Notez les films naphta : Juin 2012

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Profondo Rosso
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Notez les films naphta : Juin 2012

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Mayerling de Terence Young (1968)

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1888. L'archiduc Rodolphe, prince héritier austro-hongrois, est entré en conflit, pour des raisons à la fois personnelles et politiques avec son père François-Joseph. Son mariage avec la princesse Stéphanie de Belgique ne le satisfait pas davantage que l'évolution du régime politique. Au hasard d'une promenade, il rencontre une jeune inconnue, Maria Vetsera, avec qui il entretient bientôt une liaison secrète ce que son père l'empereur et sa femme l'impératrice Elizabeth désapprouvent.

Mayerling est la seconde adaptation du roman éponyme de Claude Anet après celle d'Anatole Litvak en 1936 avec Charles Boyer et Danielle Darrieux. Les amours du prince Rodolphe et de Maria Vetsera par son issue tragique nourriront nombre de mystère et une aura romanesque que saura exploiter le livre et donc forcément les films se prêtant idéalement au mélo flamboyant. C'est bien sûr le cas dans cette version signée Terence Young, prestigieuse coproduction franco-britannique aux moyen conséquents et au casting imposant : Omar Sharif, Catherine Deneuve, James Mason en Archiduc et la grande Ava Gardner jouant une vieillissante Sissi.

Le film se fait donc le portrait de la nature sombre et dépressive de Rodolphe (Omar Sharif), la manière dont l'amour de Maria Vetsera l'en fera émerger avant d'être brisé par les conventions dues aux enjeux de pouvoir de la noblesse et du paraitre. La longue première partie nous montre donc un prince héritier dont le vrai sens de la vie est suspendu à l'attente du pouvoir encore solidement tenu par son père l'empereur François-Joseph (James Mason parfait d'autorité et de hauteur) qui l'éloigne de toute décision. Pour satisfaire cette frustration, Rodolphe se réfugie dans la défiance et l'excès que ce soit par son train de vie dissolu ou ses accointances avec des ennemis du régime comme ces comploteurs souhaitant rendre la Hongrie autonome face à l'Empire. Rien n'importe réellement pour Rodolphe blasé de tout si ce n'est tromper son ennui et le film montre bien que orgie comme réunion secrète ne sont qu'une manière d'égayer (Rodolphe évitant les espions de son père pour dans la foulée s'afficher au grand jour) un quotidien fait de célébration, bal et devoirs ennuyeux divers. Omar Sharif déjà fort à son aise en héros slave dans Docteur Jivago trouve encore matière à s'occidentaliser (et éloigner l'image de Lawrence d'Arabie) avec cette belle interprétation de l'héritier des Habsbourg dont il exprime magnifique le tempérament dépressif.

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Malgré les moyens conséquents le film s'avère étonnamment peu flamboyant. Les décors et costumes en imposent par le sens du détail et l'ampleur de l'ensemble mais si on ne peut qu'apprécier la débauche de cette reconstitution on est rarement vraiment éblouit par rapport au canon hollywoodien. Terence Young réserve en fait la lumière aux passages romantiques entre Rodolphe et Maria tous somptueux et de plus en plus grandioses : la première rencontre sautillante dans une fête foraine, le premier rendez-vous nocturne dans les appartements de Rodolphe, les retrouvailles à Venise, la retraite à Mayerling, le bal et le tragique final.... Tous les autres moments semblent écrasés par une chape de plomb quant à l'imagerie (la photo blafarde d’Henri Alekan), l'interprétation (magnifique Ava Gardner en souveraine détachée et mélancolique qui a apaisée ses souffrances dans la fuite) ou l'arrière-plan où il est largement suggéré que les malheurs sont issus d'une malédiction pesant sur les Wittelsbach de Bavière (les références à Ludwig).

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Le destin funeste est donc en marche et il s'agit donc de profiter de cette romance avant que tout ne s'arrête. C'est là que Terence Young se montre le plus inspiré avec des séquences visuellement splendide où le réalisateur instaure des motifs répétitifs se répondant à différent moments du film (le cadrage dans l'embrasure d'une porte au sortir du bal identique à celui de la rencontre nocturne, le mouvement de caméra final dans la chambre répondant à celui d'une scène d'amour). L'échange de regard entre Rodolphe et Maria depuis leur balcon respectif alors qu'ils assistent à l'opéra Giselle (qui annonce le drame à venir avec son thème de l'amour plus fort que la mort) offre une des plus belles scènes, tout comme l'arrivée d'Omar Sharif à Venise derrière Deneuve peignant dans un plan à la composition superbe.

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Tout n'est pas parfait loin de là et l'ennui guette souvent dans la description de cette monarchie atrophiée, le rythme ne s'emballant jamais vraiment et le traitement des enjeux politiques du moment restant très en retrait malgré quelques dialogues intéressant. Tout se plie à la force de cette histoire d'amour où la dernière partie s'orne d'une grande tristesse. L'affirmation du couple à la face du monde lors du bal final signe sa légitimité et sa fin prochaine malgré l'audace. L'union que tous leur refuse ne pourra se faire que de la plus désespérée des manières lors d'un touchant final. Omar Sharif est fabuleux le visage éteint et le regard perdu et Catherine Deneuve symbolise une sorte d'idéal de jeune héroïne romantique dévouée et sacrificielle. Sans être totalement un classique du genre un beau film néanmoins qui ne peut que combler l'amateur de mélo. 4,5/6

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Lord Henry
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Lord Henry »

J'avais trouvé ça d'une incroyable platitude et Catherine Deneuve complètement à côté de la plaque. Le tout a un côté "tragédie historique" revisité par Paris Match; il ne manquerait plus en voix off que le commentaire du Frédéric Mitterand de ses heures de gloire cathodique.
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Profondo Rosso
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Profondo Rosso »

Pour Catherine Deneuve qu'on a l'habitude de voir quand même un peu plus énergique ça m'a un eu gêné au début aussi mais le parti pris c'était vraiment d'en faire un idéal de figure romantique innocente (où la mièvrerie n'est pas loin mais bon je suis client :mrgreen: ) tout le côté plus sombre et torturé vient d'Omar Sharif. C'est clair que le film joue à fond ce côté tragédie annoncée dans le ton mais c'est quand même bien passé (le main theme de Francis Lai en boucle fait son petit effet quand même) pour moi suffisamment de beaux moments pour être prenant. J'aimerais bien voir la version de Litvak du coup.
Cathy
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Cathy »

Juste un détail quand il s'agit du ballet c'est Giselle et non Gisèle :oops: ! A noter qu'il existe la version longue du ballet avec Liane Daydé qui était une des "baby" ballerinas de l'Opéra de Paris de l'époque. Sinon j'aime bien ce Mayerling, même si c'est une vision sucrée de l'histoire :oops:
Profondo Rosso
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Profondo Rosso »

Cathy wrote:Juste un détail quand il s'agit du ballet c'est Giselle et non Gisèle :oops: !
Oups c'est corrigé on sent le non connaisseur j'avais franchouillardisé tout ça :mrgreen:
riqueuniee
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by riqueuniee »

Lord Henry wrote:J'avais trouvé ça d'une incroyable platitude et Catherine Deneuve complètement à côté de la plaque. Le tout a un côté "tragédie historique" revisité par Paris Match; il ne manquerait plus en voix off que le commentaire du Frédéric Mitterand de ses heures de gloire cathodique.
Tout à fait d'accord. Le choix de Catherine Deneuve et Omar Sharif s'apparente à une grosse erreur de casting. Certes les images sont belles, mais le film n'émeut pas. Ca me fait penser à un europudding (genre téléfilm coproduit par une demi-douzaine de pays) avant la lettre.
Ce n'est pas le côté vision romanesque des événements historiques qui me gêne. D'ailleurs, j'aime bien le Mayerling avec Darrieux .
Lord Henry
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Lord Henry »

Un Détective à la Dynamite (1968)



Polar anodin, produit dans le sillage de Détective Privé et de Tony Rome et sous influence télévisuelle. Le charme propre aux séries B des familles manque cruellement à l’appel, la faute en incombe à un scénario bâclé et à de grossières erreurs de distribution. Dans un rôle taillé pour la suavité décontractée d’un George Peppard, - voire au pire, l’indolence d’un Robert Wagner – Kirk Douglas fait peine à voir. A sa décharge, il doit se coltiner les minauderies boulevardières de Sylvia Koscina, « glamour girl » d’importation au rabais. Seul, Elli Wallach tire son épingle du jeu ; un mérite d’autant plus notable que les dialoguistes ne lui ont pas facilité la tâche.

Artisan cathodique à la réputation quelque peu usurpée, David Lowell Rich tente de faire passer les vessies pour des lanternes, mais le défi dépasse ses capacités.
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Jeremy Fox
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Jeremy Fox »

Typiquement le genre de film qui m'aurait à priori intéressé ; merci pour ton avis qui me fera gagner 90 minutes de mon temps.
francesco
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by francesco »

Notons quand même que David Lowell Rich est le réalisateur du légendaire Madame X avec Lana Turner 8)
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Lord Henry »

Son meilleur film, c'est Eye of the Cat. Un thriller écrit par Joseph Stefano et qui devrait intéresser Jeremy, puisque l'on y retrouve Eleanor Parker:

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Jeremy Fox
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by Jeremy Fox »

C'est clair que son meilleur film ne pourrait être Airport 80 Concorde
daniel gregg
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by daniel gregg »

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Christopher strong ("La phalène d'argent")
Réalisé en 1933 par Dorothy Arzner avec Katherine Hepburn.
Une célèbre aviatrice qui n'a jamais connu l'amour vit une idylle enflammée avec un homme marié, mais cette passion s'avère destructrice.

Il y a, fort heureusement, des petits films dont on attend rien et qui se révèlent tout à fait surprenants.
Diffusé sur TCM dans la case nocturne ce Christopher strong ("La phalène d'argent", quel beau titre, on croirait une nouvelle de Dashiell Hammett !), suscitait ma curiosité essentiellement grâce à la présence de Katherine Hepburn, dont il s'agit du deuxième film, un an après avoir débuté avec George Cukor dans A bill of divorcement.
Réalisé en 1933 par Dorothy Arzner, cette pionnière fut également scénariste, monteuse (The covered wagon de James Cruze).
En 1936, elle fut la première femme à intégrer la screen directors guild.

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Ce mélodrame est surtout l'occasion d'une rencontre pleine d'à propos entre ces deux femmes singulières dans le Hollywood de l'époque où il n'était guère courant que les femmes aient la liberté d'être aussi entreprenantes. (L'adaptation du roman éponyme est elle aussi signée par une femme, Zoé Akins)
Et de fait, c'est un film au charme accompli sur la condition féminine, aux sous entendus courageux, qui stigmatise intelligemment les structures séculaires de l'autorité patriarcale, le peu de place laissée à l'initiative pour les femmes dans le couple.
Témoignant d'une grâce aérienne ainsi que d'une sensualité d'une modernité incroyable, Katherine Hepburn est tout bonnement irresistible, antidote assumé de l'archétype du glamour hollywoodien de l'époque (Garbo, Dietrich, Jean Arthur...), on devine, en filigrane, à quel point le tempérament et le caractère de l'actrice sont intimement liés au déroulement de sa carrière comme de sa vie privée.
Je suis tombé sous le charme. :oops:

Cf. l'avis érudit et complémentaire d'Ann Harding à propos du même film, elle aussi emballée. 8)
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monk
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by monk »

Hondo de John Farrow

L'apogé du jeu de Wayne ? Je ne sais pas, en tout cas, tout est là: l'assurence, l'honneur, le grand coeur caché derrière l'individualisme et cette démarche qui n'appartient qu'à lui. Pour un peu il en ferait presque trop, mais c'est tellement lui qu'il en est magnifique.
J'ai bien aimé l'histoire et la manière dont les choses s'imbriquent entre les personnages et les rapports avec les indiens. C'est bien pensé et ça fonctionne mais:
Spoiler (cliquez pour afficher)
le scénario fait mentir Hondo sur la mort de son mari à sa femme pour concerver son amour, ce que j'ai trouvé audacieux et subversif en un sens. Hélas, bien sur, il finit par dire la vérité parce qu'il n'y a pas plus juste que lui, ce qui devrait le mettre dans une position délicate, mais pour concerver un happy end, ça ne pose finalement pas de problème à la veuve parce que bon, Hondo, quand même, il est mieux...Ce qui m'a un peu gaché mon plaisir, je dois l'avouer.
La musique est d'entrée super épique et victorieuse, mettant le film dans la catégorie "grands classiques universels", mais j'ai trouvé que le film n'en avait de toute façon pas tout à fait l'étoffe, même si on est pas non plus dans une série B. Un B+ ou un A-. Ce qui n'est pas si mal après tout !
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cinephage
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by cinephage »

A noter un détail amusant, dans le récent Men In Black 3, Tommy Lee Jones surnomme régulièrement Will Smith "Hondo".
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Re: Notez les films naphta : Juin 2012

Post by cinephage »

L'autre jour, je me suis fait (un peu par hasard), une vraie journée "religion", avec deux films qui offrent deux visions radicalement opposées de prêtres, mais qui, paradoxalement, évoquent tous les deux le besoin de croire, l'aspiration à la foi. Rain, qui décrit un prêtre droit dans ses bottes, ultra-rigide au point d'une intolérance qui frise le fanatisme, et Léon Morin, prêtre, qui au contraire, est un prêtre désarmant par son ouverture d'esprit et son a-propos permanent.

Tout d'abord,

Rain, de Lewis Milestone (1932)
Il s'agit de l'adaptation d'une pièce de théâtre, magistralement mise en scène par Lewis Milestone. Dès l'ouverture panthéiste, on est dans les iles du pacifique, dans un "paradis terrestre", le cadre est installé, par d'excellents plans d'ambiance qui décrivent les pluies torrentielles, et nous font entrevoir, parfois de façon quasi-documentaire, la vie sur ces iles. Ces plans magnifiques ponctueront le film, ajoutant du sacré aux débats entre les personnages.
Le film évoque un huis-clos, dans lequel les passagers, coincés par la pluie, doivent faire escale. Un prêtre (Walter Huston, peut-être dans son meilleur rôle) chargé de faire respecter les "bonnes moeurs" aux indigènes se voit obliger de vivre aux cotés d'une fille aux moeurs facile (Joan Crawford), qu'il n'aura de cesse de redresser...
Pièce adaptée plusieurs fois, ce récit de Sadie Thompson trouve ici une incarnation forte. Entre un remarquable usage du son pour évoquer les tumultes intérieurs, les prières et le déchainement des éléments, la beauté des plans d'extérieur et la précision de certains mouvements de caméra qui amplifient le jeu des comédiens (vraiment incroyables), cette lutte du vice et de la vertu, de la foi et du déni, de la perte de soi et de la rédemption m'a fait l'effet d'un très grand film, que je n'avais pas anticipé comme tel.
8,5/10
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