Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Chrislynch
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Chrislynch »

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Driver, sans nom, mystérieux. De son intériorité on ne connaîtra rien d’autre que les actes qu’il va commettre. Par contre, d’entrée, on souligne ses aspects extérieurs, sans faille. En fait, ce n’est pas vraiment un homme : bien plus beau que la moyenne, dans la maîtrise absolue de ses nerfs, conducteur hors pair. Il semble appartenir à ces héros hollywoodiens sans ombre, venus pour terrasser le mal. Tout irait pour le mieux du monde sauf qu’ici sont suggérés quelques indices énigmatiques : le symbole du scorpion sur le blouson et puis son mutisme. Un mutisme, comme un retrait du monde, comme une attitude en distance, en observation, en analyse, cherchant la maîtrise des éléments que le personnage possède en façade. Et puis ce scorpion au symbole hautement puissant de violence rentrée. Comme si toute cette maîtrise apparente possédait déjà les signes de son propre anéantissement.

A l’image de son personnage à distance, Refn lui aussi en mode distanciation et la volonté de se confronter aux pulsions de violence et à leurs représentations filmiques. Afin d’éviter les pièges du voyeurisme de la violence, on utilise le personnage comme un archétype, d’où le fait qu’il ne possède pas de nom et qu’il soit silencieux. Ici, l’archétype du héros. On rajoute un symbole à l’archétype, un scorpion, qui annonce un chevalier blanc pas si blanc que ça. Peut-être un chevalier de lumière et d’ombre, humanisant ainsi l’archétype. Toujours pour éviter le voyeurisme de la violence, la stylisation puissante de la mise en scène, qui emprunte les caractéristiques du maniérisme, celui-là même utilisé par tous les cinéastes expressionnistes et post expressionnistes afin de sortir des processus d’identification à la réalité et d’assumer leur subjectivité de représentation. Le travail sur les éclairages confinent au songes et donc à l’expression des matières inconscientes et rêvées. Toujours pour éviter le voyeurisme de la violence, on utilise le procédé de la fable, celle qui se met à distance de la « réalité ». Ici la fable de la grenouille et du scorpion, suggérée dans une conversation téléphonique, indiquant par là toute la complexité de la nature humaine. Toujours pour éviter le voyeurisme de la violence, Refn reprend l’idée Hichtcockienne de filmer les scènes de meurtres comme des scènes d’amour, et les scènes d’amour comme des scènes de meurtres.

Rarement un cinéaste n’aura filmé les pulsions de destruction et d’amour avec autant de délicatesse, d’intelligence et d’authenticité. Chez Refn, l’amour est platonique et authentique. Chez Refn, l’archétype du héros s’humanise. Chez Refn, la violence pulsionnelle est à la fois réelle et analysée. Chez Refn, la violence psychologique est d’une crédibilité incroyable.

Oui, sans aucun doute, Drive est un film d’une immense richesse, sur le fond et sur la forme, les deux intimement liés, comme il se doit dans la représentation expressionniste.
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Harkento
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Harkento »

Mais alors complètement d'accord avec ta critique Chrislynch, car on insistera jamais assez sur la dimension mythologique et symbolique du cinéma de Refn, surtout sur ces trois derniers films en fait !
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Major Tom
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Major Tom »

Pour avoir revu des séquences le Hill, je trouve que Drive tient décidément beaucoup plus de The Driver, qui était déjà un hommage (plus appuyé encore) au Samouraï de Melville, que de ce dernier. Un autre Ryan, O'Neal cette fois, y tenait le rôle principal en reprenant le côté mutique et impassible de Delon, comme plus tard Gosling. En dehors de l'idée de base (un chauffeur qui aide des malfrats au moment de la fuite), de la construction narrative (une cascade en ouverture -ci-dessous-, une rencontre avec une jeune femme ici interprété par la magnifique Adjani, puis une autre cascade en bagnole au milieu du film), je m'aperçois qu'on peut même faire un rapprochement au niveau des poursuites elles-mêmes, en dépit qu'elles soient bien plus longues et contiennent davantage de rebondissements un peu "clichées" (les voitures de flics qui se retournent, finissent dans des sacs de sable, etc.).



Drive, je l'avais beaucoup aimé la première fois (je l'avais découvert en même temps que le film de Walter Hill d'ailleurs), sauf la musique bien sûr, mais je l'ai revu pas plus tard que le mois dernier en DVD et je l'ai trouvé très ennuyeux. Je n'ai absolument rien contre les maniéristes, au contraire, ni les histoires simples non plus, mais la sauce ne prenait plus. Il faut vraiment croire que ce genre de films doit se découvrir ou se revoir dans une salle de cinéma...
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Thaddeus
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Thaddeus »

Harkento wrote:Car pour ma part, j'ai très peu d'empathie pour les personnages principales et c'est plus le sujet d'un film et sa moralité, son propos qui va me toucher ; j'adopte inconsciemment le point de vue du conteur, donc celui du metteur en scène.
Vraiment ? L'empathie et l'engagement émotionnel que l'on peut investir dans un personnage et ce qu'il traverse demeurent sans doute pour moi, d'une manière générale, la source de la plus grande émotion.
Mais alors pour toi, est ce l'histoire ou le scénario qui ne te convainc guère dans Drive, car l'histoire est pour moi très belle, très pure ET viscérale (car je ressent des émotions très fortes et tétanisantes), et le scénario très simple et c'est pas grave du tout.
Je trouve que les personnages de Drive n'existent pas au-delà de leurs simples fonctions - là-dessus je ne partage pas l'avis de Chrislynch. Ils ne sont que des figures théoriques sans chair ni profondeur, des stéréotypes utilisés comme tels : le chevalier blanc, la femme esseulée, le méchant gangster, utilisés comme tels par un cinéaste qui ne leur injecte jamais, à mes yeux, d'épaisseur affective. Et ce n'est pas l'interprétation hyper-blanche de Gosling qui arrange les choses.
Et pour conclure et sans réduire la cinéphilie de chacun à ça, j'ai l'impression qu'il y a soit des 'pro-esthète' (coucouc c'est moi) ou soit des 'pro-dramaturgie', voire des 'pro-genre' .... mais c'est un autre débat !
C'est possible, mais les choses sont évidemment bien plus complexes que cela. D'ailleurs je ne me sens ni un "pro-esthète" ni un "pro-dramaturgie". Ces deux aspects du cinéma m'intéressent et peuvent me procurer beaucoup de plaisir et d'émotion, mais l'alchimie qui provoque mon adhésion est plus difficile à identifier (et heureusement).
Chrislynch
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Chrislynch »

Thaddeus wrote: Je trouve que les personnages de Drive n'existent pas au-delà de leurs simples fonctions - là-dessus je ne partage pas l'avis de Chrislynch. Ils ne sont que des figures théoriques sans chair ni profondeur, des stéréotypes utilisés comme tels : le chevalier blanc
Maintenir l'archétype du chevalier blanc alors que Refn met tout un film à le briser, soulignant toute l'ombre du personnage derrière la blancheur apparente (sa violence pulsionnelle), c'est juste outrepasser la dénotation que l'on peut faire du film. Et bien sûr par là, passer à côté de l'humanité des personnages. Et aussi nous parler de la coquille vide. Et bien sûr lorsqu'on outrepasse l'exercice de dénotation sur un film, la communication devient très difficile.
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Thaddeus
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Thaddeus »

On va dire que je n'ai rien compris au film, alors.
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AtCloseRange
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by AtCloseRange »

Faut dire que la scène de l'ascenseur, c'est une super scène d'amour...
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Thaddeus
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Thaddeus »

Je ne sais pas si c'est de l'ironie ou pas (je pense que oui), mais justement cette scène de l'ascenseur, si portée aux nues, formalise tout à fait l'un des problèmes du film à mes yeux : sa logique binaire pas très finaude. Associer dans un même instant la brutalité la plus sanglante et la douceur d'un baiser n'est pas ce que j'appelle donner une incarnation à l'humanité des personnages. Ça tient plus de la grosse intention surlignée et ça a plutôt tendance à maintenir ce qui est filmé sous le joug d'une mise en scène toute fière de sa petite trouvaille.
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Strum »

Chrislynch wrote:Maintenir l'archétype du chevalier blanc alors que Refn met tout un film à le briser, soulignant toute l'ombre du personnage derrière la blancheur apparente (sa violence pulsionnelle), c'est juste outrepasser la dénotation que l'on peut faire du film. Et bien sûr par là, passer à côté de l'humanité des personnages. Et aussi nous parler de la coquille vide. Et bien sûr lorsqu'on outrepasse l'exercice de dénotation sur un film, la communication devient très difficile.
J'espère ne pas "outrepasser" mon droit à commenter le film ( :wink: ) si je "dénote" malgré tout que :

- Si Refn introduit l'idée d'un chevalier/héros adolescent (la "pureté" de sa relation avec sa voisine est une vision adolescente de l'amour) lui-même terrorisé par ses propres pulsions de violences et par le réel, et s'il le fait notamment en utilisant le symbole du scorpion qu'il arbore sur son blouson (ce dernier se macule de camboui et de sang à mesure que progresse l'intrigue du film : l'image pure du chevalier/héros adolescent ne peut que se salir au fur et à mesure qu'elle est confrontée à la réalité), cela ne suffit pas à construire un personnage humain ancré dans la réalité. On reste dans le domaine du fantasme et dans l'imagerie mythologique (le scorpion est lui-même un animal de mythologie : in cauda venenum - dans la queue, le venin) ou romantique (cf le départ final vers un horizon inconnu).

- Cette fascination/répulsion pour la violence que partagent Refn et son héros est un trait plus malsain qu'"humain" (fort heureusement).

Atcloserange était ironique pour la scène de l'ascenseur et elle résume effectivement bien le film.
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Gounou »

Thaddeus wrote:Je ne sais pas si c'est de l'ironie ou pas (je pense que oui)
AtCloseRange, employer le mot "super" au premier degré ? Hmhmm.... :mrgreen:
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AtCloseRange
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by AtCloseRange »

En plus, je n'emploie jamais l'ironie le vendredi...
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Chrislynch
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Chrislynch »

Strum wrote:
Chrislynch wrote:Maintenir l'archétype du chevalier blanc alors que Refn met tout un film à le briser, soulignant toute l'ombre du personnage derrière la blancheur apparente (sa violence pulsionnelle), c'est juste outrepasser la dénotation que l'on peut faire du film. Et bien sûr par là, passer à côté de l'humanité des personnages. Et aussi nous parler de la coquille vide. Et bien sûr lorsqu'on outrepasse l'exercice de dénotation sur un film, la communication devient très difficile.
J'espère ne pas "outrepasser" mon droit à commenter le film ( :wink: ) si je "dénote" malgré tout que :

- Si Refn introduit l'idée d'un héros adolescent (la "pureté" de sa relation avec sa voisine est une vision adolescente de l'amour) lui-même terrorisé par ses propres pulsions de violences et par le réel, et s'il le fait notamment en utilisant le symbole du scorpion qu'il arbore sur son blouson (ce dernier se macule de camboui et de sang à mesure que progresse l'intrigue du film : l'image pure du chevalier/héros adolescent ne peut que se salir au fur et à mesure qu'elle est confrontée à la réalité), cela ne suffit pas à construire un personnage humain ancré dans la réalité. On reste dans le domaine du fantasme et dans l'imagerie mythologique (le scorpion est lui-même un animal de mythologie : in cauda venenum ("dans la queue le venin")) ou romantique (le départ vers un horizon inconnu).

- Fort heureusement, cette fascination/répulsion pour la violence que partagent Refn et son héros est un trait plus malsain qu'"humain" (du moins dans le sens qu'on donne généralement à humain).

Atcloserange était ironique pour la scène de l'ascenseur et elle résume effectivement bien le film.
Dans l'exemple que je viens de donner à Thaddeus, je n'ai pas parlé de scorpion mais bien de sa violence pulsionnelle, celle qui le détruit de l'intérieur. Il y a là, au-delà de la symbolique également proposée par la narration, une réalité d'ombre. Et s'il y a ombre, à l'intérieur de la psychologie du personnage, il n'y a pas de chevalier blanc. Et s'il y a un homme complexe qui se cache derrière le chevalier blanc, révélé par la narration, il n'y a pas d'archétype.

Et puis Strum, même si on arrive pas à s'entendre, ton interprétation m'indique qu'on est au-delà d'une coquille vide.
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Strum »

Chrislynch wrote:Dans l'exemple que je viens de donner à Thaddeus, je n'ai pas parlé de scorpion mais bien de sa violence pulsionnelle, celle qui le détruit de l'intérieur. Il y a là, au-delà de la symbolique également proposée par la narration, une réalité d'ombre. Et s'il y a ombre, à l'intérieur de la psychologie du personnage, il n'y a pas de chevalier blanc. Et s'il y a un homme complexe qui se cache derrière le chevalier blanc, révélé par la narration, il n'y a pas d'archétype.
Mais si, il y a forcément un genre d'archétype. Si l'intention de Refn est de montrer un archétype de chevalier pur dépassé par la violence pulsionnelle qui le ronge de l'intérieur, il est bien obligé d'abord de créer cet archétype modernisé de chevalier (c'est la première partie du film qui relève du rêve et du fantasme), pour ensuite montrer ce même "chevalier" terrorisé par ses propres accès de violence. Mais si ses méthodes sont expéditives, elles sont aussi efficaces. Il n'est pas "sans peur et sans reproche" certes, mais il fait ce que l'inconscient collectif attend d'un chevalier tel que le décrivait la littérature courtoise : Il tue les méchants, il reste "pur" par rapport à la femme aimée, et part ensuite pour de nouveaux horizons. Si tu trouves qu'il y a une contradiction entre le "blanc" et "l'ombre", et que tu n'aimes pas le "gris" :mrgreen: , on peut dire "chevalier" tout court ou, et je préfère d'ailleurs ce terme, "héros adolescent" (si la scène de l'ascenseur est si ridicule et contestable pour moi, c'est parce qu'elle traite sur le même plan l'amour et la violence, comme deux "émotions" adolescentes équivalentes - le personnage n'a pas de distance par rapport à ses émotions), cela fonctionne tout aussi bien.
Billy Budd
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Billy Budd »

Si je puis me permettre au sujet de la scène de l'ascenseur : à mon avis, à ce moment là, Gosling ne se tourne vers Mulligan que pour pour mimer un acte d'amour et tromper l'homme est qui est là pour le tuer. Je dirais que deux points de vue coexistent à ce moment, l'amour fleur bleue de Mulligan et la violence de Gosling, la première sortant d'ailleurs finalement écœurée et effrayée.
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Chrislynch
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Re: Drive (Nicolas Winding Refn - 2011)

Post by Chrislynch »

Strum wrote:
Chrislynch wrote:Dans l'exemple que je viens de donner à Thaddeus, je n'ai pas parlé de scorpion mais bien de sa violence pulsionnelle, celle qui le détruit de l'intérieur. Il y a là, au-delà de la symbolique également proposée par la narration, une réalité d'ombre. Et s'il y a ombre, à l'intérieur de la psychologie du personnage, il n'y a pas de chevalier blanc. Et s'il y a un homme complexe qui se cache derrière le chevalier blanc, révélé par la narration, il n'y a pas d'archétype.
Mais si, il y a forcément un genre d'archétype. Si l'intention de Refn est de montrer un archétype de chevalier pur dépassé par la violence pulsionnelle qui le ronge de l'intérieur, il est bien obligé d'abord de créer cet archétype modernisé de chevalier (c'est la première partie du film qui relève du rêve et du fantasme), pour ensuite montrer ce même "chevalier" terrorisé par ses propres accès de violence. Mais si ses méthodes sont expéditives, elles sont aussi efficaces. Il n'est pas "sans peur et sans reproche" certes, mais il fait ce que l'inconscient collectif attend d'un chevalier tel que le décrivait la littérature courtoise : Il tue les méchants, il reste "pur" par rapport à la femme aimée, et part ensuite pour de nouveaux horizons. Si tu trouves qu'il y a une contradiction entre le "blanc" et "l'ombre", et que tu n'aimes pas le "gris" :mrgreen: , on peut dire "chevalier" tout court ou, et je préfère d'ailleurs ce terme, "héros adolescent" (si la scène de l'ascenseur est si ridicule et contestable pour moi, c'est parce qu'elle traite sur le même plan l'amour et la violence, comme deux "émotions" adolescentes équivalentes - le personnage n'a pas de distance par rapport à ses émotions), cela fonctionne tout aussi bien.
Refn s'inscrit dans un cadre narratif très précis, celui de l'expressionnisme. Dans ce cadre, il n'y a pas de réalité objective. Dans ce cadre, le cinéaste assume une subjectivité de regard pour arriver à projeter une réalité intérieure. Et cette réalité est une réalité psychologique. Non pas une réalité symbolique mais une réalité psychologique. Et dans cette réalité, une pulsion est une pulsion. Qu'importe sa nature, positive ou négative, elle reste une pulsion qui s'impose au psychique. Ainsi nous obtenons en effet l'amour et la violence sur un même plan. C'est de ses pulsions dont nous parle Refn. De Quelque chose qui le dépasse, qui s'impose à lui et qu'il n'arrive pas à maîtriser. C'est cette réalité psychologique qui est projetée dans le personnage de Drive. Et cette réalité psychologique n'est pas un symbole ni un archétype mais tout ce qu'il y a de plus réel, tout ce qu'il y a de plus humain, avec ses pulsions d'ombre et de lumière, projetés par exemple dans la violence et l'amour.