Sidney Lumet (1924-2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Demi-Lune
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Demi-Lune »

Le crime de l'Orient-Express (1974)

J'étais déjà mitigé sur ce film il y a des années... la redécouverte ne bouleverse pas ce constat.

J'aime beaucoup le roman d'Agatha Christie (pas autant que Dix Petits Nègres) et cette adaptation ne manque certainement pas de charme, mais elle n'est pas à mon sens tout à fait à la hauteur du matériau. Pourtant Lumet semble sur le papier être le réalisateur idéal : prince du huis-clos, roi de la fluidité narrative, empereur des scènes dialoguées jamais empesées, il est tout indiqué pour accompagner et magnifier la trame de la romancière. Légitimement on escompte, de sa part, que les séquences de dialogue - sur lesquelles la quasi totalité de l'intrigue repose - soient passionnantes, or il s'avère rapidement que le réalisateur n'est pas dans l'état de grâce qui avait accouché de 12 hommes en colère ou The Offence, pour rester dans le même registre. Lumet n'est pas connu pour verser dans l'esbroufe visuelle mais sa mise en scène manque ici de pèche. Le film apparaît relativement guindé, considérant l'intrigue avec une légèreté à mon avis excessive (si on en revient au texte d'origine, certes pas exempt de facéties mais travaillant une véritable atmosphère d'énigme) et que je regrette. Albert Finney campe un Poirot très amusant et satisfaisant, mais son personnage évolue dans une tonalité fort dédramatisée, privant l'histoire d'un vrai suspense et d'un vrai mécanisme de mystère pour lui préférer décontraction, ambiance rétro et défilé de stars (le casting est prestigieux mais ça me fait presque le même effet que pour les films de guerre, où la profusion de noms illustres finit par annihiler l'identification aux personnages). C'est marrant parce que les Poirot d'Ustinov iront dans le même sens (ludique, désinvolte...) alors que ce ne sont pas, pour ma part, les traits de caractère que je retiens principalement des bouquins de la Reine du crime.

Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est une trahison, car dans l'ensemble la trame est extrêmement fidèle, mais le style si précis et si difficilement explicable d'Agatha Christie repose lourdement sur une science aiguë du suspense, du secret, de la fascination qu'inspire de prime abord l'insolubilité de l'énigme. Je ne retrouve pas cela dans le film de Lumet. Là où la lecture des différentes auditions dans le roman est mue par un véritable sens du rythme (dû à la brièveté du style rédactionnel de Christie) et du mystère haletant, la transposition filmique se montre malheureusement longuette, pépère, mécanique, souffrant à la longue d'une répétitivité impensable dans le bouquin. Christie, entre plusieurs interrogatoires, prenait toujours soin de faire intervenir des rebondissements (la découverte du costume de cheminot, la découverte du kimono rouge) qui font un sacré effet sur le lecteur ; dans le film, limite on s'en fout. Évidemment ça reste subjectif mais la scène qui cristallise particulièrement la mollesse de l'adaptation est pour moi celle de la nuit du meurtre : dans le bouquin, c'est très bien foutu, le point de vue subjectif de Poirot nous donne avec économie des informations enrobées dans une atmosphère au cordeau. Quand Poirot voit la silhouette au kimono rouge disparaître au fond du couloir, moi en tant que lecteur je frémis. Dans le film, ces pages sont traitées de manière relativement convenue, ce sont des passages obligés que Lumet traite prestement et qui déçoivent. Au rayon des fantasmes, j'aurais bien vu une scène du style de celle où Jeffries, dans Fenêtre sur Cour, observe les allées et venues de son voisin la nuit du meurtre : tout est silencieux, il y a une vraie tension qui naît de l'utilisation de la bande sonore et des allers-retours visuels entre Stewart et ce qu'il voit (et ce qu'il ne voit pas quand il est endormi).

La vraie démarcation reste l'ouverture du film, prologue visuel nécessaire (quoique) qui propose un intéressant travail de montage et, exceptionnellement au regard du film, une certaine ambiance énigmatique.

Lumet semble en revanche beaucoup s'amuser à diriger sa pléiade de monstres sacrés. C'est un bonheur de voir autant de mythes dans un même décor. Mais ça ne compense pas entièrement mon sentiment de déception et de frustration.
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Federico »

Je n'ai jamais pigé ce que Lumet était venu faire dans cette galère (un contrat à honorer ? envie de vacances ? par jeu ?).
A la première vision (et à condition de ne pas déjà connaître le roman), ça peut faire passer un relatif bon moment... enfin... disons il y a 30 ans. Parce que l'image a sacrément mal vieilli avec ses immondes effets de filtre 70's. Le défilé de vieilles gloires fait aussi un peu pitié, je trouve (notamment Bacall et Bergman).
Bref, tant qu'à voir une intrigue policière dans des décors old school, mieux vaut se repasser La grande attaque du train d'or de Michael Crichton (1978), par exemple...
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by cinéfile »

Le Prince de New York (Prince of the City, 1981)

Revu hier soir.

Cela faisait un petit moment que je souhaitais revoir ce film, dont la découverte il y a deux ans m’avait durablement marquée. Profitant du week-end pour engloutir ce long-métrage fleuve d’une seule traite, mon impression reste intacte : Prince of the City est une œuvre immense !

Danny Ciello (T. Williams), jeune et brillant flic des stups, décide de révéler au grand jour les pratiques douteuses qui sévissent au sein de la police. Il finira brisé.

Lumet développe ici une nouvelle variation sur le thème de la corruption et nous plonge dans les arcanes du système juridico-policier à travers le parcours individuel d’un jeune inspecteur, dont la soudaine prise de conscience conduira au bord de la folie. Moins idéaliste qu'un Serpico, Ciello est parfaitement intégré dans le microcosme des flics et a lui-même usé de méthodes répréhensibles pour pavenir à ses fins. Le réalisateur (et co-scénariste du film), qui adapte un livre fondé sur le témoignage de Robert Leuci (le vrai Ciello), se penche sur le dilemme moral qui agite le personnage principal avec une dose considérable d’ambiguïté. En effet, le personnel judiciaire peut se montrer particulièrement manipulateur. Ciello doit-il donc dénoncer « sa famille » au profit d’un système judiciaire qui l’utilise et peut se retourner contre lui à tout moment ? Le déroulement de l'histoire est structuré en chapitres (débutant chacun par une citation tirée des évènements à venir) à la manière d'une tragédie. La succession impressionnante de séquences, entrecoupées d’ellipses, s’étalent sur 5 ans d’enquêtes et de procédure.

Prouesse logistique, le tournage se déroula dans plus de 130 décors différents et nécessita la participation de 110 acteurs (pour certains non-professionnels) sur une période de moins de 60 jours ! Cette peinture sociale s’accompagne donc d’un sentiment d’urgence qui concours à renforcer l'intensité émotionnelle de l'ensemble. Torturé et impulsif, Treat Williams hérite de son plus grand rôle et est entouré d’une pléiade de second rôles remarquables (Je citerais volontiers Jerry Orbach, Lane Smith et Lance Henriksen). La mise en scène de Lumet n’est pas en reste. Comme il l’explique dans le documentaire proposé dans le DVD, il s’est appliqué à dépouiller petit à petit les décors du film et à modifier le choix des prises de vue afin de suggérer l’isolement progressif d'un Ciello abandonné de tous. Le résultat est aussi poignant qu'étourdissant.

Tourné au tout début des années 80, autrement dit à une époque où les sujets contemporains avaient progressivement fuit la majorité des écrans américains, ce film à l’ambition peu commune surprend par son refus total de compromis. Abandonnant une forme d’idéalisme héritée des 70’s (Serpico) au profit d'un pessimisme encore plus profond, Lumet orchestre un drame policier éprouvant et complexe, qui trouvera malheureusement peu d’écho dans le public à sa sortie. Artisan d’un cinéma adulte et humaniste qui place une confiance absolue dans la capacité du spectateur à forger par lui-même une réflexion sur la société qui l’entoure, on ne mesure qu’avec plus de tristesse l’immense vide laissé par ce grand cinéaste depuis son décès survenu en avril 2011.

Très grand film.
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feb
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by feb »

Je profite du topic dédié à Lumet pour rappeler que Garbo Talks est diffusé le jeudi 07/06 à 20H au Capitole à Clermont-Ferrand...daniel gregg t'es un sacré veinard et je piquerais bien ta place :fiou: :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Profondo Rosso »

The Offence (1972)

1972. Dans une banlieue grise et anonyme d'une grande ville d'Angleterre. Le sergent Johnson (Sean Connery), un policier brutal et moustachu ayant 20 ans d'expérience, se lance aux trousses d'un violeur de fillettes. Très vite, un étrange individu (Ian Bannen) est arrêté. L'interrogatoire se met en place. Commence alors, pour les deux hommes, une véritable nuit d'horreur…

The Offense est le grand film maudit de Sidney Lumet, dont la trop grande noirceur entraîna l'échec par le rejet du public mais aussi de la distribution restreinte de la United Artist craintive d'écorner l'image de Sean Connery. Le film faisait ainsi partie d'un deal entre le studio et Connery qui imposait ses conditions pour incarner une ultime fois James Bond dans Les Diamants son éternels (1971). En plus d'un salaire mirobolant pour reprendre le rôle de 007, l'acteur obtient également de se faire produire deux films indépendants de son choix financé par le studio. Le premier (et finalement le seul suite à l'échec commercial) sera donc The Offense, adapté d'une pièce de théâtre de John Hopkins (également auteur du script) que Connery chercha déjà à jouer quelques années plus tôt. Il engage également à la mise scène Sidney Lumet avec qui il avait déjà tourné La Colline des hommes perdus (1965) et Le Gang Anderson (1971) tandis que l'équipe technique et le casting est constitué d'amis comme Trevor Howard ou Ian Bannen.

The Offense apparaît dans la continuité d'un certain nombre de film anglais et américain qui révolutionne le polar en ce début des années 70. Côté américain, c'est la figure du flic qui devient ambiguë avec Inspecteur Harry (1971) et French Connection (1971) où l'agent de la loi n'hésite plus à franchir la ligne rouge et d'user de méthodes aussi radicales que les malfrats qu'il traque. En Angleterre, les polars comme La Loi du Milieu ou Villain dépeigne avec une violence radicale et un réalisme urbain oppressant les mœurs criminelle des cités anglaise. Même si The Offense s'inscrit parfaitement de ce contexte, c'est pourtant un film très différent. Les actions borderline des Dirty Harry et Popey Doyle se trouvaient en partie justifiées par une hiérarchie et un système impuissant quand tout le policier incarné par Sean Connery les écarts viennent surtout de son propre désordre psychique. L'urbanité d'un Get Carter disparait de la cité anonyme entraperçues dans les quelques extérieurs de The Offense, les moments de tension naissant de scène dépouillée où se ressent s'exprime totalement l'origine théâtrale du film.

Le film fait en fait office de précurseur de la grande trilogie de la corruption de Sidney Lumet à travers Serpico, Le Prince de New-York et Contre-enquête. Chacun des films montrait des flics incapables dans l'intimité de quitter les tourments quotidiens de leur métier, que ce soit la corruption de leur collègue (Serpico) ou la leur qui les ronge (Le Prince de New York). Ici la corruption est d'ordre mentale avec un Sean Connery qui en traquant un pédophile se trouve confronté à ses propres démons, l'affaire en cours faisant rejaillir toutes les horreurs qu'il a pu rencontrer au cours de sa carrière. Incapable de séparer ses différentes réalités, il va ainsi malmener fatalement un suspect dont la culpabilité sera questionnée jusqu'au bout. Lumet articule son récit autour de grandes confrontations et joutes verbales montrant l'esprit vacillant de Sean Connery : le violent face à face avec le suspect pédophile (Ian Bannen) qui ouvre et conclu le film, l'échange avec Trevor Howard qui le met face à ses failles et enfin la dispute avec son épouse Maureen (Vivien Merchant) illustrant son incapacité à partager les visions qui le hante. Avant ces pics, Lumet aura dévoilé subtilement l'ambiguïté de Sean Connery où au contraire des trois grandes scènes dialoguées plus démonstratives il se sert surtout de l'image pour traduire ce sentiment. On pense à la scène où Connery retrouve la malheureuse fillette violée, Lumet usant d'angle de prise de vue qui à travers les yeux de la victime ferait presque passer Connery pour le prédateur (la contre-plongée qui le voit surgir des buissons) et même le long moment où il tente d'apaiser sa terreur pourrait être interprété tout autrement au vu du positionnement des personnages dans l'espace. Il en va de même lors de la longue séquence en voiture montrant les souvenirs sordides de Connery ressurgir et faisant ainsi partager le malaise de celui accompagné de telles images au quotidien. Ce passé douloureux s'avère plus tangible que le présent avec une photographie usant de couleurs bien plus vivaces quand le reste du film baigne dans une imagerie terne, grisâtre et désaturée.

Le long duel psychologique avec le suspect est ainsi notre guide tout au long du film, le mystère se dissipant au fil de ses reprises révélant toute la noirceur du propos. C'est d'abord en ouverture sous forme d'un halo immaculé en forme de cauchemar au ralenti que nous devinons la violence en cours sans la comprendre. La seconde interprétation révèlera la violence de Connery tout en jouant de l'ellipse quant à l'échange entre les deux hommes qui se dévoilera lors du final où le rapport de force est inversé pour notre héros perdant définitivement pied. Le trouble naît autant des dialogues que des hallucinations de Connery qui désormais se confondent avec les pulsions de son suspect. C'est sur ce point de non-retour que ce conclu le film, un grand Lumet glacial et dérangeant de bout en bout. 5,5/6
Profondo Rosso
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Profondo Rosso »

À bout de course (1988)

Danny, jeune homme de dix-sept ans, est le fils d'anciens militants contre la guerre du Vietnam. Ses parents Annie et Arthur Pope organisèrent un attentat à la bombe contre une fabrique de napalm. Un gardien mourut lors de l'explosion. Depuis, les Pope sont en fuite. Danny vit assez mal cette situation de mensonge et de dissimulation. Mais tout va basculer lors de sa rencontre avec Lorne Philips, la fille de son professeur de musique.

Sidney Lumet signe un de ses chefs d'œuvres avec ce poignant Running on Empty. Le scénario de Naomi Foner s'inspire librement du couple d'activiste formé par Bill Ayers et Bernardine Dohrn qui au sein de leur groupuscule radical les Weathermen conduisirent dans les années 60/70 à une série d'attentat sur des bâtiments public en protestation des guerres menées par les Etast-Unis. Comme dans nombre de ses meilleurs films, Lumet questionne des personnages engagés dans un choix de vie radical, qu'il soit vertueux (Serpico), corrompu (Le Prince de New York), cathartique (The Offence). La différence ici est que plutôt que de se focaliser sur la seule croisade de ses héros extrêmes, Lumet s'attarde cette fois aussi et surtout sur les victimes collatérales, les proches obligés de subir toute les conséquences.

Auteurs en 1971 d'un attentat contre un labo de napalm, Annie (Christine Lahti) et Arthur Pope (Judd Hirsch) sont depuis en cavale et recherché par le FBI. Leurs enfants les accompagnent dans cette fuite avec l'aîné Danny (River Phoenix) et le cadet Harry. Le film s'ouvre sur un escamotage auquel la famille est rompue, les silhouettes d'agents fédéraux aux aguets signifiant un départ précipité. Dans un tel mode de vie impossible de réellement s'attacher à ses rencontres de passage, de s'imprégner de ces résidences provisoire et il faut apprendre à vivre au jour le jour. La famille nous apparaît ainsi immédiatement complice et soudée car seul espace où chacun peut réellement être lui-même. La dissimulation, le mensonge et les artifices divers (changement de nom, modification physique) sont traités avec une relative légèreté de ton pour exprimer l'habitude du processus au sein de la famille mais néanmoins l'effet pesant et répétitif de la chose se ressent. Lumet exprime ce malaise avec sobriété, l'amour les unissant mais aussi l'entité collective dominant l'individu empêchant chacun de s'épancher.

Danny, adolescent à l'âge où ses changements incessants sont de plus en plus difficiles à supporter va ainsi devoir prendre son destin en main, détaché des fautes de ses parents. Ce sera d'abord son futur où son talent au piano lui ouvre les portes d'une prestigieuse université, puis son cœur avec un premier amour qui rendrait un nouveau départ encore plus douloureux. Le regretté River Phoenix offre là sa prestation la plus touchante, qui comme celle du Mosquito Coast de Peter Weir (1986) fait grandement écho à sa vie personnelle. Sa famille membre de la secte Les Enfants de Dieu vécut une existence nomade en Amérique du Sud entre le Mexique, le Venezuela et Porto Rico avant de rentrer aux Etats-Unis. Il exprime merveilleusement ce sentiment d'être toujours extérieur à son environnement, à des lieues des camarades l'entourant et cette hésitation constante au moment de tisser un lien plus profond donne de formidables séquences. Ce sera d'abord le baiser fougueux qu'il finit par retenir lorsqu'il prend conscience de son abandon avec sa petite amie Lorna (Martha Plimpton) puis lors d'une magnifique scène de confession. C'est cette même libération momentanée qui se ressent lors des scènes où Danny joue du piano, River Phoenix vrai musicien jouant vraiment lors de ses passages.

Les destins s'entrecroisent avec brio, plaçant les adultes face à leurs contradictions. Dans sa cavale, Annie vit finalement une existence de femme au foyer bien loin de l'exaltation de la cause. Ironiquement, Danny à qui elle a enseigné le piano souhaite effectuer le chemin inverse de fugitif vers une vie qu'elle a fui alors qu'elle était aussi promise à une grande carrière de musicienne. Mais surtout ses anciens choix comme ceux futurs de son fils sont synonyme de longue séparation pour la famille alors éclatée. Le collectif doit-il dépasser l'épanouissement de l'individu ? L'union familiale doit-elle empêcher chacun de prendre son envol et suivre sa voie ? Ces questionnements sont formidablement amenés par les personnages adultes avec excellente Christine Lahti (nominée à l'Oscar) à la douceur résignée et Judd Hirsch, roc qui dissimule ses peurs sous une détermination sans faille. La confrontation d'Annie avec son père est à ce titre d'une grande force et filmée tout en retenue par Lumet. Le réalisateur s'efface derrière ses personnages tout en inscrivant discrètement les sentiments qui l’animent dans sa mise en scène, on pense aux déambulations solitaires où River Phoenix est figé au centre d'une nature qu'il observe. La scène finale est amenée avec tout autant de justesse et d'émotion à fleur de peau, ce qui a précédé suffit amplement à faire comprendre la tristesse et la délivrance de cet épilogue. 6/6
Bcar
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Bcar »

Tu parles fort bien de ce sublime film, peut-être le plus beau que j'ai vu sur la famille et ces sacrifices.
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by daniel gregg »

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CONTRE ENQUETE (Q&A) - Sidney Lumet (1990)


Constat implacable et désenchanté sur un système politico-judiciaire américain gangrèné par la corruption et les faux semblants, ce polar aux ramifications complexes, inquiétant, démontre de façon magistrale le talent de directeur d'acteurs de Sidney Lumet.
Un grand merci au généreux membre du forum qui m'a permis de découvrir ce film.

Olivier Bitoun dit tout le bien de ce film ici.
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Demi-Lune
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Demi-Lune »

MI5 demande protection (1965)

Je ne sais pas s'il y a des amateurs de ce film, mais pour moi c'est complètement raté. Le fait de savoir à l'avance sur quel terrain on avance (c'est une adaptation de John Le Carré, donc faut pas s'attendre à des pétarades) ne change rien à la déception éprouvée face à ce film qui, en ce qui me concerne, ne fonctionne en rien dans ses enjeux. Lumet, en effet, cinéaste de personnages, se focalise logiquement sur celui, vieillissant, de James Mason et relègue l'enquête (aussi passionnante qu'un Derrick) à une trajectoire intimiste. Or j'ai rarement vu Mason plus à côté de ses pompes que dans ce film, on n'y croit pas du tout. Tout le nœud conjugal n'est pas crédible un seul instant. Le grand acteur anglais semble totalement déphasé, traverser le film comme dans un mauvais rêve, il faut le voir essayer de s'exciter contre sa femme adultère (faut dire que Harriet Andersson est parfaitement nulle dans le rôle) et faire des moulinets dans le vide pour jouer l'amant blessé, c'est terrible. Sa relation avec son protégé Dieter est d'une grande platitude, si bien qu'on se moque de l'évolution que celle-ci prend. Quant à la mise en scène de Lumet, elle se montre tout aussi pépère et quelconque que ce scénario à l'issue ultra prévisible, plus formaté pour être un épisode de série TV qu'un véritable film. La photo est moche. Je sais que je suis très sévère sur le coup, mais c'est quand même de Sidney Lumet qu'on parle et là, c'est pour moi clairement ce que j'ai vu de moins bon dans sa filmo à l'heure actuelle.
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Rick Blaine »

Demi-Lune wrote:MI5 demande protection (1965)

Je ne sais pas s'il y a des amateurs de ce film
Tu ne seras pas étonné si je te dis que je l'aime beaucoup.
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Major Tom »

Demi-Lune wrote:MI5 demande protection (1965)
Pas un des films que j'ai préféré de Lumet, mais...
Demi-Lune wrote:c'est complètement raté. [...] (aussi passionnante qu'un Derrick) [...] Lumet, en effet, cinéaste de personnages se focalise logiquement sur celui, vieillissant, de James Mason et relègue l'enquête [...] Or j'ai rarement vu Mason plus à côté de ses pompes [...] on n'y croit pas du tout. Tout le nœud conjugal n'est pas crédible un seul instant. Le grand acteur anglais semble totalement déphasé, traverser le film comme dans un mauvais rêve, il faut le voir essayer de s'exciter contre sa femme adultère [...] faut dire que Harriet Andersson est parfaitement nulle dans le rôle [...] et faire des moulinets dans le vide pour jouer l'amant blessé, c'est terrible. [...] Quant à la mise en scène de Lumet, elle se montre tout aussi pépère et quelconque que ce scénario à l'issue ultra prévisible, plus formaté pour être un épisode de série TV qu'un véritable film. [...] La photo est moche. [...] Je sais que je suis très sévère sur le coup, mais c'est quand même de Sidney Lumet qu'on parle et là, c'est pour moi clairement ce que j'ai vu de moins bon dans sa filmo à l'heure actuelle.
... comme tu y vas, la vache. :o Oui, tu es très sévère! :) Les jeux d'Andersson et Mason ne m'ont bien sûr pas du tout embarrassé, dans aucune scène, de mémoire en tout cas. Mais c'est un film qui, en dépit de mon jugement mitigé à son égard, me reste quelque part en tête. Certaines scènes, comme la rencontre au début dans un endroit publique, ressemblent à ce qu'on verra des années plus tard dans Conversation secrète, JFK ou La Firme, même si c'est secondaire. Et puis la relation adultère d'Andersson avec l'impuissance et le manque total de courage de Mason pour régler son histoire de couple alors que c'est un espion du MI5, c'est très intéressant, ça.
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Demi-Lune
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Demi-Lune »

Major Tom wrote:Et puis la relation adultère d'Andersson avec l'impuissance et le manque total de courage de Mason pour régler son histoire de couple alors que c'est un espion du MI5, c'est très intéressant, ça.
Je crois que c'est assez typique de John Le Carré qui use des mêmes ficelles dramatiques dans Tinker, Taylor, Solider, Spy, avec le parasitage entre l'enquête de Smiley sur la taupe et le fait que son épouse le trompe avec un de ses collègues et amis. (edit : tiens ben en allant sur la page wiki du film, j'apprends que c'est justement Smiley le personnage de cette histoire dans le bouquin original de Le Carré, Paramount l'ayant rebaptisé dans le film Charles Dobbs pour des raisons de droits). Autant dire que je place La Taupe à des lieues au-dessus : comme je le disais, je ne trouve pas du tout crédible toute cette dimension privée dans le film de Lumet.
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Federico »

Je crois que ce n'est pas faire injure à l'immense Lumet que d'avouer que MI5 demande protection est une oeuvre mineure... :|
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Super Seb le Bat Coco »

Je cherche à découvrir la série TV (Crime Photographer) que Sidney Lumet à réalisé en 1951.

Sauriez-vous comment je peux me la procurer ou la voir ?
Federico
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Re: Sidney Lumet (1924-2011)

Post by Federico »

Super Seb le Bat Coco wrote:Je cherche à découvrir la série TV (Crime Photographer) que Sidney Lumet à réalisé en 1951.

Sauriez-vous comment je peux me la procurer ou la voir ?
J'ai l'impression que ce n'est même pas sorti en VHS... :|
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