September (Woody Allen - 1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Demi-Lune
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September (Woody Allen - 1987)

Post by Demi-Lune »

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Lane, en proie à la dépression, vient trouver refuge dans la maison de son enfance. Elle y héberge un écrivain débutant, Peter, dont la présence la distrait. Alors que son indomptable mère refait irruption dans sa vie, qu'une idylle se noue entre sa meilleure amie et l'écrivain, l'horizon doucereux de Lane se déchire à nouveau.

Anorya m'a gentiment fait cadeau d'une copie gravée de ce September allenien (merci encore !) que je me suis empressé de visionner.

Plus je découvre la filmo de Woody Allen, plus je constate que les années 1980 ont décidément été pour lui une sorte de parachèvement artistique, en tout cas, là où il fut le plus inspiré, à la fois en termes d'inventivité et de pertinence dans cette perpétuelle analyse des comportements humains.
September n'y déroge pas, puisque ce drame intimiste est une étude sentimentale et relationnelle à la fibre bergmanienne qu'exprime alors souvent Allen. Sont explorés la complexité des désirs, les rapports de force, les tourments, tout ça dans un cadre confiné et unique et dans un temps ramassé qui confèrent à cet opus une certaine dimension théâtrale.
Ce qui intéresse ici Allen, c'est l'interaction de personnages prisonniers (de leur existence qu'ils jugent insatisfaisante, de cette maison de vacances étouffante car sans prise aucune sur l'extérieur) et qui, sous l'effet de ce décor, se mettent à dévoiler des élans amoureux, des envies irraisonnées, des frustrations bouillonnantes. Comme des rats en boîte étudiés par un chercheur invisible, l'isolement scénique des six personnages de September les conduit à mettre au jour leur isolement sentimental.

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Dans cette veine désenchantée et amère de l'époque, Allen évoque l'impossibilité d'aimer ou d'être aimé, d'abandonner sa raison à son cœur, les situations amoureuses qui semblent toutes tracées et que l'on suit même si elles ne nous rendent pas forcément aussi heureux que l'on voudrait. Dans cette représentation plutôt pessimiste, voire cruelle, est ouvert au seul personnage de Lane, à l'issue, le miroitement d'un avenir meilleur et la possibilité d'une reconstruction personnelle complète. Mais c'est aux dépens de l'amour que lui porte son ami vieillissant joué par un émouvant Denholm Elliott, condamné, comme les autres protagonistes, à prendre acte de sa solitude et du vide angoissant de ses jours futurs. J'aurais d'ailleurs aimé qu'Allen conclue son film par un dernier plan sur lui, seul dans cette maison. Cela aurait été très beau. Et marqué la continuité symbolique avec le plan d'ouverture où la caméra se déplace lentement dans la maison, comme si elle cherchait quelque chose. Là, elle se déplace un peu pour rien.
Vous me direz, c'est un détail... mais quelque part, c'est assez illustratif des "manques" de ce film. Car s'il est bon, September pèche sur certains points. Notamment le fait de ne pas être aussi convaincant, prenant (au sens émotionnel et non rythmique) lorsqu'il aborde les relations complexes, empreintes de culpabilité et de ressentiment, qui unissent Lane et sa mère narcissique et superficielle. Il y avait dans le "twist", qui fonde le travestissement de leurs rapports, matière à un profond vertige, à un déchirement qui ne me satisfait pas complètement. Allen avait entre les doigts quelque chose de puissant mais ne l'exploite pas vraiment. Dommage.
D'une manière générale, je trouve que le réalisateur aurait pu encore plus approfondir les rapports entre les personnages. Tendre vers un drame encore plus bouleversant. On peut louer la "modestie" de September mais aussi regretter qu'il lui manque un investissement total dans le champ des sentiments, l'ajout de cette touche terrible qui caractérise Crimes et délits ou La Rose pourpre du Caire. En outre, j'ai trouvé que Dianne Wiest avait naturellement tendance à écraser Mia Farrow qui m'a paru un peu inégale dans son rôle de dépressive indécise. Allen ne semble pas non plus savoir trop quoi faire du personnage du physicien, joué par Jack Warden.

Reste un drame souvent beau, qui, s'il ne me paraît être un Allen majeur et complètement abouti, demeure un bel écrin du talent d'écriture de son auteur.
Last edited by Demi-Lune on 3 Jun 13, 14:33, edited 3 times in total.
Anorya
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Anorya »

Ah, content que tu l'ai vu et apprécié. :D

C'est un Allen pour lequel j'ai beaucoup d'affection au même titre que Radio Days, Alice et Ombres et brouillard, des "petits films" qui ont suffisamment de force pour s'élever au dessus d'autres et de ce fait, devenir en eux-même des grands films et je dirais que ça c'est essentiel chez Woody dans une filmographie qui n'a que peu de ratés. La première fois que je l'avais vu (2008), j'avais mis la note maximale d'emblée alors que je tempère un peu plus maintenant, sans nier la profonde affection que je lui porte. Diane Wiest est fabuleusement chaleureuse et troublante dans ce film et c'est un peu une joie de la retrouver à chaque fois que je le visionne. Actrice habituée des tournages chez Allen (La rose pourpre du Caire, Hannah et ses soeurs...), c'est sans doute la première fois qu'elle est mise en évidence là où auparavant, elle complétait avec une belle homogénéité la distribution de grands films. Si j'avais noté comme toi en étoiles en film du mois, j'aurais mis les 4 étoiles d'emblée. Wiest tout comme Elliot et Farrow contribuant au charme de ce film.

Le truc qui me tue, c'est de savoir que September ait été d'abord tourné avec une distribution initiale (avec Christopher Walken, Charles Durning et Maureen O'Sullivan) puis retourné complètement avec les acteurs qu'on connaît. Je donnerais cher pour savoir ce qu'est advenu le premier film, si il était suffisamment fini pour qu'Allen le monte ou bien le garde malgré tout en réserve. A t-il été perdu comme le fut la première mouture de Stalker d'Andréï Tarkovski ? Est-il au contraire dans un coffre-fort perdu et secret de New-York comme un film désavoué de son auteur ? Peut-être qu'Allen le mentionne rapidement dans son livre d'entretiens avec Eric Lax ou dans celui avec Stig Björkman ? J'en doute un peu mais n'ayant pas ces ouvrages, si quelqu'un a une réponse, qu'elle qu'elle soit... ;)
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Demi-Lune
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Demi-Lune »

Anorya wrote:Je donnerais cher pour savoir ce qu'est advenu le premier film, si il était suffisamment fini pour qu'Allen le monte ou bien le garde malgré tout en réserve. A t-il été perdu comme le fut la première mouture de Stalker d'Andréï Tarkovski ? Est-il au contraire dans un coffre-fort perdu et secret de New-York comme un film désavoué de son auteur ? Peut-être qu'Allen le mentionne rapidement dans son livre d'entretiens avec Eric Lax ou dans celui avec Stig Björkman ? J'en doute un peu mais n'ayant pas ces ouvrages, si quelqu'un a une réponse, qu'elle qu'elle soit... ;)
Allen parle effectivement de cette version "A" dans ses entretiens avec Stig Bjorkman. Selon le réalisateur, il ne subsiste plus aucune trace, plus aucune copie de cette première version. Dit-il la vérité ? Va savoir. Cette version A rassemblait Christopher Walken (dans le rôle finalement tenu par Waterston), Charles Durning (dans le rôle finalement tenu par EDenholm Elliott) et Maureen O'Sullivan (la mère de Mia Farrow qui jouait donc son propre rôle). Allen explique qu'au visionnage du film, lors de son montage, il s'est rendu compte que certains acteurs, bien que talentueux, ne correspondaient finalement pas à l'idée qu'il s'était fait des personnages qu'ils devaient incarner. Il a alors eu l'idée, plutôt que de faire des retakes, de refaire tout le film avec un casting différent mais en conservant le même décor, toujours disponible. Un retournage intégral allait prendre presque autant de temps que de nouvelles prises.

A noter que Walken fut d'abord remplacé par Sam Shepard, qui lui même fut finalement remplacé par Sam Waterston. Non à cause de qualités actorales, mais bien dans un souci de concordance physique par rapport au personnage. Denholm Elliott figurait déjà dans la version A, mais il jouait le physicien amant de la mère, et non le voisin. Quant à Maureen O'Hara, elle s'avéra, selon les dires d'Allen, pas aussi satisfaisante dans son propre rôle qu'il l'avait espéré. Il la troqua donc contre Elaine Stritch.
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Anorya »

Demi-Lune wrote: Allen parle effectivement de cette version "A" dans ses entretiens avec Stig Bjorkman. Selon le réalisateur, il ne subsiste plus aucune trace, plus aucune copie de cette première version. Dit-il la vérité ? Va savoir.
Dommage. C'est typiquement le genre de bonus (proposer l'autre version) sur un éventuel blu-ray du film qui serait une bonne idée en ce sens qu'elle témoignerait de la précision et de la vision d'Allen sur ses tournages, le spectateur pouvant comparer et se faire sa propre idée. ;)
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riqueuniee
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by riqueuniee »

Un retournage intégral , c'est tout de même assez rare. Et ça reste surprenant, vu la cadence de parution des films d'Allen.
Strum
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Strum »

Demi-Lune wrote:Quant à Maureen O'Hara, elle s'avéra, selon les dires d'Allen, pas aussi satisfaisante dans son propre rôle qu'il l'avait espéré. Il la troqua donc contre Elaine Stritch.
Maureen O'Sullivan. :wink: Maureen O'Hara, je pense qu'Allen n'aurait pas osé lui faire une suggestion de ce genre, ou aurait pris une bonne torgnole s'il l'avait émise. :mrgreen: Cette histoire, étonnante et fameuse, n'a d'ailleurs pas du arranger l'ambiance lors de ses diners de famille de l'époque, puisque Maureen O'Sullivan est la mère de Mia Farrow. Gonflé, le gendre (ou presque, Allen et Farrow n'ayant jamais été mariés) !
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Supfiction
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Supfiction »

Strum wrote:
Demi-Lune wrote:Quant à Maureen O'Hara, elle s'avéra, selon les dires d'Allen, pas aussi satisfaisante dans son propre rôle qu'il l'avait espéré. Il la troqua donc contre Elaine Stritch.
Maureen O'Sullivan. :wink: Maureen O'Hara, je pense qu'Allen n'aurait pas osé lui faire une suggestion de ce genre, ou aurait pris une bonne torgnole s'il l'avait émise. :mrgreen: Cette histoire, étonnante et fameuse, n'a d'ailleurs pas du arranger l'ambiance lors de ses diners de famille de l'époque, puisque Maureen O'Sullivan est la mère de Mia Farrow. Gonflé, le gendre (ou presque, Allen et Farrow n'ayant jamais été mariés) !
"Jane" mère de Mia Farrow, j'apprend un truc. Marrant!
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Watkinssien »

September ne fait pas forcément partie de mes Allen favoris, mais qui contient une délicatesse impressionnante, avec de beaux moments de mise en scène et des acteurs au diapason.

Il faudrait que je le revoie.
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odelay
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by odelay »

La période Mia Farrow est ma préférée chez Allen, et même si ce film est plutôt dans le bas de la liste de cette période, il reste néanmoins un bon cru, bien meilleur que certains qu'on a pu voir dernièrement.

A noter qu'il s'inspire de "L'affaire Lana Turner". La fille l'actrice qui avait 14 ans a tué l'amant de sa mère qui était une brute de la mafia qui la battait. C'était du moins la thèse officielle, Lana Turner avait pu sauver la face et sa carrière, mais tout le monde est pratiquement sûr aujourd'hui que c'est l'actrice qui fut responsable de sa mort. On retrouve cette histoire dans la relation entre la mère et la fille dans le film d'Allen.

Sinon je confirme que Mia Farrow n'avait pas trop apprécié de voir sa mère renvoyeée lors du retournage de September. Elle l'avait écrit dans son livre de souvenir sorti dans les années 90.
Last edited by odelay on 27 Feb 13, 20:16, edited 1 time in total.
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Supfiction
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Supfiction »

odelay wrote:La période Mia Farrow est ma préférée chez Allen, et même si ce film est plutôt dans le bas de la liste de cette période, il reste néanmoins un bon cru, bien meilleur que certains qu'on a pu voir dernièrement.

A noter qu'il s'inspire de "L'affaire Lana Turner". La fille l'actrice qui avait 14 ans a tué l'amant de sa mère qui était une brute de la mafia qui la battait. C'était du moins la thèse officiel, Lana Turner avait pu sauver la face et sa carrière, mais tout le monde est pratiquement sûr aujourd'hui que c'est l'actrice qui fut responsable de sa mort. On retrouve cette histoire dans la relation entre la mère et la fille dans le film d'Allen.

Sinon je confirme que Mia Farrow n'avait pas trop apprécié de voir sa mère renvoyer lors du retournage de September. Elle l'avait écrit dans son livre de souvenir sorti dans les années 90.
Je l'ai regardé à 1h du matin, je commence à me demander si je ne suis pas passé un peu à côté du film. Par contre j'ai vraiment été impressionné par Dianne Wiest.
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Supfiction
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Supfiction »

Je vous remercie d'avoir défendu ce SEPTEMBER.
Du coup j'ai eu envie de le revoir. Deux fois en quelques jours donc !
Et je comprend mieux pourquoi je n'avais pas aimé. Le rythme étant particulièrement lent et sans réelle action, on a vite fait d'avoir l'esprit qui s’égare (en particulier à 1h du matin) et du coup on ne comprend plus vraiment la psychologie des personnages.
D'autre part, maintenant que je sais qu'il s'est inspiré de l'histoire de Lana Turner et de sa fille, cela m'a aidé à mieux me plonger dans ce film à l'ambiance d'une fin de soirée d'été à la campagne.
Une grande délicatesse s'en dégage, beaucoup de tristesse aussi alors que souvent, la présence de Woody devant la caméra permet quelques moments d'humour. Et la musique d'Art Tatum..

Et enfin surtout la découverte d'une très belle actrice, Diane Wiest (que j'avais vu dans En analyse), dont je brûle de découvrir ses autres prestations majeures.

Finalement, j'ai beaucoup aimé !


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Pour se replonger dans l'ambiance du film..
Blue
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Blue »

Je ne connaissais pas les histoires entourant le film. Merci pour les précisions. Il y a deux choses que j'aime assez dans "September", c'est la manière dont Allen construit son film pour aboutir à un climax qui fonctionne, et encore une fois le travail de Carlo Di Palma qui permet aux acteurs de se mouvoir dans l'espace lors des plans les plus dilatés. Le film est tiré vers le haut grâce à ces qualités. Un bon Woody Allen qui confirmait quelques années après "Interieurs" le talent du cinéaste dans un registre plus ouvertement mélancolique et dont le point culminant sera atteint deux ans plus tard avec "Crimes Et Délits".
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Anorya
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Anorya »

Tu oublies la prestation de Dianne Wiest qui trouve là l'un de ses meilleurs rôles chez Woody Allen, Blue... :o
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Blue
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Blue »

C'est pas que je l'oublie, mais les messages au-dessus du mien le mentionnaient déjà presque tous.
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Jeremy Fox
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Re: September (Woody Allen - 1987)

Post by Jeremy Fox »

Tiens j'avais loupé ce topic. Merci Demi-Lune :wink: Un très beau Woody Allen pour ma part.