Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Federico
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Re: Le cinéma britannique

Post by Federico »

Le défenseur ingénu (The dock brief, 1962, James Hill)
Connu aussi sous le titre alternatif américain de Trial & error, sous lequel il est bizarrement sorti en DVD en France.
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Seconde adaptation par le réalisateur et documentariste James Hill d'une pièce à succès de John Mortimer, après Lunch hour en 1961.

Après des dizaines d'années à user les bancs des tribunaux sans décrocher la moindre affaire, Wilfred Morgenhall (Peter Sellers), un avocat miteux est enfin promu d'office à la défense d'Herbert Fowle, qui vient d'assassiner son épouse*. Fowle (Richard Attenborough, affublé d'un faux nez en patate) est un petit homme tranquille aussi inoffensif et idiot que son pauvre défenseur qui croit, lui, tenir l'affaire de sa vie. Marié depuis des années à une femme aussi expansive et portée à la plaisanterie façon coussin-péteur qu'il est éteint et imperméable à l'humour (seul l'intéresse le calme de sa volière à perruches), ils ont pris comme colocataire un homme au tempérament aussi rigolard que Mrs Fowle. Et il faut avouer que leur épuisant duo noces et banquets donnerait des envies de meurtre au plus vénérable moine tibétain. L'actrice Beryl Reid (qui ressemble à Line Renaud) et David Lodge (un vieux complice de Sellers) seraient reçus haut-la-main comme hôtes d'honneur des Grosses têtes de Bouvard. Ces deux amateurs de blagues de Toto passent d'ailleurs leur journée à écouter des émissions radio où la moindre phrase leur déclenche un tonnerre de rires agricoles.
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"Une question de Mme Tume-Lamay (dans le Bas-Rhin)..."
Fowle qui s'était pris à rêver que le locataire lui enlève son encombrante épouse, craque lorsqu'il découvre que celle-ci, lassée de ses privautés, l'a congédié pour (sic) respecter la paix du ménage...

Il y a quelques belles idées de ci-de là comme le décor ouvert permettant de passer de la cellule à la salle du tribunal et ce que je nommerai des flashbacks accompagnés, où les deux zigotos viennent réellement observer des séquences de leur passé avec un jeu de surimpression très bien fignolé. Sellers et Attenborough incarnent aussi plusieurs personnages simultanés lors de la simulation de procès.

Quelques (rares) formules font également mouche par leur idiotie, telle que : "On ne peut improviser sans avoir répété". :wink:

Petite curiosité : le gardien de la prison est joué par le gros Patrick "Mère-Grand" Newell, qui n'a qu'une brève réplique.
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Mais le problème majeur est que l'ensemble se traine au rythme d'un basset arthritique. Les acteurs s'expriment aussi lentement et posément qu'ils se déplacent et sans tomber dans l'excès inverse d'un découpage/montage moderne, on pourrait facilement réduire les 1h16 de moitié. Résultat des courses : deux grands comédiens qui ont l'air de s'être divertis dans une satire judiciaire pantouflarde dont les parquets craquent. L'encaustique l'aura finalement emporté sur le caustique. C'est d'autant plus flagrant quand on songe que le film est contemporain du nouveau cinéma britannique qui commençait à tout casser.
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NB : Pierre Rouve, l'auteur de l'adaptation n'a aucun lien de parenté avec Jean-Paul Rouve. Né Peter Christoff Ouvaliev, ce Bulgare d'origine fit toute sa carrière en Grande-Bretagne. On le retrouvera quelques années plus tard... producteur-exécutif sur... Blow up d'Antonioni !

(*) Le terme "dock brief" se réfère à un élément du droit anglais permettant à un prévenu passible de la peine capitale mais aux revenus modestes de se voir octroyer un avocat désigné par les tribunaux et rémunéré par l'Etat.
A noter au passage que nous ne saurons jamais comment Fowle a tué son épouse. Mais, à vrai dire, on s'en contrefout. :roll:
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

La Reine des Cartes de Thorold Dickinson (1949)

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Herman est un roturier, dévoré par l'ambition, dans le Saint-Pétersbourg de 1806. Son modèle: Bonaparte. Tissant sa toile avec un parfait cynisme, il entreprend la conquête d'une jeune femme qui est la pupille d'une mystérieuse comtesse. Richissime et centenaire, celle-ci serait une damnée qui aurait obtenu, en échange de son âme, le secret des trois cartes gagnantes au jeu de faro...

Surtout connu pour être le réalisateur du Gaslight (1940) original que beaucoup préfèrent au remake qu'en tirera George Cukor à Hollywood, Thorold Dickinson signe un vrai classique méconnu de l'épouvante gothique avec ce Queen of Spades. Le film adapte la nouvelle éponyme de Alexandre Pouchkine et voit Dickinson après Gaslight confier un nouveau rôle ténébreux à Anton Wallbrook. On plonge ici dans le Saint-Pétersbourg du début XIXe, dont les nuits sont agitées par les officiers aristocrates occupant leurs temps aux femmes et au jeu entre deux campagnes. C'est dans un de ces bouges que s'ouvre le film entre parties endiablées et gitanes séduisantes où dans l'amusement général un personnage taciturne ronge son frein. C'est Herman (Anton Wallbrook), un soldat roturier rongé par la jalousie et l'ambition. C'est un être aux rêve de grandeur s'identifiant à Napoléon Bonaparte et rêvant de la même ascension.

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Pourtant la frustration et le manque de courage de Herman est palpable, observant l'animation des tables de jeux ans oser s'y mêler, complexé par l'arrogance des officiers nantis dont il ne répond pas aux provocation. Anton Wallbrook est parfait en figure sombre et renfrognée dont ses traits de caractères peu flatteurs vont prendre peu à peu un tour monstrueux que le mystère et le surnaturel vont imprégner le récit. Herman va découvrir dans un vieux livre la légende d'une comtesse ayant jadis vendu son âme pour connaître le secret des trois cartes gagnantes au jeu de faro et ainsi rembourser son époux de l'argent volé par un amant d'un soir. Pensant avoir retrouvé la comtesse en la personne d'une centenaire richissime (Edith Evans) installé là, Herman va tenter à son tour de lui soutirer le secret en séduisant sa nièce recluse Lizavetta (Yvonne Mitchell).

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Thorold Dickinson installe un climat stylisé et étouffant qui ira en s'accentuant. L'extraordinaire séquence de flashback narrant la malédiction est la seule versant ouvertement dans le fantastique, avec ombres menaçantes, contours vaporeux et cadrage expressionnistes qu'entremêlent pour donner une pure ambiance de cauchemar. Dans la réalité, ces manifestations seront plus furtives au détour de visages inquiétants comme ce libraire dont la mine annonce déjà le contenu maléfique des ouvrages, un usurier aux traits grotesques ou un mendiant hideux qui contribue à l'environnement sordide de ce Saint-Pétersbourg. Autrement, tous passe par les desseins malfaisants de Herman dont l'âme noire contamine le film avec un Anton Wallbrook au jeu de plus en plus outré et inquiétant et auquel Dickinson plie littéralement le décor et l'atmosphère.

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Le tournage essentiellement en studio et le budget limité servent totalement le film, pervertissant un décor dont le raffinement et l'onirisme aurait pu évoquer le conte de fée avec des scènes de bal virevoltantes et des intérieurs à la profondeur de champ et éléments de décor créant le malaise permanent. Le triangle amoureux est assez convenu et les protagonistes fade (Yvonne Mitchell et Ronald Howard un peu ternes) tant Dickinson n'a d'yeux que pour les figures les plus outrées à l'image d'une monstrueuse Edith Evans en grabataire sans âge et abusive dont le visage hante même d'outre-tombe.

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Une fois l'ultime transgression commise par Herman le surnaturel peut enfin s'installer même si l'ambiguïté est maintenue avec la folie notre héros. Souffle indicible éteignant les bougies, cadavres aux yeux accusateurs et reflets de miroir menaçant achèvent de nous glacer avant un final fiévreux et psychédéliques où Dickinson dévoile magistralement la nature de la malédiction. Un grand moment de peur absolument virtuose. 5/6
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Rick Blaine
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Re: Le cinéma britannique

Post by Rick Blaine »

Merci pour cette chronique, l'ambiance à l'air chouette. J'avais acheté le DVD il y a quelque temps, je vais le ressortir.
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Oui sacrée ambiance et la copie rend bien justice au travail visuel de Dickinson, en plus il y a quelques bonus intéressant sur le dvd tu verras.
dom1301
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Re: Le cinéma britannique

Post by dom1301 »

Bonjour, je recherche un film que je pense être britannique et des années 50 ou 60 en NB,vu dans les années 80à la tv il s'agit d'un cambriolage de banque qui doit se dérouler pendant un match de football, finale de cup? le plan réussit mais les billets sont voués à être détruits qq jours après le braquage, et le jour du partage tombe un dimanche ou jour férié et tous les magasins sont fermés donc l'argent ne peut être dépensé, je ne connait aucune autre indication acteurs réalisateur, etc...SVP, pourriez vous m'aider
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Rick Blaine
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Re: Le cinéma britannique

Post by Rick Blaine »

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Découverte de l'excellent Perfect Friday, de Peter Hall, film d'arnaque et de casse au ton décontracté. Le film vaut notamment pour son excellent trio d'acteur, Stanlay Baker, Ursulla Andress et David Warner, et le jeu de mensonge qui s'installe entre eux trois.Le suspense est bien mené, l’écriture est fine et se permet quelques charges contre l'establishment anglais, avec cette excellente scène montrant Warner endormi à la chambre des Lord, ou encore la peinture des cadres dirigeants du milieu bancaire qui évoque le ton ironique de certains sketchs des Monty Pythons.
Plusieurs bonnes idées parsèment le film, notamment dans son montage qui fait se croiser les "vérités" de chacun et dans l'utilisation du son avec l'amplification des bruits les plus anodins lorsque le plan s’exécute, mettant en relief la tension du moment.
On rit souvent, on ne s'ennuie jamais, on reste captivé jusqu'aux dernières minutes: un film de casse typiquement anglais tout à fais recommandable.
bogart
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Re: Le cinéma britannique

Post by bogart »

Rick Blaine wrote:
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Découverte de l'excellent Perfect Friday, de Peter Hall, film d'arnaque et de casse au ton décontracté. Le film vaut notamment pour son excellent trio d'acteur, Stanlay Baker, Ursulla Andress et David Warner, et le jeu de mensonge qui s'installe entre eux trois.Le suspense est bien mené, l’écriture est fine et se permet quelques charges contre l'establishment anglais, avec cette excellente scène montrant Warner endormi à la chambre des Lord, ou encore la peinture des cadres dirigeants du milieu bancaire qui évoque le ton ironique de certains sketchs des Monty Pythons.
Plusieurs bonnes idées parsèment le film, notamment dans son montage qui fait se croiser les "vérités" de chacun et dans l'utilisation du son avec l'amplification des bruits les plus anodins lorsque le plan s’exécute, mettant en relief la tension du moment.
On rit souvent, on ne s'ennuie jamais, on reste captivé jusqu'aux dernières minutes: un film de casse typiquement anglais tout à fais recommandable.


Seul souvenir de ce film lors de son passage à la télévision fin 1970, c'est la beauté érotique de l'actrice principale Ursulla Andress, alors sous les feux de l'actualité.
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Rick Blaine
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Re: Le cinéma britannique

Post by Rick Blaine »

bogart wrote:
Seul souvenir de ce film lors de son passage à la télévision fin 1970, c'est la beauté érotique de l'actrice principale Ursulla Andress, alors sous les feux de l'actualité.
C'est effectivement une composante non négligeable du film! :mrgreen:

Mais Perfect Friday à bien d'autres atout, et ne se limite à être un véhicule pour Ursulla Andress, piège dans lequel il aurait pu tomber.
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Her Private Hell de Norman J. Warren (1967)

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Si l'Angleterre et plus particulièrement le Swinging London fut tout au long des 60's le carrefour de la pop culture, il y a un domaine où la censure anglaise veillait néanmoins toujours au grain, le sexe. Au cinéma la libération sexuelle se manifestait donc surtout au spectateur par les sorties de productions étrangères témoignant plus fournies en situations équivoque et nudité diverses. Le premier film anglais à jouer de cette carte de l'exploitation avec argument commercial sexuel sera donc Her Private Hell que l'on doit à la volonté de Robert Schulman, propriétaire de salle ayant sorti en Angleterre des œuvres "arty" comme Cléo de 5 à 7 (1962) ou L'Année dernière à Marienbad (1961). Le film emprunte un postulat commun à de nombreuses œuvres de l'époque célébrant le Swinging London tout en le dénonçant par ce mélange d'esthétique sophistiquée pop et d'atmosphère lugubre. Un an après le Blow Up d'Antonioni (1966), nous replongeons donc ici dans le milieu de la mode londonienne avec l'arrivée de la jeune italienne Marisa (Luciana Modino) émigrée afin de mener une carrière de mannequin. Dès l'arrivée de Marisa au studio où elle est scrutée telle une brebis plongée parmi les loups, on comprend que la frêle italienne ne sera qu'une proie à déchiqueter pour ce milieu. Pour les dirigeants de l'agence (, c'est une marionnette à exploiter à leur guise tandis qu'elle sera un objet sexuel que se dispute les deux photographes rivaux avec le manipulateur Bernie (Terence Skelton) et le jeune et ambitieux Matt (Daniel Ollier).

La scène d'ouverture aura donné le ton avec un long générique s'attardant sur membres nus entrelacés, poitrines dévêtues et fesses rebondies. La grande question sera donc qui couche avec qui avec une naïve Marisa manipulée et passant d'un amant à un autre. Le grand atout est la mise en scène inventive de Norman J. Warren conférant une vraie atmosphère inquiétante à l'hédonisme ambiant notamment l'arrivé de Marisa dans la villa où décors étranges, ombres menaçantes et musique oppressante distille un malaise immédiat et annonce la carrière intéressante à venir du réalisateur dans l'horreur (L'esclave de Satan (1976), Le Zombie venu d'ailleurs (1978), Inseminoid (1981)). Malheureusement il n'a pas grand-chose à défendre ici et malgré l'attrait visuel l'intrigue creuse semble juste être prétexte à des interludes érotiques plutôt osé pour l'époque mais qui ennuie vite. Les personnages sont trop creux pour que le ton glauque voulu fasse son effet malgré la vraie cruauté de l'ensemble et comme attendu l'épilogue tombe avec roublardise sur ces pattes par son message moral après tous les débordements passé. Un ennui poli et un petit cachet historique pour avoir ouvert la boite de Pandore dans le cinéma anglais. 3/6
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Jeremy Fox
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Re: Le cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Justin Kwedi nous parle de 21 jours ensemble de Basil Dean sorti tout récemment en DVD chez Elephant
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Re: Le cinéma britannique

Post by Hitchcock »

Jeremy Fox wrote:Justin Kwedi nous parle de 21 jours ensemble de Basil Dean sorti tout récemment en DVD chez Elephant
Film méconnu qui m'a l'air bien sympathique.
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Commissaire Juve
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Re: Le cinéma britannique

Post by Commissaire Juve »

Ah ben, voilà ! Merci du test. Je pense que je vais faire des économies. Ça m'a tout l'air d'être un recyclage du vieux master laserdisc (que je possède), donc, pas la peine de repasser à la caisse.

Décidément, comme je le dis souvent : cette pauvre Vivien Leigh n'a pas de chance avec le DVD. En dehors de "Autant en emporte le vent" et "Un tramway nommé désir", il n'y a que "Waterloo bridge" qui ait vraiment été sauvé du naufrage (et puis -- j'oubliais -- "Anna Karénine" qui a été restauré par la Fox).

EDIT : ouais, bon... ajoutons "Lady Hamilton" :mrgreen: Mais tous les films moins connus de la seconde moitié des années 30, euh...
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

J'ajouterais Cesar et Cléôpatre aussi très bien réédité par ITV en zone 2 anglais (l'édition française est en dessous mais regardable aussi)
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Sleeping Car To Trieste de John Paddy Carstairs (1948)

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Sleeping Car To Trieste est un excellent thriller d'espionnage sous haute influence Hitchcockienne et dont le cadre ferroviaire évoque d'ailleurs forcément le classique Une femme disparaît (1938) ou son pendant signé Carol Reed Train de nuit pour Munich (1940). Le film est pourtant indirectement précurseur de ces deux œuvres puisque le remake de Rome Express (1932) où jouait notamment Conrad Veidt. On change néanmoins de cadre politique ici pour plonger en pleine Guerre Froide. Les agents soviétiques Zurta (Albert Lieven) et Valya (Jean Kent) dérobent à Paris dans une ambassade un journal contenant des informations confidentielles. Afin de ne pas être pris avec l'objet du délit durant la soirée mondaine ayant lieu à l'ambassade, ils transmettent le journal à Poole, un acolyte posté à l'extérieur qui doit le leur remettre le lendemain. Seulement là surprise, Poole (Alan Wheatley) les trahit et s'enfuit avec le journal et nos agents remontent sa piste de justesse en montant dans l'Orient-Express où il voyage de Paris à Trieste. Une longue traque riche en rebondissement va alors s'engager tout au long du trajet, engageant dans son sillage d'autres voyageurs. Parmi eux on trouve un couple adultère, un inspecteur de police français, un ornithologue farfelu, un militaire américain en permission ou encore un écrivain au caractère irascible joué par Finlay Currie.

La première partie donne donc dans la longue étude de moeurs scrutant les caractères de chacun avant que la trame d'espionnage et la traque du journal vienne bouleverser les destins des voyageurs. Le cadre de la Guerre Froide est vraiment prétexte tant les ressorts de l'intrigue reposent plus sur les situations que le sous-texte politique et le film est d'ailleurs dénué de tout manichéisme. Tous les personnages se montreront tour à tour sympathiques (le couple d'espion impitoyable nouant une attachante relation laissant deviner les motivations plus intime de Jean Kent qui a perdu son père) ou méprisable, tel le mari adultère si préoccupé de sa réputation qu'il abandonnera sa maîtresse dès qu'il rencontre une vieille connaissance pouvant le démasquer. De même on tremblera pour le traitre lorsqu'il finit par recroiser la route de Zurta (Albert Lieven ayant vraiment une mine inquiétante d'assassin sous le sourire enjôleur) et l'écrivain prestigieux s'avérera bien peu fréquentable quand il cherchera à s'approprier à son tour le fameux journal. La topographie du train est excellemment utilisée que ce soit les rencontres anodines dans les couloirs qui auront leur conséquences dramatiques plus tard ou les manœuvres classiques qui revêtent soudain une tension extrême (Zurta et Valya guettant à chaque arrêt sur le quai si leur proie cherche à s'échapper). Les quiproquos, revirement et mensonges divers créent une vraie énergie ludique où les faux-semblants règnent et enferment les protagonistes dans des situations inextricables qui relancent constamment le suspense. Le contenu du journal tant désiré a finalement moins d'importance que l'agitation de ceux qui se démènent autour pour mettre la main dessus.

Ce jeu de piste s'interrompt dans la dernière partie où un meurtre fait basculer le ton du côté d'Agatha Christie. Mais là aussi l'identité du meurtrier (pas du tout dissimulée) importe peu, c'est la réaction des personnages leurs semis vérités et dénégations qui guide l'intrigue. Le pur suspenses 'estompe mais la fine psychologie du script et les comédiens inspirés rendent le tout palpitant, John Paddy Carstairs (surtout connu pour ses nombreuses adaptations des aventures du Saint et adoubé par Leslie Charteris) n'est certes pas Hitchcock mais confère toute la tension et la nervosité nécessaire à l'ensemble (une bagarre brutale dans un wagon annonçant celle fameuse de Bon Baiser de Russie (1963) entre James Bond et Red Grant) et le final s'inspirant largement de celui de L'Ombre d'un doute (1943). Une belle réussite haletante de bout en bout et néanmoins baigné d'humour anglais savoureux avec son lot de seconds rôles farfelus (le pot de colle joué par David Tomlinson, le fils à papa anglais donnant des conseils de cuisine à un chef français exaspéré, les jeunes française jouant de leur charme pour échapper à la taxe douanière) pour un excellent divertissement. 5/6
Music Man
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Re: Le cinéma britannique

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MIRANDA de Ken ANNAKIN - 1948
avec Glynis JOHNS, Googie WITHERS, Griffith JOHNS et Margaret RUTHERFORD

Un physicien en vacances recueille une sirène qui rêve de visiter Londres. Afin qu'elle passe incognito, il la fait passer pour infirme, la promène en fauteuil roulant et dissimule sa queue sous une longue robe. Très vite la créature chimérique sème la zizanie dans le foyer en draguant ouvertement tous les hommes qu'elle croise.

Miranda est une adorable comédie fantastique, délicieusement drôle. Avec beaucoup de doigté, Ken Annakin nous présente cette amusante et parfois hilarante histoire de sirène nymphomane, qui passe sa nuit dans l'eau froide d'une baignoire. Plein de de sous-entendus, cette histoire à l'humour très british n'aurait certainement jamais pu voir le jour dans les studios hollywoodiens corsetés par la morale de l'époque! Parmi les scènes les plus drôles , figure celle où la sirène se rend au zoo en fauteuil roulant pour assister au repas des otaries..Elle est alors prise d'une fringale (voir sur youtube vers la 44ème minute!). L'image finale est délectable. Glynis Johns campe avec charme et impudence la coquine sirène et Margaret Rutherford est une irrésistible infirmière déjantée. Un très bon moment! Le générique est chanté par Jean Sablon.