Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Ender
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Melancholia (Lars von Trier - 2011)

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Résumé d'allocine : " À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre..."

Possibles spoilers

Lars von Trier est un cinéaste talentueux et culotté, et j'ai une espèce d'affection pour son travail en général, même si je n'aime tout à fait aucun de ses films. Celui-ci est ambitieux et par moments fort, mais assez lourd aussi et parfois égaré (sa deuxième partie est moins tenue que la première). Le film ne perd néanmoins jamais la puissance de son sujet, avec lequel il invente une forme assez inédite : l'histoire est jouée d'avance (dès le clipesque prologue), ce n'est pourtant pas tout à fait une tragédie, mais quelque chose de plus spécifiquement cinématographique, une sorte d'"anti-survival" puisqu'il n'y nulle part où fuir, tenter de se cacher tandis que le monstre grossit dans le ciel, ce qui précisément agite l'héroïne de la seconde partie, Claire. Toujours un brin misogyne, le film pourrait s'intituler "De l'influence des planètes sur le comportement des dames", elles seules semblent déréglées, transformées par l'apparition de l'astre... Comme le précédent LVT, celui-ci convoque quelque chose d'un peu magique, une influence astrale qui rappelle la vieille association de la planète Saturne à la mélancolie... Faut-il lire métaphoriquement que la mélancolie détruit le monde ? Ou Justine la mélancolique rappelle-t-elle carrément Melancholia à elle pour que la planète, qui semblait avoir esquivé la Terre, vienne quand même tout avaler ? L'axiome s'inverserait... "de l'influence des dames sur le comportement des planètes". Le film possède ses larges marges interprétatives, mais ce n'est en fait pas nécessairement le plus intéressant, qui se niche plutôt dans la première partie plus rigoureuse, une sorte de drame à la Festen (sans révélation choc) très habité, et dans la puissance intrinsèque de ce survival vide, vide de poursuite, mais où tout le monde doit mourir.

6,5/10
MJ
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by MJ »

Rarement autant eu le sentiment qu'un film était un un cadeau qu'on m'avait personnellement adressé. Et pour une fois je crois sur parole LVT quand il dit que Melancholia appartiendra plus aux mélancoliques qu'il a touché qu'à sa filmographie.
Quant à la misogynie, si elle a m'a fait sortir de mes gonds devant Antichrist, ce film-ci me semble au contraire d'un beau féminisme. La première partie consacre l'échec de Justine, la mélancolique, c'est à dire l'échec social de la mélancolie (moment très fort où Kiefer Sutherland lui ordonne d'être heureuse, dans une cruelle évocation de la dictature du bonheur), la seconde l'échec de Claire, celle qui dit oui à la société, donc le triomphe absolu (mais bien entendu dénué de sens) de la mélancolie.
Ce qu'il y a de très mystérieux -et dérangeant- dans Melancholia, c'est que l'accueil du désastre n'a rien de désespérant. Bien entendu, les détracteurs du cinéaste y verront un décadentisme remis au goût du jour avec les peurs millénaristes. J'y retrouve plutôt une manière inattendue mais forte de sauver une foi en l'humain au cinéma (voir la juste colère finale de Justine face à la simili-dernière joie que voudrait vivre sa soeur)... comme si Von Trier voulait nous dire qu'il ne peut y avoir aujourd'hui d'humanisme que mélancolique.

EDIT: LVT n'aurait-il pas gâché sa cérémonie de l'année de la même manière que sa Justine foutait en l'air la sienne?
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AlexRow
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by AlexRow »

Je viens de prendre une grosse claque devant Melancholia. Le film trouve le ton juste pour parler de l'humanité et de la mélancolie des hommes de savoir. Sa construction en deux parties est savante et touchante à la fois. Un grand film qui a laissé la salle muette et assommée.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by boulgakov »

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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Mama Grande! »

Je ne comprends vraiment pas ce que le débat misogynie/féminisme vient faire ici...

Pour en revenir au film, j'ai été très agréablement surpris par le dernier Lars Von Trier. Je n'aimais pas trop ce cinéaste jusqu'à maintenant: Dancer in the Dark s'était transformé en navet à la revision, Les Idiots m'est passé au-dessus de la tête, Breaking the Waves me laisse un bon souvenir (à rafraichir cependant). Par contre, j'avais trouvé le propos de Dogville d'une grande lourdeur démonstrative, et avais du coup détesté le film.
Pour Melancholia, j'ai eu l'impression qu'il gardait les qualités que j'avais repéré chez Lars Von Trier sans les défauts qui plombaient l'ensemble. A savoir, un talent et une grande inventivité visuels à peine plombés par le cadrage dégueulasse (surtout dans la première partie), des héroïnes marquantes, un scénario à la construction originale, une cruauté grinçante. Mais ici, nulle lourdeur démonstrative, pathos écrasant, ou pose festivalière. Il fait confiance à son sujet et se livre sans retenue, sans se soucier du qu'en dira-t-on. Comme disait Baudelaire: "Tu m'as donné de la boue, j'en ai fait de l'or". De sa dépression il a composé une authentique oeuvre d'art, un grand film audacieux sur la mélancolie, la peur du vide, la vaine quête de sens à l'existence. Kirsten Dunst trouve ici son meilleur rôle en incarnant Justine, jeune working girl espiègle qui se révèle être une sorte d'ange de la destruction, un peu à la manière de Grace dans Dogville, mais avec infiniment plus de mystère et de finesse. Charlotte Gainsbourg livre une très bonne performance aussi mais son personnage est moins marquant. La construction en 2 parties est à ce titre en trompe-l'oeil, car c'est finalement Justine (Kirsten Dunst) que l'on retiendra le plus.

La noirceur radicale de l'oeuvre fait parfois rire jaune, parfois émerveille lors de somptueux tableaux romantiques, mais surtout s'imprime dans la rétine du spectateur. On se souviendra probablement longtemps de Melancholia.

Et ça me donne envie de découvrir le Lars Von Trier pré Breaking the Waves du coup.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by giftongue »

boulgakov wrote:Vous me filez le bourdon...
Eh bien le voilà! Quand on s'appelle Boulgakov on connaît forcément Rimsky-Korsakov....

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AlexRow
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by AlexRow »

En tout cas, si vous ne savez rien de ce film, c'est la condition idéale pour le découvrir. Je ne m'attendais vraiment pas à la tournure de la seconde moitié.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Tom Peeping »

Lar von Trier était déjà mon cinéaste contemporain préféré, il le reste plus que jamais avec ce film. Parmi toutes les interprétations possibles, je me suis demandé si LVT ne parlait pas (entre autres) de la fin du monde occidental tel que nous le connaissons. Dunst est excellente mais Gainsbourg est encore meilleure,elle m'épate de plus en plus. Je n'oublierai jamais la toute dernière image. Dans la salle où j'étais, on sentait bien là aussi que le public - dont moi - avait le soufflé coupé par la force visuelle, sonore et émotionnelle de cette fin. S'il existe a un film symboliste (qui se rapproche du mouvement artistique Symboliste de la fin du 19e siècle, c'est bien celui-là). Oscar Wilde et Huysmans auraient adoré. Melancholia entre dans la liste de mes films préférés.
Seul bémol : la caméra qui bouge dans tous les sens dans les dix premières minutes du banquet, très pénible et qui donne presque envie de vomir car l'image, en plus, est constitué principalment de gros ou moyens plans. Il faudrait arrêter avec cette écriture vraiment insupportable et qui n'a au fond aucune raison d'indisposer le spectateur. Heureseument, ça se calme après.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Watkinssien »

Melancholia est un film lumineux dans la filmographie de Lars von Trier, ce qui n'exclut cependant jamais la provocation, le sens du détail, la puissance émotionnelle et le pessimisme glauque du cinéaste.

La mise en scène est, encore une fois, d'une grande élaboration. Le cinéaste ne cesse à travers chacun de ses films à pousser dans ses retranchements le spectateur et sa manière de raconter une histoire forte, dérangeante, allégorique. Comme d'habitude, il fait voler en éclat sa supposée misogynie (alors que dans ses films, la femme est souvent la victime du mal masculin) pour s'ouvrir un discours encore plus universel que d'habitude, puisque la Nature est la source du malheur. Les portraits croisés sont tous intéressants, et il faut louer usuellement une magnifique interprétation d'ensemble.

Lars von Trier a son talent intact pour déjouer les attentes du public et l'emmener vers des choses qu'il a rarement vu et/ou ressenti. Et de signer avec Melancholia une réussite de plus...
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Emilieaimelesfilms »

je suis :shock: des messages. Je pensai que le film était raté et une honte.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Mama Grande! »

Tom Peeping wrote: Parmi toutes les interprétations possibles, je me suis demandé si LVT ne parlait pas (entre autres) de la fin du monde occidental tel que nous le connaissons.
Je ne vois pas trop de message socio-politique dans ce film, plutôt l'expression d'un mal-être très intime, et c'est cela qui m'a plu. Je ne peux pas y voir une critique de l'Occident car aucune comparaison n'est proposée, il ne montre pas d'alternative, et l'histoire aurait pu se dérouler dans n'importe quel pays capitaliste (soit sur 99% du globe). De même, y a-t-il une critique de la modernité quand aucune nostalgie d'une époque révolue n'est apparente? A mon avis, le film est pessimiste sur l'être humain en général, sans que ce soit lié au lieu ou à l'époque.
Seul bémol : la caméra qui bouge dans tous les sens dans les dix premières minutes du banquet, très pénible et qui donne presque envie de vomir car l'image, en plus, est constitué principalment de gros ou moyens plans. Il faudrait arrêter avec cette écriture vraiment insupportable et qui n'a au fond aucune raison d'indisposer le spectateur. Heureseument, ça se calme après.
D'accord avec ça, à croire qu'il le fait exprès. Le pire étant quand la caméra perd le personnage qu'elle voulait filmer pour revenir en arrière et le rattraper. Ou même, admettons qu'il veule donner au mariage un côté home movie, comme l'aurait filmé un invité, quel intérêt de trembler quand il filme les étoiles? Il pourrait soit faire une effort soit embaucher un cadreur.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Dunn »

J'ai également adoré pour ma part , ce film ne cesse de trotter dans ma tête par ses différents métaphores..spoiler j'adore l'introduction pleine de beauté, mais surtout le début du chapitre 1 où les mariés n'arrivent pas à sortir de ce virage avec leur limousine, comme si le mariage était semé d'embuche difficile et que le leur est déjà condamné...la scène du diner et le comportement de certains et surtout certaine (Charlotte Rampling excellente) m'ont fait passé un des meilleurs moments du film tout comme la dispute de Justine avec son patron ou ce moment inattendu où elle urine sur la pelouse du golf, ou encore lorsqu'elle "viole" le stagière de sa boite.Le mari désabusé de découvrir que sa femme est complétement perdu et dépressive malgré l'amour et le soutient qu'il lui apporte.
La deuxième partie m'a un peu moins emballé mais elle est tout aussi magique et belle, Claire paniqué à l'idée de la fin du monde en aidant malgré tout sa soeur, qui de toute façon pour cette dernière est déjà condamné par sa dépression et n'attends qu'une chose , que la planète vienne l'engloutir (la pénétrer voir la scéne nue sur les rochers où elle a "envie" de cette planéte)! une fin apocalyptique pleine de désir et d'amour complétement anéantit par l'humanité...
Tom Peeping
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Tom Peeping »

J'ai vu l'isolement total des personnages du film comme une métaphore de l'isolement mental de la société dans laquelle ils vivent : un manoir de style neo-gothique qu'on ne retrouve nulle part ailleurs que dans quelques régions de monde occidental, des manières éduquées et des rituels hérités de la bourgeoisie du XIXe siècle, une ignorance complèrte de ce qui se passe à l'extérieur. Plus les métaphores comme celle du pont qui revient plusieurs fois, de la voiture... Ces personnages, archetypes de la société occidentale telle que nous la connaisson encore aujourd'hui (mai pour combien de temps) voient arriver sur eux une autre planète sans comprendre ce qui leur arrive. La mélancolie de Justine est celle d'un monde qui a perdu sa raison d'être, l'agitation de Claire est celle d'un monde qui agit par habitude. L'inertie des deux les deux les condamne. Mais ce n'est qu'une interprétation personnelle, le film est beaucoup trop riche et symboliste pour se limiter à une signification ou une autre.
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Dunn »

Absolument, d'ailleurs je trouve que Melancholia est l'anti tree of life ! autant ce dernier se veut l'apologie de la création de l'homme par Dieu etc..son paradis, son arbre de vie, alors que Melancholia se veut un film plus humain, pessimiste sur l'humanité tel que nous la vivons actuellement.Le fait que nous soyons interdit de voir en dehors de la maison de Claire, nous renforce sur ce sentiment d'anti-humanité, devenu égoiste, matérialiste, mais au final ils ne sont pas plus heureux que les autres, et voyant cette planète arrivé, ils se sentent pris au piège et assurément sans éspoir alors qu'ils ont beaucoup de moyens! Ce que je dis toujours, le jour où cela arrive, même les plus riches y passeront aussi !!
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Re: Melancholia (Lars von Trier - 2011)

Post by Mama Grande! »

Tom Peeping wrote:J'ai vu l'isolement total des personnages du film comme une métaphore de l'isolement mental de la société dans laquelle ils vivent : un manoir de style neo-gothique qu'on ne retrouve nulle part ailleurs que dans quelques régions de monde occidental, des manières éduquées et des rituels hérités de la bourgeoisie du XIXe siècle, une ignorance complèrte de ce qui se passe à l'extérieur. Plus les métaphores comme celle du pont qui revient plusieurs fois, de la voiture... Ces personnages, archetypes de la société occidentale telle que nous la connaisson encore aujourd'hui (mai pour combien de temps) voient arriver sur eux une autre planète sans comprendre ce qui leur arrive. La mélancolie de Justine est celle d'un monde qui a perdu sa raison d'être, l'agitation de Claire est celle d'un monde qui agit par habitude. L'inertie des deux les deux les condamne. Mais ce n'est qu'une interprétation personnelle, le film est beaucoup trop riche et symboliste pour se limiter à une signification ou une autre.
Le film se déroule en Occident parce que Lars Von Trier est occidental lui-même, et vu qu'il ne voyage jamais je ne pense pas qu'il connaisse autre chose. Ce que je veux dire, c'est que les inégalités entre riches et pauvres, l'ambition sociale, les codes sociaux étouffants, l'ignorance de ce qui se passe hors de ses frontières, ce n'est absolument pas une spécificité de l'Occident. Le côté 19ème du manoir vient plus à mon avis des influences picturales revendiquées. Ce que montre Lars Von Trier, à mon avis, est que tous les désirs humains (matériels ou spirituels) perdent leur sens face au néant. Sauf peut-être les liens familiaux? Seule lueur d'espoir du film?
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