Alfred Hitchcock (1899-1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Julien Léonard »

beb wrote:L'Homme qui en savait trop
Après avoir vu sur Wikipédia que Hitchcock apparaissait à la 33ème minute du film, j'ai cherché....
Il y a bien 2 hommes qui passent, la tete tournée de l'autre coté.
Franchement il faut vraiment y croire :P
C'est comme dans La corde. Il y a tout un tas de gens qui pensent qu'Hitchcock est l'un des passants dans la rue, dans les premières secondes du film (ce que j'ai longtemps pensé d'ailleurs :oops: ), avant que celui-ci ne se déroule exclusivement en intérieur. Je l'ai même lu dans un livre de cinéma, photo à l'appui. Comme quoi, il faut se renseigner avant d'acheter un livre sur le sujet... Non seulement c'est faux, mais en plus Hitchcock n'apparait que par une astuce dans ce film, à l'image de ce qu'il avait dans Lifeboat. On le voit, mais de façon symbolique, c'est à dire dans la forme de l'un des néons éclairant la ville en arrière-plan : l'un d'eux reproduit très exactement la silhouette désormais devenue mythique, croquée par Hitchcock lui-même (cf ci-dessous pour l'exemple).

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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Demi-Lune »

Julien Léonard wrote:C'est comme dans La corde. Il y a tout un tas de gens qui pensent qu'Hitchcock est l'un des passants dans la rue, dans les premières secondes du film (ce que j'ai longtemps pensé d'ailleurs :oops: ), avant que celui-ci ne se déroule exclusivement en intérieur. Je l'ai même lu dans un livre de cinéma, photo à l'appui. Comme quoi, il faut se renseigner avant d'acheter un livre sur le sujet... Non seulement c'est faux, mais en plus Hitchcock n'apparait que par une astuce dans ce film, à l'image de ce qu'il avait dans Lifeboat. On le voit, mais de façon symbolique, c'est à dire dans la forme de l'un des néons éclairant la ville en arrière-plan : l'un d'eux reproduit très exactement la silhouette désormais devenue mythique, croquée par Hitchcock lui-même (cf ci-dessous pour l'exemple).
Pour ma part, j'avais lu (dans le fascicule de la collection Hitchcock, donc ce n'est peut-être pas une grande source) que le profil en néon du cinéaste était bien, à l'origine, l'apparition qu'il avait prévue dans La Corde. Mais il aurait finalement trouvé, au cours du tournage, que celle-ci n'était pas assez décelable, et serait donc apparu une seconde fois, lors de la scène d'ouverture, où on le voit, de loin, déambuler sur le trottoir avec une passante.
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by hansolo »

Le maitre explique le ressort d'un des grand moment du chef d'oeuvre "North by Northwest"

- What do you do if the envelope is too big for the slot?
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Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
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Rescue the Hitchcock 9 - BFI

Post by hansolo »

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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Demi-Lune »

Le Rideau déchiré (1966)

J'ai voulu lui redonner une chance. Bien mal m'en a pris. Car si les deux interprètes principaux (Paul Newman et Julie Andrews, stars imposées par le studio à Hitchcock qui n'en voulait pas trop) se montrent convaincants, Le Rideau déchiré reste bien à mes yeux l'un des plus faibles Hitchcock qu'il m'ait été donné de voir. La longue séquence silencieuse de meurtre avec la victime qui ne se laisse pas faire, vrai seul îlot de virtuosité hitchcockienne, surnage tant bien que mal dans un ensemble d'une platitude déconcertante, dans lequel Hitch, subitement privé de tous ses collaborateurs réguliers depuis plus de dix ans, semble perdu, transparent, absent. Il faut dire qu'il ne peut guère se raccrocher à son scénario, paradoxalement ennuyeux au possible alors qu'accumulant sur le papier plusieurs péripéties. Le compositeur, le monteur et le chef op' attitrés ayant tiré leur révérence de diverses manières, c'est justement sur ces éléments que se cristallisent de grosses faiblesses : la photographie et la musique sont parfaitement quelconques, et le montage, à l'exception de quelques moments-clés, globalement aussi palpitant qu'une veillée funèbre. Est-ce que l'absence de ce traditionnel mariage des couleurs cher à Hitchcock signifie-t-elle volontairement la triste grisaille du monde communiste ? Ce n'est pas impossible, mais il faut tout de même indiquer que les débuts à l'Ouest sont eux aussi fort pauvrement filmés.

Je crois donc bien que c'est du côté de l'inspiration générale d'Hitchcock, ici en berne, qu'il faut chercher les causes de cet échec. Hitchcock ne me semble pas du tout à l'aise avec cette histoire, et cela se sent, de la pauvreté des décors en passant par la médiocrité de la direction d'acteurs. Tout sonne faux, fait à la va-vite, le cœur n'y est pas. Exemple : ce qui me gêne toujours autant par dessus tout, c'est cet aspect totalement factice qui imprègne le film et qui le rend plus d'une fois assez ridicule. Bien entendu, il était hors de question de tourner en RDA, mais les artifices techniques visant à recréer l'Allemagne de l'Est frappent par leur grossièreté. Là encore, est-ce pour souligner l'artificialité de l'image renvoyée par le monde communiste ? Ben, ce n'est pas impossible... sauf que le précédent film d'Hitchcock, Pas de printemps pour Marnie (1964), souffrait déjà de ces trucages très élémentaires, qui divisent ceux qui veulent y voir un environnement visuel volontairement irréaliste participant de l'esprit dérangé de Marnie, et ceux, comme moi, qui y voient les signes du déclin créatif du cinéaste. Festival de transparences grotesques (comme la scène où Newman et le fermier sont sur le tracteur ou la scène du déjeuner où Newman fait semblant de plaquer Andrews... la transparence n'arrête pas de trembler derrière eux !) et matte-paintings étonnamment artificiels d'Albert Whitlock ponctuent l'intrigue du Rideau déchiré et rendent le film extrêmement daté, alors que ces deux composantes visuelles ne me choquent pas du tout dans les Hitchcock précédents, exception faite de Marnie. Le summum étant atteint lors de la séquence muette où Newman, de loin, avoue à Andrews qu'il travaille pour les renseignements américains... la pauvre petite colline reconstituée en studio, avec ciel peint, fait vraiment peine à voir. Bref, Le Rideau déchiré est à mes yeux un échec pour Hitchcock, un film d'espionnage lénifiant, fait sans passion, écrit sans grande inspiration*, et ne valant que pour deux ou trois scènes. En fait, ce critique du New York Times de l'époque avait déjà tout dit : "C'est un film d'espionnage pathétiquement banal. (…) Hitchcock est si embarrassé par son stupide scénario et ses deux héros qui ne comprennent rien à rien qu'il aboutit à un film neutre, triste, sans surprise, ni suspense, ni humour”. Même si je sais qu'il est loin de faire l'unanimité, Hitchcock se ressaisira pour moi très efficacement avec L'Étau (1969), film d'espionnage historique d'une bien autre trempe.

* Si, je retiens quand même - mais là c'est l'étudiant en Histoire qui parle et ça n'intéressera que moi - le discours d'Armstrong à l'aéroport de Berlin-Est. Sa façon de présenter les défenses anti-missiles sur lesquelles il travaille, visant selon lui à "rendre les armes nucléaires inefficaces", a trouvé une postérité dans la rhétorique du Président Ronald Reagan pour présenter, en 1983, son projet de Guerre des étoiles.

P.S. : Pas de captures d'écran car dvd en 1.33. Hitchcock vaut mieux que ces conneries.
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Alligator »

North by Northwest (La mort aux trousses) (Alfred Hitchcock, 1959) :

http://alligatographe.blogspot.com/2011 ... hwest.html

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La mort aux trousses est un film merveilleux, avec plein d'étoiles pour mes yeux. Un de mes films préférés. Il s'avère souvent difficile de bien exprimer ce que l'on ressent pour un film aussi important de son panthéon mais je pourrais résumer en évoquant sa séduction : je suis tombé amoureux d'un beau film, hâbleur, élégant, bien gaulé et drôle.

Gardons-nous de faire accroire que toute cette beauté sophistiquée émane uniquement de Cary Grant. Certes, des qualificatifs énumérés, beaucoup se marient justement au bonhomme, mais le film a bien d'autres jolies courbes à faire valoir à mes yeux gourmands.

Mais restons sur Cary Grant et la distribution qui l'entoure : ils forment une équipe superbement performante. Ce n'est guère étonnant, Alfred Hitchcock ayant toujours su choisir ses comédiens avec soin. Cary Grant fait partie de ses acteurs favoris. Au moment d'aborder le tournage de "La mort aux trousses", il en sont déjà à 3 films ensemble. C'est un comédien particulier, capable de jouer le séducteur tout en faisant le clown, ce qu'il ne manque pas de faire ici. Aidé d'un physique dégingandé, sa stature lui donne des airs un peu gauches, charmants. En 1959, il a 55 ans et une incroyable carrière derrière lui. On sent d'ailleurs que sa filmographie et son expérience notamment dans la "screw-ball comedy" où l'assise des dialogues percutants confère aux acteurs une rapidité comique doublée d'une réjouissante assurance, lui permettent d'alterner les registres comiques, romantiques et aventureux avec une facilité plus que déconcertante. Je parlais de merveilleux tout à l'heure, en voilà un sacré exemple. Ce comédien est admirable de naturel tout en parvenant à conserver un œil rieur et espiègle très enfantin. Débordant de jeunesse, je ne crois pas que les gros plans plus ou moins floutés ou le haut degré de bronzage aient été vraiment nécessaires pour cacher son âge relativement élevé.

A ses côtés, Eva Marie Saint élabore un jeu plus direct, extrêmement féminin, de cette féminité qu'Hitchcock savait mieux que quiconque glorifier l'image, des poses un peu rigides en apparence, presque froides en parfait contraste avec des personnalités "calientes". La blonde glaciale cachant sous sa coiffure travaillée et ses tailleurs serrés un tempérament vorace, une sexualité de femme libérée qui fascinait tant sir Alfred. Eve Kendall n'est pas qu'un cœur à prendre.

La discussion au wagon-restaurant entre Roger Thornhill et elle est une des scènes les plus torrides qu'il m'ait été donné de voir. Elle garde cependant une forme extrêmement élégante et policée, sainte nitouche. Le jeu des regards, la délicatesse des gestes nous aspirent la salive, gloups. Toute en sous-entendus salaces, l'érotisme dans son acception la plus stricte, éclabousse l'écran, humecte les mots.

Pour bien construire son héros, le film se devait de lui mettre dans les pattes un méchant aussi classieux. Qui pouvait aussi bien relever ce défi que l'aristocratique James Mason? Avec sa voix mielleuse mais chargée de menaces, envoûtante, il propose un personnage crédible de "séductueur", énamouré capable de la pire vengeance, de la plus extrême froideur à l'heure de balancer sa nénette du haut des cieux.

Tout aussi glacial meurtrier que ne l'est le chef des espions, Leo G. Carroll avec ses lunettes en écailles et son air renfrogné, le comédien joue de son physique banal, un brin pépère, conventionnel, incarnant le papy qu'on imagine gâteau et sait faire preuve d'un tempérament sévère, voire injuste, ce qui a don de renforcer les liens du couple Thornhill/Kendall, tous seuls face au monde hostile, amoureux partout et contre tous.

Le scénario, à l'image des aventures qu'Hitchcock a souvent raconté dans le passé que ce soit sur "The lady vanishes" ou "The 39 steps", mêle la romance au film d'espionnage et développe un récit très dynamique évoluant sur le thème ô combien porteur de mouvements et d'action : le voyage. Le périple que subit Roger O. Thornhill est vieux comme "L'odyssée", il est mythologique. Il est si ancré dans le temps que le film semble se minéraliser peu à peu, dans la poussière jaune d'une campagne sèche et déserte jusqu'aux rochers blanchâtres et escarpés du Mont Rushmore en passant par le marron terreux de la statuette antique contenant les microfilms qui tiennent de McGuffin, ce fameux prétexte à la con dont tout le monde se fout sauf les personnages.

Ce film là est fabuleux parce qu'il tient debout et sautille crânement sur un autel à la gloire de l'Homme dans toute sa complexité, avec son animalité, sa sexualité, sa richesse d'émotions et de sensations. Cary Grant est à la fois Ulysse, Roméo et James Bond, peut-être même pourrait-on l'appeler Adam arrachant Eve au serpent?

Pour finir de m'assoter, Alfred Hitchcock concocte un spectacle visuel épatant. Le travail sur la photographie, les cadrages et les décors est tout simplement exceptionnel. Voir ce film en blu-ray est une expérience inoubliable. Les couleurs éclatent, la beauté des plans renverse. J'ai pris un pied pas possible!

Et puis cette mise en scène! Alfred Hitchcock est un type incroyable, tout bonnement génial : comment peut-on imaginer cette scène d'anthologie sur la route désertique, ce découpage de l'action, dans l'espace et dans le temps? Absolument divine, cette séquence est en soi une des plus belles scènes de cinéma.

Quand on voit comment Eva Marie Saint et Cary Grant se tournent autour, basculent, chavirent, se tenant plus par la tête que par les mains, bien mises en évidence pourtant, amoureux poings liés, dans cette autre scène admirable, dans une sorte de prélude tactile où ils se préparent à l'amour, l'émoi qui les bouleverse invite à parler, se dévorer du regard et des lèvres, tournoyer sans cesse, au rythme de la chamade qui les envahit, dans une danse enivrée qu'Hitchcock a déjà filmée dans "Notorious".

Dans des décors de matte-painting ou construits en studio, sur un somptueux Technicolor, les personnages courent de péril en péril, tenant les spectateurs en haleine. Le fameux suspense d'Hitchcock n'aboutit peut-être pas aux sommets que le maître a atteint par ailleurs, cependant l'altitude est très élevée.

La musique de Bernard Hermann, au style facilement identifiable, apporte en soutien plein d'originalité et de saveur à l'entreprise. Hermann est un de ces compositeurs dont les œuvres se suffisent à elles-mêmes. Vous pouvez écouter du Bernard Hermann indépendamment des films qu'il a mis en musique, néanmoins la bande qu'il propose ici se marie d'une manière très appropriée à l'histoire, ses enjeux, ses rebondissements et surtout les émotions par lesquelles les héros passent.

Voilà pourquoi je tombe à chaque visionnage en pâmoison, ravi, kidnappé, enfant nappé dans un coulis de bonbons à la fraise, enfant happé par un spectacle grandiose et profond. "La mort aux trousses", tu permets que je t'appelle "La mort"? "La mort", je t'aime.
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by someone1600 »

Superbe texte sur un tout aussi superbe film !!! :D
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Ender »

Le Masque de cuir (The Ring), 1927

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Mon premier Hitchcock muet est un véritable choc. Clairement, Hitch atteint déjà ici une forme de perfection. On a pas mal parlé je crois pour ce Ring de film "germanique", dans lequel le cinéaste aurait investi beaucoup de son expérience allemande et fait le film le plus "UFA" d'Angleterre. Une certaine science de l'espace et des effets lui vient indéniablement droit d'Allemagne, en partie. La différence est dans l'absence d'une certaine rigueur du muet allemand. The Ring, c'est moins ample mais aussi plus souple que certains Lang. Il y a aussi que l'expressionnisme fait (pour le dire grossièrement) un traitement fantastique de l'insolite, ici Hitch relève par pics visuels une histoire si ce n'est anodine, en tout cas assez quotidienne. Le gros plan sur l'avant-bras de la mariée qui revêt son alliance en même temps que le bracelet offert par l'amant retombe sur son poignet, est ainsi d'une puissance délirante : le pouvoir d'expression d'un tel plan est maximal, comme un "montage réussi" à l'intérieur d'un même plan. Le match de boxe qui constitue le climax est incroyable aussi, à la fois de puissance sèche, de réalisme, et de souffle symphonique. Quand le héros s'effondre en plan subjectif, après qu'un travelling avant très hitchcokien* lui a révélé que sa femme adultère est présente dans la salle ; quand à la fin d'un round, on le voit exsangue sur le ring, suant de détresse (l'acteur est formidable) ; quand enfin sa femme bouleversée et réveillée à son amour par les coups que reçoit son mari revient de son côté du ring, c'est de la musique, en crescendo et decrescendo successifs. C'est beau d'ailleurs que la femme revienne avant que le mari triomphe de l'autre boxeur, l'amant, le rival, et précisément donne au mari la force de se ressaisir. Sûrement c'est la condition d'un happy-end authentique, non suspect, mais à l'époque la virilité attestée semble quand même une condition pour être digne d'amour, cf. Le Mécano de la General de Keaton, où Buster doit absolument faire ses preuves pour mériter la femme qu'il aime. Ici, Hitchcock révèle combien il est un tendre, et peut-être aussi des traces de son éducation catholique.

* c'est une tendance assez générale à laquelle je ne coupe pas de chercher du "proto-Hitchcock" dans le premier Hitchcock. Je ne suis même pas sûr d'avoir déjà lu ne serait-ce qu'un texte sur ses muets où l'on ne dise pas "ceci c'est déjà du Hitchcock", "ce plan qui anticipe tel ou tel film", "chose qu'il reproduira/développera/etc. dans x film". Difficile d'y échapper et même de s'empêcher de porter une telle grille d'analyse sur les images qu'on voit en découvrant une de ses premières oeuvres. Néanmoins au terme de ce premier muet hitchcokien que je vois, j'ai le sentiment d'un cinéaste déjà parfaitement accompli, qui certes contient en puissance des traits du génie à venir, mais en épanouit également beaucoup. J'ai peut-être eu la chance de tomber sur un des meilleurs de la période, en tout cas je suis impatient de continuer cette exploration.

(Tout ceci est un peu bordélique, je sors juste du visionnage !)
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Federico »

Alligator wrote:North by Northwest (La mort aux trousses) (Alfred Hitchcock, 1959) :
La discussion au wagon-restaurant entre Roger Thornhill et elle est une des scènes les plus torrides qu'il m'ait été donné de voir. Elle garde cependant une forme extrêmement élégante et policée, sainte nitouche. Le jeu des regards, la délicatesse des gestes nous aspirent la salive, gloups. Toute en sous-entendus salaces, l'érotisme dans son acception la plus stricte, éclabousse l'écran, humecte les mots.
... et vide/remplit le verre de Grant au mépris de toute continuité. C'est dire si toute l'équipe (réalisateur, script, accessoiriste, monteur...) était troublée. :wink:
Alligator wrote: Ce film là est fabuleux parce qu'il tient debout et sautille crânement sur un autel à la gloire de l'Homme dans toute sa complexité, avec son animalité, sa sexualité, sa richesse d'émotions et de sensations. Cary Grant est à la fois Ulysse, Roméo et James Bond, peut-être même pourrait-on l'appeler Adam arrachant Eve au serpent ?
J'isole ce bout de phrase juste pour sauter sur le fait que ce film est parsemé de circonstances aussi improbables qu'absurdes et irréalistes mais - par le génie d'Hitchcock - reste un festival incomparable, une leçon à la fois de ce qu'il ne faudrait jamais faire dans les détails et de ce qu'il faudrait parvenir à égaler pour le tout. Et si ce jeu enfantin passe, même avec le spectateur le plus pointilleux ou cartésien, c'est aussi en partie grâce à Cary Grant qui a gardé ce côté d'éternel grand gamin (aspect renforcé dans les séquences où il est question de sa môman).
Alligator wrote: Pour finir de m'assoter, Alfred Hitchcock concocte un spectacle visuel épatant. Le travail sur la photographie, les cadrages et les décors est tout simplement exceptionnel. Voir ce film en blu-ray est une expérience inoubliable. Les couleurs éclatent, la beauté des plans renverse. J'ai pris un pied pas possible!
Et puis cette mise en scène! Alfred Hitchcock est un type incroyable, tout bonnement génial : comment peut-on imaginer cette scène d'anthologie sur la route désertique, ce découpage de l'action, dans l'espace et dans le temps? Absolument divine, cette séquence est en soi une des plus belles scènes de cinéma.
Oui, c'est le grand panard. Et récemment à la radio, j'ai été ravi d'entendre je ne sais plus qui évoquer le plan qui pour moi est le summum de cette séquence d'anthologie : juste après l'explosion du camion, quand on voit, filmés en légère contre-plongée, la rangée des spectateurs de l'accident. Une composition picturale (que le très graphiste Hitchcock a peut-être d'ailleurs empruntée à un tableau) et qui donne tort au Fritz Lang Méprisant le Cinémascope.
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Alligator »

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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Federico »

Je pensais au plan juste après... :wink:
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by hansolo »

Alligator wrote:
Et puis cette mise en scène! Alfred Hitchcock est un type incroyable, tout bonnement génial : comment peut-on imaginer cette scène d'anthologie sur la route désertique, ce découpage de l'action, dans l'espace et dans le temps? Absolument divine, cette séquence est en soi une des plus belles scènes de cinéma.
Quelques post plus haut j'ai mis un lien vers la vidéo d'explication de cette scène par le maître himself!
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... &#p1964772

Avec le lumineux : “That’s funny, that plane’s dustin’ crops where there ain’t no crops” :D
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Federico »

Pour Télératruc, Jean-Baptiste Thoret a analysé trois grands classiques hitchcockiens : La Mort aux trousses, Psychose et Les oiseaux.

http://www.telerama.fr/cinema/l-homme-q ... ,65533.php

http://www.telerama.fr/cinema/l-homme-q ... ,65555.php

http://www.telerama.fr/cinema/l-homme-q ... ,65605.php
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by someone1600 »

hansolo wrote:
Alligator wrote:
Et puis cette mise en scène! Alfred Hitchcock est un type incroyable, tout bonnement génial : comment peut-on imaginer cette scène d'anthologie sur la route désertique, ce découpage de l'action, dans l'espace et dans le temps? Absolument divine, cette séquence est en soi une des plus belles scènes de cinéma.
Quelques post plus haut j'ai mis un lien vers la vidéo d'explication de cette scène par le maître himself!
http://www.dvdclassik.com/forum/viewtop ... &#p1964772

Avec le lumineux : “That’s funny, that plane’s dustin’ crops where there ain’t no crops” :D
Super intéressant de voir Hitchcock expliquer cette scene. :D
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Re: Alfred Hitchcock (1899-1980)

Post by Abronsius »

Un petit billet sur Suspicion /1941 : http://myimaginarylandscapes.blogspot.c ... hcock.html