Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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someone1600
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by someone1600 »

Excellente initiative Jeremy pour un autre topic passionnant. :D
Nomorereasons
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Nomorereasons »

+1. Ca fait envie :D
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Jeremy Fox
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Three Bad Men

Post by Jeremy Fox »

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Trois Sublimes Canailles (Three Bad Men) de John Ford 1926

Sortie USA : 28 août 1926

Après "Le Cheval de Fer" et son tournage homérique, John Ford se tourna quelques temps vers les films à petits budgets. Quant il se sentit d’attaque pour réaliser une œuvre de plus grande envergure, il se dirigea naturellement de nouveau vers le western ; ce fut avec ce "Three Bad Men" qui subit néanmoins un cuisant échec public et critique à tel point que, dépité, le cinéaste abandonna le genre pendant treize ans. "Trois Sublimes Canailles" est donc son ultime western muet. L’action, située au Dakota en 1877 alors que le gouvernement ayant confisqué leurs terres aux tribus Sioux (sur lesquelles de l’or vient d’être découvert) les ‘distribuèrent’ aux pionniers en organisant des courses épiques, mêle évènements réels avec une histoire centrée sur trois hors-la-loi prenant sous leur coupe une jeune femme déterminée dont le père a été tué alors qu’on cherchait à leur voler leurs chevaux de course destinés justement à cette ruée sur les nouvelles terres promises. S’étant institués ses chevaliers servants, les trois fripouilles au grand cœur aideront l’orpheline à trouver un compagnon (George O’Brien, plus à l’aise que dans "The Iron Horse" et prêt à trouver l’année suivante le rôle de sa vie dans le sublime "L’aurore" – "Sunrise" de Murnau) et se sacrifieront afin qu’ils puissent convoler en juste noce et s’installer tranquillement sur leurs nouvelles terres. Le souvenir des trois ‘parrains’ sera néanmoins immortalisé par le nom que les parents donneront à ce nouvel enfant de l’Ouest et du progrès...


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« Ils avaient l’habitude de trouver des chevaux qui n’avaient jamais été perdus » ; telle est la description que nous fait John Ford de ces trois sublimes canailles lors de leur première apparition. On devine dès lors l’aspect humoristique du film. Et en effet, contrairement au "Cheval de fer", la partie historique se révèle être, dans "Trois sublimes canailles", la portion congrue, plutôt un élément d’arrière plan malgré la séquence mouvementée et virtuose de la course à la parcelle de terrain. Et, alors que Ford nous faisait au départ miroiter un nouveau western ample et spectaculaire, nos attentes sont déjouées par un film qui bifurque une bonne partie durant vers la comédie picaresque. Après cinq premières minutes nous dévoilant de majestueux plans sur les montagnes et les gigantesques plaines de l’Ouest, une figuration imposante, de splendides images de la lente progression des caravanes se dirigeant vers le point de départ de la course, puis nous décrivant la rencontre des deux tourtereaux de l’histoire, filmée façon comédie américaine légère et subtile, John Ford nous fait atterrir dans la ville de Custer ; il y piétine un peu trop longuement, y stagnant quasiment une heure. Le manque de rigueur du scénario vient nous lasser un moment malgré que le tout soit rempli d’humour et de tendresse, de compassion et d’humanité, Ford prenant encore fait et cause pour les petites gens et parias divers (hors-la-loi, prostituées) contre les hommes de loi se révélant la plupart du temps pourris jusqu’à la moelle ; d’ailleurs, le ‘Bad Guy’ de l’histoire, inspiré d’une authentique figure de l’Ouest, n’est autre qu’un homme s’étant déclaré shérif, personnage inquiétant vêtu façon dandy et grimé tel un vampire. D’après le biographe de Ford, Joseph McBride, le film, aurait été pas mal mutilé, certains personnages très intéressants comme celui de Millie se trouvant réduits à presque rien ; ceci expliquerait peut-être ce manque d’harmonie et d’efficacité dans l’écriture. Mais cette longue partie donne néanmoins à Ford l’occasion d’une description passionnante d’une ville grouillante dans laquelle règnent le vice et la corruption.


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Et une fois de plus, son savoir-faire emporte le morceau ; malgré les efforts parfois répétitifs de nos trois pittoresques et attendrissantes fripouilles pour s’occuper de leur jolie protégée (à signaler dans ce western que, contrairement aux hommes qui se trouvent tous affublés de trognes pas croyables, les femmes, qu’elles soient prostituées ou mère de famille, sont toutes charmantes, Ford se faisant dès lors le chantre westernien de la gent féminine), l’on ne s’ennuie guère et le fameux clou du spectacle tant espéré vaut son pesant d’or ; il nous récompense nous en mettant plein la vue. Il débute par un fabuleux travelling latéral sur le rassemblement en ligne des chariots qui semble ne pas devoir en finir ; puis l’armée donne le signal de départ dont s’ensuit une débandade impressionnante, laissant gravées sur nos rétines, grâce aussi à une parfaite science du montage, des images surréalistes comme cet homme sur un vélo à grande roue, ce bébé abandonné au milieu de la piste, des chevaux arrivant au grand galop sur lui, le journaliste écrivant cette page d’histoire sur son chariot caracolant à vive allure… Que ce soient Wesley Ruggles ou Anthony Mann, ayant au cours de leurs carrières à mettre en scène une séquence similaire avec un budget au moins aussi correct, ils n’arriveront pas à une telle puissance et une telle vigueur ! Le reste du film est consacré à la course poursuite entre nos héros et les hommes de loi dépravés cherchant à les éliminer, pensant que la jeune femme cherche à s’installer sur un terrain contenant de l’or en son sol. Plus conventionnelle mais bien agencée et apportant son comptant d’émotion, cette dernière partie voit les trois bandits donner leur vie pour sauver le couple de jeunes pionniers amoureux, ce dernier représentant bien évidemment pour Ford l’avenir de cet Ouest qu’il aimera toujours à glorifier tout en ne restant pas dupe. Très belle et poétique image finale que celle du couple et leur bébé voyant passer au loin les trois fantômes en contre jour sur l’horizon crépusculaire. Très agréable, assez efficace et témoignant d’un solide sens plastique (on y trouve déjà ce plan récurrent chez Ford d’un paysage vu à partir d’un intérieur, ici un chariot bâché) pour une belle histoire d’amour et d’amitié. Mais un John Ford encore mineur.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Voilà ma plus que modeste contribution en ce qui concerne les débuts du genre ; je vous renvoie à nouveau à ce topic pour approfondir cette période.

En attendant, il y a quand même trois westerns muets que j'aimerais un jour pouvoir découvrir, ce sont La Caravane vers l'Ouest (The Covered Wagon) ainsi que The Pony Express, tous deux réalisés par James Cruze mais surtout un film très réputé et qui me tente grandement, The Trail of 98' de Clarence Brown tourné en 1929 qui, d'après le livre de Brion, semble plus que prometteur. Y en a-t-il certains qui ont eu la chance de les voir ?
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Ann Harding
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Ann Harding »

Oui, je les ai vus tous les 3. The Covered Wagon est de loin le plus intéressant. Je pense d'ailleurs écrire qq chose dessus bientôt. Pony Express est un peu décevant car moins bien construit et en plus, j'en ai vu une copie très médiocre. the Trail of '98 offre une reconstitution du Klondike intéressante, mais le scénario est très mauvais. Brown lui-même le considérait comme un ratage complet, réalisé dans des conditions très difficiles.
Tancrède
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Tancrède »

assez d'accord avec Ann, La piste de 98, c'est sans grand intéret. enfin je dis ça mais j'avais pas aimé Le cheval de fer non plus. Je suis pas très client de ces grandes fresques académiques.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Merci pour vos avis sauf que je trouve The Iron Horse tout sauf académique ; il dégage une vitalité qui le contredit. Une fresque n'est pas forcément académique à mon avis.
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Ann Harding
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Post by Ann Harding »

J'aime beaucoup The Iron Horse qui est une grande réussite visuelle, même si les personnages n'ont pas beaucoup d'épaisseur psychologique. Le film a indéniablement un souffle lyrique et c'est un jalon important dans l'histoire du western. Par contre, The Trail of '98 n'a pas de souffle et les personnages sont réellement dépourvus d'intérêt, malgré une belle distribution. Citation de Clarence Brown: "Je me souviens de mon second film à la MGM, La piste de ‘98 (1928) avec des émotions contradictoires. Il n’était pas terrible. En terme de scénario, de direction et d’interprétation, je n’ai jamais été très content de ce film. C’était juste un de ces conglomérats hétérogènes. J’ai passé un an à le faire et j’ai perdu neuf kilos. Cela a été mon tournage le plus éprouvant."
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Jeremy Fox
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Tide of Empire

Post by Jeremy Fox »

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La Naissance d'un Empire (Tide of Empire - 1929) de Allan Dwan
METRO GOLDWIN MAYER


Avec Renée Adorée, Tom Keene, George Fawcett, William Collier Jr
Scénario : Peter B. Kyne
Musique : William Axt
Photographie : Merritt B. Gerstad (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par la MGM


Sortie USA : 23 mars 1929


Ayant eu pour professeur non moins que D.W. Griffith, Allan Dwan fut l’un des réalisateurs les plus prolifiques et adulés de la période muette. Il dirigea les plus grandes vedettes de l’époque (Mary Pickford, Norma Talmadge, Gloria Swanson…) et son Robin des Bois de 1922 avec Douglas Fairbanks est resté un modèle du genre. Simplicité et efficacité, tels ont toujours été ses maîtres mots ; ces modestes préceptes lui avaient toujours réussi durant les prémices du 7ème art. En revanche, avant sa collaboration avec Benedict Bogeaus dans les années 50 et à quelques exceptions près (le superbe Iwo Jima par exemple), on peut dire que, vu de France, il sera passé par une longue traversée du désert. Tide of Empire se situe aux confluents de sa filmographie muette et de sa filmographie parlante. Il est d’ailleurs référencé comme faisant partie des films 'sonores' du cinéaste, hybride assez malheureux entre muet et parlant. Il s’agit bien d’un film muet avec intertitres pour les dialogues mais des sons ont été ajoutés ainsi qu’une musique spécialement écrite à cette même époque. Malheureusement, ce ‘procédé’ a très mal vieilli et le film aurait probablement été meilleur en restant totalement muet. En effet, non seulement la partition s’avère médiocre mais les bruits adjoints (caquètements de poules, cris et hourras de la foule, coups de feu, chanson…) paraissent aujourd’hui totalement datés. Un conseil serait donc peut-être de visionner Tide of Empire en coupant la bande-son ; néanmoins, en l’état le film se laisse suivre sans déplaisir.


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La Californie au milieu du 19ème siècle ; en 1848 plus précisément. Ce sont encore les gros propriétaires terriens espagnols qui règnent sur la région depuis des générations. La vie est belle pour la famille Guerrero. Don Jose (George Fawcett), veuf, coule des jours paisibles dans son ranch aux côtés de son roublard de fils, Romauldo (William Collier Jr.) et de sa charmante fille Josephita (Renée Adorée). Mais la découverte de la première pépite d’or et le flot ininterrompu d’émigrants qui s’ensuit viennent troubler la quiétude de ces riches et grandes familles. Parmi ces nouveaux pionniers, Dermod d’Arcy (Tom Keene / George Duryea), un jeune aventurier qui espère bien faire fortune, accompagné par le gardien de prison d’une ville désormais désaffectée par la ruée vers l’or, Bejabbers (James Bradbury Sr.). Lors d’une fête organisée par les espagnols, Dermod gagne la traditionnelle course de chevaux sur Pathfinder, son fidèle destrier. José Guerrero, trop confiant en ses propres chevaux, a parié son ranch que Dermod serait perdant. Malheureusement pour lui, il en va tout autrement et voilà Dermod à la tête du domaine des Guerrero. Mais, en parfait gentleman, ne voulant pas dépouiller le perdant, Dermod offre son gain à la fille du vieil homme sous le charme de laquelle il est tombé dès leur première rencontre. Don José l’apprend trop tard ; son cœur a lâché auparavant d’autant que dans le même temps, apprenant la nouvelle de leur 'ruine', dépité, son fils est parti rejoindre un gang de bandits conduit par Cannon (Fred Kohler). Très injustement Josephita en veut au bel aventurier de tous les malheurs s’étant abattus sur a famille…


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Au vu de son titre et des moyens alloués, pour l’un des derniers films muets de la prestigieuse Metro Goldwin Mayer, on aurait pu s’attendre à une œuvre épique ; ce que Tide of Empire n’est finalement pas, s’attardant plus longuement sur les relations et l’attachante romance entre Renée Adorée et Tom Keene que sur toute autre chose malgré un background historique sacrément intéressant, la suprématie espagnole vacillante en Californie suite à la ruée vers l’or et à ses milliers de nouveaux arrivants venus leur faire de l’ombre. Ce dernier point n’est évidemment pas évacué mais on ne peut pas dire que le scénariste ait eu grand-chose à dire à son sujet, en fin de compte peu approfondi ; il faut dire que l’intrigue dans son ensemble s’avère bien anodine et que les espoirs fondés au vu du postulat de départ s’amenuisent au fur et à mesure de l’avancée de ce western certes bien enlevé et bénéficiant de la perfection des équipes techniques du studio mais néanmoins sacrément conventionnel et finalement peu captivant. Rétroactivement cependant, à l’époque, la ruée vers l’or de 1848 n’avait probablement été que rarement décrite au cinéma. On pouvait alors surement s’étonner de ces images de villes désertées du jour au lendemain suite à la fièvre de l’or ayant atteint tous ses habitants ou au contraire devant celles de l’érection subite et l’activité bouillonnante de 'Boom Town' sur les lieux même des filons. Intéressant également de participer à la fondation de la célèbre compagnie de messieurs Henry Wells & William G. Fargo ayant décidés de se lancer au départ dans le transport des richesses trouvées sous le sol californien.


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Les figurants sont nombreux, les décors cossus et les costumiers s’en sont donnés à cœur joie. Le film est donc loin d’être désagréable à regarder d’autant que les séquences mouvementées sont efficacement filmées par un Allan Dwan qui connait parfaitement son métier. Que ce soit la course de chevaux, la chevauchée des outlaws, l’attaque par ces derniers de la ville afin de s’emparer de l’or qui y a été entassé, etc., la vivacité est de mise. Mais le scénariste ayant voulu courir trop de lièvres à la fois sans s’appesantir sur aucun, le film semble du coup manquer d’ampleur et le spectateur de s’en détacher un peu. Dommage d’ailleurs que Tide of Empire n’ait pas constamment été du niveau de ses premières séquences vives et enjouées, dignes des meilleurs comédies américaines, nous décrivant la vie quotidienne de la noble famille espagnole dont les membres nous sont immédiatement attachants par leurs liens de complicité, le père n’étant pas dupe de la roublardise de son fils tout en s’en amusant, de mèche avec sa fille. Par la suite, trop d’incohérences (le baron qui parie carrément son domaine) et un manque de rigueur dans la description des caractères ; nous ne comprendrons jamais par exemple l’animosité de Josephita à l’encontre de Dermod, pourtant affable et éminemment sympathique de la première à la dernière minute. Enfin, on a comme l’impression que dans l’ensemble les deux héros du film sont un peu déconnectés du reste de l’histoire et de ce qui les entourent, presque spectateurs passifs des évènements qui s’y déroulent.


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Tide of Empire s’avère intéressant lorsqu’il montre le mode de vie de deux mondes qui vont entrer en collision, celui de l’aristocratie espagnole face aux pauvres prospecteurs venus sur leurs terres pour y faire fortune. On peut y apprécier aussi une cocasserie bienvenue comme cette séquence du gardien de prison qui voudrait bien lui aussi participer à la ruée vers l’or mais qui ne s’y décide pas, ayant encore des ‘pensionnaires’ dans son ‘établissement’ ; il finira par construire une cage roulante pour les y emmener. Et puis, les deux comédiens principaux forment un couple attachant. La charmante Renée Adorée jouait la paysanne dans le célèbre La Grande Parade (The Big Parade) de King Vidor en 1925 alors que Tom Keene sera lui aussi à l’affiche d’un autre film du même Vidor en 1934, le très beau Notre Pain Quotidien (Our Daily Bread). Pas inoubliable ; pas désagréable non plus. Juste un peu trop banal et pas spécialement passionnant !
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Jeremy Fox
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Billy The Kid

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Billy le Kid (Billy the Kid, 1930) de King Vidor
MGM


Sortie USA : 18 octobre 1930

Des pionniers et leurs troupeaux de bétail arrivent à Lincoln County (New Mexico) où ils souhaitent s’établir. La ville est dirigée par l’impitoyable colonel Donovan, un homme qui s’est attribué non moins que les rôles de shérif, juge, notaire et banquier. Il profite des dettes que pourraient avoir les fermiers pour les expulser, voler leur terres, n’oubliant pas une fois qu’ils ont le dos tourné de les liquider afin qu’ils n’aillent pas divulguer à tous vents ses méthodes peu orthodoxes ! Il souhaitede même dissuader les nouveaux arrivants de rester mais l’impétueux Billy le Kid vient prendre leur défense. Pour le remercier, Tunston décide de l’embaucher mais ce dernier succombe peu après dans un guet-apens. Billy le Kid qui s’était pris d’amitié pour son patron décide de le venger en éliminant tous les participants à ce meurtre…


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Avant d’apparaitre sur les écrans de cinéma sous les traits de Robert Taylor, Audie Murphy, Paul Newman ou Kris Kristofferson, William Bonney, plus connu sous le nom de Billy The Kid, fut personnifié par Johnny Mack Brown dans l’un des premiers westerns importants du parlant. Les années 30 et l’arrivée de la parole virent de nouveaux cow-boys caracoler sur les écrans, pour la plupart des ‘cow-boys d’opérettes’ dont raffolèrent les foules. Héros de petites bandes assez courtes ou de serials, cavaliers sans peur et sans reproches, ils défendaient vaillamment et à tour de bras la veuve et l’orphelin. A côté de ces westerns de pur divertissement, il y avait néanmoins de la place pour des films plus sérieux comme les ambitionnaient de prestigieux cinéastes comme King Vidor qui pensaient que le son allait apporter un plus au genre et qu’il fallait continuer à réaliser des œuvres d’art dans la lignée des films de D.W. Griffith ou William S. Hart. « Les films de l’Ouest s’accomodaient d’intrigues faibles tant leur action était intense. Depuis l’avènement du film parlant, le dialogue doit creuser l’intrigue en profondeur…Ainsi la tendance actuelle dans la réalisation des films qui représentent les aventures des prairies porte aux caractères et aux situations historiques » disait-il en 1930.


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Il tentera de mettre son discours à l’œuvre avec ce "Billy The Kid". Et pourtant c’est avant tout à cause du dialogue que son film ne s’avère qu’une semi-réussite. En effet, certainement paralysé par la lourdeur du nouveau matériel de tournage, les séquences dialoguées s’avèrent d’une grande staticité ; et ce n’est pas tout puisque les dialogues eux-mêmes se révèlent d’une grande médiocrité, les scénaristes ayant voulu insuffler un trop plein d’humour qui vient très souvent désamorcer la dureté de la description d’un Ouest (Nouveau Mexique) où règnent insécurité, violence et corruption à tous les niveaux. Après d’aussi flagrantes réussites que "La Foule" ("The Crowd") ou "Hallelujah", le premier western parlant de King Vidor ne pourra donc que décevoir. On ne retrouve pas non plus la virtuosité ni le lyrisme habituels du cinéaste, le jeu de Johnny Mack Brown a bien vieilli (King Vidor regrettait qu’on lui ait imposé cet acteur alors qu’il aurait souhaité avoir James Cagney) et Wallace Beery dans la peau de Pat Garrett, quoiqu’excellent, ne possède qu’un rôle assez secondaire.


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Sinon, le spectacle reste de bon niveau avant tout grâce à de bonnes séquences d’action mouvementées ainsi qu’une description assez réaliste (pour l’époque) et crue de la violence mais grâce aussi à des plans et images impressionnantes avec par exemple ces falaises vertigineuses sous lesquelles évoluent Tunston et ses hommes juste avant l’attentat qui coutera la vie au ‘patron’, la grotte où se terre Billy le Kid après le fameux siège de la maison McSween, les plans initiaux sur l’arrivée des pionniers au dessus de la vallée où se niche Lincoln County… Selon Jean-Louis Ryeupeyrout, historien du genre, aucun autre film ne restitua le personnage et son destin aussi fidèlement ; on ne mettra pas ses dires en doute mais il faut probablement relativiser en disant comme Patrick Brion que le film est plutôt « un mélange d’authenticité et de surprises peu crédibles ». A savoir néanmoins que le Happy end de convention qui voit Pat Garrett laisser partir Billy n’existait pas dans la version européenne qui se terminait comme il se doit par la mort du jeune tueur.


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Pour l'anecdote, ce premier grand western parlant de la MGM avait été tourné , comme "The Big Trail" à la Fox, à la fois en format standard et en format large (ici le système ‘Realife Grandeur’) mais la copie dans ce dernier format a désormais disparu. « Je cherchais à réaliser un western et je m’intéressais au personnage de Billy The Kid attiré par ce mélange de douceur et de colère destructrice » disait encore Vidor. On constate donc que très tôt le cinéma hollywoodien a cherché à transformer les grands bandits de l’histoire américaine en héros romantiques, justifiant leurs méfaits et crimes au regard des circonstances historiques et sociales de l’époque. Le film de King Vidor est d’ailleurs ‘préfacé’ par le gouverneur de New Mexico de l’époque qui louait le sens de la justice du Kid !!
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

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Les Couleurs du désert (The Painted Desert, 1931) de Howard Higgin
PATHE



Sortie USA : 18 janvier 1931


Dans une région désertique de l’Arizona, deux amis, Cash Holbrook (William Farnum) et Jeff Cameron (J. Farrell MacDonald), découvrent un bébé dans une carriole abandonnée. Leur amitié est mise à rude épreuve lorsqu'il s'agit de choisir qui élèvera l'enfant qu’ils ont prénommé Bill. C'est finalement Cash qui l'emmène avec lui tandis que Jeff décide de rester sur place s'occuper de la ferme. 20 ans plus tard, les deux partenaires ne se sont toujours pas réconciliés même si leurs terrains se jouxtent. L’enfant est devenu un beau jeune homme (William Boyd) et il a dans l’idée de mettre fin à ce conflit qui à son avis n’a pas lieu d’être ; il le souhaite d’autant plus que Jeff est père d’une charmante jeune fille (Helen Twelvetrees) de qui il tombe amoureux. Il espère réunifier les deux familles lorsqu’il découvre du tungstène sur les terres de Jeff qui jusque-là est toujours resté pauvre…


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Réalisateur d’une vingtaine de films durant les années 20 et 30, scénariste d’autant de titres à la même période, Howard Higgin est un nom qui semble resté inconnu de la très grande majorité des cinéphiles. Et pour cause, sa filmographie ne comporte strictement aucune œuvre passée à la postérité et son unique titre de gloire - qui n’est autre que ce The Painted Desert - est dû au simple fait qu’il s’agissait du premier rôle parlant de la future star numéro un de la Metro Goldwin Mayer, à savoir Clark Gable, ici encore sans sa célèbre moustache. Il interprète le Bad Guy de cette histoire mélodramatique de rivalités familiales ; son temps de présence est certes moins important que celui des trois acteurs principaux mais son rôle se révèle cependant loin d’être négligeable et c’est surtout de lui dont on se souviendra, Gable étant le seul des comédiens de ce casting pourtant assez prestigieux pour l’époque parvenant à rendre charismatique son personnage assez renfrogné, ses partenaires étant encore bien trop engoncés dans un jeu qui datait du muet et qui ne fonctionnait alors plus forcément bien, donnant cette désagréable impression que personne ne semble vraiment très concerné par ce qu’il joue.


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Les séquences dialoguées s’avèrent d’ailleurs bien trop étirées en longueur sans que le réalisateur ne parvienne à les dynamiser ou rendre intéressantes. Le film parait ainsi aujourd’hui très vieillot, peu enthousiasmant faute avant tout à un scénario emphatique un peu simpliste et au traitement un peu trop caricatural, narrant les tentatives d’un fils adoptif pour essayer de réconcilier les deux hommes désormais âgés qui l'avaient trouvé abandonné dans un chariot alors qu’il était tout bébé... Et ce malgré un soin certain apporté à la reconstitution (le décor du saloon et de la mine entre autres) rendant l’ensemble assez réaliste, une importante figuration et surtout une superbe utilisation de magnifiques et grandioses paysages naturels de l’Arizona dont Monument Valley ainsi bien évidemment que, comme le titre du film l’indique, les rochers si particuliers du Parc National de Painted Desert. C’est grâce à ce tournage quasi intégralement en extérieurs que ce western peut avoir encore un certain attrait de nos jours. En effet le chef opérateur Edward Snyder semble s’être fait plaisir, nous proposant quelques plans d'ensemble assez mémorables.


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Pour le reste, nous noterons que le garçon que les deux vieux ennemis jurés se disputent n’est autre que le futur Hopalong Cassidy qui chevauchera tout au long d’une bonne cinquantaine de films et tout autant d’épisodes de série TV, grande vedette à venir de la petite lucarne dans les années 50, que William Farnum et surtout J. Farrell MacDonald sont deux habitués du genre – le second ayant beaucoup tourné avec John Ford au temps du muet - et que la jolie Helen Twelvetrees donne un peu de couleur à l’ensemble notamment au cours de la première partie où, vêtue à la garçonne, chemise échancrée, elle impose un beau tempérament accolé à un joli minois ; dommage qu’ensuite elle soit obligée de rentrer dans le rang et de s’affadir. Quant à Charles Sellon, il apporte une touche d’humour pas nécessairement fine mais pas déplaisante non plus. Signalons aussi l’absence presque totale d’une quelconque musique, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle au vu de celle à l’orchestration totalement vieillotte utilisée lors du générique de début.


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Un western au budget à priori conséquent, soigné et superbement photographié et qui permet surtout aux admirateurs du grand Clark Gable de le découvrir dans son premier rôle d’importance au sein d’un film parlant ; il imposait dès lors une belle présence. "Une certaine efficacité dans la réalisation et une belle utilisation des paysages" : telle était la brève description de Patrick Brion dans son encyclopédie du western ; il n’y a peut-être pas à en dire grand-chose de plus ! Il s'agit donc d'une curiosité bien plus que d’une réussite ; nous remercions néanmoins l’éditeur Lobster de nous avoir enfin permis de pouvoir la visionner dans de bonnes conditions.
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The Big Trail

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La Piste des Géants (The Big Trail, 1930) de Raoul Walsh
20TH CENTURY FOX


Sortie USA : 1er novembre 1930

Des rives du Missouri part le premier convoi de pionniers en direction de l’Oregon. Breck Coleman (John Wayne), un trappeur qui connaît très bien la région et qui entretient des relations amicales avec les Indiens, accepte d’en être l’éclaireur. En effet, il vient d’apprendre que le chef des convoyeurs n’est autre que Red Flack (Tyrone Power Sr), qu’il soupçonne être l’un des assassins de son ami Ben et dont il souhaite se venger. Dès le début du périple, Breck tombe amoureux de Ruth Cameron (Margaret Churchill) courtisée également par Thorpe (Ian Keith), un joueur professionnel fuyant la justice. Grâce à sa bravoure, son honnêteté et à ses innombrables ressources, Breck se révèle vite être l’homme de la situation pour les émigrants, leur évitant de trop souffrir inutilement. Mais sa rivalité avec Thorpe et l’animosité de Red Flack à son égard ne cessent de prendre de l’ampleur...


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Revu aujourd'hui en format large, ce film n'en acquiert qu'encore plus de grandeur et son échec financhier me semble d'autant plus incompréhensible car je ne pense pas que les spectateurs de l'époque fussent blasés ! Le film aurait-il été mal vendu ou le western était-il vraiment aussi mal considéré. Je pense qu'Il n'y eut depuis aucun autre western qui ait bénéficié d'une telle logistique et le spectacle est réellement au rendez-vous. Quand je disais à propos de l'excellent The Iron Horse que Walsh aurait été encore un meilleur choix que Ford, The Big Trail vient le confirmer, niveau épique n'ayant été depuis jamais surpassé à mon avis. En format scope, on assiste à une suite de tableaux tous plus beaux et vivants les uns que les autres. Et Walsh n'a pas besoin du montage ni des travellings pour donner de l'ampleur et du souffle à ses images ; ses plans fixes d'une beauté plastique certaine fourmillent de vie. Si le film subit un échec financier cuisant, il permet néanmoins au jeune John Wayne d'être engagé par la Republic pour tourner dans de nombreux westerns de seconde zone avant d’acquérir, en fin de décennie, la célébrité qui ne le quittera plus jamais. Ne serait-ce que pour ce seul fait d’avoir fait découvrir cet immense acteur, La Piste des géants aurait déjà mérité d’être sauvé de l’oubli. Mais non content d’avoir mis le pied à l’étrier de John Wayne, The Big Trail est aussi tout simplement le premier grand western parlant et "accessoirement" l’un des très grands films du réalisateur.


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En 1924, The Covered Wagon de James Cruze ayant été un immense succès, la Fox décide en ce début de décennie, pour retrouver un prestige qui commençait à décliner, d’en réaliser l’équivalent en film parlant. Conçu dans le même temps pour célébrer le centenaire d’une fameuse expédition de pionniers parti d’Independence dans le Missouri, l’entreprise se veut ambitieuse et les producteurs se donnent les moyens pour y arriver : on engage plus de 80 acteurs, 2 000 figurants Indiens, 1 800 chevaux et mules et l’on tourne simultanément deux versions nécessitant 14 cameramen, l’une en 35 mm standard et l’autre en 70 mm (ce dernier procédé fut vite abandonné à cause notamment du coût d’installation en salles). Afin que l’aspect documentaire, que voulait Raoul Walsh pour renforcer le réalisme et l’authenticité de son périple, soit conservé intact, l’équipe de tournage s’astreint à refaire des mois durant le même parcours qu’avaient suivi les anciens émigrants. Le tournage s’étale sur un an, presque intégralement en extérieurs dans le Wyoming, dans des conditions naturelles qui n’avaient rien à envier à celles que les pionniers avaient eues à affronter dans la réalité. En activité depuis 1912 et avec 40 films au compteur (dont Le Voleur de Bagdad), Raoul Walsh était vraiment l’homme de la situation comme le sera son personnage de Breck Coleman pour les colons. Il fallait une personnalité de cette trempe, et avec un tel métier, pour mener à bien cette aventure presque aussi épique que celle narrée dans le film. En effet, Walsh, comme cela se faisait parfois au début des années 30, dut mener aussi de front le tournage d’une version allemande et la coréalisation d’une version française avec Pierre Couderc.


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Ce « documentaire épique » (bien nommé par Jacques Lourcelles) est une œuvre visuellement impressionnante tout en étant moyennement loquace. La mise à disposition d’une logistique monumentale, avec tout le matériel et la figuration souhaités, permet au réalisateur de déployer avec ampleur son génie visuel et son sens du rythme, du montage et de la narration. Le scénario est certes quelconque mais l’aventure humaine vécue est tellement homérique que les à-côtés peuvent se permettre d’être insignifiants. Et pourtant, même si l’histoire d’amour entre John Wayne et Margaret Churchill est tout à fait conventionnelle, elle n’en est pas moins pour autant convaincante grâce au talent de ses interprètes et de dialogues non dépourvus de grandiloquence, mais qui passent malgré tout plutôt bien. Les naïves envolées lyriques de Breck sur la beauté de la nature non encore souillée par l’homme blanc ne manquent pas de charme et le discours revigorant (qui annonce celui d’Alamo),qu’il tiendra après un orage virulent pour redonner du courage à des hommes et des femmes exténués, n’est pas sans une certaine grandeur. L’histoire de vengeance peut, elle aussi, paraître vue et revue mais elle conserve néanmoins aujourd’hui une certaine force surtout dans son accomplissement, esthétiquement superbe, se déroulant au milieu de paysages neigeux de toute beauté.


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Certains aspects du film peuvent donc sembler avoir vieilli, telle aussi la description manichéenne des personnages mais l’on oublie très vite ces menus défauts devant l’impressionnant spectacle qui nous est offert. Visuellement, grâce à la conjonction entre la majesté de la mise en scène, la beauté des plans et la magnificence de la photographie, on se régale devant des séquences réellement grandioses telles que le départ du convoi laissant la ville abandonnée, la descente de la falaise escarpée par les chariots, le bétail et les pionniers, le franchissement des rivières déchaînées, l’attaque des Indiens, la traversée d’un désert suivie par une tempête de neige… La Piste des géants est une véritable ode à ces émigrants qui, poussés toujours plus loin par une force tellurique, parcourent les Etats-Unis à la recherche d’une "Terre promise". Ils doivent pour y parvenir, progresser coûte que coûte, fournir des efforts surhumains ayant à affronter d’innombrables obstacles, qu’ils soient climatiques, géographiques ou humains. Bien que le film se concentre beaucoup sur le passage de ces épreuves, Walsh n’en a pas oublié pour autant ni la romance ni l’humour, nous offrant avec le personnage interprété par Tully Marshall, le précurseur de tous les picaresques "Stumpy" à venir, à savoir les vieux ronchonneurs (souvent édentés) aux cœurs d’or.


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Enfin, puisque les clichés ont la vie dure ... Ceci bien avant La Flèche brisée ! Dans The Big Trail, nous trouvons plusieurs rencontres avec les Indiens et la plupart d’entre elles se déroulent pacifiquement sous l’arbitrage de Breck, qui revendique ouvertement son amitié et son estime pour ce peuple. A l’image de ses derniers plans sur les séquoias majestueux de l’Oregon, le film de Walsh reste toujours aussi impressionnant plus de 70 ans après.
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Jeremy Fox
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Fighting Caravans

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Le Convoi héroïque (Fighting Caravans - 1931) de Otto Brower & David Burton
PARAMOUNT


Avec Gary Cooper, Lili Damita, Ernest Torrence, Tully Marshall
Scénario : Edward E. Paramore, Keene Thompson & Agnes Brand Leahy
Musique : Divers
Photographie : Lee Garmes & Henry W. Gerrard (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Bernard Smith pour la Paramount


Sortie USA : 01 février 1931

Alors que la Guerre Civile fait rage, une caravane de pionniers se prépare à traverser les Etats-Unis, partant du Missouri pour se rendre en Californie. Pour faire sortir de prison leur jeune partenaire Clint Belmet (Gary Cooper), deux vieux trappeurs, Bill Jackson (Ernest Torrence) et Jim Bridger (Tully Marshall), font croire au shérif de la ville d’Independence que Clint vient juste d’épouser Felice (Lili Damita), une jeune orpheline française sur le point de joindre les colons pour ce long voyage de presque 3000 kilomètres à travers les étendues dangereuses du pays. Ils espèrent ainsi amadouer et faire fléchir l’homme de loi en l’apitoyant. Et c’est ce qui arrive, Clint se voyant même confier la mission de guider le convoi. Voici nos trois gaillards et la belle jeune fille partis pour une grande aventure, confrontés aux indiens Kiowas et à de vils trafiquants d’armes. Comme si toutes ces embûches ne suffisaient pas à les tenir éveillés, Bill et Jim ne supportent pas que Clint s’amourache vraiment de Felice et font tout pour les séparer…


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Déjà au temps du muet, aux côtés de petits films de séries, le western de prestige à grand spectacle avait commencé à attirer les foules. Ce furent notamment et surtout La Caravane vers l’Ouest (The Covered Wagon) de James Cruze dans lequel le duo Ernest Torrence et Tully Marshall faisaient déjà partis du ‘voyage’, ou encore, tous deux signés John Ford, les épiques Le Cheval de fer (The Iron Horse) puis Trois sublimes canailles (Three Bad Men). Au début du parlant, les grands studios continuèrent sur cette lancée ; la MGM mit en chantier Billy the Kid dirigé par King Vidor, la RKO produisit La Ruée vers l’Ouest (Cimarron) mis en scène par Wesley Ruggles alors que la Fox se lança dans l’extraordinaire aventure que constitua le tournage de La Piste des géants (The Big Trail) que réalisa Raoul Walsh avec John Wayne dans son premier grand rôle. Malheureusement ce dernier fit un tel flop que la carrière de l’acteur fut mise en stand-by durant quasiment toute la décennie. Quant à la contribution de la Paramount aux westerns à budgets conséquents, il s’agit non moins que de ce Fighting Caravans qui récolta quant à lui l’adhésion du public et qui remplit les caisses du studio. Le recul et le temps ayant fait leur travail avec lucidité, alors que le film spectaculaire de Walsh se retrouve pour la postérité dans toutes les bonnes anthologies -non seulement du western mais du cinéma dans son ensemble-, celui du duo Otto Brower et David Burton les a quasiment tous déserté. Et pour cause…


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Effectivement, aucune injustice dans ce fait puisque, à l’image de ses derniers plans sur les séquoias majestueux de l’Oregon, le film de Walsh reste toujours aussi impressionnant plus de 80 ans après sa sortie alors que Fighting Caravans se révèle totalement irregardable et, contrairement à La Piste des géants, aussi indigent sur le fond qu'inepte sur la forme. Et pourtant, ce ne sont pas les moyens qui lui ont manqué. "More money, time and talent lavished on this picture than any other on Paramount's great 1930-31 program!" proclamera haut et fort la publicité. Le tournage dura six mois, se déroula dans de nombreuses régions, deux chef-opérateurs, une dizaine de compositeurs et deux réalisateurs furent engagés pour l’occasion afin de participer à l’adaptation de l’un des nombreux romans du prolifique et célèbre écrivain 'westernien', Zane Grey, dont le nom apparait d’ailleurs en tout premier au générique. Les deux cinéastes en charge de ce western de prestige sont de nos jours presque totalement méconnus : David Burton fut chargé de mettre en boite toutes les séquences dialoguées et intimistes, Otto Brower les scènes plus mouvementées et les plans d’ensemble en extérieur. Tellement de kilomètres de pellicules furent utilisées que seulement 1/10ème se retrouve au montage, les rushs en trop allant servir pour d’autres westerns tournés par la suite par Paramount dont le propre remake de Fighting Caravans en 1934, Wagon Wheels de Charles Barton avec Randolph Scott en lieu et place de Gary Cooper.


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Le film narre l’aventure d’une traversée d’Est en Ouest des contrés américaines (tout autant majestueuses qu’hostiles) par une caravane de pionniers souhaitant se rendre en Californie, devant affronter en cours de route toutes sorte d’embûches dont les Indiens. Au sein de cet ample récit qui table sur la grandeur de ces colons, les auteurs insèrent pas mal d’humour à leur intrigue assez minimaliste par l’intermédiaire notamment d’un duo censé être pittoresque, celui que constituent Ernest Torrence et Tully Marshall. On y trouve aussi une romance avec quiproquos entre ce grand dadais de Gary Cooper et la plus délurée Lily Damita, une bagarre homérique, des attaques de convoi par les Indiens, des trahisons et drames… Malheureusement, tout ceci s'avère plus mouvementé sur le papier que sur l’écran, l’action étant non seulement réduite à portion congrue mais mise en scène sans aucun sens de l’épique, sans aucune vitalité (voir à ce propos la bagarre générale qui ne ressemble à rien). Car Fighting caravans est non seulement intempestivement bavard mais également plus que médiocre formellement parlant. Autant The Big Trail de Raoul Walsh nous émerveillait presque à chaque séquence par deux ou trois plans mémorables, autant Otto Brower nous ferait douter de sa capacité à cadrer, aucune (ou presque) de ses images nous restant en tête une fois le film terminé, le tout paraissant de plus extrêmement statique. Il se rattrapa heureusement par la suite lorsqu’il filma de spectaculaires séquences dans Duel au soleil (Duel in the Sun) de King Vidor ou encore dans le Buffalo Bill de William Wellman. Quant à la direction d’acteur de David Burton, elle n’est guère plus convaincante, seule Lily Damita faisant parfois illusion avec un jeu assez moderne pour l'époque. Pour le constater, il suffit de voir un Gary Cooper sans grand charisme ou d’excellents seconds rôles très mal exploités comme ceux d’Eugene Palette ou Jane Darwell. Sans rythme, sans souffle, sans vitalité, sans ampleur, sans aucune idée de mise en scène, ce western est de plus accompagné d’une plage musicale ininterrompue tout aussi pénible qu’exécrable, qui ajoute de l’agacement au mortel ennui que le film nous procure.


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Fighting Caravans est l’un des premiers westerns parlants et le deuxième avec Gary Cooper en tête d’affiche après The Virginian de Victor Fleming. Il pourrait de ce fait se targuer de posséder un petit intérêt historique si, à sujet équivalent, les westerns de James Cruze et Raoul Walsh n’avaient pas été précédemment d’une tout autre envergure. Il sera juste un incontournable pour qui serait un complétiste du grand comédien (au propre comme au figuré) qu’était Gary Cooper. Pour le reste, sans vouloir vous en détourner, vous aurez bien compris que je ne me permettrais pas pour autant de le vous le conseiller.
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Cimarron

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La Ruée vers l'Ouest (Cimarron, 1931) de Wesley Ruggles
RKO


Sortie USA : 09 février 1931

Bien aimé lors de sa découverte et encore réévalué à la hausse ce jour, Cimarron est l'un des premiers films à avoir reçu l'Oscar suprême, celui du meilleur film justement. Aujourd'hui, il récolterait encore probablement la statuette convoitée et, dans la foulée, de nombreux chroniqueurs ne se gêneraient pas de se gausser ensuite de l'attribution du prix à une oeuvre trop politiquement correcte, véritable machine à Oscars ! Mais dans le contexte de l'époque, il s'agissait d'un film très courageux et qui forçait le respect ; que le personnage principal d'un film prenne dès lors fait et cause (sur un ton certes un poil paternaliste mais qui peut s'excuser) pour les Indiens, les juifs, les noirs, les prostituées... que le même film applaudisse à l'émancipation de la femme..., ce n'était pas si courant et le western, genre considéré comme plutôt mineur, en est sorti grandi !


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En 1889, le Président Benjamin Harrison ouvre les portes d’un état jusqu’alors inhabité par les blancs : s’ensuit la fameuse ruée vers l’Oklahoma, étonnante course au lopin de terre organisée par les Etats-Unis afin que les colons choisissent un endroit où s'installer dans ce territoire encore désert dont on vient de déloger les Indiens. Cimarron est un film, s’inscrivant dans la tradition du roman fleuve américain (ceux justement d’Edna Ferber comme par exemple Géant), chroniquant un pan de l'histoire politique et culturelle des USA. Ici, celui de l’Oklahoma étalé sur quarante ans, de 1889 à 1929, à travers l’explosion puis la croissance d’Osage, une ‘Boom Town’ ayant atteint les 10 000 habitants en seulement six semaines, et au regard de la vie et des démêlés sentimentaux d’une famille de pionniers qui arrive dans cette ville champignon dès son éclosion, les Cravat. Yancey Cravat est un riche aventurier préférant quitter sa paisible vie à Wichita pour fonder un journal dans cette ville nouvelle. Durant son existence, envers et contre beaucoup (y compris son épouse élevée dans un milieu bourgeois, et ayant gardé de son éducation des principes rigides), il défendra tour à tour les Indiens spoliés à qui il veut donner la citoyenneté et les prostituées mises au ban de la société, prendra sous sa coupe un Juif, acceptera une bru indienne et finira par mourir dans le dénuement après avoir sauvé un ouvrier.


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Un très beau personnage de fondateur énergique et plein de vitalité, à l’aide duquel le réalisateur se sert pour nous délivrer un message de tolérance au milieu d’une ère qu'il décrit comme plutôt violente, raciste et despotique. De nombreuses scènes d'anthologie comme la célèbre séquence de la ruée, l'improvisation du journaliste en pasteur d'un soir, le procès de la prostituée, l’attaque de la banque (d'un étonnant réalisme)... ; à côté de ces séquences spectaculaires et de quelques éléments sentimentaux et mélodramatiques assez bien menés (le fils décidant d'épouser une indienne malgré le désaccord de sa mère ; la solitude de l’épouse alors que le mari n’a pas pu résister à l’appel d’une nouvelle ruée vers l’inconnu…), un aspect documentaire loin d'être évacué et au contraire passionnant. Ruggles s'attarde avec talent sur des images de cette 'naissance' et de cette 'croissance' non dénuées de poésies et de grandeur. Chaque nouvelle période est annoncée par un plan d’ensemble de la ville en plongée montrant son mouvement et son évolution ; on la voit ainsi sous nos yeux se bâtir, grandir, évoluer.


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Cimarron débute par la fameuse séquence de la course aux terres Cherokee en Oklahoma (reprise encore par la suite par Anthony Mann en 1960 dans son remake homonyme). Comme attendu, cette scène est assez ébouriffante, mais pourtant moins spectaculaire qu’une autre quasi identique dans Trois sublimes canailles (Three Bad Men) de John Ford cinq ans plus tôt. C’est d’ailleurs là que se situent les limites de l’épopée de Wesley Ruggles ; il a beau ne pas être dénué de talent, il ne possède cependant pas le sens du cadre et de l’image qu’avaient John Ford ou Raoul Walsh, ni la chaleur du premier ou la vitalité du second. Stylistiquement et esthétiquement parlant, le mélo westernien de Ruggles fait pâle figure à côté de The Iron Horse ou The Big Trail par exemple. Il est pourtant loin d’être déshonorant et se suit sans aucun ennui d'autant plus que l'interprétation est très convaincante, Richard Dix étant un excellent Yancey Cravat et Irene Dunne se sortant très bien d'un personnage difficile car pas forcément sympathique. Un très beau western progressiste que n'aurait certainement pas renié le Franck Capra période New Deal !
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Law And Order

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Law and Order (1932) de Edward L. Cahn
UNIVERSAL


Sortie USA : 01 mars 1932

1881. Après avoir nettoyé pas mal de ville de cet Ouest encore violent et impitoyable, l’ancien homme de loi Frame Johnson (Walter Huston), accompagné de son frère Luther ainsi que de ses amis Brandt (Harry Carey) et Deadwood, arrive à Tombstone dans l’espoir de trouver enfin une localité calme où s’installer pour y jouer paisiblement au poker. Malheureusement cette bourgade est aussi agitée que les autres, de plus contrôlée par un tyran local nommé Northrup qui a sous sa botte un shérif véreux. La réputation de nettoyeur de Johnson étant bien connue au Kansas, les notables ne supportant plus la mainmise de Northrup sur leur ville pas plus que le chaos qui y règne, viennent lui demander de l’aide pour restaurer la loi…


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Law and Order est un western toujours difficile à voir - et par ce fait encore peu connu en France - mais qui bénéficie pourtant d’une réputation plus que flatteuse auprès de la plupart des amateurs ayant eu la chance de le découvrir, étant même considéré aux USA comme l’un des meilleurs films du genre, les ouvrages de référence ne tarissant pas d’éloges à son égard. Il faut dire qu’historiquement parlant il s’avère être effectivement un solide pilier, une œuvre totalement atypique pour l’époque et la matrice d’un nombre impressionnant de futurs classiques du western. Alors qu’en ce début des années 30 et à quelques exceptions près, le western est un domaine où règnent uniquement l’optimisme béat et la fantaisie, l’obscur et besogneux Edward L. Cahn, ex-monteur de grands réalisateurs du muet, ainsi que John Huston, adaptent un roman de W.R. Burnett qui en modifiant les noms narre en fait le nettoyage de Tombstone qui se conclura par le fameux règlement de comptes à OK Corral. Lors d’un entretien avec Bertrand Tavernier repris dans son indispensable Amis Américains, John Huston nous le décrivait ainsi : "C’était un western très conventionnel, mais avec quelques choses en plus : de l’humour et un sens précis de l’époque. Il y avait aussi une idée : montrer que ces quelques hommes qui arrivaient dans cette ville n’étaient que des satellites de cette légende vivante. Ils vivaient dans son ombre, faisaient le même travail, et comme lui tiraient au revolver pour nettoyer une ville. Au début, c’étaient des héros pour les habitants. Puis ils découvraient que tout n’étaient pas aussi clair : les intérêts étaient multiples et divergents, et la ville se tournait lentement contre ces hommes…"


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Le film amenait ainsi des réflexions sur la loi et l’ordre tout en traçant un portrait étonnement réaliste et austère, une peinture impitoyable et sans concessions de cet Ouest tumultueux finalement encore assez récent, Wyatt Earp venant d’ailleurs de décéder à peine quelques années plus tôt. En replaçant Law and Order dans son contexte, il est donc évident qu’il marque une date très importante pour le genre et qu’il est tout à fait légitime de le considérer comme un western fondateur, certains parlant même de 'western crépusculaire avant l'heure'. On pourra également s'extasier à juste titre sur la modernité d’un ton très âpre, sur une volonté de dramatisation minimale, sur la mise en avant de personnages rustres et peu sympathiques, sur des idées de mise en scène assez novatrices et encore peu vues en ce début du cinéma parlant (longs et étonnants travellings, montage cut…). Le comédien qui interprète l’homme de loi inspiré du célèbre Marshall Earp n’est autre que le père du scénariste du film, Walter Huston, tandis que celui qui ressemble fortement à Doc Holliday, il est tenu par un des grands acteurs westernien du muet, Harry Carey Sr. A leurs côtés on pourra reconnaitre des visages très connus par les aficionados du genre comme Russell Simpson ou Andy Devine, ce dernier étant de la partie la plus savoureuse du film, celle de sa pendaison au cours de laquelle le condamné accepte son sort avec une certaine jubilation lorsqu'on lui fait comprendre qu'il devient le premier homme à être pendu ‘légalement’.


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Ceci étant dit et au risque de faire bondir les puristes, il n’est pas interdit de prendre autrement plus de plaisir qu’à ce film anti-spectaculaire et anti héroïque aux innombrables westerns ayant repris par la suite ce canevas, voire même au pourtant vilipendé remake de Nathan Juran avec Ronald Reagan reprenant le rôle de Walter Huston, le très distrayant Quand la poudre parle (Law and Order). Il est même possible de grandement s'y ennuyer et de trouver le fameux règlement de comptes totalement illisible, l’excuse de la confusion ne permettant pas de s’y immerger pour autant, d’autant plus qu’il aura été difficile d’éprouver de l’empathie pour quelques protagonistes de ce Gunfight que ce soit. Je vous invite néanmoins à aller vous rendre compte par vous-même : il est fort possible que comme une grande majorité vous tombiez sous ‘le charme’ de l’atmosphère de ce western sombre et minimaliste au ton s’apparentant bien plus à un film noir, assurément aux antipodes de la production westernienne des années 30, de plus reconstitution à priori assez crédible du Far West des ‘temps héroïques’.