W (Oliver Stone, 2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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nobody smith
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by nobody smith »

Oliver Stone cherche vraiment à prendre à revers le spectateur. Au film engagé et rentre-dedans attendu, il avait finalement annoncé une œuvre plutôt dans le ton de la comédie. Mais au bout du compte, son long-métrage ne s’assume pas de bout en bout en tant que tel et laisse une place non négligeable à l’émotion. Un peu regrettable puisque cette optique humoristique arrivait à rendre plus digeste son manque de finesse habituel. Cela dit, le film n’en devient que plus touchant dans la description de ce bonhomme dont le parcours se retrouve déchiré entre une volonté d’intégration et une envie de s’émanciper. Un paradoxe le conduisant à une situation qui le dépasse et où il n’est guère épaulé par des collaborateurs soient pas assez préparé, soient beaucoup trop. Cela rend le film un tantinet intéressant par rapport à un récit qui ne révèle rien d’inédit. Mine de rien, je trouve que ça commence à faire quelques temps que, sans tomber dans la médiocrité, le père Stone est en manque d’inspiration :?
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Jordan White
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by Jordan White »

hansolo wrote: Contrairement à WTC ou il y avait réellement tromperie sur la marchandise (Stone prétendait faire un brulot et des révélations fracassantes)
J'ai vu un film sur le deuil personnellement davantage qu'un brûlot, des portraits de famille avec des touches christiques, et je pense que ce n'était pas l'idée de Stone de dénoncer quoi que ce soit. En l'état j'ai trouvé son film excellent. J'ai ressenti sans doute pour la première fois le cinéaste apaisé et maîtrisant tout à la fois le dosage d'émotion nécessaire.
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Boubakar
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by Boubakar »

Après l'atroce World Trade Center, Oliver Stone se redresse et signe un film tout à fait passionnant.
La charge est parfois appuyée, montrant un Bush à côté de ses pompes, le vilain petit canard de la famille, sur lequel la famille Bush ne repose aucun espoir, au profit de son grand frère, et est assez confus, alternant passages dans le présent, puis dans le présent, mais ça reste malgré tout très bien, car il repose sur la performance de trois acteurs.
Dans le rôle du souffre-douleur de Bush, Tobey Jones est encore une fois excellent et montre qu'après son biopic sur Capote, il peut se glisser dans des personnages très différents. James Cromwell et Richard Dreyfuss sont aussi formidables, surtout le deuxième, dans ses moments d'ironie, et qu'il se met à vanner le président, qu'il sent incapable, tout comme le père de celui-ci, très posé sur la situation.
La prestation de Brolin m'a un peu déçu, car on ne le voit pas très bien vieillir, dans la période où se passe le film (de 1966 à 2004), il a un peu toujours la même tête. Mais dans le phrasé, ainsi que les expression corporelles, il l'imite très bien, mais sans jamais nous faire croire qu'il incarne.
Et restent deux grosses erreurs de casting, Elizabeth Banks, en épouse dévouée, mais au jeu pas bon, et Thandie Newton, percluse de tics nerveux du dbut à la fin, c'est atroce.

Le film st parfois assez contemplatif, donnant l'impression de ne pas être achevé, mais il reste quand même assez drôle (toutes les vacheries que fait subir Bush à Karlo Rove, le coup de Breitzel, ou encore le fait que W reste au fond un grand gamin, en appelant tout le temps son père "poppy"), tout en dressant un portrait à la fois effrayant, car président malgré tout, et intéressant sur un homme qui a dévié de sa trajectoire au nom d'une volonté de reconnaissance de sa famille.
Jordan White
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by Jordan White »

Boubakar wrote:Après l'atroce World Trade Center
Ca se discute.
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takezo
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by takezo »

Chronicart wrote:De W, on pouvait craindre qu'il soit le biopic de trop pour Oliver Stone, pas un film improbable, mais justement un film attendu à tous les coins de rue. Attendu sur la provoc parodiant la lose bushiste - l'Histoire toute fraîche, brocardée partout et par tout le monde, de Michael Moore aux Guignols de l'info. Redouté vu l'état de forme incertain affiché par Stone depuis quelques films - le désastre financier d'Alexandre, puis le mélo idéologiquement très très limite de World Trade center -, et son envie de se refaire une santé à moindre coût. Production multinationale (pas un sou en provenance d'Hollywood), W pourrait se ranger au rayon téléfilm tant sa forme paraît étriquée : décors minimalistes, effets spéciaux pathétiques, festival de moumoutes sur acteurs s'efforçant à mimer le modèle original - plutôt brillamment dans l'ensemble, Josh Brolin en tête. Pourtant, il faut reconnaître que la vétusté ambiante colle assez naturellement à George Bush, président minable reconnu comme tel par tous, aux prémices de son second mandat. Voilà qui garnit les poutres apparentes du biopic et permet à Stone de se concentrer sur l'essentiel, une fois n'est pas coutume.

Comment résumer Bush, sa vie, son oeuvre ? Facile répond Stone : sa vie est scellée par une thèse psy - la révolte contre le père, monstre froid qui lui préfère objectivement son frère Jeb. Son oeuvre, c'est logiquement l'invasion en Irak et le chaos qui s'ensuit. Deux programmes inaliénables soudés à une trajectoire limpide : l'un renvoie à l'autre sans détours et vice-versa, Stone clouant l'action de Bush à ses souvenirs. Le président anime une réunion sur l'Irak - flash-back - le président envahit l'Irak - flash-back - le président avale un bretzel de travers - flash-back. Pas de paradoxe ni de mystère, W le gosse de riche, caricature d'Américain volontaire, se cantonne à singer père et frère, les dépassant en tout jusqu'à l'absurde. Improbable mais vrai. C'est évidemment réducteur comme un bon vieux film à thèse des années 70, mais ça a le mérite de l'efficacité. La force de Stone consiste à jongler entre l'idéal fonceur de Bush junior, faux loser faussement manipulé (il fait tout ce qu'il veut) et celui, rationnel, de Bush senior, arc-bouté à la raison (l'impuissance personnifiée). Il prend au premier la simplicité au pouvoir (la séquence, admirable, de la construction du discours sur l'axe du mal, tour de passe-passe lancé par un ordre limpide de W - le livrer à la fin d'un match de foot) et au second sa distance intellectuelle, qui ne lui sert à rien. Pour preuve, Bush père, en désaccord sur tout, se résout à supporter son fils par amour. Et Stone de se muer en froid enregistreur de la déroute, laissant son exaltation sanguine à W, brave type paumé au plein milieu de son règne.
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by hansolo »

Boubakar wrote: (toutes les vacheries que fait subir Bush à Karlo Rove, le coup de Breitzel, ou encore le fait que W reste au fond un grand gamin, en appelant tout le temps son père "poppy"), tout en dressant un portrait à la fois effrayant, car président malgré tout, et intéressant sur un homme qui a dévié de sa trajectoire au nom d'une volonté de reconnaissance de sa famille.
en même temps quand on connait les coups tordus de Rove, on a du mal a compatir ...
pour ce qui est de W "grand gamin"; certaines vidéos de George Bush père font penser que lui aussi a un rapport compliqué avec ses fils (comme l'extrait vu dans le film de Karl Zero ou il montre dans des sanglots que bien des années plus tard il n'avait toujours pas digéré la perte sur le fil des élections de Floride en 1994 par son fils Jeb - vecue visiblement comme une humiliation!)
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by 2501 »

Stone se fait vieux, il n'a plus le mordant d'antan. Cette conclusion au sortir de son W., film de tous les espoirs après la demi-teinte d'Alexandre et le fiasco WTC, pourrait paraître hâtive. En effet pourquoi réclamer encore et encore les mêmes positions polémistes qui lui ont réussi par le passé, pourquoi l'auteur Oliver Stone n'aurait-il lui aussi pas droit au changement. Mais l'échec de ce W. va plus loin que la frustrante insatisfaction de fan "trahi". Car son programme même s'avère bien trop léger, et si peu convaincant, que l'on en vient à se demander si, tout simplement, l'un des plus habiles et salutaire observateur de ses contemporains a encore quelque chose à dire.

W. n’est donc pas une charge féroce et acérée contre le 43ème président des Etats-Unis, dont on connaît trop bien la face « idiot du village texan ». Le film évite alors la facilité d’un Michael Moore, cherchant à bâtir un portrait intime en entrecoupant sa présidence de flashbacks sur sa jeunesse. L’urgence de la fabrication (les prises de vues ayant débutées en mai dernier) et l’indépendance du projet (pas un sou d’Hollywood) se font sentir et donnent à W. un cachet brouillon mais qui cadre bien avec son ambition à hauteur d’hommes, tournant autour d’une idée forte, le conflit oedipien de Junior avec son « Poppy » Bush, qui lui a toujours préféré son frère. Après avoir constaté la performance d’un Josh Brolin physiquement peu ressemblant mais captant chaque geste et expression avec talent, on se retrouve bringuebalés dans ces allers-retours temporels avec le fil rouge précité sans qu’un instant le grand conteur que fût Oliver Stone n’arrive véritablement à nous accrocher. La reconstitution des réunions au bureau ovale a beau être cocasse, l’interprétation s’y montre trop variable, virant parfois à la compétition caricaturale, pour que l’on puisse vraiment déguster les échanges.

Visuellement pauvre (ce qui est tout de même un comble pour l’emphatique Stone), le film ne peut alors que se reposer sur les affrontements avec le père Bush, et sur l’idiotie de son improbable héros. W. ne vire pas pour autant à la comédie, le cul entre deux chaises il se contente souvent de dérouler des évènements connus sur un mode léger, et George W. Bush devient au final un pantin pathétique dont l’entourage a su tirer les ficelles, sans que jamais ce dernier point ne fasse l’objet d’un quelconque approfondissement.
W. s’avère alors presque aussi vide que le cerveau de ce « fils de », dont on ne retiendra ici que le triste clown involontaire, et pas les conséquences de deux mandats catastrophiques. Le personnage ne méritait sans doute pas un film. Pas celui-là en tous cas.
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7swans
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by 7swans »

Ben Castellano wrote:Surtout "W". a pour lui une bande de comédiens assez extraordinaire qui exécutent une partition impressionnante d'assurance.
Voilà le grand point fort du film. C'est un enchaînement de numéros d'acteurs incroyables, qui pourrait en devenir agaçant, tant le moindre rôle est entretenu par un acteur (une figure) connu (on y croise même Noah Wyle ou Colin Hanks) mais qui se révèle tout a fait entraînant et parfois jubilatoire (Un plaisir de revoir Stacy Keach par exemple).
En tête, James Cromwell prouve, encore une fois, qu'il est un grand acteur aux multiples facettes. Il traverse le film (implicitement, ou explicitement, il imprègne tout le film) passant d'un état à un autre sans difficulté (qu'il soit exigent, ferme et intransigeant avec son fils, plein de force au début du film... puis vacillant et prit de doute lors de sa défaite contre Clinton pour son second mandat, pour finir plein d'une tendresse toute paternelle pour un fils qui n'arrive pas a trouver sa place, qui se trompe de costume. L'amertume aussi...).

J'ai été beaucoup moins enthousiasmé par la réalisation de Stone (qui pour moi n'a rien" de maîtrisé de bout en bout"). Parler de fluidité me semble même totalement incongrue, tant les séquences semblent s'enchaîner avec lourdeur.
Statiques dans leur déroulement (j’ai trouvé l’appropriation des espaces très mal géré, entre autre à la maison blanche, qu’il s’agisse de la salle de crise ou du bureau ovale, tout est filmé de façon fade et sans ampleur) et faussement énergique dans les choix de cadres ou mouvement de caméra (le plus souvent à l’épaule, cherchant le gros plan embarrassant), malheureusement, au final, tout parait statique, froid et manquand totalement de cohérence vu le sujet traité.
Le manque d’ampleur du projet et de la mise en scène est peut être en elle-même une caricature de la fadeur et de la petitesse de la présidence Bush, mais c'est loin de me convaincre...
Sans parler de ces artifices Stonien qui trouvent mal leur place ici (ces très gros plans, avec cet espèces de flou directionnel, pour simuler l’anxiété, l’ébriété, ou tout état plus ou moins mal assuré).

Pour retrouver l’univers de la maison blanche, il sera toujours préférable de regarder The West Wing , qui contient plus de génie dans la moitié du quart d’un épisode, que dans ce W. tout entier (même si il reste discutable de les comparer, tant les univers sont différents...)
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Post by Eusebio Cafarelli »

W.

Passionnant et excellent, j'ai autant apprécié que Nixon. C'est remarquablement interprété par tout le casting, Josh Brolin en tête. Surtout, Oliver Stone (grand cinéaste) a un grand talent pour ces biopics remarquablement construits et mis en scène autour d'un vrai point de vue ( La construction de Mesrine (comparaison de biopic à biopic, même si les sujets n'ont rien à voir), vu récemment, n'en paraît que plus fade) et d'une clef (comme souvent psychanalytique, ici le rapport au père), pour un portrait très nuancé, ancré dans la réalité et plein d'ironie en même temps (la B.O. est souvent utilisée dans ce sens, la chanson "Robin Hood" par ex.). Le portrait de l'entourage politique de W. est mordant, Colin Powell est celui qui s'en sort le mieux. La fin avec cette balle de base-ball qui ne retombe pas est une grande idée. S'il n'y avait pas Inglorious basterds, ce serait mon film du mois.
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Demi-Lune
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by Demi-Lune »

Quand Oliver Stone auscultait l'Histoire politique de son pays, cela donnait des films passionnants comme J.F.K. ou Nixon. Hélas, le cinéaste engagé semble perdre de sa verve au fil de ses films, et au sortir de W., l'impression dominante que j'en retire est que ce film manque de mordant et passe à côté de quelque chose de formidable. Dans la lignée de la nuance descriptive d'un Nixon, W. vise évidemment moins à charger bêtement le Président le plus controversé des États-Unis, qu'à s'attacher à l'envers privé de cet homme raillé de tous. La toile de fond politique paraît alors servir surtout de contexte pour dessiner le portrait d'un looser combattif et d'un fils malaimé, paralysé par l'ombre digne et froide d'un père qu'il admire et dont il aimerait qu'il soit fier de lui. Il faut reconnaître que l'approche de Stone est intéressante. Mais la construction en allers-retours entre passé et présent, dans la première partie du film, se révèle assez pénible et montre surtout qu'entre film politique et film intimiste, Stone semble constamment hésiter. Résultat : le film est insatisfaisant sur les deux tableaux. Un comble quand on sait tout le talent de conteur que le cinéaste avait dans ses grandes heures, avec ses films fleuves et passionnants. La partie privée est intéressante car elle montre un George W. Bush moins bête qu'on voudrait nous le présenter, mais pâtit un peu d'un manque d'émotion ; j'ai eu l'impression que Stone n'approfondissait pas assez les choses. A ce titre, Josh Brolin se montre très bon dans le rôle titre, mais échoue aux portes de la vraie grande performance d'acteur : il manque un petit quelque chose qui en aurait fait une composition marquante. Parallèlement, la partie politique est aussi insatisfaisante car sonnant faux (une surprise tant Stone savait faire vivre le monde de la Maison Blanche dans Nixon), s'articulant autour de petites saynètes atrophiées, et souffrant d'une interprétation inégale malgré un casting alléchant. Thandie Newton est complètement crispée au point d'en être risible ; Scott Glenn n'est guère convaincant en Rumsfeld. Jeffrey Wright et surtout Richard Dreyfuss se montrent bien plus percutants, Dreyfuss composant un Dick Cheney frappant. C'est d'ailleurs lui qui vole systématiquement la vedette à ses partenaires. Mise en scène plate, impression de superficialité malgré une démarche nuancée, W. est bien une déception pour moi.
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by CrankyMemory »

Puisque l'on en parle de ce W, je me suis passé la première demi-heure, comme d'habitude j'ai été bluffé par la capacité d'Oliver Stone à s'approprier l'existence d'une icône très discutable en la personne de George Walker Bush. C'est bien simple cet avant dernier président nous est présenté comme un accident, une catastrophe ambulante qui nous a fourni les prémisses d'un monde présent bouleversé pour de longues années peut-être aussi longues et indéterminées que l'épisode de la guerre froide...Le film effectivement nous propose un W blagueur, porté sur la boisson et la drague, on nous le présente aussi en forte opposition avec son père qu'il ne peut pas appeler "Dad" parce que cela serait un manque de respect évident à l'encontre d'un homme de l'armée. Il nous appartient d'avoir quelques réserves concernant cet épisode, n'est-ce pas plutôt Oliver Stone qui part en roue libre en améliorant les détails d'une vie censée se dérouler ainsi et pas autrement? C'est un détail mineur qui ne va pas rencontrer une glose importante et la part de fiction fait que l'on peut supporter quelques miséricordes de ce type.

On nous sussure donc à l'oreille que le fameux et l'infâme George qui a osé attaquer l'Irak en représailles du 11th September, état qualifié du point de vue américain de "Rogue State" était finalement une sorte de victime de sa propre administration révolutionnaire et forcément neo-conservative, un pantin libéré des encombrante fonctionnalités du pouvoir, un conseillé exécutif dont le mot d'ordre fut d'écouter sans objecter ses diaboliques conseillers qui se seraient emparés du pouvoir au détriment d'un W dépassé par les événements. Je veux bien le croire mais vu la personnalité récalcitrante de l'ami Bush, j'ai un petit peu de mal à l'admettre.
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by Watkinssien »

C'est une des raisons pour lesquelles je trouve ce film fort. Après le déboulonnage totalement réjouissant et partial d'un Michael Moore, Stone, qui semblait un poil à gratter idéal pour désintégrer cette figure du pouvoir, en fait un personnage absurde dans un système d'une logique terrifiante : modeler une personne (ici personnage de cinéma) pour conforter les desiderata d'êtres pourris de l'intérieur qui veulent s'effacer devant leurs idéaux plus que discutables à travers un être manipulable comme un pion et qui se retrouve dans un engrenage dont il ne comprend pas toutes les composantes, vu qu'il est intellectuellement limité.

La mise en scène de Stone se concentre brillamment sur cet aspect, sa caméra cherche les moments de doute, les crispations, mis en parallèle avec les visages tutélaires, comme autant de démons posés sur les épaules du naïf. Finalement, W. est totalement différent des autres films de Stone sur des personnalités au pouvoir, comme Nixon par exemple. C'est une farce "tragicomique", courageuse et implacable sur un enfant dans un monde d'adulte...
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Re: W (Oliver Stone, 2008)

Post by hansolo »

CrankyMemory wrote:Puisque l'on en parle de ce W, je me suis passé la première demi-heure, comme d'habitude j'ai été bluffé par la capacité d'Oliver Stone à s'approprier l'existence d'une icône très discutable en la personne de George Walker Bush. C'est bien simple cet avant dernier président nous est présenté comme un accident, une catastrophe ambulante qui nous a fourni les prémisses d'un monde présent bouleversé pour de longues années peut-être aussi longues et indéterminées que l'épisode de la guerre froide...
... la crise actuelle doit sans doute autant - sinon plus - aux politiques amorcées par Reagan, Bush père et Clinton qu'aux 2 mandats de W. qui n'a fait que poursuivre une spirale amorcée plus tôt ... ce serait une erreur que de croire que W. est un "accident"; ne pas oublier qu'il ait été réélu et que l'administration Obama a conservé des personnages éminents de l'administration précedente ...

Maintenant il est sûr qu'a coté du "portrait" partial - revendiqué - de Moore, la vision de Stone a sa place mais je pense que le film vient trop tôt!