L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Tutut
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Tutut »

J'interviens un peu tard.
Ce n'est pas la Résistance que je remet en cause, mais ce qu'on en a fait par la suite, qu'elle soit gaulliste,
communiste ou autre. Quant à dire que la France était comme les autres pays d'Europe, je dis non, le Statut des Juifs
date de 1940 à l'initiative du gouvernement de Vichy et pour souligner le malaise, il a fallu attendre 1995, que Jacques Chirac
reconnaisse la responsabilité du gouvernement de Vichy dans les déportations.

À propos de cinéma, on oublie qu'en 1955, Resnais doit censurer un plan montrant un gendarme français qui garde un camp de
transit (Drancy?) sur Nuit et Brouillard, je suppose que ce genre de chose n'était pas exceptionnelle. Ce que je retiens de
L'Armée des Ombres, c'est un récit qui se concentre sur l'aspect relationnel, psychologique et humain, bien que Melville aie
participé activement à cette période de l'histoire de France, son film garde quand même une certaine sobriété, je pense qu'il
l'a fait comme un devoir de mémoire à ceux qui sont morts, plutôt que comme un éloge de la Résistance.

Phnom&Penh, Lacombe Lucien ne montre pas d'actes d'épuration, l'histoire s'arrête avant cette période (à moins que j'ai un gros
trou de mémoire :) , je n'ai toujours pas visionné mon DVD Criterion).

En ce qui concerne la littérature sur le sujet, je conseille, par opposition à l'idéalisme de la Résistance, la dure réalité voire
le cynisme de l'espionnage, avec un récit très bien documenté, sur le plus gros réseau de la seconde guerre mondiale,
L'orchestre rouge de Gilles Perrault.
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Phnom&Penh
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Phnom&Penh »

Tutut wrote:Quant à dire que la France était comme les autres pays d'Europe, je dis non, le Statut des Juifs
date de 1940 à l'initiative du gouvernement de Vichy et pour souligner le malaise
Ce que tu écris là résume un peu pour moi tout le problème. La France a été le seul pays à obtenir un statut très particulier après la défaite.
Les français dans leur ensemble, en sont-ils responsables?
Non, les pleins pouvoirs ont été donné à Pétain par les parlementaires. C'est une décision politique dont les élus sont responsables.
Bien sûr, les français ont majoritairement été satisfaits de cela. Mais la défaite avait été fulgurante. Et puis la majorité des gens ont été médiocres, comme à la Libération, c'est pas français, c'est humain.

Vichy a beaucoup évolué de 1940 à 1944. Ci-dessous un lien sur une conférence de Paxton à ce sujet:

Vichy et la déportation

C'était pourri dès le départ mais ça pouvait donner illusion. Les anglais ont d'ailleurs longtemps encouragé des résistants comme Frenay à garder de bons contacts avec Vichy parce qu'eux-mêmes se sont longtemps illusionnés.

Tant qu'au non-dit après la guerre, il est relatif et beaucoup plus le fait de la classe politique de la IVe que des résistants quels qu'ils soient.

Un exemple résume bien les choses. Dans un entretien récent, Marcel Ophuls revient sur l'interdiction du Chagrin et la Pitié en 1974. Simone Veil l'a fait interdire sous prétexte qu'il allait nuire à l'image de la France....
Ca le fait un peu rire (son film est d'ailleurs assez impartial) et selon lui, c'est surtout le passage où Mendes-France raconte avoir croisé le père de VGE dans un ministère à Vichy qui posait problème.
Et pour rétablir les choses, il faut aussi ajouter que le père de VGE n'a pas eu de comportement particulièrement odieux et que VGE s'est engagé à 18 ans dans la 1ere Armée de Lattre à la Libération de Clermont-Ferrand et a fait une guerre très courageuse.

Bref, c'est toujours plus compliqué qu'on ne le résume quarante ans après.
Tant qu'à Chirac en 1995, il n'a pas reconnu publiquement ce qui était dans les livres d'histoire depuis trente ans. Il a fait des excuses. C'était tout aussi connu avant mais les présidents précédents considéraient que la France n'était pas Vichy.

Ce qui m'agace le plus dans cette façon dont on veut absolument que la France soit coupable de ceci, de cela, alors que les livres d'histoire étaient bien faits là-dessus depuis très longtemps, c'est que ça rappelle justement la façon dont les vichystes faisaient la leçon sur le fait qu'on avait bien mérité ça, qu'on avait qu'à s'en prendre à nous-même, et surtout qu'il fallait expier.

Je préfère l'exemple de ceux qui ont compris dès le début que l'erreur était dans la compromission et qui ont continué le combat. Ils étaient bien assez nombreux, leur idéal assez élevé pour qu'on l'enseigne au minimum autant que le reste. Quand je vois le discours ambiant sur le sujet, je n'ai plus l'impression que ce soit le cas.
Last edited by Phnom&Penh on 10 Feb 09, 19:39, edited 1 time in total.
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Watkinssien
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Watkinssien »

Phnom&Penh wrote:
Un exemple résume bien les choses. Dans un entretien récent, Max Ophuls revient sur l'interdiction du Chagrin et la Pitié en 1974. Simone Veil l'a fait interdire sous prétexte qu'il allait nuire à l'image de la France...
C'est Marcel Ophuls ! :wink:
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Phnom&Penh
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Phnom&Penh »

Bien sûr :wink:
Comme les deux prénoms commencent tous les deux par un M :mrgreen: je dis souvent l'un pour l'autre.
Pour Lacombe Lucien, je l'ai vu il y a plus de quinze ans, je confond peut-être avec un autre film.

D'ailleurs, quitte à être précis, autant citer convenablement Marcel Ophuls, d'autant, qu'avec son humour, il remet assez bien les choses en place.
Un: le film n'a pas été censuré en 1974 mais "passé à la trappe en 1971":
"Non, le film n'a pas été censuré, il n'a pas été programmé, c'est différent. L'idée de censure, c'était de la propagande harris-sedouyenne. Ils se faisaient passer pour des victimes du gaullisme, essayaient de se raccrocher à ça pour retrouver du boulot. Harris lui-même était proche de Mitterrand..."
A propos de de Gaulle et du fait qu'on parle des années noires:
"Jean-Jacques de Bresson, aurait selon Jean Daniel rendu visite au général à Colombey, peu de temps avant sa mort. De Gaulle lui aurait demandé ce que racontait le film: "des vérités désagréables sur les années noires, mon Général...". Toujours d'après Jean Daniel, de Gaulle lui aurait fait cette réponse magnifique: "Les Français n'ont pas besoin de vérité, ils ont besoin d'espoir!""
C'est en 1972, au conseil d'administration de l'ORTF que Simone Veil a fait bloquer le film, d'après lui pour les raisons que j'indique plus haut. Cela dit, il présente les choses de façon assez drôle.
Ceci provient d'un entretien en fin d'un livre récent de Vincent Lowy sur Marcel Ophuls.
A la fin, un historien très sérieux, Marc Ferro, commente en 2007 le Chagrin et la Pitié, en disant que le seul reproche qu'il fasse au film, c'est de ne pas assez mettre en valeur le rôle des petites gens grâce auxquelles la France a été le pays qui a sauvé le plus de juifs en Europe occupée.

Moi, si on met en balance ça et le fait que la Résistance française a été importante et exemplaire, ça me convient très bien. Ce n'est pas parce que des choses ont été mises sous le tapis dans les années 50 et 60 qu'il faut refaire l'histoire aujourd'hui, en faire une histoire bien lamentable et crapouilleuse, et surtout oublier la très belle geste de la Résistance française et de la France Libre.

D'ailleurs, à propos de cette geste, il ne faudrait quand même pas faire passer l'Armée des Ombres pour une bande dessinée gaulliste.
En ce qui concerne la littérature sur le sujet, je conseille, par opposition à l'idéalisme de la Résistance, la dure réalité voire le cynisme de l'espionnage, avec un récit très bien documenté, sur le plus gros réseau de la seconde guerre mondiale, L'orchestre rouge de Gilles Perrault
Le film est quand même tiré d'un roman dont l'essentiel de l'intrigue est prise du roman éponyme de Joseph Kessel. Kessel est peut-être un romancier mais il est journaliste avant tout. Quand il traite de sujets sérieux, il sait faire la différence entre la composition du texte du Chant des Partisans et un récit précis destiné à donner idée de ce qu'était la Résistance.
Le scénario est loin d'être seulement idéaliste, et on voit dans le film une bonne part de dure réalité et quelque chose qui peut ressembler à du cynisme et qui est seulement du pragmatisme.

Enfin, laisser entendre que l'Orchestre rouge était le plus gros réseau de résistance de la seconde guerre mondiale est grotesque. Il a compté entre 100 et 200 personnes. Le réseau Combat, qui n'est que l'un des nombreux réseaux de la Résistance française même si c'est le plus important, en a compté largement plus. Quelques milliers environ.
Et les maquis étaient nombreux. A lui seul, le maquis des Glières commandé par Tom Morel et qui a fait l'objet de la première bataille rangée entre les allemands et des résistants, comptait environ 300 personnes.

Orchestre Rouge était le plus important réseau d'espionnage implanté sur le sol allemand. C'est un petit peu un autre sujet. Les activités de la résistance française étaient certes de l'espionnage (celui-ci étant un peu à part et dirigé directement de Londres par les différents services secrets dont ceux des Français libres), mais surtout l'édition et la diffusion de journeaux et livres, la collecte quotidienne de renseignements de terrain pour les Alliés, tenir les filières d'évacuation des personnes en danger, le sabotage et la formation des maquis destinés à cacher ceux qui devaient aller au STO, en faire des forces armées compétentes, faire du harcèlement et préparer le terrain aux forces alliées avant les débarquements de Normandie et de Provence.
Ces activités étaient dangereuses mais ne nécessitaient pas nécessairement du cynisme et un certain idéalisme pouvait aider à trouver des raisons et du courage pour les mener.

Et à propos de "les français n'ont pas besoin de vérités, ils ont besoin d'espoir!", ça ne signifie évidemment pas "les français ont besoin de mensonges".
Les idées de Charles de Gaulle sur le sujet sont parfaitement exposées dans ses Mémoires. Il n'"idéalise" pas la Résistance, il dit que Vichy n'est pas la France et que la France peut s'approprier avec honneur l'histoire de la Résistance et de la France libre. Bref, il fait du de Gaulle.
Ceux qui ont tenté de mettre un mouchoir sur Vichy, ce sont surtout les élites politiques et industrielles impliquées dans Vichy à un moment ou à un autre, et les gaullistes n'appartenaient pas vraiment à cette population. Ceux qui aimaient laisser du temps au temps, un peu plus déjà.
Tant qu'aux livres d'histoire et d'enseignement de l'histoire, ils sont très bien faits sur Vichy depuis les années 70 au moins, alors franchement, le déni historique, ça date un peu.
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Anorya
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Anorya »

copié-collé Melvilien, suite et fin. :o

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L'armée des ombres (Melville - 1969)

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Image la plus poignante du film.

Mon premier Melville, une énorme claque. Rigueur, austérité, économie des dialogues, travail méticuleux du son, précision du geste qui personnifie bien plus que les mots des personnages monolithiques mais non dénués d'humanité en des temps plus qu'horribles. Pour un peu, on se croirait chez Bresson (d'ailleurs, dans l'idée, c'en est très proche). Sans oublier les couleurs délavées et glaçantes (je connais un Michael Mann qui a dû être abasourdi par le travail du réalisateur et de son directeur de la photo, Pierre Lhomme), la musique inquiétante et crépusculaire d'Eric Demarsan (me faut la B.O). Enfin, les acteurs, tous incroyable, tous brillants, portant un projet hallucinant (et halluciné : la séquence avec les nazis et leurs mitraillettes dans l'immense entrepôt-couloir :shock: ) comme si leur vie en dépendait. Dans les anecdotes de bonus du dvd, Tavernier, Lhomme et une foultitude de personnalités livrent leurs anecdotes et on apprend que Melville énervait à fond Ventura, le ridiculisait au possible afin de mieux le charger. Résultat ? Une tension et une boule vivante de haine rentrée qui perce sous le jeu phénoménal de l'acteur. Et que dire de plus ? Sinon que les plans sont d'une maîtrise pas possible et que ça appuie là où ça fait mal, surtout quand la survie de l'organisation des résistants est menacée et qu'on voit les mesures radicales appliquées qui s'avèrent presqu' inhumaines (quand Ventura doit s'échapper et convainc un collègue emprisonné qu'il va faire diversion pour leur permettre de s'échapper, mais c'est surtout l'autre personne qu'on entend en hors-champ se faire dézinguer pendant que Ventura s'enfuit :shock: ou bien l'éxécution du traître).
Et puis cette ouverture sur les champs-Elysées.
Et puis cette fin.
Et puis tout le film, bon sang quoi. :shock:

Film du mois, 100/6. Enfin 7/6.

Et je regrette de ne pas avoir le dvd, j'aurais fait une chronique de la mort-qui-tue, croyez moi. :oops: :|
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Alisou Two
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Alisou Two »

il est incontestable que c'est un film exceptionnel
je l'i vu grâce à une diffusion sur cinéclassics
avec la restauration su celui pervisée par Pierre Lhomme le directeur de la photo ( ainsi que du film "la maman et la putain" de Jean Eustache)
le film est sorti aux Etats-Unis en 2007 et a fait une telle impression qu'il a obtenu le titre du "meilleur film étranger" décerné par l'association des critiques new yorkais
et a été préféré à 2 films récents "volver" et "la mort de Dante Lazarescu")

par ailleurs, le documentaire de Philippe Quinconneau de 30' qui se trouve sur le dvd nous apprend pas mal de chose sur
le tournage et le rapport de Mleville avec Lino Ventura aussi; de plus, la scène si impressionnante du début avait été prévue a la fin du film quand le film est sorti le mercredi à 14 heurs dans les salles parisiennes : c'est alors, que sur les conseils de ses proches, Meville a décidé de mettre cette scéne au début : seuls quelques spectateurs ont vu le film monté de cette façon).
il est d'ailleurs impensable , aujourd'hui qu'un metteur en scène modifie , lors de la sorite d'un film soit sa durée (Truffaut avait tellement affecté par les critiques qu'il avait réduit d'environ 12 minutes son film "les 2 anglaise et le continent) soit sa fin (duvivier a tourné une fin heureuse pour "la belle équipe " car le public souhaitait que le film finisse bien : aujourd'hui , Patrick Brion est le seul à programmer "la belle équipe" avec les 2 fins)

enfin , c'est un film doublement émouvant par "les ombres" puisque la plupart des acteurs on disparu: Lino Ventura , Paul Meurisse, Simone Signoret, Jean Pierre Cassel, Serge Reggiani, Christian Barbier
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Demi-Lune
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Demi-Lune »

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Dès son long plan d'ouverture, petit tour de force glacial qui plonge d'emblée le spectateur dans l'Histoire française récente la plus noire, Melville appose à son film le regard austère, clinique et froid d'un témoin et acteur qui revisite douloureusement son propre passé dans une démarche mémorielle et funèbre. Loin de la vision d'un Paris brûle-t-il, L'Armée des Ombres porte dès son intitulé le refus d'une représentation spectaculaire de la Résistance : si les Résistants de René Clément sont une force grouillante et héroïque portés par la ferveur d'évènements incoercibles, ceux de Melville ne sont que quelques âmes solitaires et mutiques, des spectres complexes mus par leur devoir et livrés à eux-mêmes dans un milieu entièrement hostile, triste, hivernal, agonisant. Les Résistants melvilliens répondent, en ce sens, à la manière dont les gangsters de son œuvre se trouvent fondamentalement caractérisés par leurs actes et par leurs tâches avec, comme dans Le Cercle rouge, un étrange lien de fortune plus de l'ordre du pacte tacite et contextuel que de l'association cimentée autour d'une amitié ou d'intérêts politiques. Le courage de ces hommes et femmes joue à couteaux tirés avec l'absence de gloire et de fierté qu'inspirent leurs actes, et en cela, dans cette volonté de dépeindre crûment les agissements de la Résistance dans ce qu'ils ont en même temps de braves et d'ingrats, le film de Melville échappe à mon sens aux critiques de partisanerie gaulliste de l'époque. C'est au contraire un tableau qui apparaît très nuancé et impartial, très douloureux dans la fatalité des destinées inextricables qu'il nous soumet (le film s'apparente à une longue fuite en avant face à un sort écrit d'avance), très réaliste d'un point de vue psychologique malgré la relative abstraction des personnages. L'humanité bouleversante des Résistants melvilliens se mesure effectivement à la façon douloureuse qu'ils ont de contenir nécessairement leurs sentiments au nom de leur sacrosainte mission et de prendre, tout aussi nécessairement, les meilleures décisions en fonction des circonstances, mêmes si ces décisions sont les plus atroces. En résulte un film très ascétique à la surface mais éminemment magnifique et secouant sous son voile formel crépusculaire, donnant à réfléchir et à méditer sur la force mentale supérieure, jusque dans les choix les plus déshumanisants, de ces hommes et femmes d'exception que Melville se garde de juger. La musique funèbre d'Eric Demarsan, ainsi que les prestations totalement impliquées du casting sous le verni de la retenue (mention à Ventura et Signoret, inoubliables), jettent définitivement le linceul sur ce Requiem profondément marquant. Chef-d'oeuvre.
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tenia
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by tenia »

J'avais lu que L'armée des ombres était un ratage de la part de Melville. Trop bavard. Trop grotesque, ayant même recours à la voix off de 2 morts. S'abandonnant aux poncifs du film de guerre.
Bref, René Pradal, auteur du texte, se met le poing dans l'oeil jusqu'au coude.

Parce qu'on parle d'un chef d'oeuvre fait par un mec qui ne communiquait plus avec son acteur principal que par assistant interposé, et pourtant lui donne un de ses tout meilleurs rôles.
D'un film à la fois taxé de gaulliste et de communiste, invisible aux USA pendant 30 ans à cause de ces abrutis des Cahiers, j'en passe et des meilleures.

Sauf que L'armée des ombres glace pendant 2h20 sans jamais vous lâcher.

Et puis cette musique lancinante, putain. A l'heure actuelle, je ne peux l'entendre sans y entendre une sorte de marche vers la mort.

Bien plus que ses films d'hommes (Le doulos, Le 2e souffle, Le cercle rouge, Le samourai), ou que sa "trilogie de la guerre" (Le silence de la mer, Leon Morin, L'armée des ombres), L'armée des ombres s'associe avec Le cercle rouge et Le samourai pour former le coeur des réussites de Melville, et le coeur de ses thématiques de prédilection : l'épure visuelle et technique, des valeurs morales personnifiées, des personnages de femmes qui sont là pour immiscer le doute et finir par faire choir les protagonistes (ici, Signoret est d'ailleurs plus un homme du gang qu'une femme à part entière), et puis, toujours, ces personnages condamnés dès les 1ers instants, et qui ne feront que courir sans jamais échapper à leur sort.

Cassel, Meurisse, Signoret, et Ventura surtout. Tous au diapason.

Anorya indique plus haut l'image qu'elle considère comme l'image la plus poignante. Je ne sais pas si l'on peut l'appeler la plus poignante, mais l'image qui me restera, c'est le "Assez !" de Gerbier au Bison à la fin du film.
La Résistance triomphera. Peu importe les sacrifices. Impossible de laisser le doute s'immiscer. Seuls, au final, resteront les héros, ceux connus, ceux dont les noms perceront un jour. Les autres ne seront bons qu'à disparaître, sans savoir s'ils sont devenus des traîtres, ou se sont sacrifiés pour la juste cause.

Ultime. Long, lent, difficile. Mais ultime.
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Watkinssien
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Watkinssien »

La séquence qui me hante à chaque fois dans ce film :
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by tenia »

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Et à nouveau, Ventura :

"Vous aviez demandé à faire quelque chose de difficile ? Eh bien, ne vous plaignez pas, vous êtes servi !"
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Boubakar »

Voilà un film qu'il faut que je réévalue, car la première (et seule) vision du film m'avait laissé de marbre.
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Flol »

tenia wrote:Et puis cette musique lancinante, putain. A l'heure actuelle, je ne peux l'entendre sans y entendre une sorte de marche vers la mort.
"Le saviez-vous ?"

Cette musique a également été utilisée pour le générique de l'émission Les Dossiers de l'Ecran ! :o
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Demi-Lune
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Demi-Lune »

Ratatouille wrote:
tenia wrote:Et puis cette musique lancinante, putain. A l'heure actuelle, je ne peux l'entendre sans y entendre une sorte de marche vers la mort.
"Le saviez-vous ?"

Cette musique a également été utilisée pour le générique de l'émission Les Dossiers de l'Ecran ! :o
Personnellement je préfère ça :



J'ai un air de déjà-vu... :mrgreen:
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Strum »

Demi-Lune wrote:J'ai un air de déjà-vu... :mrgreen:
:mrgreen:

L'armée des ombres est mon film préféré de Melville. On en sort bouleversé et glacé. Comme s'il avait neigé sur soi, durant la vision du film.
Anorya
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Re: L'Armée des ombres (Jean Pierre Melville - 1969)

Post by Anorya »

Watkinssien wrote:
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:shock: :mrgreen:

Sinon tout à fait d'accord avec Strum. :wink:
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