Millenium (David Fincher - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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lowtek
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by lowtek »

Jericho wrote:Le générique est sacrément bien fichu en tout cas:



:o

Vivement demain !
C'est très moche.

http://www.ina.fr/pub/alimentation-bois ... re.fr.html
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cinephage
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by cinephage »

Jericho wrote:Le générique est sacrément bien fichu en tout cas:



:o

Vivement demain !
Personnellement, j'aime vraiment beaucoup. Ces génériques qui sont de petits films dans le films me séduisent généralement, mais celui-ci, qui évoque, le temps d'un plan, Svankmaier ou The Wall, me plait franchement. Du coup, je vais m'efforcer d'aller le voir. :D
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Jeremy Fox
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by Jeremy Fox »

cinephage wrote:
Personnellement, j'aime vraiment beaucoup. Ces génériques qui sont de petits films dans le films me séduisent généralement, mais celui-ci, qui évoque, le temps d'un plan, Svankmaier ou The Wall, me plait franchement. Du coup, je vais m'efforcer d'aller le voir. :D

De toute manière, les génériques de Fincher, depuis celui sublime de Seven, sont presque tous exceptionnels à mon avis
aurelien86
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by aurelien86 »

Watkinssien wrote:
Karras wrote:Petite question pour ceux qui ont vu les deux versions : J'avais surtout apprécié dans la version suédoise la performance de Noomi Rapace qui collait bien à l'image de Lisbeth Salender tel que je me la représentais à la lecture de la trilogie. Est-ce que Rooney Mara s'en sort aussi bien ?
Non, elle a moins de présence, même si sa performance est respectable...
Des performances respectables comme ça, j'en veux plus souvent alors ! :D

Personnellement, j'ai trouvé le film très réussi (hormis peut être le générique, que je trouve un chouïa trop pubard brillant m'as-tu vu), même si ce n'est pas parfait. Sans doute un peu sage, un peu moins brillant que ses essais thriller précédents... Maintenant, la mise en scène est superbe d'élégance froide, l'instauration d'un climat par la photographie est parfaite, les acteurs sont impeccables, la bande son est monstrueuse, et certaines scènes valent vraiment le détour (la scène du viol notamment, et la capacité qu'à Fincher à rendre captivant la recherche d'indices sur des photos/documents/...).
J'espère donc qu'il sera de la partie pour les 2 suites, avec au moins autant de maestria (ou plus s'il le souhaite :lol: ). D'autant plus que Rooney Mara et Daniel Craig ont signé pour les 3 déjà.

Et curieux de voir où Fincher va emmener le 20 000 lieux sous les mers de Jules Verne (son prochain projet).
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by Akrocine »

Apparemment Fincher a déjà refusé de faire les suites de Millenium pour se consacrer à 20 000 lieues sous les mers...
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
aurelien86
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by aurelien86 »

Akrocine wrote:Apparemment Fincher a déjà refusé de faire les suites de Millenium pour se consacrer à 20 000 lieues sous les mers...
C'est vraiment sur ? Car j'avais lu qu'il ne s'était pas encore prononcé de façon définitive. J'imagine que dans les faits, il pourrait tourner son 20 000 lieux et enchainer avec le tournage de Millenium 2 et 3 dans la foulée (vu que la production semble vouloir les tourner simultanément).
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hellrick
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by hellrick »

Autant j'avais trouvé l'intrigue du premier Millenium (le film suédois) fort intéressante autant je trouve que la suite avait peu d'intérêt, je n'ai d'ailleurs jamais eu le courage de visionner le 3 :?
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Gounou
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by Gounou »

Je sauve suffisamment de choses pour en faire une "déception pas inintéressante". Bon, restons simple : c'est quand même très décevant de la part de Fincher, surtout au vu de ses éclats récents, et je n'ai pas pu me défaire du sentiment qu'on l'a appelé pour "signer" le film de sa patte caractéristique... et point. Ce qu'il fait non sans talent dans l'ensemble... mais pas passionnément, de toute évidence.
Pour le reste, on se coltine une intrigue copieuse à la mécanique sclérosée... et assez peu impliquante, il faut dire. Je ressens la même chose que pour une autre déception récente, Shutter Island, à savoir une impasse face au déroulement prétendument incompressible d'évènements et explications à rallonge typiques du genre littéraire... là où dans Zodiac, Fincher exploitait cinématographiquement, formellement, la masse d'informations et l'aspect cyclique de l'intrigue par la dynamique syncopée et l'ellipse imperceptible, on a ici une progression laborieusement linéaire qui délite et délite encore un mystère qui ne l'est que par intention.
Parallèlement, la présence physique de Rooney Mara, l'exploitation de certains décors et quelques séquences à suspense finales m'empêchent d'y voir un ratage total... il se peut même que je me laisse prendre à nouveau, "un dimanche soir sur TF1" :wink:
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Flol
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by Flol »

Jeremy Fox wrote:
cinephage wrote:
Personnellement, j'aime vraiment beaucoup. Ces génériques qui sont de petits films dans le films me séduisent généralement, mais celui-ci, qui évoque, le temps d'un plan, Svankmaier ou The Wall, me plait franchement. Du coup, je vais m'efforcer d'aller le voir. :D

De toute manière, les génériques de Fincher, depuis celui sublime de Seven, sont presque tous exceptionnels à mon avis
Celui-ci, intrinsèquement, est réussi. Mais comme d'autres l'ont signalé avant moi, il est surtout totalement hors-sujet par rapport au reste du film.
Concernant ce dernier, eh bien c'est simple...je n'ai qu'à quoter l'avis de Colqhoun, et vous connaitrez le mien (je suis même d'accord avec le spoiler !) :
Colqhoun wrote:Le bouquin d'origine, bien que partant d'un point de départ plutôt attirant (un mystère, des meurtres, des nazis, un journaliste déchu, une punk hakeuse et autiste, etc..) était, au final, passablement quelconque.
Le film suédois ne faisait pas tellement mieux, se lâchant sans complexe dans des scènes de violence gratuite n'amenant pas grand chose au récit (si ce n'est de pousser Lisbeth a enquêter sur ce supposé tueur de femmes).
Et le film de Fincher ? Ben c'est plus ou moins du même acabit.
Il y a évidemment plus de thunes et un certain soin apporté au production design, à la réalisation, à la musique, tout ça, mais au delà de quelques jolis flashbacks et d'un générique gueulard (et parfaitement hors-propos), c'est globalement très terne de la part de Fincher. J'espérais un peu plus de liberté, j'espérais retrouver éventuellement l'approche clinique de Zodiac, ou même quelques excès visuels de ses films des 90s. Rien de tout cela. Des plans parfois élégants, mais rien qui ne dépasse, qui donne à l'ensemble un ton de téléfilm friqué qui ne veut pas trop bousculer son spectateur.

Il faut en plus se farcir quelques énormités, comme le fait de maintenir le récit en Suède, d'y faire jouer des acteurs américains, anglais et suédois et de faire parler tout le monde en anglais (parfois avec accent suédois, parfois sans), ce qui renforce d'autant plus l'impression que le film ne fait sur surfer sur un succès sans vouloir trop se fatiguer à offrir un truc plus ou moins cohérent. Ils auraient pu, à la rigueur, déplacer l'action dans un pays anglophone. Ou modifier quelque peu certains personnages (faire de Blomqvist un anglais ou un américain). Mais non, du coup c'est parfaitement absurde.

L'autre gros point noir de ce film (que l'on trouvait déjà dans le bouquin et dans le premier film) tient dans sa fin à rallonge qui, passé la résolution de l'intrigue principale, se traîne sur encore quasiment 40 minutes pour enfin se terminer. Certes, il y a plusieurs éléments en suspens, mais un manque pareil d'efficacité tient de la fainéantise ou de raisons contractuelles. Je ne me l'explique pas autrement.

Je ne vois pas trop quoi ajouter de plus tant le film m'a laissé une impression de projet bâclé, qui se contente d'angliciser un phénomène en collant 2-3 noms connus sur le projet (un peu de Fincher, un peu de Craig, un peu de Reznor et le tour est joué) et en mettant du pognon dans la production pour que le tout soit suffisamment léché.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Et faut vraiment arrêter d'engager Stellan Skarsgård en espérant qu'il passe pour un innoncent...
Je précise tout de même que je ne connais ni le bouquin d'origine, ni le film suédois...et ce n'est pas certainement pas la version Fincher qui m'en donnera l'envie.
En gros, on a là une histoire inintéressante, vue et revue des centaines de fois (perso, j'en ai un peu marre de ces secrets de famille), jamais transcendée par une mise en scène toute plate (qu'on ne vienne même pas la comparer avec celle pleine de classe de Zodiac). Seul le personnage interprété par Rooney Mara (même si elle prend un peu trop la pose de rebelle, parfois) est intéressant, mais sa relation avec Blomqvist (Daniel Craig à l'image de son perso : transparent) m'a semblé beaucoup trop superficielle.
Et je ne reviendrai même pas sur cette fin à rallonge, durant laquelle j'ai tout simplement cru mourir. :|
Je crois que je lui préfère encore Panic Room...
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by 2501 »

David Fincher a rapidement gagné des galons de cinéaste esthète, formaliste, subversif, voire même culte, en seulement quelques années, son parcours culminant en 1999 avec l’uppercut Fight Club. En passant le millénaire le réalisateur s’est assagi, et un peu cherché (de la série B au mélo à SFX), comment pouvait-il en être autrement après son Orange Mécanique personnel, qui avait frappé un grand coup dans la fourmilière hollywoodienne, à l’instar d’un Verhoeven avec son Starship Troopers (belle époque où de telles anomalies pouvaient encore trouver un chemin à travers les mailles de l’industrie culturelle américaine de masse). Ce que l’on peut davantage regretter depuis, c’est le relatif appauvrissement créatif d’un Fincher qui d’audacieux trublion s’est tranquillement rangé dans des productions mainstream plus lisses. Quand les détracteurs qui le traitaient de mauvais clippeur à ses débuts commencent à se ranger de son côté en parlant de maturité, c’est souvent signe qu’il y a un peu de souci à se faire.

Fincher rentré dans le rang ? Pas tout à fait, le bonhomme ayant toujours ce goût pour des personnages solitaires et asociaux, nous dépeignant constamment la société actuelle comme froide, cruelle et viciée. Néanmoins il le fait avec une sobriété nouvelle, une maîtrise certaine mais parfois un peu frustrante quand on attend plus qu’un simple bon film. Son retour au thriller pouvait annoncer un soubresaut dans une carrière où il est désormais confortablement installé. Cependant ce projet d’adaptation du best-seller suédois Millenium avait de quoi poser des doutes. Sur sa pertinence quelques années après une adaptation suédoise pas déshonorante. Sur l’aspect commande et remake sauce ricaine, dont la bande-annonce certes bien montée ne cachait pas les stigmates. Mais surtout le doute sur la capacité de David Fincher à transcender une intrigue léthargique, et anti cinématographique au possible avec son enquête 2.0 sur des photos jaunies par le poids du passé.

Pas de miracle ni de surprise sur l’histoire, le cinéaste américain se montrant apparemment fidèle au matériau d’origine, comme le film suédois. Je ne connais pas le livre donc la comparaison se limitera aux deux films. Cela n’empêche pas de trouver que cette intrigue ne semble pas très appropriée à une adaptation cinéma trop littérale. Nous allons commencer par les choses qui fâchent, même si ce Millenium est une relative bonne surprise dans le parcours récent du cinéaste. La structure du récit désarçonne, l’introduction des deux personnages principaux en parallèle s’étalant sur une bonne moitié de sa durée, soit à peu près 90 minutes, vu qu’on est partis pour 3 heures. L’investigation familiale n’est alors que toile de fond opaque, le double cœur du film résidant dans les portraits de Mikael Blomkvist, le journaliste droit et old school, et (surtout) celui de Lisbeth Salander, nerd hacker ultime, monstre de contrastes entre asociabilité et hyperadaptation numérique. Gros point fort de cette version, les acteurs y sont tous impeccables, Craig apportant une belle épaisseur à un personnage insipide dans la version suédoise, où jamais on ne comprenait l’attraction entre lui et Salander. La révélation Noomi Rapace était sans doute le principal défi pour le film de Fincher, et la frêle Rooney Mara prend le relais avec un certain panache, arrivant, si ce n’est à supplanter l’incarnation de la charismatique suédoise, tout au moins à nous la faire oublier l’espace des 3 heures du film, ce qui n’est pas rien. Mais voilà, Rapace avait un physique particulier qui dépassait la jolie fille qui se dégrade, même si le personnage n’en souffre pas, grâce à l’attention d’un réel cinéaste derrière la caméra. Revenons sur ce premier acte qui s’éternise. L’histoire y développe pourtant son principal intérêt : ses personnages et leurs blessures. Mais elle est plombée par un montage parallèle des plus télévisuel, avec ses allers-retours express rageants entre Lisbeth, 3 plans 20 secondes chrono, et Mikael, son chaton, ses voisins nazis et ses conversations familiales par tranches de 10 minutes. Ce systématisme ne dresse même pas de ponts pertinents entre les deux, et l’on finit par compter les minutes qui nous séparent de leur rencontre sans cesse retardée.

Après un générique malaisant et maniéré au possible, rappelant l’héritage vidéo musical autant que les fulgurances de ses premiers films, cette première partie se révèle comme une douche froide, à petit feu. Parce qu’elle joue parfaitement bien sur les contrastes entre la page blanche de l’enquête impossible dans une campagne suédoise hostile, et le noir récit urbain traumatique de la flamboyante et fascinante (et flippante) marginale. Tout en nous lassant par un rythme mal maîtrisé, montage syncopé automatique qui nous laissera juste le temps de « profiter » des scènes les plus glauques. Le film se montre assez frontal pour une production à 100 millions de dollars, mais la version suédoise avait là aussi tapé fort, sur le viol comme sur la vengeance express de cet ange noir.

Pierre angulaire de l’histoire, qui est davantage celle de « the girl with the dragon tattoo » (titre américain) que celle de « Millenium » (le journal de Blomkvist), Lisbeth Salander vampirise l’œuvre, à la fois son poison et son principal atout. On sent bien que c’est ce qui intéresse Fincher avant tout, on ressent évidemment la parenté avec Marla Singer et Tyler Durden, cette fascination du mal plaquée sur la fragilité humaine. Car Salander n’est pas le portrait superficiel de l’ado rebelle qu’elle donne à voir en surface. Personnage féminin éminemment complexe, car reflet extrême de l’inhumanité de la société moderne, elle est prise entre une incapacité sociale et une hyper adaptabilité aux outils technologiques, où elle trouve sa nouvelle liberté. C’est un cyborg, une anomalie, un virus. Lisbeth survit et maîtrise, victime et bourreau, touchante et effrayante, fragile et forte à la fois. Elle est la réaction, la création, l’alien engendré par une société dépeinte comme ultraviolente et misogyne. Il ne fait aucun doute que le succès mondial du livre réside dans ce précipité traumatique de notre monde moderne.

L’acte 2 est une bénédiction. La rencontre entre le bon gars et la bad girl a enfin lieu, et le film peut se délier naturellement, retrouver une certaine grâce de mise en scène, une dynamique commune. Le long début fonctionnait par à-coups frustrants/jubilatoires. La suite nous récompensera, mais au compte-gouttes, par la belle alchimie qui va se tisser, quasi instantanément, entre ces deux là. Il va sans dire qu’on n’en a encore plus rien à foutre de ce qui se trame avec l’histoire d’Harriet. Les scénettes entre le grand nounours au regard bleu acier et la nymphette numérique enfin humanisée vont de l’humour pince sans rire au rapprochement sensuel avec une telle évidence que c’en est jouissif. Voir une mini punkette prendre l’ascendant sexuel sur James Bond dans des scènes bien explicites est à la fois marrant et bandant. Malheureusement ce bonheur de spectateur sera de courte durée, car il faut boucler l’enquête, en duo cette fois. Satisfaction éphémère, comme cette histoire éclair sans lendemain, à laquelle on aimerait pourtant croire. Fin de l’acte 2, 30 minutes à tout casser.

Fincher nous balade agréablement avec ses cadres impeccables et la musique de Trent Reznor en un vrombissement d’une tension continue. Si l’on n’est pas encore revenu à l’inventivité d’antan, le cinéaste prouve une fois de plus sa maîtrise en illustrant avec une grande efficacité des passages obligés casse-gueule comme les flashbacks jaunis, et des scènes d’investigation posées devant un écran, qui si elles ne passionnent pas (c’est pas De Palma dans ses meilleures heures), au moins ne nous ennuient pas. On ressent même davantage le climat (au sens large) suédois que dans le film original, qui lui singeait l’efficacité américaine ! L’ambiance à couper du blizzard au couteau est palpable, les séquences fortes réussies, mais l’aspect thriller est trop languissant pour faire effet sur la durée. La résolution en deux temps met encore une fois l’accent sur Mikael et Lisbeth, leur besoin l’un de l’autre, et dans le jeu du qui sauve qui, l’inversion des rôles s’avère payant. Pour finir sur une note totalement mélancolique. Le Millenium de Fincher nous touche, et c’est là qu’il étonne et prend largement l’avantage. Même s‘il souffre d’une longueur excessive et d’une structure curieusement déséquilibrée, on ressort de ce thriller pépère avec quelque chose en tête, quelque chose de plus que l’illustration appliquée de la version de Niels Arden Oplev. Et qui ne se limite pas tout à fait au seul personnage de Lisbeth.

L’anti climax achève de nous rappeler que le véritable sujet n’était pas l’enquête au sens littéral mais la radiographie en creux d’une famille, d’une société dont on aimerait s’écarter à jamais, tout en ayant le besoin irrépressible du contact des autres pour vivre. Paradoxe cristallisé en Lisbeth Salander, assurément une nouvelle icône moderne. Millenium, c’est simplement un déchirement, l’histoire d’une humanité perdue dans les codes qu’elle s’est imposés.
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by El Dadal »

Rah, je m'étais promis de ne plus réagir sur les films de Fincher, sinon je sens que je risque d'y passer mes nuits, mais ton beau post m'y pousse trop.

C'est une bonne chose que tu mettes à ce point un coup de projecteur sur la structure du film. Comme tu l'écris, si TGWTDT (me) reste en tête, c'est plus que le simple fait d'une enquête policière ou d'un personnage charismatique en diable. J'irai le revoir ce WE pour m'en assurer, mais cette structure qui ne correspond pas aux 3 actes de la dramaturgie classique est à la fois une baffe et une énigme pour un film de ce calibre. La première partie (jusqu'à la rencontre entre les deux protagonistes grosso modo, même si je simplifie beaucoup) en est étrangement la pente descendante, chose encore une fois très rare. Les allers-retours constants font bien en sorte d'épuiser chaque possibilité qui s'offre à Blomkvist jusqu'à LA rencontre miraculeuse. Sans Lisbeth, il est à parier que l'enquête aurait piétiné, et que les suédois auraient alors accouché de leur version du Zodiac. Mais le film qui s'effritait sursaute alors et Blomkvist est graduellement mis en retrait. Il est le personnage fincherien classique qui subit plus qu'il n'agit. C'est là que Lisbeth gagne en puissance, en assurance, et en beauté. Elle s'ouvre à lui et au film, et dès lors je plussoie à ton paragraphe:
2501 wrote:Pierre angulaire de l’histoire, qui est davantage celle de « the girl with the dragon tattoo » (titre américain) que celle de « Millenium » (le journal de Blomkvist), Lisbeth Salander vampirise l’œuvre, à la fois son poison et son principal atout. On sent bien que c’est ce qui intéresse Fincher avant tout, on ressent évidemment la parenté avec Marla Singer et Tyler Durden, cette fascination du mal plaquée sur la fragilité humaine. Car Salander n’est pas le portrait superficiel de l’ado rebelle qu’elle donne à voir en surface. Personnage féminin éminemment complexe, car reflet extrême de l’inhumanité de la société moderne, elle est prise entre une incapacité sociale et une hyper adaptabilité aux outils technologiques, où elle trouve sa nouvelle liberté. C’est un cyborg, une anomalie, un virus. Lisbeth survit et maîtrise, victime et bourreau, touchante et effrayante, fragile et forte à la fois. Elle est la réaction, la création, l’alien engendré par une société dépeinte comme ultraviolente et misogyne. Il ne fait aucun doute que le succès mondial du livre réside dans ce précipité traumatique de notre monde moderne.
Rien à redire. Lisbeth est bien une "anomalie", considérée (ou plutôt déconsidérée) par son entourage comme une cause perdue, les ressources dont elle fait régulièrement preuve allant à contrario de l'archétype fincherien (Ripley, autre personnage de femme forte ET active, s'en rapproche beaucoup, mais elle reste invariablement condamnée). Ce moment où l'individu parvient à s'impliquer et à s'imposer au monde est toujours signe de moments de cinéma très forts chez Fincher (le suicide de Ripley, la décision de Mills à la fin de Se7en, le saut de Nicholas Van Orton dans The Game etc...). Ici, le processus est différent, du à la fois à la fameuse structure éclatée du récit, et également à la prise de pouvoir graduelle de Lisbeth sur sa vie. L'autonomie qu'elle gagne à chaque seconde est une source incommensurable de plaisir. C'est vraiment un personnage à part, que je ne peux qu'aimer.
2501 wrote:L’anti climax achève de nous rappeler que le véritable sujet n’était pas l’enquête au sens littéral mais la radiographie en creux d’une famille, d’une société dont on aimerait s’écarter à jamais, tout en ayant le besoin irrépressible du contact des autres pour vivre. Paradoxe cristallisé en Lisbeth Salander, assurément une nouvelle icône moderne. Millenium, c’est simplement un déchirement, l’histoire d’une humanité perdue dans les codes qu’elle s’est imposés.
Cet anti-climax est pour moi l'autre raison qui me pousse à considérer TGWTDT comme autre chose qu'un fast flick. Je n'ai pas souvenir au cinéma d'une fin à rallonge aussi mémorable depuis Le Pacte des Loups. L'épisode du meurtrier clos, le film révèle alors son véritable projet. Si Se7en était une version Reader's digest du serial killer, et Zodiac son pendant San Francisco Chronicle, Millenium ressemble à un film-tabloïd. Le style global du film faussement trash, le générique rentre dedans, la geekerie assumée, et la fascination pour la bassesse et la crasse, élargie à l'échelle de la société de l'information, associés au rythme qui ne laisse jamais de répit (hormis les séquences plus intimes qui servent de contrepoint), ça m'a tout l'air d'un signe des temps, comme souvent chez Fincher, dont les films sont vraiment des capsules temporelles.
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by lowtek »

Finalement je l'ai vu, contrairement à ce que j'ai pu dire. Je dois dire que même si l'histoire reste complètement idiote et entendue, j'ai été plutôt agréablement surpris par la dernière demi-heure, justement au moment où on s'extrait d'une intrigue classique du thriller contemporain épuisée jusqu'à la corde (des filles massacrées dans un sous-sol), pour enfin dégager les personnages du coté mécanique de l'histoire.
Donc je dis "oui" pour les 30 dernières minutes.
Et finalement, si le générique reste aussi moche à mes yeux, il est un bel hommage SM aux génériques des James Bond.
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by Demi-Lune »

SPOILERS. Comme cela a été largement noté dans les interventions précédentes, c'est le personnage de Lisbeth Salander (que je trouve magnifiquement interprété par Rooney Mara, dont la voix m'aura fasciné pendant tout le film) qui intéresse Fincher. Et pour cause... c'est une asociale ! Eh oui, notre cher cinéaste fasciné par le fonctionnement des liens sociaux trouve en elle un sujet d'étude subjuguant, elle la rebelle cérébrale et impénétrable qui n'est pas dupe des convenances et tend son doigt d'honneur à la société en disant fuck jusque sur son t-shirt. En cela elle est un prolongement de la représentation du personnage de Mark Zuckerberg dans l’œuvre précédente du réalisateur. Fincher nous baladant en réalité pendant plus de 2 heures dans une intrigue un peu réchauffée pour mieux nous emmener dans cette ultime partie où il abat enfin ses cartes : Millenium suit en fait la dynamique socialisante de notre héroïne à la crête, comment elle tente à sa manière de pénétrer cette notion de societas qui demeure le thème fondamental de l’œuvre fincherienne. Au-delà du savoir-faire éprouvé du cinéaste en matière d'ambiances troubles et de narration policière, c'est bien ce qui, me concernant, fait tout l'intérêt et la singularité de cette œuvre atypique et cependant inégale : le cheminement comportemental de la protagoniste, sa décrispation progressive face aux marqueurs de la société dont le pouvoir rassurant et séducteur sont incarnés par le charismatique Daniel Craig. Lisbeth l'asociale punk et geek se féminise, se maquille, se rend belle - certes pour une cause momentanée mais le processus de sociabilisation est néanmoins lancé, en témoigne ce touchant aveu à son tuteur tétraplégique : elle, solitaire et inadaptée pour quiconque, a désormais un ami. On sent chez elle un changement, un apaisement demandant de la persévérance, la perspective plus tangible d'une vie plus souriante, l'amorce timide de gestes sociables. Seulement, dans le petit monde désespéré de David Fincher, où la société et les rapports humains qui la fondent sont souvent des leurres, il n'y a que peu de place pour la pureté du sentiment. Et Fincher de nous asséner goulument, après toute cette enquête ronronnante en trompe-l’œil, la fin de The Social Network inversée : alors que Zuckerberg rafraîchissait une page Facebook dans l'espoir que Rooney Mara devienne son amie, c'est maintenant au tour de Rooney Mara de faire la dure expérience que dans le cinéma de Fincher, il n'y a pas d'ami qui tienne, pas d'espoir dans cette vile societas. Plus les choses changent, plus elles restent les mêmes... ça s'applique à la brillance du film (le réalisateur reste le maître américain incontesté du thriller : même si l'enquête n'est pas extraordinaire et déçoit, Fincher la sublime grâce à sa mise en scène chirurgicale et ses atmosphères sonores géniales) autant qu'à l'attitude que je trouve toujours assez complaisante et antipathique de l'auteur, qui poursuit son petit voyage dans la pourriture inextricable et doloriste de l'être humain à gros renforts de cinglés, de gros lards violeurs amateurs de sodomie, de nazis, de meurtriers en série. Le résultat : un film frustrant, à mon sens trop long mais jamais chiant, aussi intéressant que potentiellement désagréable dans ses postures (cette photo crépusculaire mordorée qui se repait de l'abominable, je commence à m'en lasser). Attention, David, tu vas finir par ouvrir un club avec LVT. :mrgreen: :arrow:
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by AtCloseRange »

Bon, il va falloir que je sorte mon avis.
J'avais vu la moitié de la série sur Canal + et c'est peu dire que l'idée de voir ça sur grand écran me motivait assez peu.
La première heure est conforme à mon souvenir Derrickien: autrement dit on s'ennuie ferme devant cette représentation à l'identique de la série/film/roman original et on se demande à quoi ça sert de filmer et refilmer un matériel aussi cadenassé et tellement peu intéressant cinématographiquement.
Donc Fincher n'en fait rien et on se rend vite compte que la seule chose qui a un tant soit peu d'intérêt dans cet histoire, c'est le personnage de Lisbeth (absolument identique à la version scandinave - à ce moment-là, est-on dans la performance ou dans le mimétisme?).
Il faudra attendre la 2ème heure du film et l'enquête conjointe menée par les 2 protagonistes pour que le film (et la mise en scène de Fincher) s'anime un peu car, ça (filmer des écrans d'ordinateur), il sait le rendre passionnant.
Tout ça nous mène gentiment vers un premier climax ridicule (mon dieu, Enya! :shock: ), et affreusement mal amené.
Ce qui n'est néanmoins rien par rapport à ce qui suit: un autre arc traité en 30 minutes clé en main qui tente sans doute de traiter vainement les péripéties originales du bouquin.
Et Fincher termine son film le plus impersonnel par un dernier plan foiré en tentant d'y mettre une louche d'émotion.

En résumé, Fincher n'y est certainement pas pour grand chose et a assuré le minimum mais le matériau original était par trop frelaté.
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Watkinssien
Etanche
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Re: The Girl with the Dragon Tattoo (David Fincher - 2012)

Post by Watkinssien »

Je suis assez d'accord avec toi, AtCloseRange ! :wink:

Tout ce que je lis de positif sur le personnage de Lisbeth, sur son traitement fait par Fincher, eh bien je suis désolé de le dire mais Oplev l'avait déjà fait... Fincher est un plus grand cinéaste que ce dernier, mais là il ne fait que reproduire "en plus grand" ce qu'Oplev a fait.
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