The Good Shepherd (Robert de Niro - 2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Caleb2000
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Post by Caleb2000 »

J'ai pour ma part eu un peu de mal avec l'interpretation monocorde du pourtant rarement decevant Matt Damon.

Ca et sa jeunesse manifeste qui sied mal au personnage je trouve...
Gounou
au poil !
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Post by Gounou »

Film aussi intéressant dans ses ambitions historiques et psychologiques que manifestement trop lourd pour les épaules de Robert De Niro.
Il y a du beau monde à différents étages, à commencer par le casting trois étoiles... mais également à la prod. (le nom de Coppola en tant qu'exécutif m'a esquissé un sourire tant son influence est palpable à divers moments) et à la technique avec une belle photo de Richardson, tantôt feutrée tantôt glaciale.
L'affaire est a priori menée sous bonne influence avec un de ses montages alterné / elliptique qu'affectaient les maîtres des 70's.
Le récit apparaît par ailleurs documenté et l'on sent un désir évident de ne pas céder à de quelconques effets romanesques au profit d'une rigueur de trait qui a pu faire précédemment des miracles aux mains d'un Michael Mann .
Malheureusement, le classicisme recherché et a priori tout désigné pour ce style de film-dossier manque grandement d'idées fortes et de passion communicative... car de passion, De Niro en était certainement animé au moment de s'attaquer à un tel sujet. Reste qu'à l'arrivée, nous sommes plus en présence d'une forme d'académisme anesthésié (certes préférable à un "academisme outrancié", à la Ron Howard) qu'au baroque d'un Coppola...
De Niro, focalisant sur son étrange et fascinant personnage principal, se retrouve alors bien vite limité à vouloir définir son ambiguité autrement que par un stoïcisme caractéristique. Sur près de 3h, un certain décalage se créé ainsi entre envie de raconter une grande histoire, entre conflits mondiaux et conflit intérieur, et moyens cinématographiques convoqués pour l'occasion.
Effort louable... d'autant plus dommage qu'il n'en résulte qu'un téléfilm de luxe.
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joe-ernst
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Post by joe-ernst »

Très intéressante réflexion sur les coulisses de l'espionnage international et de la CIA au travers du destin d'Edward Wilson. La mise en scène très sophistiquée de De Niro est superbe, même si le montage peut poser problème, les multiples aller-retour entre le présent et le passé pouvant gêner par moments la compréhension d'une intrigue parfois tortueuse et empêcher de donner toute son ampleur à certaines scènes ou à certains personnages.
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D'ailleurs j'avoue ne pas avoir compris ce qui a fait tomber le personnage de William Hurt...
Côté interprétation, il y a du bon et du moins bon :

Matt Damon s'en sort très bien, dans ce personnage inexpressif au sang froid, marqué à jamais par le drame vécu dans son enfance, et le fait qu'il ne vieillisse pas montre à quel point rien ou presque ne peut ou n'a pu le toucher. Son attitude donne d'ailleurs tout son sens au côté dépassionnel du film.
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La scène où il console son fils de la mort de sa future femme est extrêmement révélatrice de l'évolution du personnage.
William Hurt, Alec Baldwin, Tammy Blanchard (qui apporte la rare touche d'humanité au personnage de Wilson), Billy Crudup
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(sa relation franchement homophile avec Wilson est très intéressante jusqu'à ce coup de téléphone final),
Michael Gambon, John Turturro, Robert De Niro ou encore Lee Pace sont très bons, malgré la frustration que l'on peut ressentir devant leur très court rôle parfois.

Peut convaincante en revanche l'interprétation d'Angelina Jolie, qui montre une fois de plus la limite de ses talents d'actrice, dans un rôle où elle n'a pourtant pas grand chose à faire... J'avoue aussi avoir été un peu déçu par Eddie Redmayne, dans le rôle d'Edward Jr.
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J'ai probablement fait une fixation sur ses lèvres, qui semblent aussi collagénées que celles de Miss Jolie... :lol:
Un film qui par bien des côtés éclaire notre actualité de manière assez crue...

A mentionner aussi la très belle photo du film.
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7swans
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Post by 7swans »

joe-ernst wrote: J'avoue aussi avoir été un peu déçu par Eddie Redmayne, dans le rôle d'Edward Jr.
La grosse tache du film effectivement.

Sinon De Niro signe un film d'une grande classe. J'ai été complétement happé. Film d'une grande "dignité", qui examine (parfois avec froideur) des rouages d'un systeme qui nous dépasse. La photo de Robert Richardson (le dir phot d'Oliver Stone) est magnifique, et l'interpretation de Matt Damon est tres juste (comme souvent).
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cette scene ou il est juste filmé en plan sérré sur son visage, éclairé "a la bougie", ce moment ou il raconte la mort de son père est vraiment touchant.
Mais sinon, gros coup de Coeur pour Joe Pesci qu'on avait pas vu au cinéma depuis longtemps... un acteur qui me manque.
Comme les Notting Hillbillies : "Missing...Presumed Having a Good Time (on Letterboxd : https://letterboxd.com/ishenryfool/)"
joe-ernst
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Post by joe-ernst »

7swans wrote:Mais sinon, gros coup de Coeur pour Joe Pesci qu'on avait pas vu au cinéma depuis longtemps... un acteur qui me manque.
Une des scènes frustrantes, même si elle en dit long... :wink:
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Nestor Almendros
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Post by Nestor Almendros »

joe-ernst wrote:J'avoue aussi avoir été un peu déçu par Eddie Redmayne, dans le rôle d'Edward Jr.
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J'ai probablement fait une fixation sur ses lèvres, qui semblent aussi collagénées que celles de Miss Jolie... :lol:
Tout pareil :mrgreen: (mais au moins il ressemble à sa mère dans le film).

Sinon, pour faire court, j'ai trouvé le film fort intéressant. Au-delà d'un récit sur les secrets d'Etat ou les manipulations gouvernementales, j'ai trouvé que c'était un beau portrait d'espion dans son monde clos. En effet, ce personnage, au départ silencieux et discret, est tout indiqué pour évoluer dans cet univers refermé sur lui-même, un univers auto-régi qui a ses propres rêgles, et dont la cohabitation avec le monde normal (le notre) s'avère impossible. Il sacrifie ainsi sa vie personnelle au profit de sa vocation, qui deviendra le but de sa vie. Ce monde parrallèle est tellement impitoyable qu'il n'hésitera pas, par exemple, à faire éliminer la future femme de son fils, prouvant que tout sentiment est tabou.

J'ai moi aussi été très heureux de revoir Joe Pesci (très vieilli) et un film au casting 3 étoiles (sauf Angelina, of course). Mise en scène sobre et discrète de De Niro (sauf la musique?). Peut-être un poil trop long. Pas si marquant mais ambitieux, c'est déjà pas mal.
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Profondo Rosso
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Post by Profondo Rosso »

A travers l'ascension du personnage de Matt Damon on assiste à la fondation de ce qui constituera la CIA. Des prémices de la seconde guerre mondiale jusqu'à la crise de Cuba, c'est plus de 20 ans d'histoire secretes de complots et de manipulations en tout genre qui sont passée au crible. Le fait de se focaliser sur le personnage de Matt Damon limite un peu l'ampleur de certains évènements (la 2e guerre mondiale à Londres passe un peu vite et on aurait aimé en voir plus de la tentative d'invasion de Cuba) mais le jeu d'echec que constituait la guerre froide, l'interventionnisme en Amérique du sud, tout cela est vraiment très bien illustré. Une ambiance paranoiaque et opressante où l'on ne peut faire confiance à personne avec des pics de tension (l'interrogatoire du faux agent double,le meurtre de Fredriks le final en avion) et des ruptures de ton dans la même scène on passe ainsi à un moment du film d'une scène tendre et romantique à un impitoyable assassinant. Un casting assez exceptionnel gorgé de pointure impeccable (Alec Baldwin, William, Hurt, petite apparition de Joe Pesci qui a pris un bon coup de vieux, De Niro lui même) avec en tête un impressionnant Matt Damon qui passe de l'étudiant timide et innocent à l'homme de l'ombre implacable et glacial (le final n'est pas sans évoquer Le Parrain 2), hormis un vieillissement pas toujours bien géré (l'accesoire des grosses lunettes s'averant bien utile pour la caractérisation du personnage). Très bien documenté avec quekques révélations interessante (comme souvent le tout part du société secrete selectionnant l'élite de la nation) il manque un tout petit quelque chose pour en faire un chef d'oeuvre mais très bon film où l'on ne voit pas passer les presque 3h totalement immersive. 5/6
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

Il y a quelque chose de profondément ambitieux dans ce film.

Des longueurs entâchent un peu ce film élégamment académique, qui semble impersonnel, mais qui demeure très professionnel, avec son interprétation impeccable, sa photo léchée, sa reconstitution crédible et son scénario dense.

De Niro cherche à raconter la personnalité finalement créatrice d'un être complexe qui se définit en lui-même comme une espèce de C.I.A. sur patte, rigide, précis et extrêmement manipulateur
Un bon film, imparfait mais séduisant !
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G.T.O
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Post by G.T.O »

Il y a, comme le dit Watkinssien, quelque chose d'infiniment ambitieux dans ce film. Narrer la génèse de la CIA à travers la non-vie de son instigateur était un défi stimulant, ambitieux peut-être trop, pour un réalisateur de la trempe de De Niro. Que le film soit produit par Coppola et fasse plusieurs fois échos en direction de The Conversation n'est pas suffisant. Car la volonté de de Niro à vouloir tout considérer ( la CIA, démêlés familiaux de Wilson, espionnage/contre-espionnage, jeux de dupes, histoire des Etats-Unis) fait perdre à son film toute exhaustivité, un choix entre les choses importantes et celles qui le sont moins. Il n'organise rien, il décrit les choses. De Niro est un élève studieux et comme tous les élèves consciencieux il fait ses devoirs rigoureusement mais le plus souvent il tombe dans l'illustration plate.
Toutefois, le film possède de solides qualités: le montage est hyper-lisible, le découpage est clair, la photo chiadée, les acteurs à qui on pourrait reprocher un manque de nuance sont solides...Mais ces éléments ne font que renforcer cette impression de regarder une oeuvre ciselée mais affreusement terne et monolithique, superficiel derrière le côté consciencieux...Tout est noyé derrière ce sérieux papal, derrière cette rigidité un peu stérile, une solennité forcée; un peu comme la musique.
Ce qui manifestement intéresse ici De Niro c'est d'agiter un peu lourdement des similarités entre le fonctionnement de la CIA et la structure de la famille-mafia. Le sujet est fondamentalement le même que son premier film. C'est aussi ce qu'il y a de plus intéressant.
viandox
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Post by viandox »

Avec « Raisons d’état », Robert De Niro nous fait oublier la mauvaise tournure que prenait sa carrière d’acteur. Ici, il nous emmène dans les coulisses de la création de la CIA. Une organisation qui partage une multitude de codes avec la mafia, qu’il commence à bien connaître.
Ce film est construit sur un scénario d’une intelligence rare et sur une réalisation certes académique mais efficace. Ces atouts permettent au métrage de 2 heures 45 de captiver le public de bout en bout.
Ce film passionnant qui retrace presque 30 ans de géopolitique et de magouilles américaines nous mène de la 2nde guerre mondiale jusqu'à la vieille de la création de la CIA dans les années 60.

Pour son second long métrage en tant que réalisateur, De Niro s’est entouré d’un casting solide d’acteurs et Matt Damon son acteur principal est fabuleusement bien choisi pour incarner ce ponte de la CIA. Il est également plaisant de retrouver Jo Pesci même si ce n’est que l’instant d’une scène.
Même Si l’on n’apprend pas autant de secrets que dans le « JFK » de Stone, Raisons d’état reste un film de haute volée qui doit faire grincer des dents au pentagone.
Desertfox
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Post by Desertfox »

viandox wrote: Même Si l’on n’apprend pas autant de secrets que dans le « JFK » de Stone, Raisons d’état reste un film de haute volée qui doit faire grincer des dents au pentagone.
Oliver Stone a tourné son film sur la base d'une hypothèse comme quoi la CIA et les maffieux auraient liquidé JFK. :fiou: Quand saura-t-on la vérité ? :?
"Ah Ah, I know what you're thinking. 'Did he fire six shots or only five?' Well, to tell you the truth, in all this excitement I've kinda lost track myself. But being this is a .44 Magnum, the most powerful handgun in the world, and would blow your head clean off, you've got to ask yourself one question: 'Do I feel lucky?' Well, do ya, punk?"
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AtCloseRange
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Re: The Good Shepherd (Robert de Niro)

Post by AtCloseRange »

Tentative louable et ambitieuse de De Niro mais au final un film beaucoup trop empesé pour passionner. Le sujet du film veut un peu ça mais son côté empesé, anémique (comme le personnage de Matt Damon) empêche toute implication émotionnelle. Rien ne ressort vraiment, tout est mis à plat et le film se suit donc sans grande passion. Mêmes les comédiens (beau casting quand même) font finalement peu d'étincelles. Ca fait plaisir de retrouver par exemple un Turturro devenu bien trop rare mais il n'a pas grand chose à se mettre sous la dent.
Sur un sujet assez proche, la minisérie The Company est bien plus vivante et réussie et bénéficie de prestations d'acteurs exceptionnelles.
Le cas de ce film est assez typique du cinéma américain actuel: au niveau photo, décorum et autres, il n'y a pas grand chose à dire (comme dans 90% des reconstitutions d'époque faites aujourd'hui par Hollywood) mais ce cinéma a bien du mal respirer sous ces lourds oripeaux. Et sans un metteur en scène de talent, on se retrouve généralement avec des films qui se ressemblent terriblement bouffés par leurs "production values".
Jihl
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Re: The Good Shepherd (Robert de Niro)

Post by Jihl »

Découvert dans une belle HD sur Canal. Moi j'ai trouvé ça assez passionnant et quand même sacrément ambitieux : un film qui s'étale sur 25 ans, 3 continents, qui brasse beaucoup (sans doute un peu trop) de personnages ; un scénario très solide, bien documenté (utilsation du LSD dans les interrogatoires, coup de mains entre service, liaison avec les mafias, sociétés secrètes...) mais qui pêche sans doute un peu dans le volet de la vie personnelle du personnage de Damon (dont l'interprétation n'est pas en cause, si ce n'est l'âge peut être). Cette partie sur la famille et la vie amoureuse du personnage principal est beaucoup plus classique, plus lourde, plus illustrative et tombe parfois dans l'académisme sans dire au final beaucoup de choses sur le personnage : je pense qu'elle est ou trop longue ou peut être trop courte (coupes au montage ?) ; contrairement à d'autres avis, je trouve que Mme Pitt s'en sort bien, mais son rôle est trop mince.
Au final un film très ambitieux, solidement réalisé, parfois bancal mais souvent passionnant. 6,5/10
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Demi-Lune
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Re: The Good Shepherd (Robert de Niro)

Post by Demi-Lune »

Très décevant car au final très superficiel. L'ambition était louable : dérouler 25 ans d'Histoire de Guerre froide au travers de la création et des premières opérations de ce qui allait devenir un Etat dans l'Etat et l'un des symboles les plus forts de l'affrontement bilatéral : la CIA. Sujet passionnant s'il en est, on était donc en droit d'espérer un traitement à la hauteur, d'autant que Robert De Niro réunit sous sa houlette une équipe de haute volée (Eric Roth au scénario, Robert Richardson à la photo, Jeanine Oppewall aux décors) et un casting plaqué or. Malheureusement, malgré une durée allongée qui pouvait permettre un approfondissement historique relativement détaillé, De Niro ne livre qu'un produit classique certes classieux, mais également désespérément lisse et et curieusement peu fouillé. A l'image de son personnage principal, campé par un Matt Damon (acteur que j'apprécie peu en général) coincé, le film est engoncé dans un classicisme froid et appliqué duquel rien ne dépasse : c'est très joli, mais tout semble désincarné, à commencer par les personnages, qui apparaissent et disparaissent comme des ombres (Baldwin, Crudup...), et que les acteurs, même très talentueux (De Niro, William Hurt, John Turturro, etc.), ont ainsi bien du mal à faire exister. Mais dans cet ensemble empesé, la faute me semble d'abord à être cherchée du côté de son scénario. Donnant souvent bien trop d'importance aux divers tracas de la vie privée du monolithique Edward Wilson (amours platoniques, problèmes avec son fils), il en oublie tout simplement son propos historique initial : quid de la CIA, en définitive ? Eh bien, pas grand-chose. Un bref épisode londonien durant la Seconde Guerre mondiale, une petite mission en Amérique du Sud où l'on met à contribution nos amies les sauterelles, le débarquement manqué de la Baie des Cochons qui ne sera montré qu'au travers de quelques rapides images d'archives... et c'est tout, pour ainsi dire. A croire que cette époque a été assez tranquille pour les agents américains. Pour un film qui désirait s'attaquer à l'Histoire de la CIA de 1939 à 1961, nous sommes au final devant un exposé un peu ennuyeux à écouter et qui, en rien, ne rend compte de la fièvre et de la diversité des interventions de l'Agence américaine aux quatre coins du monde. Certes, il est vrai que cette Histoire brossée ne se différencie pas de son personnage référent, bureaucrate tellement taciturne et fermé qu'on en vient à se désintéresser totalement de ce qui peut lui arriver, à lui et à ses proches. Il n'empêche que le traitement de ce sujet ô combien passionnant manque cruellement d'ampleur. De Niro n'est pas Oliver Stone. Le prisme choisi (Matt Damon) pouvait être intéressant, d'autant qu'un film choral aurait pu être encore plus lourd, mais ce prisme se révèle finalement très frustrant, voire inadéquat. De cet empilement de séquences à intérêt variable, parfois confus, parfois surligné par une musique tire-larmes, la meilleure réussite du film reste à mon sens ce fascinant et énigmatique personnage d'Ulysse, alter-ego soviétique de Wilson, qui se caractérise par un trait d'écriture nuancé bienvenu.
Bref, Raisons d'Etat (dont le titre original, The Good Shepherd, est plus profond) est une leçon d'Histoire qui se voulait passionnante mais qui n'est en définitive que rébarbative, oubliant son sujet principal qui, pourtant, regorge de potentialités. Aussi captivant qu'une tisane. Mieux vaut revoir L'Étau de Hitchcock ou, si l'on veut vraiment pénétrer dans les arcanes de l'Histoire de la CIA et de ses grands acteurs, relire CIA-KGB. Le dernier combat de Bearden et Risen, ouvrage - incontournable pour les mordus d'Histoire de l'espionnage, traitant des années 1980 - qui avait impressionné De Niro.
Joe Wilson
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Re: The Good Shepherd (Robert de Niro - 2006)

Post by Joe Wilson »

Robert de Niro a choisi une approche courageuse, écartant jusqu'au bout une perspective d'ensemble de la CIA, et même la rigueur d'une trame historique, pour se concentrer sur son protagoniste, Edward Wilson. Il tente de cerner les failles psychologiques d'un être donnant l'impression d'être absent, à lui-même et aux autres. Le récit évoque frustrations, rancoeurs et regrets, au milieu d'un destin semblant toujours tracé, l'espionnage semblant devenir un vide béant dans lequel Wilson peut plonger et contempler sa propre indifférence.
Malheureusement, la mise en scène parvient rarement à transcender le propos. Trop appliqué, manquant de nuances et de crédibilité dès lors qu'il évoque des traumatismes, De Niro survole son sujet. La durée nécessaire aux évènements factuels contribue à égarer une dynamique, The Good Shepherd trouvant difficilement une unité dans l'empilement des séquences.
Autre frustration, une interprétation plutôt décevante, très besogneuse. A l'image d'un Matt Damon qui avait pourtant le profil du rôle : insistant sur une maladresse et une transparence, il fait de Wilson un personnage unidimensionnel et linéaire, loin des ambitions d'origine. C'est dommage, car le film donne la représentation d'un potentiel inexploité.
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