Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Demi-Lune
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Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

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Quoi ? Pas de topic ? :mrgreen: Voilà qui est fait.

Un générique intriguant, se traduisant visuellement par une déstructuration de l'image en plusieurs facettes dorées, derrière lesquelles se meut une forme indistincte. L'inoubliable musique symphonique de Jerry Goldsmith, lancinante et envoûtante, qui impose en quelques mesures son atmosphère opaque au film. Un premier plan s'ouvrant sur un miroir de plafond, reflétant une scène de sexe, débouchant peu de temps après sur une boucherie. En l'espace de trois minutes d'introduction, Paul Verhoeven frappe vite et fort. Il est tentant de voir dans cette introduction un condensé des thématiques du film, qui renouait talentueusement avec le genre du thriller érotique - engendrant peu de temps après une flopée d'ersatz indigents (Sliver, Color of Night, Body) se contentant de reprendre paresseusement et piteusement la formule à succès. Que le scénariste de Basic Instinct, Joe Eszterhas, soit le même derrière Sliver, petite chose risible qui va jusqu'à reprendre Sharon Stone pour récapituler le tiercé gagnant, montre que la réussite de Basic Instinct repose pour beaucoup du côté de Verhoeven. Pourtant, c'est un film qui continue de diviser les cinéphiles et d'engendrer des avis souvent très tranchés, les uns (dont je fais partie) trouvant qu'il s'agit d'une grande réussite dans l'œuvre de Verhoeven, les autres, qu'il s'agit d'un navet putassier. Entre les deux, une frange qui considère cette œuvre hollywoodienne comme un Verhoeven mineur. On remarquera quand même que deux des films US les plus éreintés de Verhoeven, Basic instinct et Showgirls (qui racontent pratiquement tous les deux la même chose : comment une femme utilise son corps pour parvenir à ses fins et mettre les hommes à ses pieds), sont les variations perverses de deux précédents films hollandais, Le quatrième homme et Katie Tippel : le cinéaste a de la suite dans les idées. Ce billet se focalisera sur quelques traits propres qui me semblent dignes d'intérêt, même s'ils ont été mis en évidence depuis longtemps par les critiques, en reprenant l'articulation des idées exprimées au travers de l'introduction : film puzzle (image déstructurée), film réflexif (miroir), film éminemment verhoevenien (cul + mort).

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1. Basic Instinct ou la revanche du sexe dit faible.

Joe Eszterhas se fait payer rubis sur ongle pour son script olé-olé effrayant acteurs et actrices qui sont approchés par le cinéaste qui, avec De Palma, semblait tout désigné pour mettre en boîte ce thriller torride : Paul Verhoeven. Le sex-addict Michael Douglas n'a pas froid aux yeux et signe pour l'aventure, bientôt rejoint par une relative inconnue, Sharon Stone, vue dans le Total Recall de Verhoeven et dans quelques daubes des 80's, et qui se retrouvera catapultée au rang de sex-symbol absolu le temps d'un décroisement de jambes ayant usé plus d'un magnétoscope. Un peu comme avec Eyes Wide Shut dans une certaine mesure, Basic Instinct a l'air de se résumer souvent dans l'inconscient collectif à une scène précise, en l'occurrence la mémorable scène d'interrogatoire, occultant par-là même les qualités de ce polar. Le scénario, maintes fois copié, demeure à mes yeux toujours aussi agréablement embrouillé, disséminant çà et là les pièces d'un puzzle faisant fi de la vraisemblance et de la cohérence pour offrir en contrepartie une mécanique inquiétante et fort prenante. Oui, c'est énorme, mais autant que dans un De Palma, avec qui Verhoeven partage ici, explicitement, le sens de l'ironie et de l'équilibrisme entre le style et la vulgarité, la distanciation et la flamboyance. Je ne comprends pas pourquoi les thrillers érotiques de l'un sont admirés et pas celui-là alors qu'il évolue sur le même fil.

J'ignore si Verhoeven a pu aller aussi loin qu'il le voulait (sûrement que non), mais son film, au-delà des intenses scènes de coucherie, demeure très sexuel, car imprégné de part en part d'une atmosphère lascive touchant au malaise : par la force de sa mise en scène (et de la musique de Goldsmith, sur laquelle nous allons revenir), le Hollandais crée un sentiment d'oppression malsain, crée une sorte de vertige renvoyant à l'impuissance totale des hommes face au génie insaisissable et dérangeant du personnage féminin, qui semble continuellement éclabousser la pellicule (voir la fameuse scène de l'interrogatoire, pour moi un sommet de trouble érotique au cinéma – et pas seulement pour le spectacle furtivement donné par Sharon Stone). La mise en scène de Verhoeven se montre d'une grande précision, très étudiée, entre utilisation habile du Scope et discrets plans-séquences, le tout sublimé par la photographie de Jan De Bont. En revoyant le film hier soir, je me suis également rendu compte du nombre de plans serrés que Verhoeven compose sur le visage de ses différentes actrices. Verhoeven est un cinéaste qui sait particulièrement bien filmer les femmes, les rendre désirables, envoûtantes, et la récurrence de ses gros plans dans Basic Instinct participe intelligemment du propos très fémino-centré du film. Les femmes, plus encore que l'enquête policière, voilà en effet ce qui semble intéresser d'abord le cinéaste. Leur identité, leurs désirs, leurs contradictions. Dans un univers très masculin, les personnages féminins inquiètent et fascinent totalement, se révèlent dominatrices, assassinent à coups de pic à glace phallique. Basic Instinct, c'est un peu le cauchemar du macho moderne : que la femme puisse mener la danse et assujettir le sexe fort. Dans ce rapport attirance/méfiance développé ici par Verhoeven entre l'homme et la femme, le parallèle avec l'œuvre d'Alfred Hitchcock se fait encore plus sentir.

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2. Du côté de chez Hitchcock : réflexion sur Vertigo.

Dans les années 1980, De Palma s'est imposé comme le maître du thriller érotique, dont il n'est pas interdit de penser qu'il procède, dans l'esprit, d'une continuation sexuellement explicite des films noirs hollywoodiens. La fièvre au corps, hommage aux couples maudits et retors de l'Age d'or, semble conforter cette filiation. Mais De Palma s'inscrit dans une démarche de digestion, de remodelage et de distanciation sans cesse plus radicale vis-à-vis de l'œuvre d'Alfred Hitchcock. Or, je pense qu'une des caractéristiques de sa distanciation passe par une représentation beaucoup plus crue du sexe, dont on connaît toute l'importance sous-jacente dans l'œuvre hitchcockienne. Il n'y a que dans Frenzy que Hitchcock a pu aller au bout de sa logique de crudité. Le thriller érotique, tel qu'il est défini par De Palma, a donc indirectement à faire avec Hitchcock ; et lorsque Paul Verhoeven s'attaque à Basic Instinct, il est remarquable de constater que lui aussi aborde la chose en passant par la case "Hitchcock". Basic Instinct peut en effet être lu comme un hommage retors et pervers à Sueurs Froides, qui, de Scorsese à Lynch en passant évidemment par De Palma, aura décidément eu une influence incalculable sur le cinéma.

Cet hommage se lit au travers de motifs visuels, qui jalonnent le film et nous renvoient immanquablement vers des variations autour de figures connues, mémorisées au point d'appartenir à l'inconscient. Le Golden Gate, les rues reculées de San Francisco, une baie rocheuse, une blonde insaisissable drapée d'un manteau blanc, des plongées sur une cage d'escalier, sont autant de motifs qui trouvent volontairement des échos dans Vertigo. L'inoubliable partition de Jerry Goldsmith, lourde et aérienne, menaçante et rassurante, hypnotique et langoureuse, opère ainsi la jonction entre les mystères impénétrables du chef-d’œuvre fantomatique d'Hitchcock et les méandres torrides du film de Verhoeven. Herrmannienne en diable, notamment dans l'utilisation des cordes couineuses, elle insuffle aux images de Verhoeven cet espèce de miracle symbiotique qui naissait également des associations Hitch/Herrmann. La trame de Basic Instinct évoque aussi fortement celle de Vertigo : attirance irraisonnée d'un enquêteur de San Francisco, ayant une mort sur la conscience, pour une femme trouble qui l'obsède au point de le rendre fou. Il y a d'ailleurs dans la façon de filmer l'affolante Sharon Stone, constamment iconisée et enveloppée d'un mystère insoluble, une filiation entre Verhoeven et Hitchcock, tous deux hypnotisés par la beauté de leur actrice blonde, laquelle occupe une place obsessionnelle dans leur cinéma (Jennifer Jason Leigh, Elizabeth Berkley, Renée Soutendijk, Carice Van Houten peuvent en témoigner...). Or, chez De Palma, la résurgence de l'ombre hitchcockienne n'est pas brandie dans la seule satisfaction de la citation cinéphile : elle a un sens. Je crois qu'il en va de même ici avec Verhoeven.

Se placer sous le patronage de Vertigo, film noir singulier (respectueux des codes et figures du genre, mais transcendant tout cela pour délivrer une histoire d'amour obsessionnel post-mortem déchirante), n'est certainement pas innocent : cela peut vouloir signifier que le film évoluera également sur deux tableaux : les codes attendus (intrigue policière, blabla), et ce qu'il y a derrière. Ce qu'il y a derrière, c'est du Verhoeven à 100 % : une vision très dure, très crue, très pessimiste de l'amour. Verhoeven retravaille donc à partir de Vertigo et en propose une lecture très personnelle. La Madeleine Elster d'Hitchcock semble ressusciter sous les traits de Sharon Stone. Réinventée sous les traits de Catherine Tramell, elle joue de la même duplicité pour semer le trouble et la montée du désir. Mais si elle tisse encore autour des personnages masculins le fil de son charme vénéneux, elle s'abandonne maintenant volontiers aux hommes qu'elle mène par le bout de son nez. En 1958, Hitchcock jouait déjà avec la censure sur des non-dits : des sous-vêtements étendus pendant que Madeleine est censée être inconsciente en disaient bien plus que n'importe quel dialogue. La dimension sexuelle du jeu entre Madeleine et Scottie était donc déjà prégnante, mais retenue. Mais en 1992, Verhoeven et sa crudité proverbiale exhument Vertigo pour en proposer un reflet pervers. Le Hollandais illustre symboliquement cette rupture avec Hitchcock en habillant Stone à la manière de Kim Novak dans le commissariat et en faisant éclater, l'espace d'un furtif jeu de jambes, tout le caractère sacré du personnage hitchcockien. De Palma avait fait la même chose en donnant à Melanie Griffith, fille de l'hitchcockienne Tippi Hedren, le rôle d'une actrice porno dans Body Double. Cette désacralisation s'inscrit dans une radiographie des "instincts basiques" de l'Homme.

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3. Du côté de chez Verhoeven : bas instincts, la chair et le sang.

Chez Hitchcock, les relations homme/femme sont parfois conflictuelles, mais se résolvent toujours. Il laisse sa chance à l'amour... sauf peut-être dans Vertigo, justement, film d'un romantique désespéré et déçu. Verhoeven se situe globalement à l'inverse de cela. Disons en tout cas que sa vision des rapports humains est moins optimiste. L'amour ne semble, cyniquement, s'exprimer avant tout qu'en des termes sexuels : baiser, c'est tout ce qui compte. "L'instinct basique" commande les relations homme/femme, semble-t-il nous dire. Et, de fait, les relations entre les principaux personnages sont toutes liées, de près ou de loin, au sexe. L'acte physique devient alors sous l'œil du Hollandais un instant quasi chorégraphique, ou un acte sauvage. L'homme et la femme ne pensent qu'à ça mais l'acte peut à tout moment être un moment de souffrance, ou un moment de mort. En effet, chez lui, la Chair est étroitement liée au Sang : cf. la scène d'introduction, qui désamorce en deux temps trois mouvements tout caractère érotique de la scène. Je reprends le titre de son film médiéval car je trouve en définitive qu'il résume une bonne partie de l'œuvre de Verhoeven. Dans Basic Instinct, toute forme d'amour semble exclue : on est là dans quelque chose de fondamentalement bestial, primitif, comme pouvait l'être l'étrange relation entre Rutger Hauer et Jennifer Jason Leigh. Le carcan de la société contemporaine n'a pas étanché les bas instincts de l'homme, enfouis mais capables d'être réveillés à tout moment. Douglas et Stone semblent tous deux mus par une frénésie sexuelle compulsive plus que par de véritables sentiments, même si la toute fin nuancerait ce constat. Derrière cette obsession, peut-être faut-il voir la dérision d'un cinéaste européen libertaire envers le puritanisme d'un pays d'accueil qu'il n'a jamais ménagé au sein d'Hollywood.

Bref, vous l'aurez compris, Basic Instinct est pour moi une réussite, portant l'empreinte identifiable de son auteur sous le verni du polar hollywoodien, qu'il gère d'ailleurs avec une grande maîtrise. Définitivement un de mes Verhoeven favoris. Et Sharon Stone est l'une des plus belles femmes du monde. :oops:
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Major Tom
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Major Tom »

Demi-Lune wrote:Joe Eszerhas, soit le même derrière Sliver
D'après un roman d'Ira Levin (Rosemary's Baby) s'il-vous-plaît. :o
Demi-Lune wrote:Basic Instinct se résume souvent dans l'inconscient collectif à une scène précise, en l'occurrence la mémorable scène d'interrogatoire

J'ai toujours été gêné par la mise en scène outrancière de ce passage, la caméra qui va n'importe où sans raison. C'est du pain béni pour la parodie (à ce titre, la caricature des Nuls semble même proche de l'original!).
Demi-Lune wrote:Souvenons-nous qu'en 1958, Hitchcock jouait déjà avec la censure sur des non-dits : des sous-vêtements étendus pendant que Madeleine est censée être inconsciente en disaient bien plus que n'importe quel dialogue. La dimension sexuelle du jeu entre Madeleine et Scottie était donc déjà prégnante, mais retenue.
Justement, même si je suis pas insensible au charme des actrices du film de Verhoeven...
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Demi-Lune wrote:
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Pas une moche.
... comme j'aime/adore quelques thrillers érotiques (Pulsions, Body Double, Body Heat, Hot Spot...), ma préférence va pour le modèle sexuel hitchcokien. Certes c'est un modèle cadenassé par le Code Hays, mais plus excitant au fond car cela fait appel à l'imagination. C'est justement cette imagination qu'Hitchcock a éveillé chez ces cinéastes, de De Palma à Verhoeven, de Kasdan à Van Sant, et chez tout un groupe de tâcherons d'Hollywood qui feront des thrillers avec des actrices aux tronches et nibards refaits. Eux, ils ont eu les moyens de l'afficher sur l'écran, et ce n'était pas toujours bon ni même toujours excitant.
Je ne dis pas que c'était mieux avant, quand on n'avait pas le droit de montrer ce qu'on voulait. Mais je m'aperçois que je suis plus "classique" disons.
Cela ne m'empêche évidemment pas de vouer un culte à des De Palma, des Verhoeven, des Cronenberg, etc.
Demi-Lune wrote:Bref, vous l'aurez compris, Basic Instinct est pour moi une réussite, portant l'empreinte identifiable de son auteur sous le verni du polar hollywoodien, qu'il gère d'ailleurs avec une immense maîtrise. Un de mes Verhoeven favoris. Et Sharon Stone est l'une des plus belles femmes du monde. :oops:
Belle critique. C'est toujours un plaisir de te lire (quand ça ne le sera plus, promis je t'avertirai :mrgreen:). Personnellement, Basic Instinct ne m'a jamais plu. Trop chic et toc pour moi. J'ai toujours été étonné par certaines réactions emballées par la multiplication des climax de la fin (c'est elle/c'est pas elle/si c'est elle/non/ah si...), alors qu'elle n'a jamais suscité autre chose que de l'amusement chez moi. C'est juste too much. Je pense que certains interprètent ça comme une volonté du cinéaste, qu'il faut le voir sous un autre jour, réflexion sur le cinéma, plaisir formel, blablabla. Mais je ne crois pas. :)
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riqueuniee
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by riqueuniee »

Je ne sais pas quelles étaient les intentions du réalisateur,mais je trouve la fin ratée,pour ce qui reste après tout un polar,avec ce petit jeu de elle-pas elle- etc...et sa "solution" qui arrive en deux coups de cuiller à pot)Même si les dernières images apportent une réponse (vraiment?).Je n'ai rien contre les fins de films ambigues,mais (avis perso...)ça ne convient pas à ce type de film(plus un problème de scenario que de réalisation).
Restent un supense bien mené et de bons acteurs.
Last edited by riqueuniee on 4 Dec 10, 17:59, edited 1 time in total.
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Demi-Lune
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Demi-Lune »

Major Tom wrote:
Demi-Lune wrote:Basic Instinct se résume souvent dans l'inconscient collectif à une scène précise, en l'occurrence la mémorable scène d'interrogatoire, occultant par là même les nombreuses qualités de ce polar.

J'ai toujours été gêné par la mise en scène outrancière de ce passage, la caméra qui va n'importe où sans raison. C'est du pain béni pour la parodie (à ce titre, la caricature des Nuls semblait même proche de l'original!).
Je comprends ce que tu veux dire. C'est vrai qu'il y a pas mal d'effets de mise en scène concentrés sur cette séquence, et c'est vrai aussi que c'est difficile de ne pas penser aux innombrables parodies. Personnellement, ça ne me dérange pas. Je trouve cette séquence fantastique aussi bien dans la manière qu'elle est filmée, montée, interprétée. Le jeu de jambes de Sharon Stone appartient désormais à l'Histoire, mais je trouve toute la séquence admirable en elle-même, dans ce qu'elle est capable d'instaurer comme ambiance irrespirable par des regards, des très gros plans, des silences, et la musique de Goldsmith. Le montage est très étrange, quand on y regarde bien : il n'est pas fluide. On dirait qu'il manque des choses importantes. Cela confère à la scène un caractère assez irréel, comateux. Verhoeven ôte les repères habituels du spectateur dans la manière de raconter visuellement la scène (par exemple, ce travelling avant inattendu où Sharon Stone s'adresse directement à la caméra, comme le faisait Ray Liotta dans Les Affranchis), comme pour mieux souligner le malaise des hommes présents dans la pièce.
Major Tom wrote:Belle critique. C'est toujours un plaisir de te lire (quand ça ne le sera plus, promis je t'avertirai :mrgreen:). Personnellement, Basic Instinct ne m'a jamais plu. Trop chic et toc pour moi. J'ai toujours été étonné par certaines réactions emballées par la multiplication des climax de la fin (c'est elle/c'est pas elle/si c'est elle/non/ah si...), alors qu'elle n'a jamais suscité autre chose que de l'amusement chez moi. C'est juste too much. Je pense que certains interprètent ça comme une volonté du cinéaste, qu'il faut le voir sous un autre jour, réflexion sur le cinéma, plaisir formel, blablabla. Mais je ne crois pas. :)
Merci. :) Il est indéniable que le scénario de Basic Instinct est too-much. L'ambiguïté entre les deux personnages féminins est sans doute trop prononcé à la fin ; la 1ère fois, on joue le jeu, quand on revoit le film, cela fonctionne forcément moins. Je ne sais pas si c'est une volonté de Verhoeven (pas impossible), mais c'est peut-être une maladresse d'Eszerhas. Mais bon, ça ne m'empêche pas d'aimer le film. Rien que pour la mise en scène, c'est quand même une leçon. Et je ne parle même pas de la B.O. et encore moins de Sharon Stone...
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Jericho »

J'adore ce film, pas le meilleur long métrage de Paulo, mais quand même c'est un très bon cru.
Artistiquement parlant déjà c'est superbe: que ce soit la photographie de Jan de Bont, la mise en scène élégante de Verhoeven ou alors la partition de Jerry Goldsmith, c'est du très lourd.
Sharon Stone y trouve probablement son meilleur rôle et je trouve également Michael Douglas très bon, dans le rôle du flic qui ne pense pas beaucoup avec son cerveau, mais surtout avec une autre partie de son anatomie. :uhuh:
Même le scénario je l'apprécie, hormis le faux suspense sur l'identité de la tueuse.
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Demi-Lune
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Demi-Lune »

Jericho wrote:Sharon Stone y trouve probablement son meilleur rôle et je trouve également Michael Douglas très bon, dans le rôle du flic qui ne pense pas beaucoup avec son cerveau, mais surtout avec une autre partie de son anatomie. :uhuh:
Son meilleur rôle avec Casino, c'est clair. En même temps, malgré toute mon affection pour l'actrice, c'est pas bien dur.
Douglas récupère également un bon rôle, celui du flic borderline et nerveux, qui lui seyait déjà dans le Black Rain de Ridley Scott.

Ah, ce plan final, avec les grosses envolées de Goldsmith...
riqueuniee
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by riqueuniee »

Son meilleur et l'un de ses premiers grands rôles.Elle n'a pas beaucoup confirmé depuis (à part le Scorsese) ,plus sans doute à cause de mauvais choix (ou de bons films qui n'ont pas marché) ,que par manque de talent.
Elle garde toutefois un statut de star.
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by O'Malley »

A noter, dans Basic instinct, la participation en forme de clin d'oeil de Dorothy Malone, qui a tenu par deux fois le rôle d'une nymphomane flamboyante, respectivement dans Le grand sommeil d'Howard Hawks (film noir à l'intrigue tarabiscotée) et dans Ecrit sur du vent de Douglas Sirk. Un jeu de référence de plus pour Verhoeven...

Et puis si Catherine Trammel ne porte pas de culotte dans Basic Instinct, il faut se rappeler que Madeleine ne portait pas de soutien-gorge dans Vertigo...
Jordan White
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Jordan White »

Je ne l'ai vu qu'une fois et je n'avais pas aimé en en faisant même un des rares films de Verhoeven que je n'apprécie pas.
Je l'avais trouvé très bavard, long et décevant au regard de sa réputation. Mais il faudrait peut-être que je le revoie un jour, c'est tout de même le film qui marque la "vraie" naissance en tant que star de Sharon Stone.

Par ailleurs, je ne me rappelais pas que le film avait été interdit aux moins de 16 ans en salle et en vidéo.
Il y a deux scènes assez sulfureuses dans mon souvenir, celle de l'ébat entre Catherine et Nick, et surtout celle avec Jeanne Tripplehorn. Je me demande si une telle scène pourrait de nouveau être tournée à Hollywood aujourd'hui. Mais globalement je préfère la crudité de Turkish Delight ou dans sa carrière américaine Showgirls tourné trois ans plus tard et qui lui est à mes yeux de la dynamite (les néons m'ont toujours fasciné).
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riqueuniee
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by riqueuniee »

Toujours globalement (!),pour moi,Basic Instinct est supérieur à Show girls,qui m'a beaucoup déçue,malgré une fin quelque peu ratée,du point de vue scénaristique (j'en ai déjà parlé dans un précédent message).
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Demi-Lune
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Demi-Lune »

Jordan White wrote:Mais globalement je préfère la crudité de Turkish Delight ou dans sa carrière américaine Showgirls tourné trois ans plus tard et qui lui est à mes yeux de la dynamite (les néons m'ont toujours fasciné).
Le seul Verhoeven qui manque à ma collection ; il faut vraiment que je le découvre, même si sa réputation me fait un peu peur (chef-d'oeuvre pour les uns, nanar ultime pour les autres... ou Verheoven juste décevant pour riqueuniee :mrgreen: ).
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Jordan White »

Demi-Lune wrote:Le seul Verhoeven qui manque à ma collection ; il faut vraiment que je le découvre, même si sa réputation me fait un peu peur (chef-d'oeuvre pour les uns, nanar ultime pour les autres... ou Verheoven juste décevant pour riqueuniee :mrgreen: ).
Il est préférable que tu ne te montes pas la tête en imaginant que ce soit forcément un chef-d'oeuvre.
C'est le Verheoven des débuts, qui ose beaucoup, et une histoire d'amour comme il les affectionnait alors : sauvage en un sens et tragique.
Cela dit, nanar ultime ?
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Demi-Lune »

Jordan White wrote:
Demi-Lune wrote:Le seul Verhoeven qui manque à ma collection ; il faut vraiment que je le découvre, même si sa réputation me fait un peu peur (chef-d'oeuvre pour les uns, nanar ultime pour les autres... ou Verheoven juste décevant pour riqueuniee :mrgreen: ).
Il est préférable que tu ne te montes pas la tête en imaginant que ce soit forcément un chef-d'oeuvre.
C'est le Verheoven des débuts, qui ose beaucoup, et une histoire d'amour comme il les affectionnait alors : sauvage en un sens et tragique.
Cela dit, nanar ultime ?
Je crois que tu parles de Turkish Delights là où je parlais du controversé Showgirls.
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by Jordan White »

Demi-Lune wrote:Je crois que tu parles de Turkish Delights là où je parlais du controversé Showgirls.
Ah pardon, c'est un malentendu. J'évoquais en effet Turkish Delight et toi Showgirls.
Il y a en effet moins de néons dans Turkish Delight.
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Re: Basic Instinct (Paul Verhoeven - 1992)

Post by jacques 2 »

Suite de mon cycle personnel Verhoeven avec ce "Basic instinct" qui fit couler tant d'encre ...

Ce qui est frappant à la re-vision :

- l'intrigue policière est cousue de fil blanc, totalement invraisemblable : quelque part, c'est une parodie à la "hollywood night" et les rebondissements du scénario s'enchaînent sans logique ...

- J'en déduis que Verhoeven, qui est très intelligent, place son propos - comme toujours - au delà des apparences : il nous montre un flic violent, pas très fûté et avec son sexe comme principal moteur de ses actes .
Face à une mante religieuse qui s'amuse à le disséquer sous toutes les coutures tout en semant les cadavres autour d'elle.

- au delà de ce qui fit scandale (au sens qui fit vendre le film) à l'époque (les scènes de cul certes très chaudes pour un produit hollywoodien mais chargées à chaque fois d'une tension mortifère), Verhoeven ne nous présente que des personnages antipathiques, dominés par leurs pulsions et peu reluisants. C'est ce propos misanthrope qui me semble sous tendre toute son oeuvre et "Basic instinct" est donc en parfaite cohérence avec celle-ci.

Ce film ne serait il pas (photographie mise à part) une sorte d'aboutissement du film noir : nihiliste, faisant fi de toute logique, rempli de personnages auto-destructeurs sans autres motivations que la satisfaction de leurs pulsions du moment ?
Ce qui quelque part justifierait ce va et vient perpétuel de Nick entre pulsion et tentative de raison, complètement perdu dans un monde auquel seul un orgasme peut donner un sens durant un bref instant ...

"Animal triste post coïtum ...", en quelque sorte ... :wink:

Musique sublime, Sharon Stone fascinante, Michael Douglas égal à lui même avec des serrements de mâchoires en guise de jeu (ce qui d'ailleurs est parfaitement cohérent aussi puisque Verhoeven nous le présente comme tout sauf subtil ...°

Grand film en tout cas ... :)