John Huston (1906-1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
TheDeerHunter wrote:Et puis, en tant que fan de westerns, difficile de trouver son compte dans sa filmographie. Le meilleur étant Le Vent de la Plaine, pourtant un western très mineur.
Si on considère, ce qui me parait fort légitime, Red Badge of Courage comme un western, il en a tout de même réussi un grand.
Oui
TheDeerHunter
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by TheDeerHunter »

Oui, quel oubli de ma part! D'autant qu'il est bien meilleur que le Vent de la Plaine :fiou:
Profondo Rosso
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Profondo Rosso »

La Charge Victorieuse (1951)


1862. La guerre de Sécession fait rage. Jeune fantassin nordiste plein d'appréhension et torturé par la peur, Henry Fleming marche pour la première fois au combat. La panique le gagne et, au cours de l'engagement, il s'enfuit et se cache dans les bois.

John Huston réalise un de ses chef d'œuvres avec ce magnifique ode au soldat qu'est The Red Badge of Courage. Il adaptait ici le livre éponyme de Stephen Crane paru en 1895. Stephen Crane écrivit son roman plus de vingt ans après la Guerre de Sécession qui en constitue le cadre et à laquelle il ne put participer du fait de son jeune âge. Le livre constitue pourtant une des descriptions les plus saisissantes du conflit par la richesse des thèmes explorés et de l'emphase et la richesse littéraire que pu y apporter l'auteur. Surtout, Stephen Crane su retranscrire sa propre méconnaissance de la guerre à son héros Henry Fleming, jeune soldat apeuré jeté dans le tumulte de sa première bataille.

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Le film se montre déférent en tout point à son modèle littéraire notamment une ouverture présentant le livre et surtout une narration en voix-off de James Whitmore en citant de larges passages lors de certaines séquences. Loin de surligner ce qui se déroule à l'écran le procédé amène une emphase, un lyrisme et une poésie qui donne au récit des allures de chanson de geste majestueux. John Huston délivre un récit à hauteur d'homme et de soldat où il n'aura de cesse de retranscrire les sentiments profond de son héros propulsé au sein du front. Le point de vue navigue constamment entre le collectif, l'emphase épique voulu et l'intime. Ainsi le camp militaire où végète notre garnison se révèle d'abord à travers les exercices ennuyeux des soldats, Huston isolant progressivement silhouette, uniforme et visages pour amener la nouvelle du départ prochain pour enfin mener bataille.

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A partir de cette révélation se distingue alors enfin le héros Henry Fleming (Audie Murphy) qui à l'opposé des fanfaronnades et de la joie de ses camarades est déjà lui rongé par la peur. Audie Murphy trouve là son meilleur rôle et de loin. Vrai héros de la Seconde Guerre Mondiale bardé de décoration (Bill Mauldin, Andy Devine, Arthur Hunnicutt et Royal Dano ont également combattu dans le reste du casting), l'acteur est particulièrement habité pour retranscrire l'angoisse de Fleming, ses traits poupins accentuant sa fragilité, tout comme l'attitude un peu gauche lorsqu'il essaie sans succès de se donner fier allure face à ses camarades (le passage où il écrit à son père les larmes aux yeux est particulièrement émouvant).

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Le champ de bataille est un monde étrange, dangereux et inconnu que Huston va filmer comme tel. Usant de choix visuels (angles de caméra déroutant, séquences oniriques, photo diaphane vaporeuse de Harold Rosson...) surprenants Huston transforme ce combat en véritable expérience visuelle hallucinée. L'ennemi sudiste ne dépasse pas le statut de silhouette indistincte et menaçante, ce n'est pas lui l'ennemi à vaincre mais plutôt la terreur tapie dans les entrailles du soldat. la mise en scène alterne ainsi les grands plans d'ensemble où les belligérants sont perdus dans l'immensité de la brume du décor dans un chaos de coup de feu et d'explosion avec des gros plans de visages en sueurs armant la main tremblantes leur fusil tandis qu'un perlée de sueur coule sur leur tempes. Pour galvaniser son héros et faire de ses frayeurs une force, il faudra le confronter à la perte de ses compagnons. Huston illustre ainsi de saisissantes scènes de mort tel ce moment où John Diekes use de ses dernières forces pour gravir une colline, admirer le paysage puis s'écrouler dans un spasme. La complicité entre Audie Murphy et Bill Mauldin tout aussi tendre pour l'expérience de la guerre est poignante dans la manière de sceller leur amitié notamment la scène où Maulding se croyant perdu confie sa montre à son ami ou encore le double aveu final sur la lâcheté de chacun.

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Ayant vu ses amis tomber aussi courageusement qu'injustement, Henry Fleming va alors enfin affronter la réalité qui l'entoure et agir héroïquement. Le cadre perd alors de son mystère cauchemardesque, et au lieu de se perdre dans son immensité notre héros s'y impose fièrement grâce à un Huston le filmant enfin avantageusement comme le héros en devenir qu'il est. On aura un premier aperçu lorsqu'il sortira des tranchées pour poursuivre l'adversaire (sa silhouette sombre s'imposant dans la blancheur du décor) et surtout cette course finale où il cavale drapeau de l'Union à la main, indifférent à l'apocalypse qui se déchaîne autour de lui. On évite l'attitude va t en guerre trop simpliste en rappelant le pathétique et l'absurdité de ce qui se joue ici à travers quelques vignettes puissantes comme le porteur de drapeau adverses qui s'écroule mort tandis que le symbole sudiste flotte au-dessus de son corps. Il ne s'agit pas ici de célébrer le combat mais surtout ceux qui ont le courage d'affronter cette absurdité. John Huston y sera parvenu avec une inspiration rare, grand film. 6/6

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Rick Blaine
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Rick Blaine »

:D
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Jeremy Fox
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Jeremy Fox »

Oui grand Huston et grand Audie Murphy.
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Père Jules
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Père Jules »

Et un adepte de plus ! Un ! :D
Profondo Rosso
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Profondo Rosso »

Et merci des chaudes recommandations sur les pages précédentes ça m'a bien motivé en bonne place pour le film du mois là ! :D
someone1600
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by someone1600 »

ça donne vraiment envie tous ces avis positifs sur ce huston.
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monk
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by monk »

La nuit de l'iguane

Il y a des films pratiques qui permettent de cumuler dans des cycles que l'on s'impose (avec plaisir): ici notre petit cycle "Tennessee Williams au cinéma" et pour moi, sur le plus long terme, la découverte de John Huston. Dans les deux cas, c'est le film qui m'aura donné le plus de fil à retordre. En effet j'y ai trouvé une forte dicotomie entre la forme, immédiate et éblouissante, et le fond, beaucoup plus obscure. J'ai effectivement beaucoup de mal à savoir et comprendre où Williams - et d'une certaine manière Huston - voulait en venir. Je pense qu'on peut parler assez objectivement d'une histoire difficile, traitée avec âpreté, sur les zones d'ombres de l'humanité et l'emprise qu'elles peuvent avoir sur nous. Je pense aussi qu'il y a des nombreuses clefs dans la scène finale entre Burton et Kerr, quand celui-ci est attaché dans le hamac. J'ai vu leurs lèvres bouger, j'ai entendu les mots qui sortiant de leurs bouches, mais je n'en ai pas compris le sens. C'est assez embarrassant d'avouer ça, mais l'annonymat d'internet me permet aussi d'assumer mon coté "pas très malin". Je suis donc resté très extérieur à tout ça, sans avoir les armes pour m'impliquer et embrasser pleinement les enjeux et la finalité du discours.
A coté de ça, il y a la forme, éblousissante, qui colle aux rétine. Huston ne déçoit pas dans sa mise en scène (cadre, rythme, utilisation des décors), appuyé par une flamboyante (je pèse mon mot) photo noir et blanc. Et puis bien sur, il y a les acteurs, impressionnants...Burton déchiré, au bord de la rupture; Lyon en nymphomane sur-sexuée; Gardner magnifique, passionnée, libre et elle aussi ultra sexy; Kerr royale (sans jeu de mot) et ausi Grayson Hall, hystérique. Tous habitent leur rôle sans pudeur ni retenue. La tension - sexuelle, ou pas d'ailleurs - est palpable, elle suinte de l'écran comme rarement. On touche ici je pense, à une certaine forme de perfection dans le jeu.
J'ai aussi beaucoup aimé certains décalages, comme les mémés et les boys irréels de Maxine.
Tout ça forme un tout assez difficile à appréhender, incomfortable, mais qui laisse un petit gout de "reviens-y". Je le garde pour la forme, en espérant avoir un jour le pouvoir d'en apprécier le fond.
Last edited by monk on 16 Nov 12, 15:29, edited 1 time in total.
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Jeremy Fox
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Jeremy Fox »

monk wrote:La nuit de l'iguane

Tout ça forme un tout assez difficile à appréhender, incomfortable, mais qui laisse un petit gout de "reviens-y". Je le garde pour la forme, en espérant avoir un jour le pouvoir d'en apprécier le fond.
Voilà car si tu suis le même parcours que le mien, la première vision m'avait décontenancée, un poil déçu, la seconde fut un choc et il est depuis devenu mon Huston préféré :wink:
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monk
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by monk »

C'est toujours rassurant :mrgreen:
daniel gregg
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by daniel gregg »

A ce propos, le 4 Octobre est diffusé sur Classic, The list of Adrian messenger.
J'espère qu'il ne s'agit pas de la copie Bach films !

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Jeremy Fox
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by Jeremy Fox »

daniel gregg wrote:A ce propos, le 4 Octobre est diffusé sur Classic, The list of Adrian messenger.
J'espère qu'il ne s'agit pas de la copie Bach films !

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S'il y a un Huston qui m'a ennuyé à mourir, c'est bien celui-ci. Il faudra que je lui redonne une chance un de ces jours.
daniel gregg
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by daniel gregg »

Je ne connais pas du tout. :oops:
Néanmoins le casting est impressionnant ! :o
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AtCloseRange
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Re: John Huston (1906-1987)

Post by AtCloseRange »

daniel gregg wrote:Je ne connais pas du tout. :oops:
Néanmoins le casting est impressionnant ! :o
C'est surtout un film ludique. Je crois me rappeler que Huston disait dans son autobiographie l'avoir réalisé pour faire de la chasse à courre en Irlande. Enfin, ça n'est sans doute pas le seul film qu'il ait fait pour des raisons extra-cinématographiques.
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