festival

Post by 1kult »

Récupère le catalogue, ça sera plus pratique je pense. ;)

http://www.etrangefestival.com/ressourc ... EF2017.pdf
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