Darkman (Sam Raimi, 1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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nobody smith
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Re: Darkman de Sam Raimi

Post by nobody smith »

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Même si cette nouvelle vision n’est guère éloigné de ce dont je me souvenais, je dois pourtant dire que je suis un peu plus critique envers le film. Darkman reste cela dit une oeuvre formidable à mes yeux mais souffre finalement quelque peu de son excès d’ambition. On a mentionné un écartèlement entre le comic books et son côté opératique. Je dirais que c’est plus compliqué tant le film désire partir dans tous les sens : le serial déjanté, la tragédie tendance gothique, la genèse d’un héros tourmentée, la love-story exacerbé, le masochisme habituel de Sam Raimi, l’héritage de l’expressionisme (je ne me souvenais par contre guère de tous ces incroyables effets de montage)... Tout ceci fait peut-être beaucoup sur les épaules d’un divertissement de tout juste 1H30 au budget pas toujours au top (certaines incrustations sont ratées de manière stupéfiante... mais en même temps ça participe à la folie douce du long-métrage). L’incommensurable énergie de la réalisation de Raimi rend néanmoins le film captivant mais il y a un léger goût d’inachevé (je doute en plus que les 2 suites téléfilmesques arrivent à combler ce manque).
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Flol
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Re: Darkman (Sam Raimi)

Post by Flol »

Revu ce film il y a 1 mois, et perso, mon avis n'a pas changé : j'adore toujours autant ce film.
Seulement le 4ème opus de son auteur, mais déjà un sacré ride bourré d'énergie, tout en sachant insuffler une certaine émotion digne du Phantom of the Opera (une des nombreuses références affichées par Raimi).
Petit bémol sur le climax dans les échaffaudages, que je trouve légèrement faiblard par rapport au reste du film...mais qui a tout de même le bon goût de se terminer sur un excellentissime plan final ! :D
Pete Dayton
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Re: Darkman de Sam Raimi

Post by Pete Dayton »

nobody smith wrote:(je doute en plus que les 2 suites téléfilmesques arrivent à combler ce manque).
Je confirme. J'y avais jeté un oeil alors qu'elles passaient l'une à la suite de l'autre sur une chaîne de la TNT. Le dynamisme et l'efficacité de la mise en scène de Raimi sont aux abonnés absents et Arnold Vosloo, qui remplace Liam Neeson, ne possède pas vraiment le charisme de ce dernier. :? Le retour de Larry Drake dans la première suite permet néanmoins de passer un bon moment...
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Demi-Lune
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Re: Darkman (Sam Raimi, 1990)

Post by Demi-Lune »

Mmm... j'avoue que je n'ai pas été follement convaincu par ce film de Sam Raimi. Darkman me frustre car l'on sent que le réalisateur (dont les œuvres précédentes se caractérisaient notamment par un style formel très proche de la BD) se passionne sincèrement pour le héros qu'il a co-inventé et souhaite lui tailler un écrin à sa (dé)mesure, mais échoue. Ce film, quelque part, est logique dans le cheminement de Raimi : après avoir apposé à ses Evil Dead un rythme et une mise en scène nettement influencés par le cartoon et la BD, il n'est pas étonnant de voir le cinéaste prendre à bras le corps la réalisation d'aventures cinématographiques d'un héros dont les caractéristiques renvoient toutes aux comics. Ne pouvant adapter The Shadow et Batman, Raimi crée donc sa propre créature, croisement, pour reprendre ses propres mots, entre "le Fantôme de l'Opéra et Elephant Man". Mû par un désir obsessionnel de vengeance, Westlake, brûlé vif et âme tourmentée, renvoie naturellement aux super-héros prisonniers de leur traumatisme comme Batman ou Spiderman et à vrai dire, on peut tout à fait croire - et c'était mon cas - que Darkman est effectivement une adaptation de comic tant il respecte certains de ses codes invariables. Le style Raimi semble donc être idéal pour coucher sur pellicule l'esprit BD. De ce côté-ci, le film se révèle réussi : à l'instar de ses contemporains (Batman de Burton, Dick Tracy de Beatty), Raimi utilise avec talent le média cinématographique pour traduire l'essence graphique de la bande dessinée. Comme dans ses films précédents, cadrages improbables, effets visuels acrobatiques et montage pensé comme une succession de vignettes (un exemple : les clous tirés par le méchant sur l'échafaudage, à la fin du film) sont donc au programme.

Mais à mon sens, le film ne fonctionne pas pour autant. Si l'on met de côté la vétusté des trucages et des transparences, Darkman demeure brinqueballant, inabouti. Tout va beaucoup trop vite et on a souvent envie de dire à Raimi de se calmer un peu et de développer une véritable histoire. Car c'est bien du côté du scénario que le bât blesse : Raimi m'a paru incapable de générer mon intérêt vis-à-vis de l'histoire de Westlake. J'ai traversé tout le film en le regardant d'un œil assez indifférent et presque ennuyé, jubilant parfois sur quelques trouvailles visuelles (la trop courte scène de la fête foraine, par exemple), mais me disant sans cesse que toute cette histoire de Darkman était finalement très faiblarde et convenue. Comme crispé dans sa sincérité et son envie de respecter scrupuleusement l'univers du comic, le cinéaste en a oublié le scénario. Et celui-ci, d'ailleurs, est de toute façon phagocyté par le tempo des plus rapides. A mon sens, on n'assiste à aucune construction mythologique autour du personnage, car tout ce qui a trait à sa naissance est parasité par ce fameux rythme : en moins de cinq minutes, Westlake est défiguré, s'évade, trouve sa baraque, récupère son matériel, reprend ses recherches. C'est trop facile. Trop rapide. Et son cheminement qui le conduit vers son identité de Darkman, qu'il déclame à la fin du film, repose parallèlement sur un scénario sans grand intérêt. Raimi, pétri de bonnes intentions, dessert finalement sa créature malgré une honnête composition de Liam Neeson. Quant à la noirceur du film, moui, je veux bien... la romance impossible entre la Belle et la Bête, la collection de doigts de Durant ou les maquillages horribles de Liam Neeson n'en font pas certes pas une comédie, mais l'on est tout de même loin du jusqu'au-boutisme de Burton sur Batman le défi. On reste dans du divertissement assez soft. Constant très moyen en ce qui me concerne, donc...
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Re: Darkman (Sam Raimi, 1990)

Post by cinephage »

Demi-Lune wrote:Mû par un désir obsessionnel de vengeance, Westlake, brûlé vif et âme tourmentée, renvoie naturellement aux super-héros prisionniers de leur traumatisme comme Batman ou Spiderman et à vrai dire, on peut tout à fait croire - et c'était mon cas - que Darkman est effectivement une adaptation de comic tant il respecte certains de ses codes invariables.
Je relève juste au passage un léger désaccord concernant les super-héros : pour moi, batman comme spiderman ne sont pas des séries de vengeance.
Au contraire, l'un tourne autour de la thématique de la responsabilité individuelle (laisser faire alors qu'on peut intervenir, est-ce acceptable ??), avec sa fameuse phrase fétiche sur les grands pouvoirs impliquant une grande responsabilité. L'autre, partie d'une thématique proche, a amorcé un virage brutal sous l'influence de Frank Miller, mais c'est plus une lutte contre soi-même, contre ses propres démons, qu'une thématique vengeresse qui a été développée.

Le tout pour dire que c'est bien le fantome de l'opéra, avec sa thématique d'homme anciennement faible, puis, une fois blessé, devient transfiguré par sa soif de vengeance, qui étend son ombre sur darkman, à mon sens, bien plus qu'aucun super-héros notable.
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
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Flol
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Re: Darkman (Sam Raimi, 1990)

Post by Flol »

Dis donc, Demi-Lune...tu te fais une petite thématique Elfman en ce moment, ou quoi ? :)
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Demi-Lune
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Re: Darkman (Sam Raimi, 1990)

Post by Demi-Lune »

Ratatouille wrote:Dis donc, Demi-Lune...tu te fais une petite thématique Elfman en ce moment, ou quoi ? :)
Non, c'est involontaire. :lol: D'ailleurs, je n'ai pas trouvé son travail pour ce film tellement renversant. Même si elle évoque beaucoup plus les tonalités de Batman, je préfère sa composition sur Dick Tracy, plus enjouée, peut-être plus ambitieuse, plus "comics". Qu'en penses-tu ?