Frank Borzage (1894-1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Profondo Rosso »

feb wrote:
Profondo Rosso wrote:Jeremy sur la télé ça passe bien mieux que sur les captures :wink:
Je te trouve bien gentil avec ce DVD Profondo :mrgreen: Juste bon pour être regardé sur un ordi (comme un gros paquet de films disponibles en Warner Archive).
La plus mauvaise copie de la 1ère salve de Trésors Warner malheureusement.
On a tous des gouts de luxe maintenant avec les blu ray clinquant :mrgreen: Pour une rareté comme ça si c'est le seul moyen de le voir je fais avec ça reste regardable et comme disais Julien Leonard on aura pas mieux. Moi mon degré de tolérance c'est une (avant qu'il que les éditions Montparnasse le réédite) une édition immonde des Chasses du Comte Zaroff avec des teintes vert fluos tout le film en plus de la copie floue tant qu'on ne s'en approche pas ça passe :mrgreen: Et merci Frances tu me l'avais bien vendu aussi :wink:
feb
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by feb »

Vu ton degré de tolérance je comprends :mrgreen: Mais je regrette quand même que ce Borzage soit proposé dans une copie si faiblarde surtout quand on compare à d'autres films du Monsieur dispo en Archive ou non (Mannequin, Strange Cargo, The Shining Hour...tiens que des Crawford :mrgreen: )
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Geoffrey Firmin
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Geoffrey Firmin »

Julien Léonard wrote:De toute façon, on n'aura pas mieux, il ne faut pas rêver... :|
Je ne parierais pas la dessus, ça voudrait dire à terme que Mortal Storm est condamné à ne plus être vu dans une salle de cinéma. C'est inimaginable...
Nous aurons beaucoup mieux un jour, c'est certain.
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Arion »

Geoffrey Firmin wrote:
Julien Léonard wrote:De toute façon, on n'aura pas mieux, il ne faut pas rêver... :|
Je ne parierais pas la dessus, ça voudrait dire à terme que Mortal Storm est condamné à ne plus être vu dans une salle de cinéma. C'est inimaginable...
Nous aurons beaucoup mieux un jour, c'est certain.
Espérons-le, ce film le mérite tellement !
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by moonfleet »

J'aimerais savoir s'il existe une édition dvd single de Strange Cargo ?? Diffusé au Cinéma de Minuit de P.Brion il y a longtemps ....apparemment il n'est dispo qu'avec le coffret Joan Crawford ou en édition espagnole (avec s-titres escamotables ??)
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by kiemavel »

moonfleet wrote:J'aimerais savoir s'il existe une édition dvd single de Strange Cargo ?? Diffusé au Cinéma de Minuit de P.Brion il y a longtemps ....apparemment il n'est dispo qu'avec le coffret Joan Crawford ou en édition espagnole (avec s-titres escamotables ??)
La seule édition individuelle que je connais, c'est effectivement l'espagnole dans laquelle tu as la vo pure, la ve et la vost espagnole. Sinon, dans le coffret Crawford que tu connais, le film est en vost français.
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by moonfleet »

Ok, merci 8)
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Profondo Rosso
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Profondo Rosso »

Trois camarades (1938)
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Au lendemain de la Première guerre mondiale, la réunion de trois soldats qui décident d'ouvrir une entreprise de réparation automobiles mais, dans cette Allemagne meurtrie par la guerre, le travail manque...

Avec À l'Ouest, rien de nouveau, Erich Maria Remarque avait écrit un des ouvrages les plus marquants sur la Première Guerre Mondiale lui-même adapté au cinéma en 1930 avec le classique réalisé par Lewis Milestone. Le film connaîtrait quelque remous à sa sortie au sein de l'Allemagne nazie et serait interdit une semaine après sa sortie. Remarque serait alors inquiété par le régime et contraint à l'exil en 1932, d'abord pour gagner la Suisse puis quelques années plus tard les Etats-Unis. C'est durant cette période qu'il se pencherait sur Trois Camarades, roman qui se penche en quelque sorte sur l'après à travers le destin de trois amis vétérans de la Grande Guerre durant la montée du nazisme en Allemagne. La MGM achèterait rapidement les droits avant même la sortie du livre en 1937 et en confierait le script à la plume prestigieuse de F. Scott Fitzgerald. Le film se verra pourtant complètement amputé de sa dimension politique. Les Etats-Unis ne souhaitant pas s'attirer les foudres de l'Allemagne nazie, toutes les allusions directes aux oppressions d'alors contenues dans le livre avec une solution radicale : déplacer l'intrigue des années 30 au début des années 20. Fitzgerald se plaindra également des amputations et réécritures de son script (effectuées en partie par celui qui n'était encore alors que producteur, Joseph L. Mankiewicz) dues selon le studio à une écriture et des dialogues trop littéraire.

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En dépit de ces entraves au matériau original, Frank Borzage parvient cependant à signer un magnifique mélodrame. Au lendemain de la Première guerre mondiale, les trois amis et vétérans Erich (Robert Taylor), Otto (Franchot Tone) et Gottfried (Robert Young) retrouvent une Allemagne où ils ont bien du mal à trouver leur place. Ce sera un vide existentiel pour Erich, idéologique pour Gottfried qui s'engage dans des groupes gauchiste tandis que le plus solide Otto s'accrochera au travail et à l'affaire de garage que les trois amis ont montés ensemble. La facette politique reste finalement floue et en arrière-plan, Borzage l'exprimant par les états d'âmes des héros dont les espoirs sont symboliquement lié à l'état du pays. Le retour à la vie civile difficile et le souvenir encore vivace et douloureux de la guerre s'imprègne encore ainsi de la possibilité de possible jours meilleurs à travers la belle histoire entre Erich et Pat (Margaret Sullavan). La nature blessée des deux personnages est exprimée avec finesse par Borzage, notamment Erich évoquant sous forme de boutade les contrées exotiques où il n'est jamais allé (puisqu'il n'a connu que le front au sortir de l'adolescence) ou ses aptitudes et qualités ne reposant que sur des facultés militaires

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. Il se réfugie sous cette ironie tandis que Pat feindra une certaine frivolité pour éviter de souffrir, notamment par ses fréquentations huppées. Pourtant si elle n'a évidemment pas combattue, elle a perdu ses deux parents dans le conflit et les privations lui ont causées une santé fragile. Parallèlement Gottfried verra le quotidien se faire menaçant du fait de ses accointances politiques et devra s'en détacher pour protéger ses amis. Le lien unissant les personnages constituera ainsi pour un temps un refuge pour les héros, Borzage ornant la première partie d'un jour jovial, lumineux et romantique où l'alchimie des acteurs fait merveille. Tout cela s'exprime dans une complicité virile pour les hommes où cet attachement s'exprime avec brio grâce à de superbes dialogues et la romance est tout simplement bouleversante grâce notamment à la performance fragile et à fleur de peau de Margaret Sullavan.

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Sans que rien ne soit explicitement cité, le mécontentement dû aux Accords de Versailles, la pauvreté et la montée des extrêmes qui en découle, tout cela se dévoile par le regard des protagonistes. Si cette amitié et amour sont indéfectible, le rapport à leur environnement est mis à mal pour ces héros pas à leur place et se répercute sur leur état d'esprit. La santé de Pat semble ainsi décliner avec le climat ambiant, la misère et l'apparition de silhouettes menaçantes et vêtues de noir allant de pair. Les plus déterminés (Gottfried) et fragiles (Pat) sont ainsi condamnés à être des figures sacrificielles ne pouvant survivre. La dernière partie offre de poignants adieux entre nos héros mais aussi à cette Allemagne dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Les disparus seront des attaches à une nation qui n'existe plus réellement et qui a basculée, à l'image de la scène finale où ils apparaissent sous forme de fantômes accompagnant les survivants désormais en exil et auxquels s'identifiait Erich Maria Remarque. Margaret Sullavan est réellement la plus émouvante et domine par l'émotion dégagée le casting de haut vol. Une œuvre magnifique qui préfigure le plus ouvertement engagé La Tempête qui tue (1940). 5/6

Et donc pour ceux qui avaient demandé dans le topic dvd copie plus que correcte les captures viennent du dvd Trésor Warner
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Jeremy Fox
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Jeremy Fox »

Content que le DVD soit de qualité. Merci pour ce retour et content que tu aies apprécié :)
bogart
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by bogart »

Merci également pour ce retour.
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Supfiction
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Till We Meet Again / Ce n'est qu'un au revoir (1944, Borzage

Post by Supfiction »

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Till We Meet Again (1944, Borzage)

La grande vadrouille selon Frank Borzage..

Le film commence dans un couvent en France occupée à la fin de la seconde guerre mondiale.
Les premières images sont celles d'un petit havre de paix (des nonnes, des colombes, des jeunes filles vêtues de blanc faisant leur prière dans un jardin en fleurs). Ambiance idyllique soudainement troublée par des coups de feux et une voix allemande criant : "Plus vite! Sales porcs !".

Un rapide plan sur des prisonniers déportés s'évadant sous les balles allemandes et la caméra revient sur sœur Clotilde qui continue comme si rien n'était ("i don't know, i don't want to know!") à s'occuper des jeunes filles dont elle a la charge.
Hurlements d'un côté, prière de l'autre. Borzage, terre de contrastes.

Le monde extérieur n'est alors qu'un ensemble de sons de guerre passant par intermittence par delà les murs du couvent.
Cette fausse tranquillité est troublée par la venue cordiale du Major Krupp venue prévenir la mère supérieure et obtenir sa parole qu'aucun prisonnier ne sera caché, puis par celle de John, un aviateur américain dont on doit organiser la fuite à partir de ce couvent..
A l'instar de Dieu seul le sait de Huston (film que j'adore), le film mettra en scène la fuite d'un soldat aidée par une nonne. Mais chez Borzage, c'est toujours un ton très particulier, au delà de la simple aventure.

L'aviateur américain est incarné par le célèbre acteur anglais Ray Milland (formidable notamment dans Le poison de Billy Wilder).

Le Major Krupp est incarné par l'acteur de théatre russe Konstantin Shayne. Vous le reconnaitrez peut-être si vous avez vu Les cinq secrets du désert de Billy Wilder dans lequel il tint un rôle similaire à celui-ci. Il est ici excellent dans ce rôle de l'allemand courtois mais totalement sûr de la supériorité du peuple allemand ("on en a jamais fini avec les allemands!"), admirant ses adversaires courageux mais méprisant les plus minables, à commencer par le maire collabo qui l'accompagne (Walter Slezak, lui aussi déjà collabo précédemment dans Vivre libre de Renoir). Comme quoi les rôles collent à la peau et on ne se prive jamais de réutiliser de bonnes têtes de l'emploi (c'est pas Richard Sammel abonné aux rôles d'allemand de nos jours qui vous dira le contraire)!
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Quant à la sœur Clotilde, c'est Maureen O'hara qui a été choisi pour l'incarner. La comédienne fit six jours de tournage (qui débuta en octobre 1943) avant d'abandonner car enceinte. Borzage la remplace alors immédiatement par Barbara Britton, une quasi-inconnue (vue dans Les naufrageurs des mers du sud de De mille et déjà aux côtés de Ray Milland, plus tard dans J'ai tué Jesse James de Fuller). Si le spectateur est privé de la grande star Maureen O'hara, ce n'est aucunement préjudiciable au film car Barbara Britton, outre son visage angélique, est parfaite pour ce rôle de nonne ingénue et craintive d'une vingtaine d'années. Ingénue au point de demander naïvement au major (figure d'autorité pour elle) venue faire son enquête au couvent si "par hasard les vies des jeunes filles ne pourraient pas être sauvées si quelqu'un savait où se trouvait l'aviateur ?".
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Visuellement, Till We Meet Again est splendide. L'image est en grande partie l’œuvre de Theodor Sparkuhl, ancien collaborateur de Lubitsch durant sa période allemande. De fait, entre photographie splendide et par son scénario. Les thèmes de Borzage se retrouvent dans chacun de ses films, mais ici particulièrement on retrouve l'esprit de ses chef-d’œuvre du muet. Je pense notamment à Seventh Heaven, à sa dimension spirituelle et à son opposition systématique entre le Paradis et l'Enfer de la guerre (qu'il s'agisse des tranchées dans lequel est Charles Farrell ou de cette France occupée par les allemands). L'adieu aux armes n'est pas loin non plus.


Outre la photo, il y a surtout de très belles scènes entre Barbara Britton et Ray Milland en fuite. Dans l'une d'entre elles, celui-ci parle avec éloquence du mariage et ce qu'il signifie pour lui. C'est peut-être à ce moment précis que sœur Clotilde s'ouvre définitivement à l'amour.
La douceur naturel de Milland sied parfaitement au rôle de ce soldat foncièrement gentil, figure masculine de confiance absolue pour cette femme qui s’était retirée du monde pour se protéger des hommes.

Davantage qu'une histoire d'amour classique, Till We Meet Again raconte l'épanouissement d'une femme qui s'était fermée au monde. Une femme qui apprend à faire confiance à un homme et donne alors tout jusqu'au sacrifice. Je ne saurai dire en revanche si l'amour non consommée des deux protagonistes était la volonté de Borzage ou celle du Breen office. Vraisemblablement l’œuvre de la censure. Cela ne change pas grand chose au film en fait. On est dans du pur Borzage, et si en général l'amour est consommé, c'est l'alliance des êtres qui importe.

Le film fut un échec. La faute notamment à une sortie trop tardive fin 1944. Les alliés avaient déjà débarqué. Et avec la guerre passée, Borzage et ses thèmes les plus chers n'étaient peut-être plus en phase avec les attentes du public.
Le film a trois titres français (!) à ma connaissance : Voyage sans retour, Ce n'est qu'un au revoir et Amour sans lendemain.
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tenia wrote: rien de bien nouveau
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Frances »

Merci pour ta chronique supfiction. Ce ma donne très envie de le découvrir. Tu l'as vu comment ?
"Il faut vouloir saisir plus qu'on ne peut étreindre." Robert Browning.
" - De mon temps, on pouvait cracher où on voulait. On n'avait pas encore inventé les microbes." Goupi
Mains Rouges.

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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Supfiction »

Émouvant de découvrir par surprise Frank Borzage devant la caméra jouant son propre rôle face à Kim Novak dans ce qui fut de fait son dernier film en tant qu'acteur, Jeannie Eagels (1957) de George Sidney. Une scène en forme d'hommage au muet et à l'un de ces plus grands réalisateurs.
Le scenario est d'ailleurs de Sonya Levien qui avait travaillé sur Lucky Star et Liliom. Au casting on trouve également Virgina Grey, qui avait tourné dans Secrets (1933). Son frère Lew est également de la partie.
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Supfiction »

allen john wrote:They had to see Paris (Frank Borzage, 1929)

La famille Peters, des habitants de l'Oklahoma qui viennent de décrocher la timbale avec un puits de pétrole qui donne beaucoup de revenus, partent pour l'Europe: Mrs Peters entend se cultiver, et entrainer son mari dans cette aventure. Leurs grands enfants les suivent, et vont vivre des aventures plus ou moins profitables, l'un avec une jeune modèle, l'autre avec un marquis désargenté à l'affut d'une dot. seule personne à résister à l'attrait de la fausseté, le père s'ennuie ferme loin de ses copains... Et la désapprobation grandissante de son épouse vis-à-vis de ses manières ne lui convient guère.

They had to see Paris est la premier des films parlants de Borzage à avoir survécu, après The river et Lucky star. Tournée juste après ce dernier, cette petite comédie nous permet de retrouver le grand Will Rogers. Rappel: Borzage, en contrat à la Fox, doit aussi faire des films qui ne lui ressemblent pas, et si son nom reste bien visible sur les affiches, c'est Rogers la véritable attraction de cette comédie à propos de nouveaux riches Américains qui quittent leur Oklahoma pour s'installer à Paris.

Comme d'habitude avec les films parlants de 1929, ça se traine un peu, et c'est souvent maladroit. Sauf Will Rogers, bien sur, mais on est quand même loin de Steamboat round the bend. Disons que si le personnage d'Américain moyen sympathique et lent recueille toute la tendresse du metteur en scène, et renvoie à l'Amérique profonde de Lazybones et Lucky star, que si la façon dont Will Rogers est un marginal dans sa propre demeure (Le chateau ridicule acheté sur l'insistance de Mrs Peters), on a l'impression d'être plus chez Will Rogers que chez Borzage... le film reste de toute façon plus intéressant que le suivant, heureusement.
J'avais ce Borzage dans les tuyaux depuis pas mal de temps, enfin vu hier. On ne retrouve pas ici le Borzage de l'Amour absolu mais un cinéma plus proche de Capra et qui fait lourdement l'éloge d'une simplicité américaine par opposition à l'élitisme européen. Will Rogers incarne donc un simple américain qui fait fortune dès le début du film grâce à un champ de pétrole. Là commence les ennuis puisque sa femme déclare que la famille doit partir à Paris pour s'élargir l'esprit et acquérir de bonnes manières plus en rapport avec leur compte en banque.
Du jour au lendemain, le prétendant de leur fille n'est plus assez bien et elle ambitionne pour elle un baron. Mais il faudra pour cela payer une dote, ce qui scandalise le personnage de Will Rogers. Tout est fait pour flatter l'américain moyen ici au cas où celui-ci aurait des complexes. Un Borzage très mineur.
tenia wrote: rien de bien nouveau
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Re: Frank Borzage (1894-1962)

Post by Thaddeus »

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L’heure suprême
C’est une exaltation de la passion éternelle dont la spiritualité et le lyrisme stellaires échappent à toute matérialité, nous volent le cœur et nous essorent les yeux. Borzage recrée un Paris de fantaisie, petit monde peuplé d’égoutiers et de filles des rues où l’on vit dans des mansardes à la fois misérables et idéalisées. Un homme et une femme y refusent sans provocation les convenances sociales, nouent un lien mystique à travers le temps et l’espace, et quand la guerre éclate vont jusqu'à défier la mort elle-même. Elle vainc sa peur en se perdant dans son regard épris, il ose dire "je t’aime" en s’abandonnant dans ses bras, la lumière douce et diffuse les enveloppe, les magnifie, les transfigure : lorsqu’à la fin l’amour élève ces deux êtres purs jusqu’à leur faire toucher les étoiles, on se dit que rarement la notion de romantisme atteignit un tel degré de sublime au cinéma. 6/6

L’ange de la rue
Même couple d’acteurs, même goût des lignes de vie qui se rencontrent, se quittent et se retrouvent, même abandon aux effusions enhardies du mélodrame. Équilibriste hors pair, orfèvre des incidences et de la révélation des personnages à eux-mêmes, Borzage ose faire durer un poignant repas d’adieu jusqu’à son point de rupture, inverser les rôles en cours de récit (l’artiste romantique devient vagabond amer, la fille endurcie par la vie s’abandonne à l’amour, avant que le destin ne scelle leur union définitive), ou nimber son cadre napolitain d’une irréalité vaporeuse frisant l’expressionnisme. Il a surtout un atout dévastateur : Janet Gaynor, sa silhouette fine comme un roseau, son minois chiffonné aux larmes perlantes et au sourire attendri. Elle est à l’image du film : irrésistiblement émouvante. 5/6

L’isolé
Où l’on retrouve la tendresse du réalisateur pour les marginaux rêveurs, sa faculté à ceindre leurs humbles existences de filaments poétiques, à faire des aléas de l’existence les catalyseurs des individus, et du spectacle de la mise en couple, avec ses hésitations troublées, ses élans de courage, ses gestes et ses regards intuitifs, des perles de délicatesse. Entre l’ingénue dramatique, grande tignasse noire et souliers boueux, et le vétéran de guerre handicapé, solide gaillard naïf et souriant, beau comme un pâtre grec, naît une idylle aussi inattendue qu’évidente. Ne reste pour le spectateur qu’à se faire cueillir. Par un lavage de cheveux doux comme une caresse, par quelques sourires ayant valeur d’aveux, ou par un final enneigé qui rappelle que chez Borzage, comme chez Capra, les miracles surviennent. 5/6

La femme au corbeau
À nouveau Borzage raconte la naissance frémissante du sentiment entre un homme et une femme, mais c’est aux sources de la nature, en suivant l’ordre des saisons, qu’il puise cette fois les images de cette pastorale de l’amour triomphant. S’imposent ainsi la sérénité radieuse d’une bicoque en bois, d’une péniche posée sur les flots tour à tour calmes et impétueux de la rivière : lyrique évocation d’un Eden enneigé, véritable jardin de la connaissance où lui qui ne sait rien découvre la beauté du désir tandis qu’elle, désabusée de tout, réapprend celle d’une innocence qui garde leur sensualité de la corruption. Même à moitié disparue, rafistolée à coup de photographies et de cartons descriptifs, l’œuvre touche par son équilibre délicat et l’intensité érotique de situations laissant parler corps et attitudes. 4/6

L’adieu aux armes
Comme plus tard Douglas Sirk, Borzage sait de science profonde que la beauté doit être convulsive, ou n’être point. Sans renier son romantisme, il freine pourtant la déréalisation onirique qui gouvernait ses films précédents et reconstitue l’Italie de la Première guerre mondiale avec une crédibilité due à la conscience des risques d’un nouveau conflit. Le roman d’Hemingway lui fournit un matériau apte à exacerber son goût pour les amours à distance, les liaisons impossibles brisées par l’irruption du chaos et la violence de la guerre. Mais la mise en scène, fertile en trouvailles baroques, peine à déployer le potentiel émotionnel du récit, peut-être parce que les événements suivent une ligne un peu trop rigide, ou parce que l’inégale interprétation n’en restitue pas tout à fait la force et l’unité. 4/6

Ceux de la zone
La crise de 1929 a imprimé sa marque sur le cinéma de Borzage, mais celui-ci n’a rien perdu de son optimisme utopique. En se penchant sur les bas-fonds marginalisés de l’Amérique de la dépression, le cinéaste affirme un volontarisme ingénu qui caractérise son attitude à l’égard des problèmes sociaux, une prédilection pour les êtres humbles auxquels Hollywood réserve d’ordinaire le rôle de comparses, et en qui il perçoit cette noblesse native, cette espérance invincible qui ne sont celles d’aucun milieu, d’aucune classe. Difficile de ne pas laisser son cœur d’artichaut se faire voler par la tendresse proverbiale du cinéaste, par les vertus d’un regard qui transfigure la misère des faibles en beauté lumineuse, par l’abattage bougon de Spencer Tracy et les grands yeux expressifs de Loretta Young. 4/6

Désir
Rien de surprenant, à la vision de cette comédie mondaine et sophistiquée, d’apprendre que Lubitsch en assura la production et la supervision. Mais si les prestiges hollywoodiens de la haute société, des décors et des toilettes de luxe ne forment pas d’emblée la manne première de Borzage, on s’aperçoit finalement que le film, dans son éclat lunaire, n’est pas plus Ernst que Frank. Emballé tambour battant, avec un sens du glamour archétypal que Marlene Dietrich, chapardeuse de première classe, et Gary Cooper, parfait de force tranquille, incarnent alchimiquement, il multiplie les stratégies de séduction, les sous-entendus sexuels, les élans sentimentaux le long d’un pas de deux entre sincérité et dissimulation qui, sans rien inventer dans le genre, en actionne parfaitement les mécanismes. 4/6

Trois camarades
F. Scott Fitzgerald et Joseph L. Mankiewicz ont conflictuellement collaboré à cette œuvre pleinement borzagienne, portée par une très sensible interprétation, où la mort et son idéalisation fournissent l’échappatoire à d’insolubles problèmes sociaux. Car s’il est un document sur la République de Weimar et sa génération perdue, en proie au chômage et la montée du fascisme, le film célèbre surtout la force d’un amour couvé par une amitié inébranlable, dont l’image finale des héros flottants entre le ciel et la terre, le présent et l’éternité, synthétise toute la poésie. L’adieu de Margaret Sullavan sur le balcon neigeux du sanatorium, la chaleur folkloriste de la brasserie, le mariage improvisé participent d’une même flamme poignante et rêveuse, d’un même prosaïsme quotidien habillé d’accents célestes. 5/6

The mortal storm
L’année où Chaplin adresse au monde, par les armes du burlesque et de la satire dévastatrice, un avertissement sur le danger du nazisme, Borzage emploie ses talents d’orfèvre du mélodrame pour exprimer son effroi face à l’avènement du régime. En racontant une dislocation familiale liée à l’effondrement moral d’un pays, au reniement de toutes ses valeurs, il met explicitement en cause l’idéologie et la pratique hitlériennes et leur oppose à la fois l’arbre de vie, éternel symbole d’espérance, et le blanc refuge de la neige et de la mort, expression d’une révolte passionnée mais désespérée. Si elle n’est peut-être pas aussi poignante que les sommets filmographiques de l’auteur, car plus offensive dans son discours, l’œuvre n’en recèle pas moins de ces moments de grâce dont le cinéaste a le secret. 4/6

Le fils du pendu
Danny a vécu toute sa vie dans l’ombre d’un géniteur meurtrier, maudit comme un dangereux paria, un assassin en puissance. Un jour, par accident, il reproduit le crime de son père et commet un geste accélérant le destin qu’il avait toujours pressenti. Avec une grande plénitude formelle (l’introduction, la fête foraine, la chasse dans les bois…), Borzage exprime ici un fatalisme conforme au film noir de l’époque. Pourtant sa douceur proverbiale infiltre chaque recoin d’un récit où générosité, compréhension et mansuétude tiennent une place prépondérante. Le sage et lucide ermite Noir, le shérif bonhomme et bienveillant, l’amoureuse surtout, dont la beauté fragile dissimule une détermination pathétique, témoignent de cette foi humaniste, de cette sensibilité délicate qui sont celles de l’auteur. 5/6


Mon top :

1. L’heure suprême (1927)
2. Trois camarades (1938)
3. L’ange de la rue (1928)
4. L’isolé (1929)
5. Le fils du pendu (1948)

Poète du couple et du sentiment amoureux, grand romantique devant l’éternel, Frank Borzage est un réalisateur qui, pour ce que j’en connais, me touche beaucoup. Son cinéma frémit d’une spiritualité difficile à définir, dont le caractère éternel alimente le lyrisme, l’universalité et la poignante sincérité.
Last edited by Thaddeus on 22 Aug 19, 13:56, edited 3 times in total.