Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Lord Henry
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

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Pour Yes, Gorgio, il me semble que Williams s'est contenté d'écrire la chanson, pour des raisons de disponibilité; Michael J. Lewis s''occupant du reste.

Par ailleurs, la partition de Nicholas and Alexandra est signée par Richard Rodney Bennett; un choix du producteur, et un choix loin d'être malheureux.
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Nomorereasons
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

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Patton

Patton était un homme extraordinaire, c'est ce que je garde de la vision de ce film plutôt nuancé et qui laisse à chacun le gré et les éléments de se forger sa propre opinion.
Le très bon texte de Joe Wilson à la page précédente ayant traité de l'essentiel de la mise en scène du film, je ne rajouterai qu'une timide couche sur le caractère du personnage principal: soldat ultime, le pur génie militaire à l'oeuvre, le seigneur qui classe l'humanité en braves et en lâches. Aucun autre critère ne compte pour lui.

Voici le discours introductif du film, qui ne manque pas de sel lorsque l'on se remémore l'année de production:
« Maintenant, je veux que vous vous souveniez qu’un enfant de salaud n’a jamais gagné une guerre en mourant pour sa patrie. Vous la gagnez en faisant en sorte que l’enfant de salaud d’en face meure pour sa patrie. Messieurs, toutes ces imbécilités que vous avez pu entendre sur les États-Unis ne voulant pas se battre – voulant rester en dehors du conflit – n’est qu’un tas de purin. Les Américains aiment par tradition se battre. Tous les vrais Américains aiment l’odeur d’une bataille. Quand vous étiez gosses, vous admiriez tous le champion sur sa base de lancement, le coureur le plus rapide, les joueurs de football, les plus grands boxeurs. Les Américains aiment les gagnants et ne tolèreront jamais les perdants. Les Américains jouent toujours pour gagner. Je ne donnerais même pas une place en enfer pour un type qui perd et en rigole. C’est pourquoi les Américains n’ont jamais perdu et ne perdront jamais une guerre, parce que la simple idée de perdre est insupportable pour les Américains. Ainsi, une armée est une équipe, ça vit, ça mange, ça dort et ça se bat comme une équipe. Cette question de l’individualité n’est qu’un tas de bêtises. Nous avons la meilleure nourriture et le meilleur équipement, le meilleur esprit, et les meilleurs hommes au monde. Vous savez, ô Dieu, que j’ai cependant de la compassion pour ces pauvres enfants de putain contre qui on va se battre. Par Dieu, j’en ai. Nous n’allons pas nous contenter de seulement buter ces bâtards, nous allons leur arracher les tripes vivantes et les utiliser pour graisser les chenilles de nos chars. Nous allons tuer cette bande de bâtards athées. Maintenant, je sais que certains d’entre vous s’inquiètent si vous allez ou non trembler comme des poules au combat. Ne vous inquiétez pas à ce sujet. Je peux vous garantir que vous allez faire de votre mieux. Les Nazis sont nos ennemis, rentrez-leur dedans, faites couler leur sang, faites-leur mordre la poussière. Quand vous mettrez votre main dans un tas de chair où un instant avant se trouvait la face de votre meilleur ami, vous saurez que faire. Aussi, il y a une autre chose dont je veux que vous vous rappeliez. Je ne veux pas recevoir le moindre message disant que nous tenons nos positions. Nous ne tenons rien du tout. Nous laissons ces barbares faire çà. Nous avançons constamment et ne sommes intéressé de tenir rien du tout, excepté l’ennemi. Nous allons les mener par le bout du nez et leur botter le cul. Nous allons leur botter le cul tout le temps et les faire ramper dans la merde. Ainsi, il y a une chose que vous pourrez dire quand vous serez de retour à la maison, et vous pourrez remercier Dieu pour ça. Dans trente ans, quand vous serez assis au coin du feu avec votre petit-fils sur vos genoux et qu’il vous demandera :"Qu’as-tu fait durant la grande Seconde Guerre Mondiale ?", vous n’aurez pas à répondre : "Et bien, je charriais du purin en Louisiane". Voilà, maintenant enfants de salaud, vous savez ce que je pense et que je serai fier de pouvoir vous mener dans les batailles, n’importe où, n’importe quand. C’est tout »
L'un des effets les plus troublants du film est de faire réciter ce monologue par un acteur (George G Scott, fabuleux -et par ailleurs ancien marine) que la caméra isole du reste du monde, fier chevalier prisonnier d'un gigantesque drapeau américain. Il finit par ressembler à une tarentule médaillée en cage dont les barreaux seraient horizontaux. Cette séquence d'ouverture distille le même type d'émotion un peu équivoque que l'on trouve à la fin d'Il était une fois dans l'Ouest: c'est l'avènement de la démocratie -disons, la victoire supplémentaire d'un certain confort moral et matériel- et la mort des lions. Car dès cette première image, le sort de Patton est réglé: nous sommes en 1970 et le patriotisme américain est à six pieds sous terre; or la fascination qu'inspire Patton auprès du spectateur menace à chaque instant de renverser les principes moraux dont le monde occidental est désormais nourri: si les hommes ne s'affirmaient comme tels qu'à la faveur de combats guerriers, où l'on paye de sa propre vie? Et si l'art de la guerre, aux couleurs du sang versé, était aussi un fabuleux trésor du génie humain? Et si, plus généralement, le progrès humain n'existait pas?

Patton fut un tacticien prodigieux, mû par une admirable intelligence de l'Histoire: élevé au latin avec César et Thucydide, féru de littérature classique, francophone (ça fait toujours plaisir :mrgreen: ) et poète à ses heures, c'est le personnage romantique par excellence, sentant affluer en lui le sang des grands combattants à travers les âges par une ferme croyance en la réincarnation.
A ce sujet, une scène du film nous le montre visitant un champ de ruines, littéralement possédé par la bataille qui y eut lieu voici des siècles, et improvisant quelques vers pour en capter l'essence intemporelle et fugitive. Moment admirable qui fait chanter la guerre et la mort.
Passons outre cette fascination, de l'autre côté du drapeau: il reste qu'il n'y a pas d'intelligence sans courage; c'est du moins ce que professait Robert Graves, officier d'infanterie et traducteur d'Homère lorsqu'il dit à George Steiner que celui-ci ne comprendrait jamais rien à L'Iliade faute d'avoir connu la menace de mort concrète et proche.
On peut le trouver dur à l'égard de ce gigantesque philosophe, pourtant le lien décisif entre la poésie antique et le danger était ici impitoyablement scellé.
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Demi-Lune
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

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SPOILERS. De Patton (1970) de Franklin J. Schaffner, l'inconscient collectif a retenu la mémorable - mais pourtant imaginaire - harangue du général américain. Face à des troupes invisibles, et surtout dos à un drapeau des États-Unis paraissant aussi immense que l'orgueil, la puissance et la gloire américains incarnés par ce militaire rappelant à l'envi qu'il n'est qu'un "soldat", avec ce que cela implique comme dévouement pour son pays. Comme digéré ou prisonnier de ce drapeau, comme le remarquait yaplusdsaisons, Patton se veut être l'Amérique ; il en exalte la force, la combattivité, sa tradition guerrière, sa culture du vainqueur. Sauf que, en 1970, les mots que Coppola, scénariste, place dans sa bouche renvoient à une ironie évidemment liée à la situation militaire de l'Amérique sur le terrain vietnamien. Mais les choses ne sont pas aussi simples, car Patton n'est pas un pamphlet détourné anti-Vietnam, et la suite du film le confirmera très largement : le décalage entre les affirmations de Patton quant à l'invincibilité des États-Unis et la réalité du contexte dans lequel est tourné le film, s'accompagne dans le même temps d'une certaine fascination immédiate pour ce militaire cassant mais charismatique, que la caméra de Schaffner capte sous tous les angles, le statufiant presque dans toute sa splendeur ambiguë.

Durant 2H45, le film brosse un portrait à l'impartialité bienvenue, prenant soin de développer les différentes facettes de ce personnage historique hors normes, n'occultant ni ses excès verbaux, ni ses dérapages, ni ses prises de position controversées, mais ne les privilégiant pas sur son extraordinaire héroïsme à toute épreuve et ses victoires faramineuses sur les Allemands. Patton trouve un équilibre absolument exemplaire - ce qui en fait au passage l'un des meilleurs biopics possibles - ne succombant pas à la simplicité ou aux raccourcis, ni même à la glorification propagandiste, mais présentant au spectateur, qui se fera son opinion, les outrances et les fulgurances, les contradictions et les coups de génie du général américain, qui, comme le disait Joe Wilson, est tout autant insupportable que magnifique, y compris en effet, paradoxalement, dans ses dérapages. Que Coppola soit derrière la réussite de cette écriture n'est pas étonnant. La relation entre Patton et Omar Bradley évoque presque déjà l'amour fraternel et malheureux entre Michael et Fredo Corleone. Son Patton, à la croisée d'un Corleone, d'un Kurtz, d'un Tucker et d'un Kilgore, annonce en effet ses futurs personnages gigantesques, bigger-than-life, presque inadaptés pour leur époque. Or, c'est précisément le cas de Patton. Poète, philosophe, technicien, théoricien guerrier, stratège, historien, ses talents variés en font un être anachronique, sorte d'humaniste de la Renaissance échoué sur les berges de la Seconde Guerre mondiale, et inspirant autant de crainte que d'admiration aussi bien chez ses troupes, dont il attend beaucoup mais qu'il aime, que chez ses ennemis, qu'il déteste mais dont il a désespérément besoin : il lit les traités de Rommel, et tel un Don Quichote moderne, souhaite se battre avec un adversaire digne de sa stature, et "mourir avec la dernière balle de la dernière bataille".

Car plus encore que l'incarnation de l'Amérique, Patton est l'incarnation de la guerre. On pourrait le qualifier par le titre d'un autre film de Schaffner : Le Seigneur de la guerre. Il la maîtrise, et son existence entière est conditionnée par celle du conflit (sa mort accidentelle peu après l'armistice de 1945 n'a même pas besoin d'être évoquée dans le film tant le discours est limpide tout du long). Patton est la Guerre, sous toutes ses formes (romanesque, héroïque, affreuse, barbare) et par-delà toutes les époques : l'anachronisme du personnage est brillamment utilisé par Coppola pour faire de ses croyances en l'incarnation des moments intenses et troublants, où, au travers d'un général américain méditant et contemplant des vestiges archéologiques, résonnent les trompettes et les cris des immémoriales batailles de l'Histoire. L'ultime scène est ainsi une merveille d'intelligence : Patton s'en allant seul, comme il l'était dès l'ouverture, et se remémorant pour lui-même la dualité des triomphes romains décernés aux imperatores victorieux, où le général goûtait aux honneurs de Rome, tandis que son esclave lui soufflait à l'oreille toute la vanité et la futilité de sa gloire. Cette scène ferme ce qui est à mes yeux un chef-d'oeuvre, bénéficiant d'une mise en scène ample de Schaffner et d'une prestation tout bonnement monstrueuse et inoubliable de George C. Scott. L'acteur ne cherche pas à imiter Patton. Il est son propre Patton.
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Watkinssien
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Watkinssien »

Encore une fois un beau texte pour un très grand film... :wink:
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Flol »

Watkinssien wrote:Encore une fois un beau texte pour un très grand film... :wink:
J'aurais juste une remarque : je pense que tu devrais un peu plus aérer tes textes, en faisant davantage de paragraphes, de retours à la ligne, etc...ça bénéficierait grandement au confort de lecture.
Enfin voilà, my two cents...:)
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Demi-Lune
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Demi-Lune »

Ratatouille wrote:
Watkinssien wrote:Encore une fois un beau texte pour un très grand film... :wink:
J'aurais juste une remarque : je pense que tu devrais un peu plus aérer tes textes, en faisant davantage de paragraphes, de retours à la ligne, etc...ça bénéficierait grandement au confort de lecture.
Enfin voilà, my two cents...:)
J'en prends bonne note.
Lord Henry
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Lord Henry »

Apparemment, personne n'a mentionné La Griffe, un modeste thriller d'espionnage dans lequel Yul Brynner tient un double rôle. Un film curieusement coincé dans sa filmographie entre Le Seigneur de la Guerre et La Planète des Singes. Du travail solide, sans pour autant être transcendant.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Nestor Almendros wrote:L'ÎLE DES ADIEUX (ISLANDS IN THE STREAM) - 1976

Alors que je n'en attendais pas grand-chose, le film m'a fait bonne impression.

Très beau master Paramount, immaculé (ou quasiment), beau piqué, belles couleurs, rien à dire.
Pour info, ce DVD est en vente dans les Noz pour une bouchée de pain. Hop, je me réserve sa découverte pour ce mois de janvier.
Lord Henry
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Lord Henry »

Lord Henry wrote:Apparemment, personne n'a mentionné La Griffe, un modeste thriller d'espionnage dans lequel Yul Brynner tient un double rôle. Un film curieusement coincé dans sa filmographie entre Le Seigneur de la Guerre et La Planète des Singes. Du travail solide, sans pour autant être transcendant.
Chacun pourra en juger puisque le film est programmé ce mois-ci sur Ciné Cinéma Classic
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Profondo Rosso
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Profondo Rosso »

Nicolas et Alexandra (1971)

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Evocation de la vie du tsar Nicholas et de sa femme Alexandra, avant que le drame de la Révolution russe ne sonne la fin de la famille royale.

Franklin J. Schaffner signe son film le plus ambitieux et plus grand échec avec ce Nicolas et Alexandra, vision grandiose des dernières heures de la dynastie Romanov et de la Révolution bolchévique qui transformera la Russie. Le rejet d'alors pour ces superproductions à grand spectacle (le malheureux David Lean subit alors un accueil glacial injuste pour le fabuleux La Fille de Ryan) et surtout la profonde noirceur de ce qui est le terrible récit d'une déchéance causera l'échec du film malgré ses 6 nominations (remportés pour les costumes et la direction artistique) à l'Oscar.

Le titre annonce la couleur. Bien que laissant apparaître en filigrane les grandes figures de la Révolution en marche (Lénine, Trotski, Staline), le récit se concentrera sur les destins individuels de Nicolas II (Michael Jayston) et Alexandra (Janet Suzman), la relation et les égarements du tsar et de la tsarine conduisant la Russie au chaos sur une dizaine d'années. Le film s'ouvre sur un évènement qui rendrait heureux n'importe quel couple, une naissance, celle d'Alexis un fils tant désiré. Cette naissance signe pourtant le début du déclin de la monarchie puisque la découverte de la maladie du nouveau-né (qui est hémophile) va phagocyter leurs décisions, les replier sur eux-même et ce qui serait chez un couple normal une préoccupation légitime pour son enfant va au contraire plonger le pays dans le chaos.

Schaffner choisit logiquement un casting prestigieux (Laurence Olivier, Jack Hawkins, Michael Redgrave) pour composer l'entourage du tsar dont la faiblesse de caractère et l'indécision sera renforcée par l'opposition à ses charismatiques interlocuteurs tandis que le souverain est interprété par l'inconnu Michael Jayston. Nicolas II est surtout un homme éperdument amoureux et entièrement soumis à l'influence de sa femme. Cette influence se fera tout au long du récit à mauvais escient et à contretemps. Le drame naît du fait que les intentions toujours bonne d'Alexandra poussent son époux dans la mauvaise direction avec des conséquences de plus en plus graves : qu'elle lui demande de se montrer plus ferme avec ses conseillers et il tiendra bon pour mener une guerre inutile contre le Japon pour la possession de la Corée, qu'elle le supplie à bout de ressources de faire appel au malfaisant Raspoutine (Tom Baxter) seul capable de soigner leur fils et ce dernier sèmera le chaos à la cour. Le montage use d'un décalage de plus en plus grand dans l'alternance entre la misère profonde du peuple et le luxe des palais puis des résidences secondaires dans lesquelles se réfugie le tsar toujours plus éloigné des réalités. Schaffner usera de motif plus subtils pour signifier ce détachement des puissants lors de la séquence triomphale où l'armée russe part en campagne au début de la Première Guerre Mondiale en figeant le visage de Nicolas II en noir et blanc, puis ceux des gouvernant allemand, français et anglais de la même façon tandis que leurs discours patriotiques sonnent étouffés. Vers la fin du film Lénine enfin parvenu au sommet (le film le montrant bien ronger son frein de longues années en exil à l'étranger) sera figé à l'image selon le même principe, plus significatif que tous les discours sur la violence à venir où le pouvoir a juste changé de main.

Michael Jayston délivre une interprétation étonnante de ce monarque innocent et coupable à la fois de son malheur. Soucieux de préserver la grandeur des Romanov, il refuse toute avancée démocratique mais s'avère incapable de se rapprocher de son peuple, brutalement ferme quand il doit faire preuve de clémence et indécis lorsqu'il faut imposer sa volonté. Submergé par l'héritage de ses ancêtres, le pouvoir est un fardeau dont il ne sait que faire. Là encore Schaffner parvient à traduire cela brillamment par la seule force de l'image à travers trois séquences récurrentes à la tonalité différentes. La première se situe en début de film et illustre l'arrivée triomphale du couple royal à sa demeure un lent travelling accompagne leur marche triomphale à travers le corridor menant à leurs appartement tandis que les cuivres de la garde tonnent avec fierté. Quelques instants plus tard en utilisant le même découpage et la même échelle de plan, ce protocole s'avère lourd et fastidieux quand les monarques doivent s'y soumettre jusqu'au bout alors qu'ils préfèreraient courir au chevet de leur fils malade. Enfin en conclusion Nicolas II déchu, le teint hagard et en passe d'être chassé effectuera cette même marche face à deux garde levant à peine les yeux sur lui avec à nouveau une mise en scène similaire qui enfonce cette fois le souverain dans le souvenir de sa gloire passée.

Il faut également signaler un incroyable Tom Baxter en Raspoutine dont l'interprétation outrancière aidée par les accents baroque de la mise en scène de Schaffner (et une photo volontairement terne de Freddie Young s'ornant alors d'une imagerie bariolées surnaturelle) notamment une mémorable scène d'assassinat digne de la légende entourant la fin du personnage. Comme un symbole, les moments les plus apaisés interviendront dans les derniers instants, lorsque tout est perdu et qu'il ne reste à la famille royale qu'à faire corps face à une fin inévitable. C'est le temps des derniers instants complices entre Nicolas et Alexandra toujours aussi épris, celui des regrets pour un jeune fils plus déterminé et imposant que son père et surtout celui d'une fin tragique que Schaffner amène avec émotion et fracas. Un film foisonnant et passionnant dont les trois heures filent à toute vitesse. 5/6
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Profondo Rosso
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Profondo Rosso »

Sphinx (1981)

L'égyptologue Erica Baron arrive au Caire à la recherche de documents sur le pharaon Séti. A peine arrivée, elle est témoin du meurtre d'un marchand d'art peu scrupuleux, Abdu Hamdi et fait la connaissance d'un journaliste français, Yeon et d’Ahmed Khazzan, qui dirige la section des Antiquités aux Nations Unies. Alors qu'elle arrive dans la Vallée des Rois, elle se retrouve aux prises de trafiquants d'art bien décidés à récupérer les richesses de la tombe du pharaon...

Un grand ratage qui amorce la fin de carrière plus anonyme du grand Franklin J. Schaffner. Adapté du roman éponyme de Robin Cook, Sphinx sort la même année que Les Aventuriers de l'Arche Perdue et sur ce même registre de l'aventure dépaysante et souffre cruellement de la comparaison sur tous les points. Sphinx aurait néanmoins pu se démarquer par sa dimension d'enquête et mystère plus prononcée avec ce récit d'une égyptologue (Lesley-Anne Down) à la fois traquée et traquant une statuette du pharaon Sethi dans une ville du Caire dangereuse. Le sens visuel de Schaffner est toujours aussi puissant avec des vues majestueuses de la vallée des rois, des compositions de plans qui capturent bien l'opposition entre modernité et Histoire ancestrale en mêlant bâtiment moderne et pyramides en arrière-plan. Le dépaysement arrive également à adopter le point de vue déphasé de l'héroïne mais pour le reste c'est une catastrophe. L'enquête n'avance qu'à coup de longues scènes de dialogues sur explicatives et ennuyeuses, les rares moments d'actions étant des plus laborieux. Si les décors naturels éblouissent, les scènes de studios (tournées à Budapest) supposées représenter les pièces secrètes où sont tapies des trésors égyptiens oubliés sont d'une rare ringardise et font très cheap, Schaffner ne parvenant d'ailleurs jamais à orner l'ensemble d'un semblant d'atmosphère surnaturelle alors qu'il est question d'une malédiction. Le casting n'aide guère à se sentir impliqué non plus entre une Lesley-Anne Down minaudant et peu crédible en égyptologue et Frank Langella en conservateur de musée taciturne ne dégage pas le charisme et le mystère attendu (laissant deviner assez vite le rebondissement final le concernant). Sir John Gielgud semble se demander ce qu'il est venu faire dans cette galère le temps d'une brève apparition, tout comme Maurice Ronet en contrebandier. Reste quelques jolies images et un score agréable de Michael J. Lewis mais dans l'ensemble un fiasco indigne du talent de Schaffner. 2/6
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Jeremy Fox
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Jeremy Fox »

La Planète des singes (Planet of the Apes) - 1968

D'abord un grand bravo à Elias pour sa chronique passionnante sur le film qui m'a d'ailleurs donné l'envie d'attaquer moi aussi la série des films. Malheureusement - et malgré le fait que ce fut l'une des plus grosses claques de ma jeunesse au même titre que les Tarzan avec Weismuller- j'ai aujourd'hui beaucoup de mal à accrocher. Je trouve la première demi heure mystérieuse assez extraordinaire avec cette musique monumentale de Jerry Goldsmith, cette formidable utilisation du scope et la mise en valeur des paysages avec ces immenses plan d'ensemble... ce y compris jusqu'à la première apparition des singes et la barbarie de la chasse aux hommes. Ca coince par contre à partir du moment où l'on arrive au village. La réflexion a beau être intelligente et intéressante (même si aujourd'hui un peu naïve), dès que les singes parlent je décroche ; ça ne passe plus, je ne trouve plus aucun charme ni aux décors ni à l'histoire. Je n'ai réussi à me raccrocher qu'aux scènes de brutalité très bien rendues par Schaffner ; ensuite, hormis la fameuse image finale, je m'y suis fortement ennuyé la plupart du temps. J'ai du coup un peu peur pour la suite mais sait-on jamais.
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Rick Blaine »

Je ne m'y attendais pas. :(
Je trouve que cela reste un film remarquable, qui combine les éléments propres au grand spectacle à une reflexion qui reste brillante, même si elle peut paraitre naïve aujourd'hui. Je l'avais toujours beaucoup aimé la dernière fois que je l'ai revu.
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Max Schreck »

Jeremy Fox wrote:La Planète des singes (Planet of the Apes) - 1968

D'abord un grand bravo à Elias pour sa chronique passionnante sur le film qui m'a d'ailleurs donné l'envie d'attaquer moi aussi la série des films. Malheureusement - et malgré le fait que ce fut l'une des plus grosses claques de ma jeunesse au même titre que les Tarzan avec Weismuller- j'ai aujourd'hui beaucoup de mal à accrocher. Je trouve la première demi heure mystérieuse assez extraordinaire avec cette musique monumentale de Jerry Goldsmith, cette formidable utilisation du scope et la mise en valeur des paysages avec ces immenses plan d'ensemble... ce y compris jusqu'à la première apparition des singes et la barbarie de la chasse aux hommes. Ca coince par contre à partir du moment où l'on arrive au village. La réflexion a beau être intelligente et intéressante (même si aujourd'hui un peu naïve), dès que les singes parlent je décroche ; ça ne passe plus, je ne trouve plus aucun charme ni aux décors ni à l'histoire. Je n'ai réussi à me raccrocher qu'aux scènes de brutalité très bien rendues par Schaffner ; ensuite, hormis la fameuse image finale, je m'y suis fortement ennuyé la plupart du temps. J'ai du coup un peu peur pour la suite mais sait-on jamais.
Oui, dommage que le débat philosophique qui prend place lors du procès ne t'ai pas séduit, c'est justement un des aspects du film que je continue à trouver passionnant et qui pour moi transcende la patine très "studio" des décors et maquillages. Du coup, je crains pour toi que les suites ne changent pas la donne.
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Jeremy Fox
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Re: Franklin J. Schaffner (1920-1989)

Post by Jeremy Fox »

Le débat philosophique reste effectivement très intéressant (comme il devait être dans le roman) ; c'est juste le fait que je trouve la mise en scène extrêmement routinière dès que ça se passe en conversation à l'intérieur du village et que je n'arrivais plus à croire à ces acteurs déguisés en singes. A partir du moment où le charme n'opère plus et où la magie s'estompe c’est extrêmement dur de se raccrocher à ce qui se déroule à l'écran. Autant Zira et Cornelius m'avaient fait pleurer étant jeunes, autant ils m'ont agacé cette fois, préférant de loin les singes guerriers. J'en suis le premier attristé d'autant que mes souvenirs d'enfance étaient extrêmement forts.