Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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cinephage
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Re: Notez les films naphtas - juillet 2009

Post by cinephage »

En complément, un article dans le dernier positif consacré aux "vierges folles" du cinéma évoque les errances de Deborah Kerr et son lent basculement...

Très jolie critique, en tout cas, pour ce film magnifique.
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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Alligator
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Re: Les Innocents (Jack Clayton, 1961)

Post by Alligator »

http://alligatographe.blogspot.com/2009 ... cents.html

Très bon film d'ambiance, très axé sur un effroi latent mais soutenu avec une tension qui monte progressivement. Les apparitions spectrales ne sont pas trop effrayantes, c'est bien plus dans l'implicite, les regards des comédiens qui scrutent l'obscurité et cherchent à en déchirer le voile, en vain, les jeux d'ombres et lumières et l'aspect glacial des enfants, de la demeure victorienne, immense, désespérément vide. Quelque chose de morbide parait envahir tous ces éléments pour créer un fort tonique suspense.

La mise en scène cherche pendant longtemps à rester vague, allusive, à suggérer. Quand les fantômes se font trop présents, le film perd de sa force. Ils ne font plus peur.

La réalisation est très soignée, la photographie de Freddie Francis y est pour beaucoup dans la qualité spectaculaire des images. Certains pourront arguer que la direction d'acteurs est un peu lache dans les moments dramatiques. Megs Jenkins et Deborah Kerr partent souvent dans les aigus et les pauses mélodramatiques surjouées, peut-être pour se rapprocher de la pompe moraliste de l'époque très romantique et ampoulée.

Au final on a un film très divertissant et intéressant à la fois, belle métaphore sur les dégats et les traumatismes que provoquent les non-dits et la rétention d'information au sujet de la sexualité dans les familles. Les cadavres qui sont dans le placard finissent toujours par faire grincer les meubles et claquer des dents.
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Demi-Lune
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Demi-Lune »

Puissance de la profondeur de champ, magnificence inquiétante de la photographie, cristallisation idéale des canons de l'horreur gothique, maîtrise du cadre et de la mise en scène, idées élégantes dans le montage, ambiance pesante, interprétation aux petits oignons, et surtout, une sacrée bonne histoire, remarquablement construite et écrite, dont Clayton exploite avec finesse et efficacité toute la dramaturgie, aussi bien sur le champ de l'épouvante - encore très solide aujourd'hui - que sur celui des relations entre la gouvernante et les deux enfants (la fin déchire). J'essaierai d'y revenir plus en détail, mais Les Innocents ne vole pas sa réputation de classique du fantastique.
riqueuniee
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Re:

Post by riqueuniee »

Eleanor wrote:Je partage un peu le même avis.

C'est très bien filmé, Deborah Kerr est comme toujours irréprochable mais on s'ennuie quand même. De mémoire, le roman d'Henry James est pourtant plus rythmé.

"Les autres" avec Nicole Kidman reprenait une histoire assez similaire, à la limite du remake.
Outre qu'il s'agit d'une nouvelle (donc d'un récit assez court) et non 'd'un roman, on ne peut pas dire que le film d'Amenabar soit un quasi remake. il y a surtout des points communs dans l'ambiance, c'est tout. Les enfants n'ont pas du tout le même "rôle".
Wagner
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Wagner »

Salut,

J'ai été un peu surpris de voir ce film mentionné à plusieurs reprises par M. Cieutat dans son livre sur le cinéma américain. J'étais persuadé que c'était un film anglais, et il est habituellement répertorié comme tel. Evidement imdb le répertorie comme : GB/ USA, comme le Lolita de Kubrick par exemple.

Avez-vous un avis sur la question et quels sont les critères que vous retenez personnellement?

Merci.
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Tancrède
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Tancrède »

Wagner wrote:Salut,

J'ai été un peu surpris de voir ce film mentionné à plusieurs reprises par M. Cieutat dans son livre sur le cinéma américain. J'étais persuadé que c'était un film anglais, et il est habituellement répertorié comme tel. Evidement imdb le répertorie comme : GB/ USA, comme le Lolita de Kubrick par exemple.

Avez-vous un avis sur la question et quels sont les critères que vous retenez personnellement?

Merci.
Mon avis sur la question: ce film est trop bon pour être anglais. Je dirais donc qu'il est américain.

De rien.
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Geoffrey Firmin
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Geoffrey Firmin »

Wagner wrote:Salut,

J'ai été un peu surpris de voir ce film mentionné à plusieurs reprises par M. Cieutat dans son livre sur le cinéma américain. J'étais persuadé que c'était un film anglais, et il est habituellement répertorié comme tel. Evidement imdb le répertorie comme : GB/ USA, comme le Lolita de Kubrick par exemple.

Avez-vous un avis sur la question et quels sont les critères que vous retenez personnellement?

Merci.
C'est un film anglais, Jack Clayton est anglais, la production est anglo/américaine par la FOX qui a participé au financement mais artistiquement c'est un film anglais.
Wagner
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Wagner »

Geoffrey Firmin wrote:
Wagner wrote:Salut,

J'ai été un peu surpris de voir ce film mentionné à plusieurs reprises par M. Cieutat dans son livre sur le cinéma américain. J'étais persuadé que c'était un film anglais, et il est habituellement répertorié comme tel. Evidement imdb le répertorie comme : GB/ USA, comme le Lolita de Kubrick par exemple.

Avez-vous un avis sur la question et quels sont les critères que vous retenez personnellement?

Merci.
C'est un film anglais, Jack Clayton est anglais, la production est anglo/américaine par la FOX qui a participé au financement mais artistiquement c'est un film anglais.
Merci! Et Lolita, film anglais tourné par l'américain Kubrick? :?
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Dirk Diggler
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Dirk Diggler »

De Jack Clayton, je ne connaissais que "The Great Gatsby", que j'aurais pu trouver bien si le roman n'avait pas imprégné chaque centimètre de ma chair et qui m'a donc déçu, et le Disney "Something Wicked This Way Comes", que j'avais beaucoup apprécié et dont j'ai quelques souvenirs de macabre fête foraine. Mais "The Innocents", c'est tout autre chose !

Je l'ai vu en deux parties, la première demi-heure hier soir, le reste ce matin, et le film laisse réellement une impression. Non seulement à cause de son ambiance, bien que les effets (réverbération, etc.) peuvent sembler too much par moments (mais ça ne dure pas, la sobriété s'impose heureusement), mais surtout à cause de son propos. "Les autres", "6ème sens", tout ça ne parvient pas à distiller la remarquable ambiguïté sur le pouvoir que les morts ont sur les vivants, et vice versa, et aussi l'emprise que les vivants veulent exercer sur les vivants - la gouvernante souhaitant ardemment peut-être que l'enfant partage ses peurs, et s'efforçant d'en prendre le contrôle comme s'il était un objet duquel il fallait extorquer quelque chose, un aveu, un mot, un comportement. Au-delà de l'histoire du film proprement dite, on peut extrapoler sur l'appétit de contrôle que nous humains avons parfois les uns pour les autres, comprendre notre goût de la manipulation, qu'il soit filtré par un amour sincère ou une peur panique de se retrouver seul face aux figures du passé parmi lesquelles nous évoluons en permanence, parmi lesquelles nous vivons ; l'environnement, le paysage, les pierres, les statues, le bois, le souffle du vent, les visages des morts sur les photos, les visages des vivants qui s'animent sous nos yeux, l'image présente n'est qu'un passé qui se meut à travers nous. Par nos actes, qui sont autant de tentatives de maîtrise des objets qui s'imposent à nous dès notre naissance, de tentatives d'impulsion d'un rythme nôtre contre cette nature de l'espace-temps, nous essayons de nous convaincre qu'il y a un présent et que nous construisons un futur, alors que nous sommes déjà engloutis dans cette histoire universelle qui s'écoule telle un fleuve.

J'ai admiré la façon dont le cinéaste avec les premiers sons (inoubliable chant pré-générique) et les premières images implique directement son spectateur, crée l'intrigue, lui impose ses intentions. Le musicien, le peintre, le cinéaste, parce qu'ils sont avec le monde, suffisamment pour que celui-ci accepte de se plier momentanément à leur petit point de vue, s'échappent, croient-ils, du monde des fantômes et peuvent avec le temps intimider les vivants qui ne peuvent se mesurer à leur œuvre. Ainsi substituent-ils au passé perpétuel et confus la sublime illusion du mouvement et du sens.
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Federico »

Dirk Diggler wrote:De Jack Clayton, je ne connaissais que "The Great Gatsby", que j'aurais pu trouver bien si le roman n'avait pas imprégné chaque centimètre de ma chair et qui m'a donc déçu, et le Disney "Something Wicked This Way Comes", que j'avais beaucoup apprécié et dont j'ai quelques souvenirs de macabre fête foraine. Mais "The Innocents", c'est tout autre chose !
Un peu mon n'veu ! :D
Conseil amical aux nombreux admirateurs de ce film aussi splendide que dérangeant, Jack Clayton remettra le couvert en abordant un sujet très proche en 1967 avec Our mother's house où Dirk Bogarde se retrouve séquestré par ses propres enfants. Ce film rare n'est à ma connaissance jamais sorti en DVD (mais que fait la cinépolice !!). :evil:

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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by locktal »

Federico wrote: Conseil amical aux nombreux admirateurs de ce film aussi splendide que dérangeant, Jack Clayton remettra le couvert en abordant un sujet très proche en 1967 avec Our mother's house où Dirk Bogarde se retrouve séquestré par ses propres enfants. Ce film rare n'est à ma connaissance jamais sorti en DVD (mais que fait la cinépolice !!). :evil:

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Oui ces deux films de Jack Clayton sont vraiment troublants...

Si Les innocents a bien eu droit à une sortie DVD (chez Opening, dans une très belle copie), Chaque soir à 9 heures / Our mother's house n'est effectivement jamais sorti chez nous en DVD.

J'avais découvert cette pépite il y a déjà longtemps dans le Cinéma de minuit de Patrick Brion, et j'avais été soufflé par son atmosphère très étrange...
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by julien »

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Le bouquin de Julian Gloag est vraiment pas mal. Il est même bien plus oppressant que le film qui édulcore pas mal de choses. Par contre je n'aime pas beaucoup Something Wicked This Way Comes qui est assez loupé malgré un début prometteur ; mais là aussi j'ai l'impression que Clayton n'a pas eu vraiment mainmise sur le film.
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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Dirk Diggler »

Faut pas être trop dur avec "Something Wicked", c'est sans prétention et ça permet de passer un bon moment.

Sur la longue liste des films à voir, il semble falloir rajouter "Les chemins de la haute ville" qui a l'air d'être très estimé, une opinion serait la bienvenue.
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by Rick Deckard »

Dirk Diggler wrote:Faut pas être trop dur avec "Something Wicked", c'est sans prétention et ça permet de passer un bon moment.
Bof. On dirait un Disney des années cinquante ! (le film est de 83) C'est vraiment très mou, les rapports entre le père trop âgé par rapport à son jeune fils sont pénibles, et c'est malheureusement le cœur du film, bien plus que la fameuse Foire des ténèbres. Mais il y a la sculpturale Pam Grier dans un petit rôle... :P
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Re: Les Innocents (Jack Clayton - 1961)

Post by BaronLundi »

Je faisais quelques recherches sur le Blu-Ray BFI (d'ailleurs je n'ai pas réussi à savoir si les problèmes de compatibilté évoqués sont toujours d'actualité) et je suis tombé sur ce commentaire d'un client d'amazon.fr sur le dvd. C'est trop bon pour ne pas le partager :

Ce commentaire fait référence à cette édition : Innocents [Import USA Zone 1] (DVD)
Ce film adapté de la plus célèbre nouvelle de Henry James est très bon en fait mais mon lecteur de DVD a affiché : Ce disque ne peut être lu dans votre région (le Jura)J'ai donc perdu 15 euros.
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