Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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villag
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by villag »

Superbe chronique Jeremy, bravo ; je n'enlèverai qu'une phrase : le ----immortalises quelques decennies plus tard par Sergio Leone -----; c'est faire beaucoup d'honneur, selon moi, à cet imposteur weternien; bon , je vais encore me faire taper sur les doigts......!
Quant au dvd, c'est le seul film Mann / Stewart à manquer dans ma dvdthèque; esperons qu'un jour , en blu ray.....!
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

-immortalises quelques decennies plus tard par Sergio Leone -----; c'est faire beaucoup d'honneur, selon moi, à cet imposteur weternien; bon , je vais encore me faire taper sur les doigts......!
Je n'accroche plus guère au cinéma de Leone mais c'est un fait ceci dit : les Bounty Hunter, tout le monde les connait surtout à travers les personnages de Lee Van Cleef et Clint Eastwood ; tu ne peux pas le contredire. :wink:
villag
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by villag »

Jeremy Fox wrote:
-immortalises quelques decennies plus tard par Sergio Leone -----; c'est faire beaucoup d'honneur, selon moi, à cet imposteur weternien; bon , je vais encore me faire taper sur les doigts......!
Je n'accroche plus guère au cinéma de Leone mais c'est un fait ceci dit : les Bounty Hunter, tout le monde les connait surtout à travers les personnages de Lee Van Cleef et Clint Eastwood ; tu ne peux pas le contredire. :wink:


Tu sais tres bien que c'est une boutade ; je suis comme Goering( ou un autre, je ne sais plus); quand j'entend le mot Sergio Leone, je sors mon revolver...!
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

villag wrote:
Tu sais tres bien que c'est une boutade
Bien sûr. Quant au BR, vu la qualité assez moyenne du DVD, tu ferais effectivement mieux d'attendre
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Jeremy Fox
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Gunsmoke

Post by Jeremy Fox »

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Le Tueur du Montana (Gunsmoke, 1953) de Nathan Juran
UNIVERSAL


Avec Audie Murphy, Susan Cabot, Paul Kelly, Charles Drake, Mary Castle, Donald Randolph, Jack Kelly
Scénario : D.D. Beauchamp
Musique : Herman Stein
Photographie : Charles P. Boyle (Technicolor)
Un film produit par Aaron Rosenberg pour la Universal


Sortie USA : 11 février 1953

Et Universal de nous proposer une fois encore un de ces films de série dont elle a le secret, certes conventionnel et sans réelles surprises mais dans le même temps constamment plaisant et jamais ennuyeux : du pain béni pour les amoureux de série B ! Il s’agit à nouveau d’un véhicule pour la star montante du studio, Audie Murphy, qui, pour l’instant dans le domaine qui nous concerne, mène un parcours sacrément agréable à visionner. Un nouveau venu fait par la même occasion son apparition sur la scène westernienne : Nathan Juran ! Non pas qu’il pourra être considéré comme un spécialiste du genre mais son modeste corpus aura eu le mérite d’être extrêmement sympathique, contenant même un titre peu connu mais diablement réussi, que nous n’aborderons en revanche que bien plus tard car datant de 1959.


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Né en Autriche, Nathan Juran fut directeur artistique à Hollywood dès 1937. Alors qu’il opère dans les services de contre-espionnage américain pendant la Seconde Guerre mondiale, il gagne un Oscar pour son magnifique travail en tant que directeur artistique pour Qu’elle était verte ma vallée (How Green was my Valley) de John Ford. Il vient à la mise en scène une dizaine d’années plus tard, en 1952, avec The Black Castle, transposition des célèbre Chasses du Comte Zaroff. Il se consacre ensuite surtout au western, à la science-fiction et au film d’aventure (The Golden Blade avec Rock Hudson et Piper Laurie) ; il tourne même un film de sous-marins dans lequel nous trouvons réunis Ronald et Nancy Reagan, Hellcats of the Navy. Sous le pseudonyme de Nathan Hertz, il réalisera également à la fin des années 60 des séries Z aux titres ne manquant pas de piquant tel The Brain from Planet Arous ou Attack of the 50 Foot Woman. Mais il est aujourd’hui surtout réputé pour avoir tourné des films cultes avec le procédé d’effets spéciaux ‘Dynamation’ (avec entre autre Ray Harryhausen aux manettes), les indémodables Septième voyage de Sinbad (1958) et Jack, le tueur de géants (1962). Mais revenons-en à son deuxième film, celui qui nous intéresse d’ailleurs ici, Gunsmoke.


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Les deux tueurs à gages Reb Kittredge (Audie Murphy) et Johnny Lake (Charles Drake), après qu’ils aient participé au bain de sang que fut la Johnson County War, viennent d’échapper aux tuniques bleues à la frontière du Wyoming. Reb souhaiterait désormais se poser ; il se sépare de son compagnon pour se rendre à Billings (Montana) où il pense avoir trouvé un travail plus tranquille. Sur le chemin, un étranger lui tire dessus mais ne réussit à abattre que son cheval. Reb prend la diligence où il fait la connaissance de Rita Saxon (Susan Cabot), fille de Dan (Paul Kelly), le seul rancher qui résiste encore à Matt Telford (Donald Randolph), puissant Cattle Baron ayant quasiment accaparé tous les terrains de la région. Malheureusement, Rita revient chez elle avec une mauvaise nouvelle : les banquiers refusent le prêt qui ferait que sa famille puisse rester sur ses terres ; Telford est sur le point de pouvoir les racheter, aidé en cela par les talents de Gunfighter de Reb qu’il compte engager. Mais ce dernier a des principes et refuse ce coup ci de louer ses services de tueur d’autant que son ‘employeur’ et le ‘contrat’ ne lui plaisent guère. Ayant gagné la propriété de Dan Saxon aux cartes, il en devient propriétaire ; ce qui arrange bien l’honnête rancher qui compte sur ce jeune homme fougueux pour rétablir la situation en sa faveur. Pour cela, ils doivent conduire et vendre le plus vite possible leur cheptel afin d’amasser une somme assez considérable qui servirait à contrer Telford. On imagine bien que ce dernier fera tout pour leur mettre des bâtons dans les roues avec l’aide de Johnny Lake, l’ex-ami de Reb, passé dans le camp adverse et de la Saloon Gal Cora Dufrayne (Mary Castle)


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La lutte sans merci que se livrent un petit rancher et un gros propriétaire (bref, David contre Goliath), une histoire bien connue des amateurs du genre. Peu de motifs d’étonnement donc à priori au sein de cet agréable divertissement ; et pourtant il nous réserve néanmoins quelques petites surprises scénaristiques : l’homme qui va apporter son aide au modeste éleveur n’est autre qu’un tueur à gage ayant refusé de travailler pour son rival ; l’ex-compagnon d’armes du Gunman va se retrouver dans le camp adverse mais l’amitié triomphera pour une fois de la violence et de la cupidité ; le contremaitre du ranch va se retrouver avec un nouveau patron qui est dans le même temps son rival en amour ; l’ex-amante des deux tueurs à gage, la saloon Gal Cora, s’avère un personnage encore plus avide et ambitieuse que le ‘Bad Guy’ officiel: "je prend ce que je veux de toutes les manières possibles" ; le rancher va se lier d’amitié avec celui qui lui a gagné sa propriété aux cartes, se révélant très tolérant et compréhensif à propos de son ancien ‘métier’ : lui-même ayant dans sa jeunesse écumé les USA au sein de la tristement célèbre Horde sauvage (The Wild Bunch), il croit à la possibilité pour un homme de changer du tout au tout, à la faculté de rédemption ("il est fonceur mais pas mauvais" dira t’il à ceux qui le mettent en garde au vu de sa réputation). Encore un détail qui a du sembler ‘amusant’ à l’époque pour ceux qui allaient voir tous les westerns en salle dans l’ordre de leurs sorties : le précédent western Universal, The Redhead from Wyoming, racontait une histoire qui rappelait le fameux conflit sanglant nommé 'The Johnson County War'. Au début du film de Nathan Juran, le personnage joué par Audie Murphy vient juste de quitter ce ‘champ de bataille’ comme si Gunsmoke prenait la suite du film de Lee Sholem.


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Audie Murphy justement qui doit en être à son septième western et dont le jeu s’affirme de film en film ; on ne peut certes pas dire que ce soit un grand acteur n’ayant, loin s’en faut, ni la classe de Randolph Scott ni le charisme d’un John Wayne ou d’un Gary Cooper. Mais ça n’en fait pas pour autant un mauvais comédien. Dans les suppléments d’un western d’Harry Keller sorti récemment chez Sidonis (Les sept chemins du couchant), Bertrand Tavernier fait d’ailleurs une sorte de Mea Culpa à son sujet ("Il était de bon ton de s'en moquer à une certain époque mais il était finalement très plausible"). En tout cas, jusqu’à présent et plus encore dans Gunsmoke, Audie Murphy fait preuve d’une belle vitalité et s’avère tout à fait juste et crédible ; il avait même demandé à ce que le look de son personnage soit plus réaliste qu’à l’accoutumée ; on le voit donc pas toujours très bien rasé, ses vêtements loin d’être très propres, son Stetson maculé de sueur et la chemise souvent sortie de son pantalon. D.D. Beauchamp lui a concocté un personnage plutôt intéressant et lui a servi sur un plateau quelques punchlines bien senties ; d’ailleurs les dialogues dans leur ensemble sont excellents, plein de sous entendus sexuels lorsque Mary Castle ou la superbe Susan Cabot sont en jeu. Rappelez-vous de cette dernière comédienne et sa chevelure noir ébène, spécialisée en début de décennie dans les rôles d’indienne (Tomahawk, Au Mépris des lois) ; au cours de la séquence où on la voit proposer ses charmes à Audie Murphy, elle s’avère vraiment convaincante. Quand à Mary Castle, la Saloon Gal qui n’a pas froid aux yeux, elle nous délivre une chanson que vous connaissez surement, la même que Marlène Dietrich interprétait dans Destry Rides Again (Femme ou démon), "See What the Boys in the Back Room Will Have"


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Si la mise en scène de Nathan Juran ne fait pas d’éclats particuliers, elle demeure néanmoins fonctionnelle et s’avère même parfois assez efficace notamment lors des scènes d’action (‘stampede’, fusillades, descente vertigineuse d’une montagne par un chariot, la difficile progression du convoi à travers les reliefs tourmentés…) ; l’image du ‘duel’ entre Audie Murphy et Paul Kelly en tout début de film est mémorable dans la façon qu’à le personnage du tueur à gage de dégainer son revolver de la main droite tout en tenant son fusil de la main gauche. Une histoire qui se tient bien avec le mélange idéal de romance, d’humour (dans les dialogues surtout) et d’action se terminant par un traditionnel happy end, un bon score de Herman Stein qui décidément semble se complaire dans le genre ainsi qu’un casting une fois encore parfaitement bien choisi (on retrouve d’ailleurs à chaque fois quasiment les mêmes acteurs) pour au final un honnête divertissement, certes routinier mais sacrément plaisant.
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hellrick
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by hellrick »

Toute petite remarque un peu HS, les sfx de JACK LE TUEUR DE GEANTS ne sont pas signés du grand Harryhausen, ils sont d'ailleurs nettement moins bien fait (pas tant la stop motion proprement dite que l'intégration dans l'image) :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

hellrick wrote:Toute petite remarque un peu HS, les sfx de JACK LE TUEUR DE GEANTS ne sont pas signés du grand Harryhausen, ils sont d'ailleurs nettement moins bien fait (pas tant la stop motion proprement dite que l'intégration dans l'image) :wink:
Effectivement ; et c'est pour cette raison que je marquais 'entre autres' ; mais ça prouve que ma phrase est mal tournée : je vais éditer :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Chronique tres intéressante encore une fois. :wink:
daniel gregg
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Re: Tomahawk

Post by daniel gregg »

Jeremy Fox wrote:
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Tomahawk (1950) de George Sherman
UNIVERSAL

Entendre parler sioux sans même que ce soit sous titré, être témoin d'une dénonciation aussi acerbe de la culpabilité des dirigeants de Washington en ce qui concerne l'inexcusable massacre d'une nation (et non seulement de ses guerriers mais aussi de ses civils), entendre stigmatiser avec virulence la fourberie et l'irrespect des paroles données lors des conférences de paix, se trouver devant un film prenant pour thématique principale une réflexion sur la survivance de la race Sioux... tout ceci était alors vraiment nouveaux. Une chronique historique que l'on se doit de prendre avec tout le sérieux possible et dont il faut saluer le courage. D'autant plus lorsque le réalisateur ne tombe jamais dans le piège du sentimentalisme malgré deux personnages féminins importants. Quant à l'adhésion des thèses défendues, une vrai conviction des auteurs qui impose le respect. Un très beau scénario progressiste mis en scène avec sincérité et efficacité, qui mérite sans honte sa place aux côtés des autres grands western pro indiens de ce début de décennie d'autant qu'il n'en oublie pas pour autant les amateurs d'action. Une grande réussite et une formidable découverte soutenue par une partition efficace signée Hans Salter !

Voilà, tout est dit et bien dit !
Ce film a des accents de sincérité qui force l'admiration.
Un grand merci à tous ceux qui ont défendu ce film sur le forum. :)
Un éclair de soleil dans la grisaille ambiante !
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Ca fait bien plaisir daniel 8)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Retour en arrière de quelques semaines pour un film médiocre pourtant signé par l'excellent André de Toth : Le Sabre et la flèche
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Jeremy Fox
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Seminole

Post by Jeremy Fox »

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L'Expédition du Fort King (Seminole, 1953) de Budd Boetticher
UNIVERSAL


Avec Rock Hudson, Anthony Quinn, Barbara hale, Richard Carlson, Hugh O' Brian, James Best, Lee Marvin
Scénario : Charles K. Peck Jr
Musique : Joseph Gersenshon (Henry Mancini & Milton Rosen)
Photographie : Russell Metty (Technicolor)
Un film produit par Howard Christie pour la Universal


Sortie USA : 20 mars 1953

"De tous les films que j'ai fait à Hollywood, Seminole est celui qui a obtenu les plus mauvaises critiques. Moi, je l'aime beaucoup, car il était très honnête. Il y avait une grande part de vérité dans ce film. Les Indiens Séminoles sont la seule nation qui, ayant été en guerre avec les États-Unis, ne s'est point avouée vaincue. Ils n'ont jamais signé de traité. Après avoir vu les Séminoles, après avoir étudié leur histoire, j'ai fait un film sur eux et j'ai dit la vérité : ils ont donné une sacrée raclée aux gars de West point. Les américains se sont en fait retirés, pour ne pas dire qu'ils ont été battus, et ce sont les Indiens qui ont gagné cette guerre. Voilà ce que j'ai voulu montrer" disait Budd Boetticher à Bertrand Tavernier lors d’un entretien repris dans l’imposant et indispensable ouvrage de ce dernier, ‘Amis américains’.


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Belles et nobles intentions de la part du réalisateur à l'occasion de son troisième western pour la compagnie Universal ! Mais l’on sait que les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films et même si je serais désormais beaucoup moins sévère que lors de sa découverte, Seminole est un semi-ratage qui manque singulièrement de vigueur et de puissance dramatique faute surtout à un scénario trop schématique et qui n’approfondit pas quelques pistes intéressantes lancées dès le début, ainsi qu’à une mise en scène bien trop sage et anonyme pour espérer retenir l’attention du spectateur tout du long. Mais semi-ratage supposant semi-réussite, nous nous attarderons ensuite plus longuement sur ce qui fait de ce ‘Eastern’ un film néanmoins tout à fait regardable, voire même de plus en plus plaisant au fur et à mesure des différents visionnages (c’est du moins l’expérience que j’en ai faite). Après la douche froide due à De Toth et son Last of the Comanches (Le Sabre et la flèche), il m’aurait été pénible de subir une aussi grande déception consécutive de la part de l’autre grand nom de la série B westernienne (rappelons qu’il avait déjà à son actif dans le domaine qui nous préoccupe, les excellents The Cimarron Kid - A Feu et à sang et surtout Le Traître du Texas - Horizons West).


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1835 en Floride. Le Colonel Zachary Taylor préside un tribunal militaire où se déroule le procès du Lieutenant Lance Caldwell (Rock Hudson), inculpé pour trahison et meurtre. Le tout nouvel émoulu de West Point, pour assurer sa défense, en vient à narrer ce qui l’a conduit devant ses accusateurs… Nommé éclaireur à Fort King, Lance entre immédiatement en conflit avec son supérieur, le Major Degan (Richard Carlson), quant aux moyens à utiliser pour ‘régler’ le problème des Séminoles. En effet le gouvernement américain souhaite conduire cette tribu vers des réserves dans le Nord pour pouvoir s’approprier des terres qu’il estime être ‘mal gérées’. Alors que Lance a dans l'idée de trouver une solution pacifique, le Major, haïssant les 'peaux rouges', n'a qu'une seule lubie, tout simplement les massacrer. Malgré les avertissements de Lance qui connait bien le peuple Séminole pour avoir eu comme meilleur ami un métis issu de la tribu, le despotique Degan monte une expédition à travers les marais pour aller y déloger ses habitants ; mais celle ci tourne au désastre pour les soldats dont il ne reste que peu de survivants. Avant de retourner au fort, penaud, Degan voit Lance, blessé, être recueilli par les Indiens qui décident de le soigner. Lance a la surprise de constater que le chef Osceola n'est autre que son ami d'enfance (Anthony Quinn) avec qui il formait un trio inséparable avec aussi la jolie Revere Muldoon (Barbara Hale) dont ils sont tous deux amoureux. De retour au fort, on l'accuse bien évidemment de traîtrise...


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Avant Seminole, il n'y eut qu'un précédent pour aborder les années 1830 en Floride. Mais si Distant Drums (Les Aventures du Capitaine Wyatt) de Raoul Walsh ne prenait ce background de l’histoire des États-Unis que pour servir de toile de fonds à un film d'aventure 'exotique' (et pourquoi pas d’ailleurs même si le résultat me semble bien mauvais), l'œuvre de Budd Boetticher se veut un peu plus ambitieuse à travers un violent pamphlet pro-indien mettant en vedette un officier va-t-en-guerre incompétent et belliqueux n'ayant qu'une idée en tête : massacrer les tribus alentour ("Quand ils dormiront, nous les crèverons une fois pour toute "). Cet honorable et passionnant postulat de départ avec à la baguette Budd Boetticher avait à priori tout pour que le résultat soit aussi puissant que l’étaient La Porte du diable (Deevil’s Doorway) de Anthony Mann ou Tomahawk de George Sherman. Seulement, Charles K. Peck Jr. n’avait pas une grande expérience dans le domaine de l’écriture et ça se ressent grandement au vu de son travail moyennement convaincant. Son histoire a beau être intéressante, le scénariste a du mal à nous la rendre passionnante. Il est fort dommage que les relations entre les personnages joués par Rock Hudson, Anthony Quinn et Barbara Hale ne soient pas plus développées car les rapports tissés à l'intérieur de ce triangle amoureux (notamment la très forte amitié qui lie les deux hommes alors qu’ils aiment la même femme), ne restent qu’à l’état d’ébauche. Quant on voit aussi la tendresse avec laquelle le réalisateur filme les deux trop courtes séquences entre Osceola et Revere, on se prend à rêver aux sommets d’émotion qu’auraient pu atteindre son film s’il avait approfondi cette histoire d’amour qui prouvait à nouveau que Boetticher n’était pas qu’un cinéaste viril mais également très sensible, possédant un fort tempérament de romantique (rappelez-vous des superbes séquences d’amour dans ses deux précédents westerns, les relations amoureuses entre les personnages joués par Yvette Duguay et James Best dans Cimarron Kid ou celles entre Robert Ryan et Julia Adams dans Horizons West).


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Si l’on ne s’en tient qu’à la noblesse du propos et à la diatribe contre le gouvernement américain de l’époque, c’est en revanche plutôt réussi et tout à fait sérieux (aucun humour ne vient phagocyter le film). Les Indiens sont constamment décrits avec respect au sein d’un épisode des guerres indiennes peu abordé au cinéma, celui de l'affrontement entre l'armée américaine (et le chef de cette escouade arrogant et raciste) et la tribu des Séminoles qui ne s'avouera jamais vaincue : une des périodes les plus obscures et méconnues de l’histoire des conflits entre natifs et pionniers aux USA. Les Séminoles, de pacifique sont devenus hostiles pour la simple et bonne raison qu’ils ne voulaient pas suivre l’exemple d’autres tribus telles les Choctaws, Cherokees ou Creeks qui avaient déjà été ‘déplacées’ dans des réserves plus au Nord. Osceola, le personnage qu’interprète Anthony Quinn avec une belle dignité (il n’a ici aucune tendance à cabotiner), a réellement existé même si sa mort fut moins glorieuse, décédé lors de son emprisonnement après avoir attrapé la malaria. Un western historiquement intéressant, un constat amer et désabusé sur l’incapacité de deux civilisations à pouvoir vivre en paix, les uns voulant coûte que coûte s’approprier les terres des autres, les premiers estimant que le territoire 'des sauvages' n'est pas utilisée à bon escient (déjà l’insupportable politique de la productivité à tout prix à l’œuvre près de 200 ans avant notre époque). D'un côté un militaire borné, raciste et sans ouverture d’esprit qui ne pense qu’à la gloriole ; de l’autre un chef indien qui souhaite la paix sans cependant devoir se rendre aux ordres de politiciens sans âmes. Le film n’est pas manichéen pour autant puisqu’entre les deux vient prendre place Lance, jeune officier faisant tout son possible pour que l’armée laisse les Indiens en paix, n’hésitant pas à entrer frontalement en conflit avec son supérieur direct, lui jetant en pleine figure son incompétence et sa vilenie : "Votre sens du devoir s'est changé en une folie de haine ; vous stigmatisez une race pour une défaite dont vous êtes la cause !"


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Si Rock Hudson n’a pas encore le charisme voulu pour un tel rôle, si la très jolie Barbara Hale et Anthony Quinn (Jeff Chandler, ex-Cochise’, avait été d’abord pressenti pour le rôle d'Osceola) n’ont pas assez de temps de présence pour qu’on puisse apprécier leur talent à leur juste valeur, Richard Carlson en revanche tient presque le haut de l’affiche dans la peau de ce Major psychotique, maniaque de la discipline et du règlement. Il s’y révèle très convaincant même si son personnage manque quelque peu de subtilité. A ses côtés, on trouve aussi un Lee Marvin étonnement sage. Mais dans l’ensemble, un casting qui ne fait pas vraiment d’étincelles ; pas plus que la mise en scène qui nous délivre néanmoins quelques étonnants éclairs de violence comme l’attaque de Rock Hudson par un indien dès le début du film. La majeure partie du film (tout le segment central) évoque l’expédition du titre à travers les marais des Everglades, la compagnie trainant derrière elle un canon très lourd, souffrant de la soif et de la fatigue que l’on ne ressent malheureusement pas assez ; guère captivante dans l’ensemble malgré quelques très bons moments comme le ‘pétage de plomb’ de James Best, la séquence des sables mouvants ou bien évidemment la violente embuscade qui la termine. A ce moment là, on retrouve du grand Boetticher à l’intérieur d’une scène qui fait bizarrement penser à celle dans l’église de Apache Drums de Fregonese. Même si dans Seminole, cette scène d’une belle et sèche vitalité se déroule en extérieur, nous retrouvons les mêmes indiens peinturlurés sautant des arbres comme des beaux diables, tombant sur les soldats comme des furies.


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Ajoutons à ça un très bon travail sur l’atmosphère sonore (et notamment la musique qui n’utilise que des percussions à de nombreuses reprises), quelques superbes plans notamment ceux se déroulant sous la pluie en toute fin de film et un Hugh O’Brian magnifiquement grimé en redoutable guerrier Séminole et, malgré la déception annoncée, nous nous retrouvons néanmoins devant un film plaisant et concis dont la noblesse du propos fait un peu oublier le manque de force et de conviction.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

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Comme d'habitude très bonne chronique :) J'ai été assez déçue, j'attendais beaucoup plus d'un film d'un réalisateur de la trempe de Budd Boetticher. Film assez mou.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

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Flavia wrote:Comme d'habitude très bonne chronique :) J'ai été assez déçue, j'attendais beaucoup plus d'un film d'un réalisateur de la trempe de Budd Boetticher.
Oui, j'avais vu ta note qui se révèle être la même que la mienne :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

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Jeremy Fox wrote:
Flavia wrote:Comme d'habitude très bonne chronique :) J'ai été assez déçue, j'attendais beaucoup plus d'un film d'un réalisateur de la trempe de Budd Boetticher.
Oui, j'avais vu ta note qui se révèle être la même que la mienne :wink:
Les grands esprits se rencontrent :wink: