Alfred Hitchcock (1899-1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Lord Henry
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Lord Henry »

allen john wrote:The thirty-nine steps (Alfred Hitchcock, 1935)
A noter qu'avant la version interprétée par Robert Powell, il avait été tourné dans les années cinquante un premier remake qui sans égaler l'original, n'en est pas pour autant déshonorant:

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Federico
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Federico »

Je ne connaissais pas cette version.
On notera l'évolution du langage entre les 50's et aujourd'hui ("Richard Hannay, a gay adventurer on the run")... :wink:
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allen john
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by allen john »

The lady vanishes (Alfred Hitchcock, 1938)

A la fin de l'entre-deux guerres, nous sommes dans une petite ville perdue dans un improbable pays Est-Européen, des voyageurs perdus en attendant que la voie de chemin de fer soit dégagée de la neige qui l'encombre: deuxhommes préoccupés par le cricket jusqu'à l'aveuglement, Chalders et Caldicott; une gouvernante qui rentre chez elle après 6 ans de bons et loyaux services; un musicien qui fait des recherches sur les traditions musicales anciennes, et une jeune femme qui doit retourner chez elle afin de se marier: elle a beau tenir de beaux discours, ça resemble bien à un enterrement; enfin, un couple adultère dont l'homme est manifestement paranoïaque au point d'en devenir odieux, alors que la femme semble lasse du peu de perspectives offertes par leur statu quo.Tout ce petit monde est Britannique, et va donc prendre le train, et l'un d'entre eux va disparaitre: comme l'indique le titre, c'est une femme qui manquera à l'appel. une autre femme, seuls à admettre avoir vu la disparue, va devoir lutter contre tout le train, et même pire, pour la retrouver.

Le film prend son temps pour démarrer, il y a de bonnes raisons à cela; d'une part, Hitchcock se laisse aller à la comédie, dans cet hôtel bondé ou les gens doivent partager leurs chambres. il y prend un plaisir gourmand, alors pourquoi se priver... Sinon, il lui faut du temps pour exposer convenablement les tracas et problèmes de chacun, ce qui va payer plus tard. Enfin, il joue beaucoup sur la couleur locale: le langage est un savant mélange de consonnances Italiennes et Allemandes, ce que l'allure Alpine et les simili-coutumes observées viennent compléter: on est donc dans un pays fasciste, et à de nombreuses occasions, les conversations le rappellent. Ce didactisme est-il du à Gilliatt et Launder, les auteurs du script? Bien sur, cela ne veut pas dire qu'Hitchcock n'ait pas signé cet aspect du film... Par ailleurs, dans cette demi-heure, Hitchcock place un étrange meurtre, celui d'un musicien qui semblait donner une sérénade à la vieille gouvernante. Le meurtre en question n'est pas gratuit, et nous permet de patienter en toute connaissance de cause, jouant le même rôle dans ce film que la première attaque de mouette sur Tippi Hedren dans The birds.

Tranches de vie contre tranches de gâteau: on sait qu'Hitchcock a toujours soigneusement évité dans se sinterviews de trop pousser la chansonnette politique, prétendant souvent que son art n'est finalement que celui, sans idéologie, de l'illusionisme enfantin. Mais on peut le voir dans le film, avec le grand Doppo, l'illusioniste collabo, on peut être à la fois prestidigitateur et engagé... le film est exactement ça: un film d'aventures, sis dans un train en marche, avec une intrigue splendide, totalement distrayant, et un film qui dit tout ce qu'il y a à dire sur cette drôle d'entre-deux-guerres qui occupaient les esprits en 1938: il faut s'engager, ne pas rester à rien faire, sinon c'est la mort des démocraties.

Le train, métaphore de la vie, en même temps qu'outil excitant de vitesse et de mouvement puissant, Hitchcock tourne bien sur autour depuis bien longtemps, et en a joué dans The 39 steps entre autres. Il y reviendra souvent, l'utilisant beaucoup pour faire se rencontrer les gens (Suspicion, Strangers on a train, North by northwest), pour dévoiler des intrigues (North by northwest), pour obliger des inconnus à cohabiter le temps d'une conversation (Strangers on a train). ici, il coince ses voyageurs, que nous connaissons tous, dans un train durant plusieurs jours, et profite de tous les aspects de l'endroit, le coté longiligne de l'espace, la compartimentation forcée des cabines, mais aussi les tunnels, gares et aiguillages pour créer des difficultés pour les personnages, bref, du suspense et de la tension! La façon dont Miss Froy disparait est suffisamment intrigante pour que les doutes subsistent: nous l'avons vue, nous aussi, mais nous savons qu'Iris, la jeune femme qui la cherche, a reçu un coup sur la tête...

Le vide, sujet admirable de film, auquel Hitchcock souhaitait tant s'attaquer. il disait à Truffaut vouloir réaliser un film dans lequel une conversation se tiendrait sur une chaine de montage d'une usine automobile; on verrait le chassis, puis la carrosserie, la voiture serait alors peinte, puis finie. au moment d'ouvrir les portières, un cadavre tomberait... Bien sur, il ne l'a jamais faite, mais s'en est souvent approché. on peut dire que le meurtre impossible d'Annabella Smith (The 39 steps )ressemble un peu à cela. Ici, c'est de disparition qu'il est question, et une fois partie Miss Froy semble ne rien avoir laissé à personne. Les seuls indices seront un nom écrit dans la poussière sur une vitre, un paquet de thé, et une paire de bésicles...

Le train, on le voit bien dans le film, n'est pas qu'une métaphore de la vie, il est aussi doté d'un sens politique. N'oublbions pas la préoccupation majeure de ces années de pré-guerre, l'avancée d'Hitler, l'Anschluss (Annexion de l'Autriche par l'Allemagne Nazie), les menaces sur la Tchéquoslovaquie, la Pologne... Les Anglais du film ont tous une raison de ne pas s'en soucier, réoccupés par leur nombril: les deux cricketomanes, la future mariée obsédée par l'auto-justification de son improbable mariage, le doux-dingue qui compile des musiques dont tout le monde se contrefiche, le couple en fuite perpétuelle... Seule miss Froy (C'est une espionne, ce qu'on apprend dans la dernière demi-heure, mais cette information est un Mac Guffin: une information vide de sens qui ne sert qu'à donner une motivation à certains personnages et certaines actions) a, on le verrra, un rôle à jouer là-dedans. Et de fait, on se positionne dans le film, par rapport à elle. Admettre qu'on a vu Miss Froy, nous disent en substance Gilliatt, Launder et Hitchcock, c'est lutter contre la dictature et le Nazisme...

Tout le film fonctionne aussi sur cette ligne politique, avec ses deux camps bien délimités, et ses gens qui se révèlent dans l'action: le gentleman si épris de ses petits secrets douteux qui se dérobe de son couple adultère, se dérobe aussi politiquement; les deux fans de cricket (Nauton Wayne et Basil Radford) , en revanche, ont l'héroïsme à fleur de peau. ils sont, après tout, plus Britaniques que tous les autres: ils aiment passionément leur pays, et sa liberté... de parler cricket. ils seront d'ailleurs employés par les scénaristes dans d'autres films... Tous les acteurs, surtout Margaret Lockwood en jeune femme qui vit sa première (Et peut-être la dernière) grande aventure, Paul Lukas en médecin louche, ou Dame May Whitty en Miss Froy, sont superbes. Le film aussi, c'est un classique, et l'un des meilleurs films d'Hitchcock, tout simplement.

http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 22176.html
Federico
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Federico »

allen john wrote:The lady vanishes (Alfred Hitchcock, 1938)
Le film prend son temps pour démarrer, il y a de bonnes raisons à cela; d'une part, Hitchcock se laisse aller à la comédie, dans cet hôtel bondé ou les gens doivent partager leurs chambres. il y prend un plaisir gourmand, alors pourquoi se priver... Sinon, il lui faut du temps pour exposer convenablement les tracas et problèmes de chacun, ce qui va payer plus tard. Enfin, il joue beaucoup sur la couleur locale: le langage est un savant mélange de consonances Italiennes et Allemandes, ce que l'allure Alpine et les simili-coutumes observées viennent compléter: on est donc dans un pays fasciste, et à de nombreuses occasions, les conversations le rappellent.
Aventure et exotisme délicieusement naïfs qu'on retrouva à la même époque dans les premières aventures de Tintin. Je pense notamment au Sceptre d'Ottokar avec l'invention d'un pays balkanique mélange d'Albanie et de Yougoslavie (et où les "méchants" ont aussi souvent des noms ou des traits germaniques, Hergé s'était d'ailleurs amusé à nommer leur chef Müsstler, en accolant Mussolini à Hitler).
allen john wrote: Tranches de vie contre tranches de gâteau: on sait qu'Hitchcock a toujours soigneusement évité dans ses interviews de trop pousser la chansonnette politique, prétendant souvent que son art n'est finalement que celui, sans idéologie, de l’illusionnisme enfantin. Mais on peut le voir dans le film, avec le grand Doppo, l’illusionniste collabo, on peut être à la fois prestidigitateur et engagé... le film est exactement ça: un film d'aventures, sis dans un train en marche, avec une intrigue splendide, totalement distrayant, et un film qui dit tout ce qu'il y a à dire sur cette drôle d'entre-deux-guerres qui occupaient les esprits en 1938: il faut s'engager, ne pas rester à rien faire, sinon c'est la mort des démocraties.
Même si Hitchcock a toujours été prudent, ce n'était pas sans un certain courage car on sait que pendant les années 30, l'idéologie nazie ne rencontra pas que des adversaires en Grande-Bretagne (idem aux USA et bien sûr en France).
allen john wrote: Le vide, sujet admirable de film, auquel Hitchcock souhaitait tant s'attaquer. il disait à Truffaut vouloir réaliser un film dans lequel une conversation se tiendrait sur une chaine de montage d'une usine automobile; on verrait le chassis, puis la carrosserie, la voiture serait alors peinte, puis finie. au moment d'ouvrir les portières, un cadavre tomberait...
Cette idée aussi géniale que farfelue m'a toujours fait penser à certains gags en cascade de Tex Avery et... encore à une planche de Tintin en Amérique où en l'espace de quelques cases on voit des promoteurs expulser des tribus indiennes, bâtir une métropole à toute vitesse et Tintin, ahuri passant d'un décor de désert à une rue encombrée de buildings et d'automobiles. :D
allen john wrote: C'est un classique, et l'un des meilleurs films d'Hitchcock, tout simplement.
http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 22176.html
Oui, un régal avec le génie d'Hitchcock pour faire passer des vessies pour des lanternes. Car comment croire un seul instant que Miss Froy, cette adorable vieille dame au look de modeste gouvernante anglaise soit une Mata-Hari ? Eh bien justement, on n'y croit pas ET ça fonctionne quand même !! Hitchcock ou la résolution de la quadrature du cercle... :roll:
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by someone1600 »

Lors de mon integrale je me suis dit, que c'etait probablement mon préféré parmis les films anglais avec 39 steps et The lodger.
Akrocine
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Akrocine »

Enfin découvert le dernier film que je n’avais pas vu de mon coffret Universal

Shadow of Doubt

Une très belle introduction qui nous permet tout de suite de cerner le personnage principal plutôt louche qui laisse trainer ses billets de banque dans sa chambre…

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On ne peut pas en dire autant de la famille vivant à Santa Rosa, la présentation est interminable tellement les acteurs sont antipathiques !
La mère comme la fille sont toutes les 2 des têtes à claques, qui ont du mal à faire autre chose que de sourire bêtement en plus d’articuler le plus possible pour être sûr de réciter parfaitement leur texte. Joseph Cotten porte entièrement le film sur ses épaules et c’est ce qui m’a permi d’accrocher à l’histoire jusqu’au bout.

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Il n'est plus suivis par les flics, mais pour combien de temps...


La première moitié du film est de très bonne tenue, jusqu'à la scène centrale où la jeune Charlotte découvre la vérité sur son Oncle. Hitchcock s’amuse à distiller des indices quant à la vraie personnalité de l’oncle Charlie (la bague, des changements soudains d’attitude, sert les poignets de Charlotte, le monologue sur les veuves…). Pourtant Charlotte a encore quelques doutes et l’amour qu’elle a pour son oncle l’empêche de coopérer avec les deux enquêteurs. Comportement que j’ai bien du mal à comprendre.

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Le nom gravé à l'intérieur correspond à celui dans le journal, le doute n'est plus possible!


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Assommer par ce qu'elle vient d'apprendre, il lui faut prendre du recul. Doit-elle en parler au détective? (Mauvaise mise en scène, on voit l'ombre de la caméra sur son dos)


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[quote]- Drinking the money, eating the money…. Proud of their jewerly but of nothing else, horrible, faded, fat, greedy woman.
- They’re human beigns!
- Are they Charlie? Are they human or are fat, wheezing animals?[/quote]
Le monologue sur les veuves, ne fait que confirmer le vrai visage de Charlie.


Par moment il règne une forte tension sexuelle, cette ambigüité entre Charlie et Charlotte où l’on s’attend à tout moment à les voir s’embrasser.
Comme il est dit dans le documentaire, l’oncle Charlie représente le mal, une menace pour la famille alors qu’a l’inverse la famille pense qu’il est leur source de bonheur…

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En plus de connaitre son secret, voilà qu'elle à le béguin pour le détective. S'en est trop pour Charlie, il faut songer à la faire taire...



Un film très inégal qui apparemment est le préféré du réalisateur ! Difficile à croire tant il me semble faible dans la filmographie du maître. Pourtant le film mûrir très bien dans mon esprit, la preuve je vous en parle! Ce que j'aime dans les films d'Hitchcock c'est justement les nombreuses pistes à explorer grâce à la mise en scène et les nombreux sous entendus (le plus souvent sexuel). De ce point de vue Shadows of Doubt joue parfaitement sont rôle.

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Deux détails qui préfigure un certain Psycho
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
julien
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by julien »

Moi je le trouve pas mal ce film. Plus que la mise en scène c'est surtout le scénario et les dialogues écrit par Thirnton Wilder et Sally Benson qui brillent. On ne souligne pas assez d'ailleurs l'apport des scénaristes et des adaptateurs chez Hitchcock qui font très souvent un travail remarquable d'écriture.
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Ann Harding »

Akrocine wrote:Un film très inégal qui apparemment est le préféré du réalisateur ! Difficile à croire tant il me semble faible dans la filmographie du maître.
Pas du tout d'accord. Shadow of a Doubt est également un de mes Hitchcocks préférés. Un scénario subtil et une superbe description de la vie d'une famille américaine moyenne. Les rapports entre les deux Charlie, l'oncle et la nièce, sont pour moi passionnants. Ce film n'est certainement pas une grosse machine comme North by Northwest, mais je lui trouve des qualités remarquables.
julien
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by julien »

La petite nièce, l'intellectuelle de la famille elle est marrante. Elle fait un peu penser à Lisa Simpson. Un peu tête à claque aussi. Chaque personnage même les plus secondaires sont d'ailleurs extrêmement bien décrits.
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Abronsius »

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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Nestor Almendros »

Un film disparu de Hitchcock retrouvé en Nouvelle Zélande

Un des premiers films du maître du suspense, le réalisateur britannique Alfred Hitchcock, a été retrouvé en Nouvelle-Zélande, ont annoncé mercredi les archives du cinéma du pays.
Les trois premières bobines du film "The white shadow" ("L'ombre blanche") ont été retrouvées dans un amas de pellicules données aux archives dans les années 90, ont indiqué les Archives du film de Nouvelle Zélande.
Ce film muet, qui date de 1923, avait été réalisé par le Britannique Graham Cutts, mais Alfred Hitchcock y avait travaillé en tant que scénariste, décorateur, monteur et assistant au réalisateur. Il avait alors 24 ans.
Le film, décrit par les Archives comme "un mélodrame doté d'une atmosphère sauvage", raconte l'histoire de deux soeurs, l'une angélique et l'autre sans foi ni loi.
L'institution pense qu'il s'agit de la seule copie conservée. Le sort des trois dernières bobines reste un mystère.
C'est une des trouvailles "les plus significatives pour les chercheurs, les critiques et les admirateurs de l'oeuvre extraordinaire d'Hitchcock", a estimé David Sterritt, président de la Société nationale américaine des critiques de films.
"Ces trois premières bobines de +L'ombre blanche+, soit plus de la moitié du film, présentent une occasion unique d'étudier ses idées narratives et visuelles alors même qu'elles prenaient forme", a-t-il ajouté.
Les bobines figuraient parmi quantité de pellicules de films muets données aux archives en 1993 après la mort d'un projectionniste, Jack Murtagh, qui travaillait dans un cinéma à Hastings (île du nord) lors de la première moitié du 20è siècle.
A l'époque, les cinémas étaient supposés détruire les films à la fin de la période de diffusion mais Jack Murtagh les avaient conservés dans un abri, dans son jardin.
Les Archives oeuvrent à sauver la collection du projectionniste, très fragile car les films étaient alors fabriqués sur une pellicule à base de nitrate, extrêmement inflammable.
Cette collection a déjà permis de retrouver un film de l'Américain John Ford donné pour disparu, "Upstream".

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Ann Harding
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Ann Harding »

Le titre est plutôt trompeur. Il s'agit d'un film de Graham Cutts, par ailleurs un réalisateur tout à fait estimable. J'ai beaucoup aimé The Rat et The Triumph of the Rat.
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Demi-Lune
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Demi-Lune »

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Lifeboat (1944)

SPOILERS. D'une contribution à l'effort de guerre, Hitchcock tire un film bien plus ambigu et dérangeant que ce que ses commanditaires devaient probablement attendre. Lifeboat, assez peu cité dans les réussites hitchcockiennes, mérite pourtant à mon sens d'y figurer, ne serait-ce que pour l'audace du pari technique - tourner intégralement en studio sur un canot de sauvetage, avec très peu de plans vers l'extérieur. Pari technique efficacement géré par le réalisateur, qui construit ici un huis-clos d'autant plus oppressant qu'il n'en a absolument pas les allures naturelles. C'est même à une petite leçon de mise en scène qu'on assiste, la caméra d'Hitchcock parvenant à s'installer avec aisance dans un espace aussi confiné. Outre celui d'introduction, il n'y a quasiment aucun travelling, mais des plans fort intelligemment composés et un sens du découpage dont la brillance n'est plus à démontrer, même s'il n'y a pas réellement, sur ce film, de séquences à suspense typiques du cinéaste, fondées sur un pur langage visuel et rythmique. Encore qu'il faut s'appeler Hitchcock pour captiver le spectateur sur un plan immergé d'un poisson qui s'approche d'un appât... Sans "scène d'action monumentale" pour reprendre Berthomieu (si ce n'est éventuellement la tempête et le finale), sans partition musicale passée le générique, Hitchcock se retrouve donc avec une intrigue privilégiant nettement plus les dialogues et la psychologie des personnages que le spectaculaire édifiant. Ainsi, s'il se construit traditionnellement sur le pouvoir visuel d'un montage d'images signifiantes, le suspense hitchcockien est ici beaucoup plus lancinant, larvé. Celui-ci provient de la situation et de ses évolutions.

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Huit rescapés américains d'un torpillage de la Kriegsmarine, et un marin allemand sauvé des eaux. Sur cet intéressant canevas, Hitchcock va coupler aux ressorts indispensables à toute tentative de survie (conditions météorologiques, repères, facteurs traumatiques, etc) une seconde trame, encore plus intéressante, puisqu'elle implique un rapport de force, et une étude comportementale voire sociétale, entre l'ennemi désigné - le marin allemand - et les rescapés américains. S'il accuse parfois des lenteurs à force de vouloir développer chaque personnage alors que certains de leurs interprètes sont fades, le scénario demeure remarquable dans sa façon d'égrener les situations critiques (la disparition de la mère, l'amputation, la perte des vivres, la soif...) et de les mettre constamment en perspective avec ce fameux élément perturbateur qu'est le personnage allemand, auquel les personnages américains ramènent tout systématiquement. Peut-on lui faire confiance ? Que faut-il faire de lui ? A travers chaque situation, Hitchcock donne à montrer une pluralité de points de vue sur la condition qu'on doit réserver à l'ennemi, et sur la relativité, dans la nécessité, de cette même notion d'ennemi. En se révélant plus fort mentalement, plus résistant physiquement, plus intelligent et calculateur que ses camarades de fortune, Hitchcock fait du marin allemand un personnage particulièrement ambigu, sur lequel il est malaisé de prononcer un jugement - gageons que c'est cette dimension qui a plu au réalisateur. Dissimulateur et manipulateur, mais aussi sauveur, chirurgien de fortune et homme des moments critiques par ses facultés de décisions, Willy arbore une variété de facettes qui nous interroge sur le manichéisme des propagandes de l'époque. Si le scénario peut se révéler simpliste et binaire en faisant de l'Allemand ce traître fourbe qui œuvre sournoisement, quitte à supprimer un élément embarrassant pour le canot, et qui ne mérite donc que la mort, une analyse plus approfondie fera immédiatement apparaître la complexité et la pertinence de ce portrait (cf. sa remarque sur le patronyme de Gus avant de le conduire à la mort), dont on ne sait finalement s'il agit ainsi par malice ou par un sens aigu de l'instinct de survie et de l'intérêt général. En outre, en l'éliminant, les personnages américains répètent le geste assassin précédent de Willy, tirant ainsi un parallèle dont la légitimité paraît complexe eu égard à la direction, certes à poigne mais aussi salvatrice, du personnage allemand sur le canot.

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Sur cette étude comportementale de personnages aux abois et en hostilité fondamentale, Hitchcock greffe ses passions pour les relations amoureuses, et les protagonistes féminins approfondis. Le personnage de Tallulah Blankhead (très bonne dans ce rôle), Connie, est manifestement le second grand centre d'intérêt humain du réalisateur après le rôle difficile du marin allemand. Femme ironique et désabusée, perdant progressivement tous ses marqueurs matériels d'identité, elle apparaît aussi superficielle et maniérée au début qu'attachante et nuancée au bout de son odyssée dont l'élément libérateur, aussi bien matériellement que métaphoriquement (on retrouve là tout l'humour du maître anglais) se révélera être le fermoir de son bracelet fétiche. Globalement, les autres personnages sont également intéressants mais n'échappent sans doute pas à certains stéréotypes convenus. Avec, comme je le disais, certaines interprétations très fades et peu impliquées, en termes émotionnels, compte tenu de la situation dramatique qui est la leur... la finesse psychologique vient plus des dialogues que du jeu des acteurs, qui ont parfois l'air de se foutre un peu d'être perdus en pleine mer.

Bref, malgré ces quelques nuances, Lifeboat est un très bon cru d'Hitchcock. L'attention donnée à son travail sonore augure presque Les Oiseaux.
riqueuniee
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by riqueuniee »

Lord Henry wrote:
allen john wrote:The thirty-nine steps (Alfred Hitchcock, 1935)
A noter qu'avant la version interprétée par Robert Powell, il avait été tourné dans les années cinquante un premier remake qui sans égaler l'original, n'en est pas pour autant déshonorant:

Le film est sorti en DVD, accompagné d''un muet de Hitchcock, Downhill (1927). Je l'ai vu aujourd'hui en promo au BHV, pour 9,99 €.
bruce randylan
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by bruce randylan »

Agent secret (sabotage - 1936)

Je vais encore me faire taper sur les doigts mais je n'ai que moyennement aimé.
Il y a bien-sûr la légendaire (à juste titre) séquence de l'enfant portant une bombe à retardement. La construction de la scène, son montage qui s'accélère, le temps qui s'égrène, la menace se faisant de plus en plus présente et la conclusion surprenante forment un grand moment de cinéma mais je trouve que Hitchcock en fait toujours trop, qu'il y a un moment où on tombe dans le maniérisme démonstratif qui atténue le suspens en le rendant trop artificielle (comme les nombres événements qui ralentissent ou distraient l'enfant).

De la même manière, je trouve que le film après cette partie devient très médiocre sans cohérence psychologique. Le mari n'éprouve aucune culpabilité alors qu'au début du film il n'ose pas faire le moindre attentat sur des inconnus. Là, son beau-frère (un gosse) décède par sa faute et il s'en fiche. Même chose pour sa femme qui tombe amoureuse bien trop rapidement de l'enquêteur. On sent que Hitchcock fait tout pour qu'on déteste le mari pour vouloir sa mort et ce au détriment de la crédibilité comme si les personnages en savaient autant que le spectateur (ce qui n'est pas du tout le cas). La conclusion m'a donc parut terriblement convenu et décevante préférant un happy end grotesque et toujours si artificiel à une ambiguïté plus intéressante.

Je le regrette car j'avais beaucoup aimé toute la première partie, savoureuse avec de très belles scènes (celle dans l'aquarium), une mise en scène solide et des personnages attachants (y compris les moins reluisant).
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"