Le Guépard (Luchino Visconti - 1963)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Tancrède
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Tancrède »

de la phénoménologie chez Kafka ?
MJ
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by MJ »

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Gregor Samsa qui veut absolument se rendre à son travail et qui observe le monde depuis sa chambre, les K. qui voient l'univers bureaucratique comme un ensemble de signes à décoder, Karl Rossmann découvrant le Nouveau Monde... Ce n'est pas un hasard si les existentialistes, directement reliés à la gestalt et à la phénoménologie, se réclament de Kafka.
Proust et lui sont un peu mes deux phares en littérature. Pas touche à mon pré-carré. :lol:
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Tancrède
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Tancrède »

MJ wrote:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Gregor Samsa qui veut absolument se rendre à son travail et qui observe le monde depuis sa chambre, les K. qui voient l'univers bureaucratique comme un ensemble de signes à décoder, Karl Rossmann découvrant le Nouveau Monde... Ce n'est pas un hasard si les existentialistes, directement reliés à la gestalt et à la phénoménologie, se réclament de Kafka.
Proust et lui sont un peu mes deux phares en littérature.
apres avoir fait une recherche wikipedienne, je me rends compte que ma definition de la phénoménologie etait celle d'Husserl. je ne connaissais pas celle d'Hegel, moins restrictive.
du coup, avec tes explications, je comprends mieux maintenant le rapprochement avec Kafka alors qu'avec Proust, il me semblait évident des le depart.
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by bruce randylan »

Blue wrote: En même temps, ça fait aussi partie de ce qui rend ce passage mythique dans l'histoire du cinéma. D'ailleurs, je ne souviens plus trop, mais n'as-tu pas vu "Guerre et Paix" de Bondarchuk ? Dans la deuxième partie, il y a une séquence de bal qui à mon sens dépasse encore d'un cran le Visconti en terme de démesure :D
Les dvds n'ont pas assez de poussière pour que je lance dans le visionnage :mrgreen: .

Et promis, dans 20 ans je donnerai plus d'attention à cette scène :)
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Strum »

MJ wrote:Simple aparté: l'humour noir n'empêche JAMAIS la mélancolie chez Proust. C'est là son génie.
Je me référais dans mon post spécifiquement aux diners mondains chez les Guermantes à la fin de Guermantes et au début de Sodome (les soirées chez Mme de Villeparisis, chez la Duchesse de Guermantes et chez la Princesse). Lors de ces scènes, on est dans la franche moquerie du milieu mondain dont le narrateur imaginait monts et merveilles quelques années auparavant. Un vrai jeu de massacre où l'esprit de Proust (aux dépens des autres) s'en donne à coeur joie, mais dans lequel je ne perçois aucun humour noir. L'humour noir, c'est rire de ce qui est horrible, en riant aussi de soi-même, exercice bien différent dans lequel Kafka était en effet passé maitre.

Quant à la mélancolie, permanente ailleurs dans la Recherche, ce n'est pas dans ces diners-là qu'il faut la chercher.
Je préfère humour noir, comme chez Kafka...deux univers qui ne sont pas sans liens: érotisme, humour noir, mélancolie, judéité, approche phénoménologique du monde...
On peut toujours faire valoir des liens entre deux écrivains contemporains, mais en l'occurence ce qui sépare Proust et Kafka est beaucoup plus important que ce qui les rapproche. Quant aux moyens littéraires, aux thèmes et aux impressions qu'ils produisent, ce sont deux écrivains très différents.

Malgré ta précocité intellectuelle, je m'étonne d'ailleurs, MJ, que Proust soit déjà un de tes écrivains préférés. :wink: Ce que j'aime principalement chez lui, ce sont ses observations sur le caractère changeant des êtres, les évolutions souterraines, la différence entre la réalité et les constructions imaginaires, toutes choses dont je me suis aperçu en vieillissant et dont je ne me doutais pas à ton âge, où l'on s'imagine demeurer tel que l'on est pour le reste de sa vie.
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Tancrède »

puisque la parenthèse n'est pas refermée, j'ajouterai que la "judéité" de Proust est assez anecdotique lorsqu'on considère son oeuvre, au contraire de celle de Kafka il me semble.
MJ
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by MJ »

Strum wrote:Quant à la mélancolie, permanente ailleurs dans la Recherche, ce n'est pas dans ces diners-là qu'il faut la chercher.
Pour sûr que c'est un vrai jeu de massacre. Mais je ne peux m'empêcher de ressentir une tristesse latente à la lecture de ces pages. "On a été bien dupe..."
Strum wrote:Ce que j'aime principalement chez lui, ce sont ses observations sur le caractère changeant des êtres, les évolutions souterraines, la différence entre la réalité et les constructions imaginaires, toutes choses dont je me suis aperçu en vieillissant et dont je ne me doutais pas à ton âge, où l'on s'imagine demeurer tel que l'on est pour le reste de sa vie.
Je crois justement qu'en tant qu'adolescent on saisit bien ce que c'est qu'être "autre que soi-même", peut-être justement parce que l'on a pas toujours l'impression d'avoir une identité définie. D'ailleurs j'ai un rapport purement viscéral à Proust, qui n'a rien de "mature".
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Nomorereasons »

MJ wrote:D'ailleurs j'ai un rapport purement viscéral à Proust, qui n'a rien de "mature".
Comme moi avec la "Somme théologique".
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Tancrède »

yaplusdsaisons wrote:
MJ wrote:D'ailleurs j'ai un rapport purement viscéral à Proust, qui n'a rien de "mature".
Comme moi avec la "Somme théologique".
:lol:
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by MJ »

Tancrède wrote:
yaplusdsaisons wrote:Comme moi avec la "Somme théologique".
:lol:
Il y a de l'idée. :lol:
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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by ed »

C'est quand même pas croyable ces conversations qui peuvent pas s'empêcher de dériver vers le Kafka-Proust :roll:


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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Gounou »

ed wrote:C'est quand même pas croyable ces conversations qui peuvent pas s'empêcher de dériver vers le Kafka-Proust :roll:


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Re: Notez les films d'avril 2008

Post by Strum »

MJ wrote:Je crois justement qu'en tant qu'adolescent on saisit bien ce que c'est qu'être "autre que soi-même", peut-être justement parce que l'on a pas toujours l'impression d'avoir une identité définie. D'ailleurs j'ai un rapport purement viscéral à Proust, qui n'a rien de "mature".
Je pense tout de même qu'il te fallait une certaine maturité pour lire et absorber les 7 tomes de la Recherche à 16-17 ans. :mrgreen: Au même âge, je n'avais pas tenu 20 pages dans Combray.
ed wrote:C'est quand même pas croyable ces conversations qui peuvent pas s'empêcher de dériver vers le Kafka-Proust :roll:
En effet, d'aucuns semblaient même vouloir parler de Thomas d'Aquin ! Obscène ! :uhuh:
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Demi-Lune
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Re: Le Guepard (Luchino Visconti 1963)

Post by Demi-Lune »

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N'ayant pas eu le temps de chroniquer plus longuement le film au moment de sa découverte, je me contenterai de livrer quelques commentaires rapides, qui ne rendront pas justice, de toute manière, à l'envergure du Guépard et qui paraîtront bien rabâchés après tout ce qu'on a pu écrire à son sujet. Je ne crois pas m'aventurer bien loin en affirmant que Le Guépard est un chef-d'oeuvre, un authentique monument, de cette étoffe qui s'impose naturellement, comme une évidence, et ce, en une poignée de minutes. Ce qui est étrange, c'est que j'ai eu l'impression, en découvrant Le Guépard, que je le connaissais déjà depuis très longtemps, peut-être parce que son influence sur le cinéma a posteriori est incalculable ; pour reprendre Scorsese, c'était comme la première écoute d'une fugue de Bach où l'on sait presque, instinctivement, comment elle se poursuit. Bref. La demeure majestueuse du Prince Salina, les collines siciliennes baignées dans les teintes mordorées de la somptueuse photographie, les fins rideaux qui s'agitent au gré des courants d'air, la puissante musique de Nino Rota... dès l'introduction, en quelques plans, la plénitude picturale déployée trahit un niveau d'accomplissement cinématographique ébouriffant, une sorte d'idéal de perfection auquel Visconti se cramponnera sans fléchir, avec une aisance désarmante, durant les 3 heures de son odyssée aristocratique, des reliefs ruraux et paisibles aux salons fastueux et bruyants. La flamboyance formelle (dont l'influence me semble manifeste sur Coppola et Cimino) n'a d'égale que la perfection du format large, solennel et millimétré, loin des zooms hésitants qui peupleront plus tardivement Les Damnés ou Mort à Venise. D'une grande fluidité et d'un grand intérêt historique, cette fresque conjugue majesté et mélancolie, à l'image de son protagoniste principal, auguste prince désabusé et réaliste, qui contrairement à sa classe sociale aveuglée par les dorures sait que son temps est déjà révolu. Ce film est l'écrin d'une angoisse sourde (dissimulée derrière l'air olympien du Prince Salina) envers les plaines inconnues d'une Histoire qui s'écrit trop vite et au gré des opportunismes (c'est, me semble-t-il, ce qui caractérise le personnage de Tancrède), envers l'inadaptation : ce noble félin de Salina semble condamné à errer tout le long du film, perdu dans ses pensées, perdu dans les tumultes révolutionnaires et unitaires de l'Italie, et las de la vanité du monde dans lequel il a vécu et déjà de la nature de celui qui va lui succéder. Il est en sursis tout le long, il est déjà mort, comme s'il contenait son agonie et réservait ses dernières forces pour assurer la succession de son sang. Si Delon et Cardinale sont impeccables, il n'y a pas de mots suffisamment adéquats pour qualifier la prestation de Burt Lancaster. Il semblait être né pour ce rôle. Et ce serait injuste de ne pas mentionner l'extraordinaire dernière heure, dont la lenteur, la magnificence teintée d'abattement et le développement en quasi temps réel touche à quelque chose de tout bonnement immense au cinéma.

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Last edited by Demi-Lune on 31 May 11, 20:26, edited 2 times in total.
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Re: Le Guépard (Luchino Visconti - 1963)

Post by Rick Blaine »

Si le film est formellement impeccable, d'une beauté à couper le souffle, j'avoue m'y être ennuyé à quelques moments (notamment la scène du bal). Ceci ne remet évidemment pas en cause les nombreuses qualités du film mais j'ai regretté un léger manque de rythme peut-être.
Demi-Lune wrote:La flamboyance formelle (dont l'influence me semble manifeste sur Coppola [...]


Je voulais rebondir la dessus, ça me semble en effet extrêmement frappant, du point de vue formelle, mais également dans l'atmosphère. J'ai eu l'impression, par l'image mais aussi dans un sens par l'histoire, de voir une sorte de préquelle au Parrain, c'était très intéressant de ce point de vue là.