Anthony Mann (1906-1967)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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daniel gregg
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by daniel gregg »

Jeremy Fox wrote:
bruce randylan wrote:
Pas grand chose à rajouter aux avis enthousiastes de Cathy et Daniel Greg. The black book est un exercice de style brillant, virtuose et régulièrement époustouflant servi par un tiercé gagnant Mann-Alton-Menzies tous en très grande forme.
Bon et bien je vais abonder dans le même sens que tout le monde. Petite perle formaliste d'un dynamisme assez étonnant, espèce de "serial baroque", patchwork de film d'aventure, de film à suspense, de film fantastique et de film noir (avec une petite touche westernienne) tout à fait réjouissant et assez unique en son genre. Aussi vigoureux et survolté que la musique de Sol Kaplan que l'on entend dès le générique. La Révolution Française aura décidément inspiré positivement Hollywood.

Sur ce coup là, TCM a quand même eu du chien, une des découvertes naphtas de 2011 qui a fait l'unanimité ! :D
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Demi-Lune
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

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La Chute de l'Empire romain (1964)

Le postulat du film sera repris par le Gladiator de Ridley Scott : en 180, alors qu'il conduit les expéditions militaires romaines contre les barbares germains, l'empereur et philosophe vieillissant Marc Aurèle prépare sa succession et préfère à son fils immature Commode le général digne et victorieux Livius (manifestement inspiré par Claudius Pompeianus), par ailleurs épris de la fille de l'empereur, Lucilla, qui ne lui sera cependant pas promise pour des raisons diplomatiques. Marc Aurèle sera finalement assassiné par des conspirateurs hostiles à ce déshéritement et Commode montra bien sur le trône romain au détriment de Livius, entamant un règne en forme de décadence progressive. Alors que ce point de départ d'Histoire romancée est identique (romancée parce que dans les faits Commode est associé par son père au pouvoir impérial depuis déjà plusieurs années), il est intéressant de voir à quel point les intentions et les approches de Mann et Scott s'entre-croisent et divergent tout à la fois. Si Ridley Scott exhume le péplum pour lui redonner ses lettres de noblesse en un grand divertissement épique et formaliste, sous-tendu par une fascination pour l'Urbs romaine se nourrissant de sa propre puissance jusque dans la dérive, Anthony Mann, quoique délivrant un spectacle d'une ampleur hallucinante, a des préoccupations plus larges et plus intéressantes encore. Bien que les deux cinéastes partagent une même réflexion sur la puissance et le prestige de Rome et de ce qu'elle incarne symboliquement, le propos de Mann excède la simple évocation du règne terrible de Commode (auquel s'ensuivra plusieurs années de guerre civile). Comme le titre du film l'indique d'emblée, cette évocation s'intègre dans un cheminement élargi, celui de comprendre comment cette puissance romaine, dominant la quasi totalité du monde connu, a pu décliner.

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Dans cette perspective, la personnalité autoritaire et brutale de Commode, telle que représentée dans le film, ne résume pas les seuls facteurs explicatifs à la fatalité d'un mauvais empereur. Le thème central du film, ce qui le rend si intelligent et précieux, c'est la paix romaine. Tout le film tourne effectivement autour de ces concepts débattus d'impérialisme romain, des romanisations. Pour la paix romaine, Lucilla est offerte au souverain d'Arménie. Mann propose que ce qui fait la force et la grandeur de Rome, c'est sa domination sur l'Occident, qui s'appuierait sur une adhésion des barbares vaincus au modèle offert. Les fondements de la puissance de l'Empire reposeraient ainsi sur l'intégration pragmatique et le bon gouvernement des espaces conquis en Occident. Purement fonctionnelle chez Scott, la campagne militaire en Germanie devient chez Mann illustrative de son propos. C'est une terre inamicale et bizarre (la scène où les troupes de Commode s'enfoncent dans la forêt inquiétante semblent tout droit sortie des descriptions stéréotypées de Tacite) qui résiste à la conquête romaine depuis des siècles, réputée inassimilable ; et les dialogues de Marc Aurèle et Timonidès explicitent la pensée hégémonique et cependant intégrationniste de Rome, consciente que la maîtrise de l'Empire passe avant tout par la cohésion et l'assimilation. Que les élites indigènes choisissent Rome, son modèle, constitue le meilleur ciment du système. La Chute de l'Empire romain illustre très bien ceci : vaincu, le chef barbare germain Bellomar finit par être réceptif aux arguments de Timonidès (James Mason), lequel se fendra plus tard d'un discours littéral sur le sujet au Sénat. Ce personnage, Grec d'origine, mais Romain de cœur, symbolise la réussite du modèle d'intégration romain, qui se nourrit d'interpénétrations culturelles, et unifie les peuples occidentaux sous des us différents mais une même bannière pacifiée. Il faut croire en Rome, en son pouvoir fédérateur, telle est l'idée sur laquelle reposerait l'édifice impérial en Occident. Un édifice dès lors voué à craqueler et à s'effondrer si par malheur cette croyance venait à s'étioler, notamment par le mauvais gouvernement d'un empereur sanguinaire et fou.

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Cette réflexion historique, toujours pleine d'acuité sur le plan historiographique, fait toute la valeur de ce chef-d’œuvre qui s'impose comme un modèle du genre, à la fois fresque monumentale et questionnement sur l'Histoire magistral. La longueur de l'édifice (près de 3 heures) permet à Mann de développer idéalement son propos, de trouver le juste équilibre entre le grand spectacle et l'intimisme. Les personnages principaux dénotent un soin d'écriture continu, ils ne sont pas sacrifiés sur l'autel de la démesure. Mann évite l'écueil du cours rébarbatif et rend très vivant son péplum, dans lequel aucune scène ne paraît superflue. La fluidité de la narration laisse admiratif. Vérifiant la citation de Dumas selon lequel l'Histoire violée peut donner de beaux enfants, le cinéaste accouche d'une fresque extrêmement romancée, mais toujours pertinente dans ses enjeux, et affichant un soin du détail stupéfiant. Ça passe par les insignes des légions défilant en triomphe sur le forum, ça passe par cette carte au sol de l'Occident qui respecte les tracés géographiques de Strabon ou Agrippa. Ce qui m'amène logiquement à parler d'un autre point fort du film : ses décors. Ils sont tout bonnement époustouflants. Gigantisme semble être le maître-mot de l'équipe de décoration et même si les péplums hollywoodiens déçoivent rarement de ce côté, la direction artistique de La Chute de l'Empire romain demeure proprement incroyable... et curieusement assez oubliée dans les ouvrages au profit de Ben-Hur ou Cléopâtre. Le forum bâti pour les besoins du film est phénoménal, tout est vrai, construit en dur, à taille réelle, sans caches peints. Les scènes de foule dans ces décors figurent parmi les trucs les plus dingues que j'ai vus au cinéma. Les intérieurs princiers ne sont pas moins ambitieux et que ce soit même un fort militaire en Germanie, une cité d'Arménie ou l'entrée de Rome, chaque création relève du tour de force. Cela confère au film un éclat particulièrement prestigieux, tout étant réel et crédible (les décors ne font pas livrés de la veille, ils ont une patine).

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Mann enfonce le clou avec ses milliers de figurants qui donnent des plans de bataille spectaculaires. Sa mise en scène magnifie constamment le sujet et la monumentalité de la direction artistique. La maîtrise absolue de l'écran large est à louer tout comme sa science du cadrage, des plans de grues et du travelling. La caméra franchit souvent le palier derrière le personnage, pénétrant dans les décors pour mieux saisir leur profondeur. Le réalisateur s'en donne à cœur joie dans ses extérieurs et panoramique à tout-va, renforçant la grandeur des édifices. La course de quadriges en Germanie et le combat final au javelot attestent un solide sens du découpage. Qu'il me suffise enfin de dire que le casting plaqué or a la classe (l'interprétation de Commode par Christopher Plummer est différente de celle de Phoenix mais tout aussi intéressante), et vous constaterez définitivement que je suis un admirateur de ce film.

Pour continuer à s'en mettre plein les mirettes (à partir du dvd au master fatigué comme une vieille VHS) :

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someone1600
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by someone1600 »

faudra que je regarde a nouveau celui la. j avais adorer ! :)
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beb
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by beb »

Sing Your Way Home - 1954
le début du film fait craindre le pire, mais finalement non, c'est juste un film sans interet, un peu fatiguant parfois.
MAIS, un scène est tout à fait stupéfiante, avec un symbole phallique tel qu'on a du mal à imaginer qu'il soit passé au travers de la censure.
A voir vers la demi heure de film quand la chanteuse ferme les rideaux du dortoir.
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by Alligator »

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http://alligatographe.blogspot.com/2012/02/furies.html

The Furies (Anthony Mann, 1950)

Nouvelle critique:
Je ne sais pas trop pourquoi j'avais cru ne pas tout percuter des dialogues la première fois que je l'ai vu. En effet, l'accent est tranchant, mais les acteurs sont assez compréhensibles.

Quoiqu'il en soit, j'ai été une nouvelle fois confronté à ce plaisir que le cinéma d'Anthony Mann sais si bien nous procurer, cette sensation d'assister à un grand film, un western plus grand, plus haut, plus fort qu'à l'habitude, à un spectacle tragique, au-dessus de la mêlée des hommes, pour mieux en appréhender les coins et les recoins. Les westerns de Mann dépassent le genre en le manipulant de telle sorte que les ingrédients habituels s'en trouvent déviés pour ressortir neufs et profonds.

Ces "Furies" portent bien leur nom et donnent au western ses lettres de noblesse en le faisant rejoindre ses ancêtres antiques, ceux de la tragédie grecque. La relation plus qu'ambiguë, très physique et fusionnelle entre le père (Walter Huston) et la fille (Barbara Stanwyck) ressemble à ces histoires de tordus qui fondent les mythes immémoriaux ou même les cultures, les morales et les explications du monde.

Perturbant et beau, ce film n'est pas un frêle objet, il est massif comme ces blocs de pierre qui dévalent une falaise, il est vaste comme le ciel que les sempiternelles contre-plongées de Mann met toujours au dessus de ses personnages, comme pour les enfermer, les tenir sous le socle d'un univers fermé, comme si les astres devaient restés les seuls témoins (avec nous, spectateurs sacrés foutus privilégiés), lointains mais éternels. Il y a de l'immuable dans le cinéma d'Anthony Mann, de profondément métaphysique.

Peut-être moins présente toutefois que dans les autres créations de Mann, la nature est ici le jouet des convoitises de propriétaires terriens avides d'espaces et d'argent, elle souffle sur les braises de la cupidité de chacun avec beaucoup de force.

La photographie de Victor Milner joue beaucoup sur les soleils couchants, cette lumière entre chiens et loups. Le noir et le blanc est on ne peut plus approprié pour mettre en valeur la dérive de tous ces sentiments malheureux.

Dans ma première chronique, je fustigeais un dernier retournement du personnage joué par Barbara Stanwyck vis à vis d'un père qui l'avait abandonnée et était allé jusqu'à assassiner son meilleur ami. Effectivement, l'amour pour le paternel est bien le plus fort. Ce qui est le plus curieux, c'est qu'à ce second visionnage, je n'ai pas du tout été gêné par ce revirement, finalement tout à fait crédible, dans la droite ligne des perturbations que connaissent ces deux personnages.
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Rick Blaine
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:
bruce randylan wrote:
Pas grand chose à rajouter aux avis enthousiastes de Cathy et Daniel Greg. The black book est un exercice de style brillant, virtuose et régulièrement époustouflant servi par un tiercé gagnant Mann-Alton-Menzies tous en très grande forme.
Bon et bien je vais abonder dans le même sens que tout le monde. Petite perle formaliste d'un dynamisme assez étonnant, espèce de "serial baroque", patchwork de film d'aventure, de film à suspense, de film fantastique et de film noir (avec une petite touche westernienne) tout à fait réjouissant et assez unique en son genre. Aussi vigoureux et survolté que la musique de Sol Kaplan que l'on entend dès le générique. La Révolution Française aura décidément inspiré positivement Hollywood.
Je suis un converti de plus. Un film tout à fait remarquable, intense, passionnant, dans lequel Mann et Alton peuvent exprimer tout leur talent. excellente découverte.
daniel gregg
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by daniel gregg »

Rick Blaine wrote:
Jeremy Fox wrote:
Bon et bien je vais abonder dans le même sens que tout le monde. Petite perle formaliste d'un dynamisme assez étonnant, espèce de "serial baroque", patchwork de film d'aventure, de film à suspense, de film fantastique et de film noir (avec une petite touche westernienne) tout à fait réjouissant et assez unique en son genre. Aussi vigoureux et survolté que la musique de Sol Kaplan que l'on entend dès le générique. La Révolution Française aura décidément inspiré positivement Hollywood.
Je suis un converti de plus. Un film tout à fait remarquable, intense, passionnant, dans lequel Mann et Alton peuvent exprimer tout leur talent. excellente découverte.
:D
En revanche, j'attends avec impatience un compte rendu concernant l'édition d'Artus films. :fiou:
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by Rick Blaine »

daniel gregg wrote:
Rick Blaine wrote:
Je suis un converti de plus. Un film tout à fait remarquable, intense, passionnant, dans lequel Mann et Alton peuvent exprimer tout leur talent. excellente découverte.
:D
En revanche, j'attends avec impatience un compte rendu concernant l'édition d'Artus films. :fiou:
Ce n'est pas trop mal.
On regrette surtout quelques petits "sauts" sur la copie. Il y a un carton en début de DVD qui dit que le film a été reconstruit avec différentes copies, certaines scènes ayant été coupées à sa sortie. Mais ça ne gène pas du tout le visionnage.
J'ai trouvé l'image très correcte, ça passait parfaitement sur ma grande télé.
Après il y a plus exigeant que moi, on lui trouvera forcément des défauts, mais en tout cas ça permet une découverte confortable. On n'est pas chez Bach, et encore moins chez Hantik.
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

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Sing your way home (1945)

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Un journaliste américain rentre aux USA après la guerre et devient le chaperon d'une troupe de jeunes musiciens à bord d'un paquebot.


C'est sans doute à cela qu'on reconnaît les grands réalisateurs, arriver à faire d'une histoire simpliste très en vogue à l'époque, un film agréable à regarder, une petite comédie musicale pleine de charme. Le film n'est pas un chef d'oeuvre loin de là, mais dans certains plans, on voit de belles choses comme la promenade entre l'auteur et la chanteuse de night club sur les coursives du paquebot. Il y a une espèce d'enthousiasme et un charme évident qui se dégagent du film, la musique est sympathique, Nous sommes dans ces productions typiques de l'époque, mais avec une espèce d'érotisme latent notamment dans la scène de la douche. Jack Haley promène sa bonhommie dans ce rôle de journaliste chaperon malgré lui. Alors film secondaire, mais plus qu'agréable !
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by allen john »

Winchester 73 (Anthony Mann, 1950)

Dans ce western classique, un avertissement nous est donné: l'histoire va se dérouler en suivant une arme, et on a assez clairement l'impression que c'est cette arme qui sera le personnage principal... ce n'est évidemment pas un documentaire sur un fusil, mais l'importance de l'objet est réelle, et la carabine sera successivement un trophée, le symbole de la convoitise, celui de la valeur, et une médaille accordée au vainqueur d'une lutte sans merci, partagée certes entre le bien et le mal, mais avec des moments durant lesquels la frontière entre les deux est bien mal définie... James Stewart, entamant une collaboration exceptionnelle avec Anthony Mann, est Lin McAdam, un homme mu par la vengeance, et qui va trouver la carabine sur son chemin, mais aussi des compagnons d'infortune et des rivaux dans sa quête d'une justice amère...

Lin McAdam arrive à Dodge City, la ville dont Wyatt Earp est le Marshall, sur sa route pour retrouver un homme, dont on comprend qu'il va le tuer, par vengeance. Les motifs nous en seront donnés, au fur et à mesure du film: Matthew, son frère, a tué leur père, qui leur avait à tous les deux enseigné les maniement des armes; mais tandis que Lin restait dans la légalité, Matthew s'est dirigé vers le crime; au moment de leur arrivée, Lin et son compagon de route "High Spade" Frankie Wilson apprennent qu'un consours de tir est organisé, dont le trophée est une carabine convoitée de tous: une Winchester parfaite. Parmi les participants, Lin repère très vite Dutch Henry Brown, qui n'est autre que Matthew, et le concours devient vite la première partie d'un duel entre eux. Lin gagne, mais "Dutch" lui vole la carabine, qui va désormais passer de mains en mains dans une ronde au gré des rencontres: gagnée au poker par un trafiquant d'armes, prise par un chef Indien, repise par un homme, un lâche fiancé à une chanteuse (Shelley Winters) rencontrée à Dodge par Lin, puis confisquée par "Waco" Johnny Dean, un psychopathe à la Billy the Kid, enfin redonnée à Dutch peu avant sa dernière rencontre avec Lin...
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Wyatt Earp, un nom célèbre, est ici interprété par Mann de façon réaliste. Il bénéficie pourtant d'un de ces plans superbes dans lesquels le metteur en scène magnifie des hommes déterminés, glorifiés par leur stature: sur la gauche d'un plan, le buste de trois quarts face, avec derrière eux un arrière-plan mythique. Ici, ce sont les citoyens de sa ville qui servent de décor au shériff, mais souvent (par exemple l'indien pris dans la spirale de la vengeance, interprété par Robert taylor dans The devil's doorway), Mann privilégie les montagnes. De fait, le relief grandiose, majestueux mais aride, replace les personnages dans des passions extrêmes. Le films, comme tant de films de Mann, va montrer des personnages poussés malgré eux dans leurs derniers retranchements...

La façon dont la Winchester est mise en avant, dès le premier plan du film, nous met bien sur en appétit; c'est un rappel que la vie sur la "Frontière", tient finalement à peu de choses, comme viennent de le prouver le colonel Custer et Sitting Bull dans la bataille de Little Big Horn. La référence constante à cet évènement sert moins à établir le conflit sanglant entre les colons et les natifs, qui est finalement anecdotique, qu'à installer l'idée que le fusil qui se recharge instantanément est un progrès vital, crucial, dont les tribus pour une fois alliées lors de la fameuse bataille ont bénéficié. Donc, tout le monde veut cette carabine, et tous sont prèts à tout: la jouer au poker, la voler, essayer de la mériter (Le personnage du lâche, Joe, est d'autant plus complexé de se retrouver avec cet objet, qu'il ne saura pas le garder, ni garder du reste sa fiancée, qui semble voir la mort de son petit ami avec un fatalisme refroidissant...).

Seul Lin McAdam la gagne de façon loyale, et la plaque qui orne la crosse a bien failli porter son nom. mais c'est un objet inachevé qui se promène de main en main, le nom n'ayant pas eu le temps d'y être apposé. L'ironie, c'est qu'on en fait d'ailleurs la remarque: après l'affrontement d'une groupe de militaires avec un parti Indien, dont les cavaliers Américains sortent vainqueurs, un sergent ramasse la carabine aux cotés du jeune chef (Rock Hudson) mort, et souhaite la donner à Lin, qui estime-t-il, l'a méritée: une façon de souligner d'une part que dans cet univers, même sans savoir, on attribue automatiquement ce trophée à l'homme qui a le plus de valeur, mais ironiquement, c'est ensuite à un lâche rongé par le doute, et qui est tenté par une cie de bandit qu'on va la confier. Sa lâcheté, dans le film, n'est pas condamnée, elle est soulignée, mais il reçoit malgré tout des encouragements pour sa participation à une bataille. Le problème dans l'ouest, c'est qu'une réputation ne s'embarrasse pas de nuances... On retrouve enfin dans l'affrontement final cette ambiguité, lorsque Lin revient vainqueur, désormais de nouveau propriétaire de "sa" Winchester; pour l'obtenir enfin, il lui a fallu accomplir sa vengeance... C'est à dire choisir son camp, c'est à dire tuer son frère. acquisse dans la douleur, la carabine du progrès est une médaille bien lourde à porter.

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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by monk »

Découvert enfin The Furies. Je passe après Alligator, juste au dessus, que je ne tenterais pas de concurrencer tant sa chronique reflète mes sentiments. Mais j'ai quand même besoin de partager ma découverte tant ce film m'a fait faire "wouah" ! Epique, dramatique, plus fort, plus loin...
Et cette photo extraordinaire ! J'ai été assez bleufé par ces plans en contre jour (couchant), les cactus cachant le soleil, le ciel flamboyant, donnant aux silouhettes une puissance rare. Extra bleufé par ce plan aussi en contre jour, couché de soleil, montagnes lointaines complétement noire et les silouettes des cavaliers qui se rapprochent visibles uniquement dans la puissière qu'il produisent, qui elle est éclairée par le soleil...Inoubliable.
Mann marque encore des points, par poignées entières. Je garde, je chéri.
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by monk »

The tin star (Du sang dans le désert - 1957)

Un chasseur de prime, cynique et désabusé aide un shériff jeune et inexpérimenté.

En 57, Mann ne doit plus avoir à prouvé. Il fait tellement de westerns marquants et over the top qu'il peut modifier son approche. Si on retrouve le cavalier solitaire au passé mystérieux assez typique, Mann prend ici le temps. On est assez loin de ses précédents films ultra tendus, brutaux et sec comme un os. Ici, le rythme est beaucoup plus souple et lent, mais pas nonchalant: il rêgne quand même une certaine tension. Mais l'action à proprement parlé, n'arrive que pour la dernière demi heure. Pourtant, point d'ennui ! Cette première heure installe le contexte et les personnages avec interet. Tout arrive à point, rien n'est en trop, les choses prennent juste un peu plus leur temps. Mann maitrise encore une fois totalement son film, le cadre est parfait, l'action dynamique et parfaitement lisible.
Le film est aussi beaucoup plus humaniste, moins sombre. C'est avant tout une histoire de filiation et d'apprentissage, finalement assez chaleureuse.
Un film encore une fois très réussit, mais beaucoup plus classique et moisn épique que ce que le réalisateur a pu nous proposer par le passé.
Je garde !
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by magobei »

monk wrote:Découvert enfin The Furies. Je passe après Alligator, juste au dessus, que je ne tenterais pas de concurrencer tant sa chronique reflète mes sentiments. Mais j'ai quand même besoin de partager ma découverte tant ce film m'a fait faire "wouah" ! Epique, dramatique, plus fort, plus loin...
Et cette photo extraordinaire ! J'ai été assez bleufé par ces plans en contre jour (couchant), les cactus cachant le soleil, le ciel flamboyant, donnant aux silouhettes une puissance rare. Extra bleufé par ce plan aussi en contre jour, couché de soleil, montagnes lointaines complétement noire et les silouettes des cavaliers qui se rapprochent visibles uniquement dans la puissière qu'il produisent, qui elle est éclairée par le soleil...Inoubliable.
Mann marque encore des points, par poignées entières. Je garde, je chéri.
Et tu l'as vu dans quelle édition?
Ça sera la restauration antédiluvienne de 2017 sortie chez Olive et Koch, mais avec un bitrate à 26Hz et du DNR à 36Mb comme toujours chez l'éditeur. Autant dire que l'image sera merdique. Mais je vais l'acheter, même si ça fera doublon avec le Olive, le Koch et le Indicator parce qu'il y a des STF - je n'en ai pas besoin, mais c'est important si on veut partager - et surtout la VF d'origine avec Henri Chalant qui double Rex Edwards qui joue l'indien qui se fait tuer sur la gauche à 40:23.
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by monk »

Une belle édition coréenne officielle avec STA (vaguement pour malentendu, genre 4 ou 5 fois dans le film, ils précisent que le personnage ricane. Mais il n'y a pas de code de couleur, de détails des bruits environnent etc.) achetée 10€ pc sur ebay ! Ca doit juste être un transfuge de l'édition criterion, l'image est assez bien.
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Jeremy Fox
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Re: Anthony Mann (1906-1967)

Post by Jeremy Fox »

monk wrote:Une belle édition coréenne officielle avec STA (vaguement pour malentendu, genre 4 ou 5 fois dans le film, ils précisent que le personnage ricane. Mais il n'y a pas de code de couleur, de détails des bruits environnent etc.) achetée 10€ pc sur ebay ! Ca doit juste être un transfuge de l'édition criterion, l'image est assez bien.

Oui, c'est celle que j'ai aussi ; à priori (au vu des tests vus ici et là) c'est l'édition criterion à l'identique. Acheté aussi sur Ebay