Always (Steven Spielberg - 1989)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Alphonse Tram
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Alphonse Tram »

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Demi-Lune
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Demi-Lune »

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Cela faisait bien longtemps que je ne l'avais pas revu. Je dois dire que j'aime bien Always. Ce n'est certes pas un cru majeur dans la filmographie de Spielberg, mais il contient suffisamment de qualités pour que le spectateur y trouve matière à enchantement, au premier titres desquelles ces incroyables choses que Spielberg manie divinement qui sont la magie et le talent. Always intervient dans une phase, depuis le milieu des années 1980, où le cinéaste tente d'explorer de nouveaux horizons, de délaisser les grosses productions pour opter pour des sujets intimistes, plus "respectables" aux yeux d'une critique qui ne voit alors en lui qu'un réalisateur commercial, comme Hitchcock dans les années 1950. La trajectoire qu'a entrepris Spielberg à l'issue d'Indiana Jones et le Temple maudit, sommet déchaîné de virtuosité, se veut plus apaisée, plus contemplative, et dans une perspective qui conduira le cinéaste de La Couleur Pourpre (1985) et Empire du Soleil (1987) à l'aboutissement définitif et sans retour possible qu'est La Liste de Schindler (1993), s'intercale cette étape, a priori mineure, mais en fait importante dans le cheminement de Spielberg, qu'est Always.

Gardons-nous bien d'assurer que cette trajectoire, d'une manière générale, constitue une rupture dans l'œuvre du réalisateur, car ce serait faire fausse route : d'une part parce que la rupture implique une césure nette, alors que les choses sont plus compliquées dans le cas d'un cinéaste qui, on a souvent tendance à l'oublier, a commencé sur des œuvres sombres et violentes ; et d'autre part parce qu'un peu à la manière d'un Cronenberg, Spielberg a, à plusieurs reprises, redéfini son cinéma sans en trahir l'essence, que ce soit d'un point formel ou thématique. Un film important comme Empire du Soleil, par exemple, témoigne toujours de l'intérêt de son auteur pour l'enfance, pour (la perte de?) l'innocence, pour la filiation, pour les tragédies de l'Histoire. Il serait donc plus judicieux de parler de continuité novatrice pour ce tournant indistinct des années 1980 qui annonce les chefs-d'oeuvre graves des années 1990-2000. Et, sans vouloir surestimer son rôle et son poids, Always est intéressant dans ce cheminement, car il illustre la volonté de son auteur de s'inscrire dans la tradition et l'héritage des grands maîtres de l'Age d'or hollywoodien (il s'agit d'un remake d'A guy named Joe de Victor Fleming, un des films favoris de Spielberg et Dreyfuss), et de le faire avec une simplicité et une apparente modestie qui n'empêchent pas d'évoquer des sujets pas franchement joyeux, comme le deuil, la renonciation, la souffrance d'avoir perdu un être cher et la difficulté de tourner la page - soit autant de thèmes que Spielberg avait peu voire pas du tout évoqué jusque là. Always est hanté par la mort, par l'au-delà, par l'entretien du souvenir des disparus - oh, certes, de manière relativement optimiste, apaisée, aérienne - et il est regrettable que le succès de Ghost, à la trame similaire, ait effacé des mémoires le ton plus mélancolique et méditatif du film de Spielberg. Son regard s'ouvre à une forme de "désenchantement" qui, sans que l'humanisme du cinéaste en soit affecté, ira grandissant. On peut ainsi considérer qu'Always représente un palier, ce qui est un peu la position étrange dans laquelle est placée Pete dans le film, mort mais pas au Paradis.

Pendant longtemps, je me suis demandé ce qui avait pu pousser Spielberg à tourner ce "petit" film, aujourd'hui assez injustement méconnu. Mais c'est finalement cohérent. Always représente pour Spielberg l'opportunité de croiser certaines de ses passions et de prendre une hauteur, comme pour réfléchir sereinement sur la tournure de son cinéma. Cette prise de hauteur se ressent, volontairement ou involontairement, dans cet espèce de rythme paisible, cotonneux, qui apporte au film une sagesse sourde. Fracture du récit (le héros meurt au bout d'une demi-heure), couple amoureux brisé par le destin, filiation mentor/poulain, importance de la vie humaine et de sa sauvegarde, fin qui plonge le personnage dans une éternelle solitude... tous ces éléments prophétisent des figures bientôt récurrentes chez Spielberg. En schématisant un peu, on pourrait voir dans le personnage de Pete (Richard Dreyfuss) une métaphore du Spielberg de la fin des années 1980, dont la part d'insouciance serait morte (mais il ne le sait pas encore, comme Pete ; d'ailleurs Spielberg pensera pouvoir ensuite faire Hook, ode à l'enfance et au merveilleux, et échouera logiquement), et en passe d'accéder à quelque chose d'immense, à une plénitude qui nécessite de s'abandonner totalement à la mission qu'on porte en soi (inspirer, transmettre) : c'est bien sûr la prise à bras le corps courageuse, après une décennie de tergiversations, de La Liste de Schindler, et la transmission de la mémoire des survivants de l'Holocauste.

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Mais à un degré de lecture moindre, Always reste ce qu'il avait l'ambition d'être : un beau mélodrame à l'ancienne. Le film passe pour être sirupeux et gentillet mais ces accusations me paraissent personnellement un peu injustes. Beaucoup de scènes sont émouvantes précisément parce que Spielberg ne force pas sur le pathos (je pense par exemple à cette scène silencieuse, pratiquement hors-champ, où John Goodman vient aux côtés de Holly Hunter après l'accident, aux retrouvailles entre Dreyfuss et Holly Hunter dans sa maison, où à cette étrange scène où le chauffeur de bus passe pendant quelques instants de l'autre côté du miroir). Revoir Always c'est prendre conscience de la grande délicatesse du film, de son humilité, sa pudicité, contrairement à un Ghost qui a tendance à ratisser large et à sortir les violons. Spielberg ne cherche manifestement pas à faire un chef-d'oeuvre, il raconte juste une histoire simple et émouvante, avec son exceptionnel talent de conteur et de réalisateur. On le sent impliqué et lui-même touché par le drame du couple Dreyfuss/Hunter, dont les scènes sont les plus réussies et donnent lieu à une attendrissante sincérité. Sa mise en images épouse cette indolence, cette sérénité. Sauf lors des séquences aériennes qui demeurent impressionnantes de réalisme.

Le problème d'Always est que l'ensemble apparaît un peu trop long et inégal. Je pense que c'est un problème de scénario, qui appuie parfois trop la nécessité de connivence entre Dreyfuss, Hunter et Goodman (tous trois excellents), alors qu'à l'image, les acteurs dégagent déjà une grande complicité, et qui force le trait sur une teinte humouristique curieusement insatisfaisante. De la même manière, le personnage de Brad Johnson n'est pas franchement bon, ce qui pose problème dans la mesure où il doit succéder à Pete dans le cœur de Dorinda. Du coup, en résulte effectivement des scènes où Spielberg se laisse un peu aller à une sensiblerie qui ne lui est pas coutumière, alors que d'autres sont admirables d'émotion retenue : les apparitions très dignes d'une Audrey Hepburn angélique, la dispute entre Hunter et Dreyfuss la nuit avant qu'il ne parte à la mort, la danse invisible, la déclaration d'amour de Dreyfuss à Hunter dans l'avion, à la fin. Le film ne trouve donc pas toujours son équilibre. On sent Spielberg hésitant. Par ailleurs, un tel film demande une fin à la hauteur, or je trouve personnellement que celle d'Always est en partie entachée par une musique pas extraordinaire de John Williams et une réplique finale insuffisamment percutante, et dont il aurait peut-être été plus sage de se séparer. Résultat : le film est juste un bon film. Un Spielberg mineur, mais qui recèle des trésors épisodiques de grandeur.
Last edited by Demi-Lune on 29 Jul 11, 18:25, edited 1 time in total.
Jericho
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Jericho »

Je viens de découvrir le film aujourd'hui, pour moi c'est bien plus qu'une oeuvre mineure, c'est une oeuvre ratée.
Et même si - Spielberg oblige - il y a de beaux moments de mise en scène, je trouve que c'est le pire long métrage du cinéaste (et j'en ai vu des paquets).
Il y a des passages très embarrassants (ceux qui sont censés être drôles et ceux qui plongent dans le larmoyant à fond les ballons).
A partir du moment où le personnage incarné par Richard Dreyfuss meurt, le scénario devient de plus en plus accablant.

En revanche, j'ai bien apprécié les scènes de vol.
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Demi-Lune
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Demi-Lune »

Jericho wrote:Il y a des passages très embarrassants (ceux qui sont censés être drôles et ceux qui plongent dans le larmoyant à fond les ballons).
A partir du moment où le personnage incarné par Richard Dreyfuss meurt, le scénario devient de plus en plus accablant.
Comme je le disais, je suis d'accord sur la fragilité du trait humouristique, en revanche, j'ai du mal à voir en quoi une scène comme, par exemple, la danse post-mortem entre Hunter et Dreyfuss serait quelque chose d'accablant.
Jericho
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Jericho »

Je n'ai pas dit que cette scène l'était précisément.
Le plus fâcheux c'est la mise en chantier du nouveau couple, c'est très mal écrit, et on y croit pas une seule seconde.
Tout ce qui gravite autour de Brad Johnson (alias Ted Baker dans le film), par exemple les scènes avec Holly Hunter ou même celle avec John Goodman, on est pas loin du ridicule.
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Demi-Lune
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Demi-Lune »

Jericho wrote:Le plus fâcheux c'est la mise en chantier du nouveau couple, c'est très mal écrit, et on y croit pas une seule seconde.
Tout ce qui gravite autour de Brad Johnson (alias Ted Baker dans le film), par exemple les scènes avec Holly Hunter ou même celle avec John Goodman, on est pas loin du ridicule.
Ah oui d'accord. Je te rejoins : c'est le gros point faible du film, qui empêche du coup l'ensemble de prendre son envol. Le personnage de Ted Baker est falot et inconsistant, du coup, on en vient à se demander comment Holly Hunter peut en pincer pour lui (à moins que cela fasse partie de l'inspiration involontaire qu'insuffle Dreyfuss). Cela vient peut-être de l'acteur Brad Johnson, d'ailleurs. Il n'a rien fait d'autre de bien marquant. Je ne sais pas si tu étais au courant, mais Tom Cruise fut approché et refusa le rôle (le film aurait pu y gagner, pourtant). Alec Baldwin aussi.
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Jericho »

Même si je n'ai rien contre lui, on a la vive impression que l'acteur a été mal choisi, c'est vrai. D'ailleurs heureusement que sur le dernier quart d'heure on ne le voit plus beaucoup.
Néanmoins le principal problème viendrait surtout du scénario à mon sens, plus que de l'interprète en lui même.
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riqueuniee
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by riqueuniee »

Sûr que ça verse un peu trop dans le tire-larmes par moments. Mais le film reste agréable à suivre, grâce à Richard Dreyfuss et Holly Hunter. Et puis il y a la brève apparition d'Audrey Hepburn...
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Federico »

Colqhoun wrote:
Ratatouille wrote: Elles sont pourries, ces éditions ?
Disons qu'elles n'offrent pas vraiment un gage de qualité récurrente.
...et (non) accessoirement que leur responsable ne mérite d'être cité que devant un tribunal (ce ne sont pas les employés du CNP Lyon qui me contrediront).
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Federico »

riqueuniee wrote:Sûr que ça verse un peu trop dans le tire-larmes par moments. Mais le film reste agréable à suivre, grâce à Richard Dreyfuss et Holly Hunter. Et puis il y a la brève apparition d'Audrey Hepburn...
C'est tout à fait ça. Un poil gnan-gnan mais sauvé du syndrome Ghost par ses interprètes impeccables, sans oublier l'hénaurme John Goodman. J'ai moi aussi un peu de mal avec le personnage du beau gosse sympa mais bien falot.
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Roilo Pintu
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Re: Always (Steven Spielberg - 1989)

Post by Roilo Pintu »

Un film qui pour moi aura gagné à être revu, bien des années après ma première vision du film. La maturité? Le poids des ans? L'originalité de ce film dans la filmographie de Spielberg? Sans doute un peu de tout ça. Un film dont la grande qualité repose sur le casting trois étoiles, authentique, émouvant, drôle. Dreyfuss est magique, la classe totale (la moustache lui va si bien!), Holly Hunter est craquante à souhait, Goodman complète avec brio cette parfaite alchimie. Brad Johnson est toujours un peu en décalage dans ce casting
Un joli mélo teinte de merveilleux à redécouvrir.