John Ford (1894-1973)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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cinephage
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by cinephage »

Découvert en salle lors de la rétrospective Ford, le soleil brille pour tout le monde fut alors mon film du mois. C'est un très beau film Fordien, qui allie sens de la communauté, idéal politique et une humanité très touchante. J'ai lu que Ford affirmait que c'était son film préféré, alors que je croyais que c'était le convoi des braves...

Après lecture de l'article wikipedia sur le convoi des braves, tout s'éclaire :
The film was a personal favorite of Ford himself, who told Peter Bogdanovich in 1967 that "Along with The Fugitive and The Sun Shines Bright, Wagon Master came closest to being what I wanted to achieve."
Bon, du coup je vais devoir visionner Dieu est mort...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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Jeremy Fox
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jeremy Fox »

cinephage wrote: Bon, du coup je vais devoir visionner Dieu est mort...
Il fait partie de ses films que je ne supporte absolument pas.
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Alexandre Angel
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:Il fait partie de ses films que je ne supporte absolument pas.
Les cinéastes n'ont pas toujours le meilleur goût concernant leurs propres films, c'est bien connu :)
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Jeremy Fox
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:
Jeremy Fox wrote:Il fait partie de ses films que je ne supporte absolument pas.
Les cinéastes n'ont pas toujours le meilleur goût concernant leurs propres films, c'est bien connu :)
C''est vrai. Par contre je suis un inconditionnel de Wagonmaster.
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Alexandre Angel
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Alexandre Angel »

....qui mériterait meilleure copie que ce que l'on connaît (si je ne me trompe)
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Jeremy Fox
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:....qui mériterait meilleure copie que ce que l'on connaît (si je ne me trompe)
Certes, même si ce n'est pas l'un des plus mauvais Montparnasse.
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Supfiction
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Supfiction »

Strum wrote:A dessein, il utilise des acteurs de 55 ans (Wayne et Stewart) trop âgés pour leur rôle, afin de créer un écart dans la représentation des personnages, nous faisant comprendre que Doniphon et Ransom sont des archétypes, Wayne représentant le cowboy de l’ancien monde, et Stewart l’homme moderne, qui fut Mr. Smith à Washington, et que le film raconte le passage de l’ancien monde au nouveau. Et puis, Ransom, sachant sur quel mensonge s’est construite sa vie, n’arrive sans doute pas à se revoir jeune, intègre et pur. Lui qui narre le récit dans un long flashback, il ne peut se voir jeune homme qu’avec un visage déjà marqué. Il sait maintenant qu’il n’est pas Lincoln.
Comment es-tu sûr de cela et qu'il ne s'agit pas simplement d'une opportunité de casting et de l'envie de faire jouer ces deux légendes ensemble ?
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Alexandre Angel
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Alexandre Angel »

Supfiction wrote:
Strum wrote:A dessein, il utilise des acteurs de 55 ans (Wayne et Stewart) trop âgés pour leur rôle, afin de créer un écart dans la représentation des personnages, nous faisant comprendre que Doniphon et Ransom sont des archétypes, Wayne représentant le cowboy de l’ancien monde, et Stewart l’homme moderne, qui fut Mr. Smith à Washington, et que le film raconte le passage de l’ancien monde au nouveau. Et puis, Ransom, sachant sur quel mensonge s’est construite sa vie, n’arrive sans doute pas à se revoir jeune, intègre et pur. Lui qui narre le récit dans un long flashback, il ne peut se voir jeune homme qu’avec un visage déjà marqué. Il sait maintenant qu’il n’est pas Lincoln.
Comment es-tu sûr de cela et qu'il ne s'agit pas simplement d'une opportunité de casting et de l'envie de faire jouer ces deux légendes ensemble ?
Strum a juste imprimé la légende :mrgreen:
villag
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by villag »

Jeremy Fox wrote:
Alexandre Angel wrote:....qui mériterait meilleure copie que ce que l'on connaît (si je ne me trompe)
Certes, même si ce n'est pas l'un des plus mauvais Montparnasse.
Peut être, mais je l'ai revu sur Arte il y a quelques années, et, de rage,avais jeté mon DVD à la poubelle( je sais, c'est pas malin ! ) tellement il était en dessous de ce que je venais de voir à la télé....!
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Strum
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Strum »

Supfiction wrote:Comment es-tu sûr de cela et qu'il ne s'agit pas simplement d'une opportunité de casting et de l'envie de faire jouer ces deux légendes ensemble ?
C'est un mélange de plusieurs causes et de plusieurs envies, et cela contribue au sentiment d'avoir affaire à deux archétypes. Ford était un intellectuel (même s'il aimait le cacher) et pensait à ce genre de choses. Liberty Valance est un film très réfléchi. Filmer en noir et blanc a permis de cacher un peu cette différence d'âge entre les personnages et les acteurs. Le film aurait moins bien fonctionné en couleur où l'écart d'âge aurait été trop gênant. En noir et blanc, on atteint un point d'équilibre entre le récit en lui-même et une réflexion plus abstraite et philosophique sur la réalité et la légende, elle-même incarnée par des archétypes. Parler d'un film, pour moi, consiste notamment à réfléchir à ce que le réalisateur a voulu dire.
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AtCloseRange
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by AtCloseRange »

Alexandre Angel wrote:
Supfiction wrote: Comment es-tu sûr de cela et qu'il ne s'agit pas simplement d'une opportunité de casting et de l'envie de faire jouer ces deux légendes ensemble ?
Strum a juste imprimé la légende :mrgreen:
ou plutôt ce qui l'arrange :mrgreen:
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Strum
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Strum »

Je défends mon bifteck, comme Wayne dans le film ! :mrgreen:
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Père Jules
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Père Jules »

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Profondo Rosso
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Re: John Ford (1894-1973)

Post by Profondo Rosso »

Dieu est mort (1947)

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Pendant la guerre des Cristeros au Mexique (1926-1929), les prêtres sont assassinés par le pouvoir révolutionnaire. Un prêtre, déguisé en paysan, revient dans son village et devient le seul prêtre en activité dans le pays. Il est chassé par les forces de police et doit fuir…

Dieu est mort est une des œuvres les plus décriées de John Ford - notamment par son interprète principal Henry Fonda qui n’aura de cesse d’en dire le plus grand mal, y voyant sa pire collaboration avec Ford – qui d’ordinaire si critique envers lui-même en faisait son film préféré, celui où il s’est senti le plus libre. Adapté du roman de Graham Green La Puissance et la Gloire, Dieu est mort (titre français bien plus poétique que le simple The Fugitive original) est le second film de Argosy Pictures, la société de production montée par Ford avec Merian C. Cooper. Fort de cette liberté, le réalisateur signe une de ses œuvres les plus radicales et qui sera d’ailleurs un échec commercial.

Si le féru d’histoire et le lecteur de Graham Green situe aisément la période de ce récit ayant pour cadre le Mexique - La guerre des Cristeros voyant l’affrontement des paysans mexicains, catholiques, contre le gouvernement, profondément anticatholique, de 1926 à 1929 - Ford ne fait à l’inverse pas acte d’historien pour nous plonger dans une quête spirituelle. Nous suivons le dernier prêtre libre du Mexique (Henry Fonda), traqué à travers le pays et à la foi vacillante. La première scène frappe par le lien qu’elle noue entre l’homme et son sacerdoce. Figure quasi anonyme perdue dans un paysage désertique, le fugitif n’existe et ne s’incarne qu’à travers son statut, à l’image et dans les yeux des autres tout au long du film. C’est ainsi lorsqu’il pénètre dans l’église de son ancienne paroisse que la grâce du personnage s’impose, sa silhouette se dessinant dans la lumière immaculée des lieux abandonnés tandis que la simili Marie Madeleine incarnée par Dolores del Río l’implore de baptiser son nourrisson. Malgré la symbolique plus qu’appuyée formellement (la photo tout en contraste et jeu d’ombres de Gabriel Figueroa, futur collaborateur de Luis Buñuel), Ford ne fait pas de son héros un saint. Au contraire Henry Fonda apparait profondément démuni et humain dans ce monde en désolation où l’apaisement ne repose plus que sur cette religion catholique proscrite dont il est désormais le dernier représentant. Chaque péripétie le renvoie à cette fonction, tant par le danger qu’elle représente pour lui que par le répit qu’elle exprime pour les âmes en peine du pays. Le prêtre se confronte ainsi à des situations éprouvant sa foi dans ses ultimes extrémités et auxquelles, homme ordinaire cherchant à survivre plutôt que martyr il ne saura pas toujours répondre.

On pense à ce chantage à l’exécution par l’armée où, s’il se propose à la place du malheureux condamné il n’osera pas avouer qu’il est le prêtre que tous recherchent. Dans ce contexte hostile, l’aide aux autres n’est pas instinctive mais le fruit d’un effort au mépris de sa propre survie. Cette dualité passe merveilleusement à travers la prestation d’Henry Fonda dont la présence naturellement douce et bienveillante s’orne d’un halo de doute. On pense à cette superbe scène où sur le point d’embarquer en bateau pour l’étranger et fuir ce chaos, il est sollicité par un enfant pour veiller sa mère mourante. L’appel hors-champ de l’enfant fait presque figure de sollicitation intérieur mystique que le héros feint d’ignorer avant d’être lié à la réalité et à ses obligations. Le personnage n’est jamais nommé par son nom si ce n’est dans la dernière scène car il n’est pas accompli, il n’a pas (re)trouvé la foi, fuyant ou se soumettant avec douleur aux épreuves auxquelles il se destine. Cette hésitation ne l’en rend que plus attachant qu’une figure de saint/martyr à la vertu inaccessible et renforce l’empathie face à ses peurs légitimes. La scène emblématique de cette idée, entre courage et lâcheté, sera celle où il ira chercher du vin pour célébrer une messe mais où il n’osera de peur d’être démasqué arracher la bouteille aux parasites qui la boivent allégrement.

A l’opposé du vacillement constant de Henry Fonda, Ford nous montre d’autres protagonistes plus lâches répondant aux mêmes questionnements de manière indigne. Le lieutenant de police incarné par Pedro Armendáriz souhaite éradiquer la religion comme pour éteindre la croyance en Dieu encore vivace en lui, ce reniement rejoignant aussi celui de son passé et de sa race – son rapport ambigu avec Dolorès del Rio, le mépris qu’il a pour les indiens mexicains ignorant et pieux. Le malfrat El gringo (Ward Bond) et le mouchard crasseux (J. Carrol Naish) sont également de purs figures négatives et corrompues fuyant le spirituel dans la dépravation mais qui finalement dans l’adversité de la mort et du dénuement sont tout autant dans l’attente, l’espérance du spirituel. Tous devront faire face à leurs contradictions dans leur rapport à Henry Fonda désormais apaisé, sur sa foi qu’il est enfin prêt à assumer jusqu’au bout. John Ford malgré un certain manque de subtilité dans l’imagerie pieuse en reste cependant au cheminement initiatique et spirituel sans tomber la bondieuserie. Les derniers instants le confirment, la solennité de la marche finale d’Henry Fonda restant à hauteur d’homme malgré la stylisation. La dernière scène avec ce portail baigné de lumière « divine » ramène également à l’humain avec une affirmation d’identité autant que de foi dans sa dernière phrase. Inégal, un longuet et un peu trop appuyé dans son propos, Dieu est mort n’en demeure pas moins une œuvre captivante et parmi les plus audacieuses de John Ford. 4/6
Mama Grande!
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Re: John Ford (1894-1973)

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Young Mr Lincoln

On est dans l'hagiographie pure, qui croit dur comme fer à la justice américaine et au rêve américain. De nos jours, ce genre d'approche serait fustigé comme de la propagande, ou tout simplement comme stupide.
Mais n'empêche, même un méchant cynique comme moi a pu etre bouleversé par ce Ford. Tout d'abord, combien de cinéastes dans l'Histoire ont atteint une telle perfection formelle? Combien ont pu filmer les beautés simples de la nature avec une telle poésie? Je pense a Kurosawa, Mizoguchi, Tarkovski...et je n'en vois pas d'autres. La beauté d'un lac et des arbres qui le bordent au printemps, puis sa même beauté, mélancolique cette fois, en hiver. Et en quelques secondes, par une géniale ellipse, le thème éternel du passage du Temps merveilleusement mis en forme avec la simplicité dont seuls les grands poètes sont capables. La simplicité des personnages finalement va également dans le sens de la poésie: ils incarnent des themes vieux comme le monde (la mère ne pouvant sacrifier un de ses enfants pour sauver l'autre, l'amour de deux frères, le souverain juste comme Salomon), dans une nature sublime qui leur survivra et verra passer d'autres tragedies, d'autres injustices, et de l'espoir aussi.
Young Mr Lincoln est injustement moins connu que La Chevauchée fantastique ou La Prisonnière du Désert, mais il mérite au moins autant d'éloges. Meme le faux nez de Henry Fonda est réussi :mrgreen:

Lors de ma boulimie cinéphilique, John Ford faisait partie des cinéastes pour lesquels j'avais une admiration froide, dont je reconnaissais les qualités mais qui au fond ne m'intéressaient pas. Je suis content de le redécouvrir aujourd'hui avec quelques années de plus au compteur :)