Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

Moderators: cinephage, Karras, Rockatansky

Jipi
Assistant(e) machine à café
Posts: 107
Joined: 15 Feb 08, 09:55

Re: Un homme est passé (John Sturges)

Post by Jipi »

Un nid de vipères sévit la ou il n’y presque rien. Quelques embusqués scénarisent méfiance et racisme en traquant le parachuté et le Japonais local. La noirceur du site est révélée par les investigations d’un reconnaissant surgit de nulle part chapeau et costume sombre débarqué d’un train ne contemplant en temps ordinaires ces lieux désolés qu’à grande vitesse.

« Bad day At Black Rock» décrit les désastres d’un isolement permettant à des reclus de se réaliser par la dominance et la soumission. Cette parcelle de sol Martien à peine distinguée d’une lorgnette civilisée indifférente trop éloignée entretient par la lâcheté et la peur quelques petites frappes bannies d’un conflit mondial.

Black Rock au fond du trou à l’immense chance de pouvoir renaître en vingt quatre heures grâce à une pierre angulaire de passage. Le challenge consiste à reconstruire les valeurs morales d’un site entre le passage de deux trains. Les remords de quelques pénitents remontent en surfaces en retrouvant le marché d’un courage enseveli.

Sous un cinémascope profond luminosité d’un non évolutif de pierre John J. Macreedy manchot équilibré, serein et intuitif sert de parcours rédempteur à quelques entités redevenues lucides grâce à la prise de conscience d’un état délabré.

John Sturges préfère valoriser par un paysage désolé la perception pour un moraliste d’une autre planète ou rien de bon ne pousse. John J. Macreedy cosmonaute fragilisé sur un sol hostile contemple le négatif d’une contrée presque à évangéliser managée par des Aliens locaux particulièrement dangereux.

La victoire s’obtient grâce à une confrontation soutenue appuyée d’un désir de retrouver une identité même au bout du monde.

La scène de la pompe à essence ou Robert Ryan tout en restant obtus livre quelques révélations sur un comportement raciste percu en interne comme indispensable et salutaire est exemplaire en monstruosité.
Last edited by Jipi on 10 May 08, 13:58, edited 2 times in total.
Chaque individu a le devoir de se réaliser par l'esprit dans le contexte historique de son époque.
angel with dirty face
Six RIP Under
Posts: 4612
Joined: 7 Mar 07, 22:23

Re: Un homme est passé (John Sturges)

Post by angel with dirty face »

Bad Day At Black Rock (1955) est un film assez étrange à mes yeux. Je suis d'accord avec les forumeurs qui classent ce film dans la catégorie Western... On y retrouve la marque du réalisateur qui signera peu après l'excellent Last Train From Gun Hill (1959) - Mon John Sturges favori - et bien plus tard McQ (1974). J'aime beaucoup Un Homme Est Passé pour plusieurs raisons: Spencer Tracy aussi sublime qu'un Kirk Douglas dans Last Train From Gun Hill, Les seconds rôles - Ernest Borgnine, Lee Marvin, et Walter Brennan - tous toujours aussi brillants, mais surtout pour cette histoire de Black Rock et le mystère autour d'Adobe Flat. Cependant, je ne peux m'empêcher de reconnaître que ce film provoque chez moi des sentiments assez contradictoires: En regardant Bad Day At Black Rock, j'ai l'impression d'y voir des longueurs et paradoxalement je trouve ce film trop court à cause d'une fin qui me semble un peu trop expédiée (C'est en fait un film assez court : 78 minutes). Autre frustration, c'est l'utilisation d'un grand acteur comme Robert Ryan pour un rôle qui aurait pu être un peu plus riche... Sinon, encore une fois, malgré ces quelques points, c'est un film que je trouve très bon.

Pour finir, si Boubakar et NotBillyTheKid n'ont pas vu le film, je leur recommande vivement, je pense que c'est le genre de film qui va les brancher :wink:
Last edited by angel with dirty face on 18 May 08, 20:16, edited 1 time in total.
Droudrou
Doublure lumière
Posts: 411
Joined: 19 Feb 08, 16:57
Location: Rouvray

Re: Un homme est passé (John Sturges)

Post by Droudrou »

Pour ma part, j'aime beaucoup ! Et c'est vrai qu'il y a un casting qu'on a plaisir à voir, revoir ou redécouvrir. Concernant Spencer Tracy, seul contre tous et sérieusement handicapé par son infirmité, j'avouerai un certain malaise. J'aime beaucoup l'acteur mais je penserai facilement que l'ensemble de ses derniers rôles au cinéma ne le renouvelle pas beaucoup. C'est son physique de "vieux" qui nous l'impose. Ses cheveux blancs, ses traits et l'essentiel est ou serait déjà tout à la fois fait et dit ! Si je l'oppose à cette brute de James Cagney, je dirai que ce dernier se renouvelle chaque fois dans sa brutalité (sachant qu'il a tenu des rôles au registre plus fantaisiste). Tracy est un monolythe ! Mais, ça n'enlève rien aux qualités de ce grand film de Sturges.
John Wayne : "la plus grande histoire jamais contée" - It was true ! This man was really the son of God !...
User avatar
monk
Décorateur
Posts: 3627
Joined: 21 Jun 05, 09:55

Re: Un homme est passé (John Sturges, 1955)

Post by monk »

Découvert hier, et je me classe directement parmis les admirateurs du film. La forme et le fond. Un "film d'action sans action" ou la tension vient de l'attente et de l'observation, de l'intimidation et de la suspicion. Magnifique. Je garde.
A noter une très belle bourde quand Tracy arrive à Adobe Flat: il est devenu manchot à droite l'espace d'un plan !
Hitchcock
Electro
Posts: 967
Joined: 9 Dec 13, 13:34
Location: Londres

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Hitchcock »

Un très beau film en effet, avec une magnifique photographie du désert américain. On ressent la tension et le suspense entre les personnages jusqu'à l'affrontement final entre un Spencer Tracy impérial peut-être un de ses meilleurs rôles, et Robert Ryan en salaud intégral. John Sturges signe ici une sorte de western moderne se déroulant après la Seconde Guerre Mondiale et abordant de plus les problèmes de racisme anti-nippon.
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19467
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Rick Blaine »

Hitchcock wrote:Un très beau film en effet, avec une magnifique photographie du désert américain. On ressent la tension et le suspense entre les personnages jusqu'à l'affrontement final entre un Spencer Tracy impérial peut-être un de ses meilleurs rôles, et Robert Ryan en salaud intégral. John Sturges signe ici une sorte de western moderne se déroulant après la Seconde Guerre Mondiale et abordant de plus les problèmes de racisme anti-nippon.
Spencer Tracy y est effectivement formidable. C'est un de mes acteurs préférés, et je dois dire que c'est l'une de ses performances les plus marquantes, à l'unisson d'un casting en tous points extraordinaire. Ce film est exceptionnel, d'une grande tension, d'une grande densité. Sturges semble parfaitement à l'aise lorsqu'il s'agit d'intrigue géographiquement et temporellement localisées, on retrouve un peu ça dans le Dernier train de Gun Hill, un autre de ses meilleurs films.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89148
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote: Sturges semble parfaitement à l'aise lorsqu'il s'agit d'intrigue géographiquement et temporellement localisées, on retrouve un peu ça dans le Dernier train de Gun Hill, un autre de ses meilleurs films.
Totalement d'accord ; je te conseille donc si tu en as envie de redonner un jour ou l'autre une chance à OK Corral qui à mon avis concourre dans la même catégorie. Et ne parlons pas de Fort Bravo qui (après avoir revu tous ses principaux films), demeure pour moi son film le plus accompli, son chef-d'oeuvre.
Hitchcock
Electro
Posts: 967
Joined: 9 Dec 13, 13:34
Location: Londres

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Hitchcock »

Jeremy Fox wrote:
Rick Blaine wrote: Sturges semble parfaitement à l'aise lorsqu'il s'agit d'intrigue géographiquement et temporellement localisées, on retrouve un peu ça dans le Dernier train de Gun Hill, un autre de ses meilleurs films.
Totalement d'accord ; je te conseille donc si tu en as envie de redonner un jour ou l'autre une chance à OK Corral qui à mon avis concourre dans la même catégorie. Et ne parlons pas de Fort Bravo qui (après avoir revu tous ses principaux films), demeure pour moi son film le plus accompli, son chef-d'oeuvre.
Je suis d'accord même si pour moi Ok Corral reste son chef d'oeuvre absolu (même dans mon top 20).
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19467
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote: Totalement d'accord ; je te conseille donc si tu en as envie de redonner un jour ou l'autre une chance à OK Corral qui à mon avis concourre dans la même catégorie.
Il faudra que je lui redonne une chance effectivement. Aujourd'hui, parmi les Sturges que j'ai vu, c'est celui qui me convainc le moins. J'ai du passer à côté ce jour là.
User avatar
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Posts: 89148
Joined: 12 Apr 03, 22:22
Location: Contrebandier à Moonfleet

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:
Jeremy Fox wrote: Totalement d'accord ; je te conseille donc si tu en as envie de redonner un jour ou l'autre une chance à OK Corral qui à mon avis concourre dans la même catégorie.
Il faudra que je lui redonne une chance effectivement. Aujourd'hui, parmi les Sturges que j'ai vu, c'est celui qui me convainc le moins. J'ai du passer à côté ce jour là.

Si je te dis ça c'est qu'il me semble être le pendant direct de Gun Hill ; et comme tu adores celui-ci... Après il est tout à fait possible que ça ne passe pas mieux la deuxième fois hein :wink:
Hitchcock
Electro
Posts: 967
Joined: 9 Dec 13, 13:34
Location: Londres

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Hitchcock »

J'ai même vu dans ton top que tu le préférais à The Searchers et Rio Bravo ! :lol:
User avatar
Rick Blaine
Howard Hughes
Posts: 19467
Joined: 4 Aug 10, 13:53
Last.fm
Location: Paris

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:
Rick Blaine wrote:
Il faudra que je lui redonne une chance effectivement. Aujourd'hui, parmi les Sturges que j'ai vu, c'est celui qui me convainc le moins. J'ai du passer à côté ce jour là.

Si je te dis ça c'est qu'il me semble être le pendant direct de Gun Hill ; et comme tu adores celui-ci... Après il est tout à fait possible que ça ne passe pas mieux la deuxième fois hein :wink:

Je lui redonnerais une chance tout de même, il faut que je tire ça au clair!
Stone Blue
Assistant(e) machine à café
Posts: 272
Joined: 21 Jun 12, 15:37
Location: Somewhere over the rainbow

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Stone Blue »

On loue Spencer Tracy à juste titre, mais les seconds rôles aussi sont particulièrement réussis dans ce film je trouve. Huis clos d'autant plus étouffant qu'il a lieu paradoxalement dans une vaste étendue désertique, d'où nul ne semble pouvoir s'échapper si ce n'est par le train, peu fréquent dans cette région perdue de l'Arizona.
"J'ai décidé d'être heureux, c'est bon pour la santé" - Voltaire
Hitchcock
Electro
Posts: 967
Joined: 9 Dec 13, 13:34
Location: Londres

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Hitchcock »

Le cadre est extrêmement réussi, en particulier la ville perdue dans le désert, étouffante et inquiétante, dont il se dégage une ambiance très particulière et propre au film. Comme dans beaucoup de westerns on retrouve le train symbole de liberté et d'échappatoire. Quant aux seconds rôles, ils sont effectivement très bien choisis, avec un Robert Ryan en superbe bad-guy (peut-être son meilleur rôle avec Le Traître du Texas de Boetticher), Lee Marvin est excellent comme d'habitude dans un petit rôle. N'oublions pas également le sympathique Walter Brennan.
Federico
Producteur
Posts: 9499
Joined: 9 May 09, 12:14
Location: Comme Mary Henry : au fond du lac

Re: Un homme est passé (John Sturges - 1955)

Post by Federico »

Un mix western/Noir très original. OK, ce n'est pas au niveau exceptionnel des Inconnus dans la ville (sorti trois mois plus tard) mais il y a des similitudes. Dont l'ineffable présence d'Ernest Borgnine, aussi inoubliable dans l'un que dans l'autre. "Gentil" (pour une fois) chez Fleischer, il manie la fourche, "gros vilain" (comme souvent) chez Sturges, il se prend une fourchette d'anthologie. :)

The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz