Fritz Lang : La période américaine

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: La période américaine de Fritz Lang

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Hangmen Also Die! (Les bourreaux meurent aussi) (Fritz Lang, 1943) :

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Un Fritz Lang mineur quand même. Je ne sais à quel point la présence de Bertold Brecht est anecdotique tant ma méconnaissance de l'auteur est vaste, mais j'ai apprécié certains passages pour l'espèce de lyrisme ou poésie dite, pleine d'émotion et d'angoisse mêlées. Le film de propagande joue sur cette tension palpable, l'on sent les comédiens ô combien concernés, tant l'actualité résonne. Les balles sifflent, à moins que ce ne soient des corbeaux. La peinture du nazisme d'occupation fait froid dans le dos. Les bourreaux portent bien leur nom.

J'ai vu la version longue, qui elle également porte malheureusement un peu trop bien son nom. La partie introductive tire en longueur. A partir du moment où la Gestapo et la Wermacht organisent leur chantage odieux avec les otages, le film monte d'un cran.

On n'est qu'à moitié étonné par la prestation de Brennan. Quand on sait si bien joué les ivrognes ou les naïfs, rien de surprenant à dévoiler des talents autres. Il joue ici un historien tchèque avec justesse. Le discours lettre à son fils reste un moment fort du film.
Un acteur que je ne connaissais pas - du moins sa tête me dit quelque chose, mais elle parle trop bas, j'entends mal - a bienheureusement attiré mon attention. Il s'agit de Gene Lockhart qui joue ici le rôle d'un collabo veul et gras. Son double jeu lui vaut d'offrir au spectateur friand que je suis une multitude d'attitudes toutes aussi bien exécutées. Un plaisir.
C'est beaucoup moins le cas avec la petite Anna Lee, mais surtout avec l'impassible Brian Donlevy. J'ai quelque difficulté à trouver dans ma faible mémoire une riche gamme de rictus chez le bonhomme, il est vrai.

Quelques plans ici ou là, jeux d'ombres et lumière, jeux de cadres et de mouvements viennent rappeller qu'un maître est aux manettes. Malheureusement le projet politique et didactique du film fait perdre à Lang un sens et une dynamique plus à même d'émoustiller le spectateur pour l'éternité.

Quelques plans par ci, quelques numéros d'acteurs par là ne font pas un très grand film.

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Miss Nobody
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Re: Fritz Lang : La période américaine

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Règlement de comptes - The big heat

Sur une trame extrêmement simple qui reprend les ingrédients les plus communs du genre (le flic intègre, la police et les politiciens corrompus, les méchants cruels et misogynes, le parrain respecté), Fritz Lang brode un film noir excellent, qui regorge de violence et d'émotion.
« Règlement de comptes » est un film basé sur le concept de dualité, qu'il soit représenté par un beau visage à moitié brûlé, par les conflits internes qui habitent un seul homme, ou par un manichéisme trompeur entre bons et méchants... Le personnage de Dave Bannion, par exemple, est un homme ordinaire et intègre, sorte d'idéal américain. Mais quand sa soif de justice se meut en un désir bouillonnant de vengeance, il n'est jamais loin de se comporter comme ses ennemis. Glenn Ford, qui nous avait plutôt habitué à un jeu mou et peu expressif se révèle étonnamment convaincant dans ce rôle de flic mi-banal mi-justicier.
Dans cette sombre histoire de pègre et de vengeance, les femmes, victimes autant que criminelles, ne sont pas en reste. Bien que l'archétypale femme fatale soit absente de la galerie des personnages, on y retrouve deux demoiselles de caractère: l'une, cupide, n'hésite pas à faire chanter le grand ponte de la mafia, l'autre, impertinente et insoumise, dénouera le récit dans un dernier règlement de compte... Gloria Grahame, qui interprète cette dernière, y trouve un des rôles féminins les plus intéressant et émouvant du film noir.
La réalisation et le montage, extrêmement maîtrisés et efficaces, ne nous laisse aucun moment de répit (pas même dans les scènes où l'on voit Glenn Ford mener une vie de famille idyllique et tranquille, probablement car l'odeur de souffre n'est jamais bien loin de ce bonheur illusoire); nous sommes tenus ainsi hors d'haleine tout au long de la petite heure et demi que dure le film, avalant avec délectation la répugnante peinture d'un système corrompu et violent.
Rarement un film noir ne m'a paru si puissant et agréable.

8,5/10
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Demi-Lune
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Demi-Lune »

Miss Nobody wrote:Règlement de comptes - The big heat
J'en garde le souvenir d'une déception : après les exceptionnelles premières 40 minutes (le premier plan subjectif, hommage à Hitchcock, donne d'emblée le ton), où Lang installe un cadre poisseux et pourri jusqu'à la moëlle, le film n'était plus parvenu à me captiver. La mort de l'épouse de Glenn Ford marque symboliquement cette fracture : ce qui s'ensuit s'apparente à un soufflé qui retombe progressivement, malgré la fameuse scène du café bouillant. J'ai également le souvenir (mais ceux-ci sont plus incertains) d'une course-poursuite finale sur une terrasse dans l'esprit de Benny Hill entre Glenn Ford et Lee Marvin (tous deux impeccables dans leurs rôles respectifs). Je suis donc loin de voir en Règlements de compte le chef-d'oeuvre absolu du film noir que beaucoup clament. Mais, je le répète, la première partie est époustouflante.
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Boubakar
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Re: Fritz Lang : La période américaine

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Chasse à l'homme (1941)

S'ouvrant sur un prologue absolument superbe et terrifiant à la fois (un homme couché dans une foret, met en joue Hitler dans le viseur de son fusil, mais sans appuyer sur la détente, puis va être capturé et torturé par les nazis avant de s'enfuir), c'est une œuvre anti-nazi intéressante, sous couvert d'un film à rebondissements très efficace.
Disposant d'un casting royal (John Carradine et Walter Pidgeon en tête), il y a un certain suspens dans la traque de cet homme, qui va utiliser plein de subterfuges afin de rejoindre l'Angleterre, et où il va nouer une liaison avec une jeune femme qu'il rencontrera après avoir échappé à ses bourreaux.
Tourné durant la seconde guerre mondiale, donc ouvertement propagandiste, mais dont le message n'est que peu appuyé, et qui relève d'une conclusion particulièrement forte, où l'on voit que la fuite n'est pas une solution.
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Re: Fritz Lang : La période américaine

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Demi-Lune wrote:
Miss Nobody wrote:Règlement de comptes - The big heat
J'en garde le souvenir d'une déception : après les exceptionnelles premières 40 minutes (le premier plan subjectif, hommage à Hitchcock, donne d'emblée le ton), où Lang installe un cadre poisseux et pourri jusqu'à la moëlle, le film n'était plus parvenu à me captiver. La mort de l'épouse de Glenn Ford marque symboliquement cette fracture : ce qui s'ensuit s'apparente à un soufflé qui retombe progressivement, malgré la fameuse scène du café bouillant. J'ai également le souvenir (mais ceux-ci sont plus incertains) d'une course-poursuite finale sur une terrasse dans l'esprit de Benny Hill entre Glenn Ford et Lee Marvin (tous deux impeccables dans leurs rôles respectifs). Je suis donc loin de voir en Règlements de compte le chef-d'oeuvre absolu du film noir que beaucoup clament. Mais, je le répète, la première partie est époustouflante.
Tu te sentiras peut-être moins seul si je te dis que je pense la même chose. :?
Certains risquent de bondir, mais je garde un meilleur souvenir du trop sous-estimé Désirs humains (autre adaptation de La bête humaine de Zola, après celle de Renoir), que j'ai vu 2 fois (il y a pas mal de temps quand même).
Un très bon Lang qui mériterait une édition dvd.
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Miss Nobody
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Miss Nobody »

Demi-Lune wrote:
Miss Nobody wrote:Règlement de comptes - The big heat
J'en garde le souvenir d'une déception : après les exceptionnelles premières 40 minutes (le premier plan subjectif, hommage à Hitchcock, donne d'emblée le ton), où Lang installe un cadre poisseux et pourri jusqu'à la moëlle, le film n'était plus parvenu à me captiver. La mort de l'épouse de Glenn Ford marque symboliquement cette fracture : ce qui s'ensuit s'apparente à un soufflé qui retombe progressivement, malgré la fameuse scène du café bouillant...
Attention spoiler

Effectivement, il y a bien deux parties dans ce film, séparé par la mort de l'épouse, le point de rupture qui change le justicier en vengeur. Mais je trouve que non seulement elles s'enchaînent avec beaucoup de fluidité, mais encore je les trouve toutes deux haletantes et réussies. Si la première partie est un prologue descriptif très bien tourné, la seconde partie m'a paru plus captivante encore et surtout plus émouvante, essentiellement de par l'apparition du personnage de Gloria Grahame (qu'on imagine éprise de Dave Bannion, un homme qui n'est pourtant pas fait pour elle, même si ce n'est jamais clairement signifié), la scène de brûlure qui change son apparence physique et psychologique, ses derniers gestes (le meurtre de la femme, et la seconde scène d'ébouillantement) à la fois guidés par la vengeance, le désespoir et le courage. Son personnage éclipse presque en fait celui de Bannion, car il est plus fort et moins engoncé dans la bonne morale. Peut être est-ce mon côté féminin qui m'a fait préféré cette partie à la précédente. J'ai même pleuré à la mort/rédemption (pourtant légèrement poussive) de Gloria.
C'est vrai par contre que le côté "enquête en solitaire" avec le personnage de Glenn Ford peut sembler légèrement moins abouti dans la seconde partie que dans la première.

D'une manière globale, je n'ai eu aucunement l'impression d'un soufflé qui retombe. Les films comme ceux-là m'impressionnent toujours justement car dans un format de poche (1h30, c'est quand même pas grand chose), ils parviennent à la fois à présenter une histoire haletante et à développer chez le spectateur une grande empathie/sympathie/antipathie pour des personnages relativement profonds. Personnellement, je suis bluffée.
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Jeremy Fox
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Re: Fritz Lang : La période américaine

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Le Retour de Frank James (The Return of Frank James, 1940)


Au vu de l’immense succès obtenu par le Jesse James d’Henry King, la Fox pensa immédiatement lui donner une suite ; comme quoi le phénomène n’est pas si récent même si à l’époque il était encore très rare. Il ne faudra aux spectateurs patienter qu’à peine un an et demi avant de pouvoir découvrir comment Frank James allait se venger des deux assassins de son frère. Chose assez inhabituelle, le film de Fritz Lang débute par la reprise de la séquence finale du précédent, à savoir celle du meurtre de Jesse.

Ayant appris que Bob et Charles Ford avaient été acquittés par la justice (il faut rappeler que la compagnie de chemin de fer ayant proposée une prime pour la tête de Jesse avait aussi annoncé l’amnistie pour les membres du gang aidant à le dénicher), Clem (Jackie Cooper), un adolescent que Frank a pris sous son aile, pousse ce dernier à aller rendre justice lui même. Réticent au départ, il fini pourtant par se lancer à la recherche des frères Ford. Pour avoir les mains plus libres, ils font croire à la mort de Frank, Clem racontant y avoir assisté. Cette légende est reprise dans le principal journal de Denver suite à l’article d’une jeune reporter, la charmante et émancipée Eleanor Stone (Gene Tierney) qui tombe amoureuse de son présumé défunt ! Frank retrouve Bob et Charles dans un théâtre où ils interprètent eux même leur exploit qui consiste à abattre héroïquement ‘les vils frères James’. Une poursuite s’ensuit dans les montagnes escarpées ; Charles fait une chute mortelle dans un torrent mais Bob parvient à s’enfuir. Désormais tout le monde est au courant que Frank est encore en vie. Il est bien décidé à aller jusqu’au bout de sa vengeance mais dans le même temps il apprend que Pinky, l’homme noir travaillant à sa ferme, est arrêté pour complicité de meurtre et condamné à mort. Sur les conseils d’une Eleanor agacée par les priorités vengeresses de l’homme qu’elle aime, Frank rebrousse alors chemin pour aller défendre celui que l’on accuse à tort…


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Intéressant de voir d’une année sur l’autre deux cinéastes aussi talentueux que différents par leur style et leur sensibilité poursuivre la même histoire avec huit des acteurs du premier film. Mais attention, une fois encore, l’histoire n’a rien à voir avec la réalité puisque Frank James n’est jamais parti à la recherche de ses ex-complices ; il s’était volontairement rendu à la justice déclarant à la presse : « Je suis fatigué de cette vie de hors-la-loi… Je désire vivre comme les autres hommes, avoir un foyer, une épouse et des enfants ». Il fut acquitté en 1883 lors d’un long procès. Destin trop peu enthousiasmant et héroïque pour les spectateurs qui demandait à ce qu’il y ait une vengeance en bonne et due forme ; idée peu originale mais sachant qu’il s’agissait d’un des thèmes de prédilection du grand Fritz Lang, son choix en tant que réalisateur s’avérait assez judicieux même s’il n’était aux USA que depuis 5 ans et qu’il n’avait auparavant encore jamais tourné de western.

Histoire somme toute très conventionnelle mais à l’intérieur de laquelle on trouve quelques ambigüité au sein même du personnage joué merveilleusement bien par un Henry Fonda magistral. Il faut dire qu’à cette époque déjà, l’acteur en était arrivé à se montrer très exigeant sur le choix de ses films voulant comptabiliser une carrière sans faux pas, n’acceptant que les rôles correspondant parfaitement à sa sensibilité. Il n’accepta de tourner dans cette suite que sur les conseils de son ami Henry Hathaway auquel cas contraire il aurait refusé catégoriquement. Pourtant, avec sa manière toute personnelle de chiquer son tabac, son regard bleu acier perdu dans une espèce de perpétuelle mélancolie, sa démarche particulière, il est tout bonnement parfait d’autant que son personnage n’est pas exempt d’aspects antipathiques ; dès le début on le sent assez condescendant envers son ‘nègre’ qui ne s’en laisse pourtant pas compter (le rôle de Pinky est d’ailleurs plus étoffé que dans le film de King, Ernest Whitman maniant ici une ironie assez bienvenue pour l’époque) et a des idées assez réactionnaires sur le rôle des femmes dans la société, ne comprenant pas comment l’une d’elle peut prétendre à être journaliste alors que sa place devrait être devant les fourneaux. Frank est également un personnage indécis et peu enclin à aller de l'avant de sa propre initiative ; c’est le jeune Clem qui le pousse à aller poursuivre les assassins de son frère et c’est la journaliste qui le sermonne de préférer poursuivre Bob plutôt que d’aller sauver la vie de Pinky. Pour rendre le tout encore un peu moins ordinaire que l’on aurait pu l’imaginer, Sam Hellman et Fritz Lang iront à l’encontre de l’héroïsme du personnage interprété par Tyrone Power puisque Frank ne sera à l’origine d’aucune des deux morts.


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Dommage que les autres personnages principaux soient plus convenus, que ce soit Jackie Cooper ou même l’adorable Gene Tierney qui, pour sa première apparition à l’écran, s’avérait non pas encore une actrice prometteuse mais en tout cas une femme à la formidable photogénie ; Fritz Lang l’avait visiblement remarqué et George Barnes la photographie divinement comme tout le reste d’ailleurs. Plastiquement, on sent grandement l’influence de Lang avec ses clairs obscurs, sa profondeur de champs, son travail sur les ombres, certaines séquences semblant encore devoir beaucoup à l’expressionisme allemand comme celle du hold-up ou celle finale se déroulant dans une grange sombre ; rarement encore dans un western nous avions vu un travail aussi recherché au niveau de la photographie d’autant que George Barnes manie aussi le Technicolor de la Fox avec génie, les habits noirs et bruns de la plupart des personnages faisant mieux ressortir les tâches de couleur de certains costumes et éléments de décors. Quant aux extérieurs, ils sont splendidement filmés et photographiés, témoin l’une des rares séquences mouvementée, celle de la poursuite à cheval des frères Ford qui, malgré quelques transparences embarrassantes, est tout simplement parfaite ; Fritz Lang est tellement confiant en la force et la beauté de ses images et de son montage qu’il n’a même pas voulu y inclure de musique et que ça fonctionne pourtant à la perfection. Une partition d’ailleurs très réussie de la part de David Buttolph dont le leitmotiv inquiétant n’est pas sans préfigurer certains des futurs de Bernard Herrmann.


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Une suite toute à fait honorable au très beau film d’Henry King, moins romantique, moins mouvementée, moins captivante, moins émouvante, moins bucolique et pourtant presque tout aussi réussie du fait justement de ces différences de tonalité et de style ; un accent plus noir sans pour autant se départir d’un humour jamais gênant et au contraire bienvenu dans un western aussi austère. Le procès final au cours duquel on juge Frank du meurtre d’un employé lors du hold-up qui ouvre le film voit Henry Hull se déchainer en tant qu’avocat de la défense qui fait comprendre aux jurés la collusion très forte qu’il existe entre l’accusation et la compagnie de chemin de fer à l’origine de tant de spéculations et de spoliations ayant causés bien des malheurs aux petits fermiers du Sud des Etats-Unis dont la plupart font partie. « Frank a volé le chemin de fer qui vous a volé vos terres ». Une séquence qui finie de rendre ce film un poil trop bavard mais qui se révèle très intéressante par la mise en présence des deux conceptions opposés du rôle des frères James à l’époque de leurs méfaits, des thèses historiquement réelles cette fois et qui divisèrent l’opinion publique à la fin du 19ème siècle. S’ensuit un final digne des grandes précédentes réussites du cinéaste allemand, celle se déroulant dans une grange à peine éclairée entre Frank James et Bob Ford ; superbe travail une fois encore sur les ombres et lumières.


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Bref, après m’y être un peu ennuyé aux précédentes visions, encore un film que j’ai grandement réévalué au cours de ce voyage chronologique (même si nous sommes encore loin de la réussite exemplaire). Peut-être est-ce due à la formidable qualité du DVD qui malheureusement ne possède pas de sous titres français mais en revanche d’une VF d'époque.


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Les Pionniers de la Western Union (Western Union, 1940)

Serait-ce le fait d'une copie pas très pimpante (quoique tout à fait regardable) ? En tout cas, contrairement à Frank James que j'ai beaucoup réévalué, Western Union m'a de nouveau fortement déçu :-(

1860. Vance Shaw (Randolph Scott) est poursuivi par une bande de cavaliers. Au cours de sa fuite, il tombe au milieu des montagnes désertiques sur un homme blessé. Voulant dans un premier temps l’abandonner, il décide finalement de le raccompagner jusqu’à une cabane afin qu’il y soit soigné. Quant à lui, il poursuit sa route sans prendre même le temps de descendre de cheval. Les deux hommes se retrouvent face à face quelques mois plus tard alors que Vance est en train de courtiser Sue (Virginia Gilmore) qui se révèle être la sœur de ‘son’ blessé ; ce dernier n’est autre qu’Edward Creighton (Dean Jagger), l’un des responsables de la Western Union, ligne télégraphique qui doit être installée entre Omaha et Salt Lake City ; quant à l’ex bandit, il est venu à Omaha dans le but de trouver du travail et ainsi refaire sa vie. Edward Creighton ayant entre temps appris que son sauveteur avait participé au cambriolage d’une banque et que c’étaient les autorités qui le pourchassaient lors de leur précédente rencontre, il n’en fait pas cas, ne lui en reparle même pas et accepte de l’embaucher dans son équipe comme convoyeur du troupeau allant servir à nourrir les travailleurs. Vient se joindre à eux, Richard Blake (Robert Young), un ingénieur qui n’est pas insensible lui non plus à la charmante Sue Creighton. Le convoi des ouvriers peut enfin se mettre en branle mais les ennuis ne tardent pas à se mettre de la partie : vol de bétail, attaques indiennes, incendie des chariots… ‘Les pionniers de la Western Union’ ne sont pas au bout de leurs peines surtout que Vance Shaw, alors qu’il était parti à la recherche des bêtes dérobées, tombe en plein sur les voleurs qui se révèlent être ses anciens complices dirigés par l’inquiétant Jack Slade (Barton MacLane) ; ceux-ci prétendent œuvrer pour les Confédérés alors qu’il ne s’agit que d’un prétexte pour piller. Ne voulant pas dénoncer ses ex-associés, Vance demande sa démission à Edward Creighton qui la refuse…


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Après Le Retour de Franck James, Fritz Lang, fasciné par les paysages du Far West qu’il commençait à découvrir, se lance une deuxième fois dans ce genre typiquement américain qu’est le western, genre qu’il tenait en haute estime d’après, entre autre, l’interview qu’il donna aux Cahiers du Cinéma dans les années 50 : "J'aime les westerns. Ils possèdent une éthique très simple et très nécessaire. C'est une éthique que l'on ne signale plus parce que les critiques sont devenus trop sophistiqués…" Suite au succès obtenu par le précédent, la 20th Century Fox lui octroie un budget et des moyens logistiques conséquents et lui laisse toute lattitude pour réaliser ‘cette épopée du télégraphe’ (aussi appelé ‘le fil qui chante’ par les tribus indiennes). "Je n'ai pas montré le Far West tel qu'il était mais mon film a fait rêver le public et lui a donné le désir que le Far West ait réellement été ainsi" disait il à propos de Western Union ; une phrase qui explique parfaitement pourquoi certains sont tombés amoureux du western ‘made in Hollywood’ dès leur plus jeune âge. Un Far West à la fois authentique et teinté d’une aura romantique, un western peu avare de spectaculaire et de faits historiques pour légitimer son sérieux ne pouvaient que combler nos plus rêveuses attentes. Et le western de Fritz Lang fut pour beaucoup une sorte de déclencheur de cette passion pour un Far-West à la fois coloré et violent, envoûtant et héroïque.


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Malheureusement, à la revoyure, si Fritz Lang avait parfaitement réussi la suite du parcours dramatique de Frank James, il semble en revanche avoir été mis en difficulté par son manque de sens épique, ses séquences mouvementées manquant singulièrement d’envergure, son style sec s’accomodant assez mal de l’ampleur qu’elles auraient mérité d’avoir. On ne retrouve sa patte qu’à de trop rares reprises, le cinéaste ayant l’air d’avoir aussi eu du mal à jouer avec les conventions du genre ; au vu de ce qui s’était fait précédemment, le résultat aurait certainement été meilleur si Michael Curtiz ou Cecil B. Demille avaient pris les choses en main. La déception est d’autant plus grande que le premier quart d’heure laissait augurer un film brillant. En effet, les cinq premières minutes voyant la traque au milieu de paysages désertiques et montagneux de Randolph Scott par une bande de cavaliers rappellent cette formidable séquence de poursuite dans Le Retour de Frank James, la musique de David Buttolph résonnant étonnement moderne alors que la plupart du temps, au cours du même film, elle se révèle beaucoup trop simpliste, sa tentative de jouer avec le folklore des airs de l’époque faisant chou blanc, noyant, par son aspect guilleret, la puissance que certaines images auraient pu avoir. Par la suite, on se délecte encore du recrutement des ouvriers et de la mise en place de l’expédition avec moult intéressants détails visant à l’authenticité puis on savoure l’amusant triangle amoureux qui se noue entre Randolph Scott, Robert Young et Virginia Gilmore. Puis c’est le départ d’Omaha pour Salt Lake City et, après un superbe long plan fixe sur la rangée de poteaux qui s’érigent au crépuscule tout au long de la plaine, le film s’embourbe dans les clichés les plus éculés, les séquences les plus banales, le cinéaste n’arrivant qu’à de rares moments à transcender son matériau de base trop commun.


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Le film a beau être haut en couleur, rempli de péripéties, d’action, d’humour et de lieux dépaysants, l’ensemble ne dépasse que rarement le niveau de nombreux films de série de l'époque. Le scénario de Robert Carson est écrit à gros traits ; il semble constitué d’une suite de séquences accolées les unes aux autres sans progression dramatique et les pesonnages paraissent avoir été dessinés à la truelle ne subissant guère d’évolution dans la durée. Il y avait pourtant de quoi faire avec de tels événements (dont le dramatisme est constamment court-circuitée par un humour en plein milieu de chaque séquence amené par le comique de service, Slim Summerville par ailleurs assez drôle), un tel potentiel ‘documentaire' (quasiment pas exploité) et un personnage dans la droite lignée des habituels héros ‘langien’ poursuivis par la fatalité, celui interprété avec talent par Randolph Scott, homme victime de son appartenance familiale tentant une ultime rédemption mais rattrapé par son destin tragique. On se réjouit d’ailleurs de ce final amer éloigné du happy end hollywoodien traditionnel, de ce goût minutieux pour une certaine authenticité, de la présence de Dean Jagger (qui après Brigham Young, finit pour la seconde fois en une année un périple le conduisant à Salt lake City :lol: ) mais on se désole au contraire de la présence d’un personnage féminin totalement sacrifié, d’un Robert Young bien terne, de transparences hideuses lors notamment de la rencontre avec les Indiens… Car même plastiquement et techniquement, le film nous laisse sur notre faim ; peu de plans inoubliables, peu de séquences marquantes hormis celle qui ouvre le film et le duel final. La fameuse séquence de l’incendie se révèle même indigne d’un film disposant de tels moyens malgré le fait que certaines images nocturnes impriment durablement la rétine.


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Western Union aurait été signé Ray Enright ou George Marshall, j’aurais certainement été moins sévère mais nous étions en droit d’attendre mieux de la part de Fritz Lang. Un rendez-vous loin d’être honteux mais en partie manqué dont je suis le premier à être attristé puisqu’il constitua l’un de mes souvenirs d’enfance les plus marquants avec un autre film m’ayant déçu lui aussi voici quelques mois, Le Grand Passage de King Vidor. On ne peut malheureusement pas être sensible à tous les classiques.
Nestor Almendros
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Nestor Almendros »

REGLEMENT DE COMPTES

On en parlait dans le topic Glenn Ford, ça m'a donné envie de revoir cet excellent plar qui ne m'avait pas plus emballé que cela lors de sa découverte il y a quelques années. J'en profite également pour rebondir sur l'avis de Miss Nobody que je partage. Elle a vu juste en associant l'image du visage à moitié blessé avec la thématique du film. Effectivement, le scénario utilise de nombreuses figures du genre, du flic vengeur à la pègre influente. Mais ici, encore davantage, on ressent l'ambivalence d'une société à la morale fluctuante où se livrent des combats intérieurs importants. Les personnages comme les institutions hésitent entre le Bien et le Mal, la droiture pour certains, la facilité de l'argent pour d'autres: la société est tiraillée, tentée par deux extrêmes. La corruption fait rage et, notamment dans les hautes sphères de la police. Il est visiblement courant de se laisser aller à quelques fréquentations peu recommandables. Même le caïd local, très influent, cache derrière des apparences notables ("la maison immaculée") un empire basé sur le crime: perte des repères. Comme avec le héros, à la droiture indiscutable, qui va se laisser envahir par des pulsions primaires au risque de se rapprocher moralement de ses ennemis.
Parmi tous les personnages, le plus subtil est peut-être celui incarné par Gloria Graham: c'est une pauvre fille, simple, qui a sacrifié son bon fond pour le clinquant facile de l'environnement criminel. Comme le commissaire principal ou le collègue policier qui ne veut pas trop se mouiller à quelques années de la retraite, elle profite du système, va à l'encontre de ses valeurs. Un dernier sursaut héroïque et honorable la remettra dans le droit chemin ("happy end" oblige, la rédemption était inévitable). La composition de l'actrice est probablement l'une de ses plus mémorables. Loin de la femme fatale classique, elle compose un personnage entêté, qui ne se laisse pas forcément faire et qui derrière une certaine vulgarité cache peut-être plus de classe qu'il n'y parait.

Globalement, le film semble être une sorte de précurseur d'un cinéma à venir, plus réaliste et plus violent, par le parcours psychologique de son personnage principal (qui m'a rappelé le Chance de POLICE FEDERALE LOS ANGELES vu il y a quelques jours à peine) ou surtout par l'impression de violence qui émane de certaines scènes. Les bagarres sont brutales, les coups de théâtre attrapent à la gorge. Il se dégage de cette très bonne histoire une sécheresse peut-être inédite pour l'époque.
Joe Wilson
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Joe Wilson »

J'ai le droit de vivre

Un superbe film, qui rejoint Furie dans ses thématiques, explorant l'aveuglement d'une société qui précipite l'individu vers l'abîme. Sa perception de l'engrenage de la violence empêche toute envolée démonstrative, le récit se révélant poignant dans l'expression de contradictions et l'aveu d'une impuissance. Car face à un quotidien destructeur, la figure du couple ne peut que se réfugier dans l'illusion d'un imaginaire.
Si l'intrigue est parfois expéditive, la mise en scène de Lang est somptueuse dans ses contrastes d'ombre et de lumière, jusque dans cette scène mémorable où Henry Fonda scelle définitivement son destin, dans l'expression d'une colère désespérée. L'acteur fascine par son regard, entre hargne, angoisse et tendresse, magnifique contrepoint à la générosité et à la pureté de Sylvia Sidney.
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Alligator
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Alligator »

Man Hunt (Chasse à l'homme) (Fritz Lang, 1941) :

http://alligatographe.blogspot.com/2011 ... -hunt.html

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Terrible déception! J'ai osé lire ici et là que Man Hunt constituait le meilleur film de propagande de Lang et même une réussite générale avec un suspense jamais démenti et patati et patata et patatras!

J'ai eu la nette impression de voir un film d'Hitchcock raté, sans son art du rythme et de l'équilibre. On voit bien que Fritz Lang essaie de grimper ses 39 marches mais que dès la 7e ou 8e il est déjà trop essoufflé.

La relation entre Walter Pidgeon et Joan Bennet est à deux doigts d'être émouvante. Peut-être que le jeu un peu trop appuyé de l'actrice quand elle pleurniche finit par donner une teinte trop caricaturale à son personnage. Sûrement que la caméra insiste trop sur la jeune femme et ne visite pas suffisamment le visage du bonhomme. Comme si Walter Pidgeon était absent pour qu'il y ait réellement une histoire d'amour entre eux.

Oui, le film attaque le nazisme dans un pays qui n'est pas encore en guerre. Oui, Fritz Lang assume un trait volontiers agressif, une forme d'activisme propagandiste qui se renforce avec le dernier chapitre du film. Je ne crois pas que ce soit cette caractéristique, tout à fait légitime, qui me gêne. Elle n'est pas trop simpliste, décrivant une réalité bien moins glauque même que ce dont on pouvait s'imaginer de l'autre côté de l'Atlantique. La barbarie nazie est pourtant montrée du doigt avec un personnage assez fourbe et fou pour qu'on puisse dire de George Sanders qu'il l'incarne avec persuasion.

Ce qui me gêne doit plutôt provenir du manque de liant général et peut-être également d'une sorte de lassitude devant les films de propagande anglais et américains de cette époque. Là on est plus face à un problème tout personnel. Ceux d'Hitchcock, ceux de Powell et Pressburger, ceux de Lang et de beaucoup d'autres, la liste s'allonge et forme un ensemble de films qui, parce que j'en regarde de manière excessive, finissent par un peu trop se ressembler.

Fritz Lang a-t-il voulu donner à son "Man hunt" un ton moraliste ou philosophique comme pourrait le laisser supposer une des dernières scènes, celle de la grotte où Walter Pidgeon s'est enfermé au terme d'une course poursuite qui n'a cessé de le priver de ses marges de manœuvre? Malheureusement, cette réflexion somme toute métaphysique sur le bien fondé d'une dichotomie entre bien et mal arrive un peu tard à mon sens. J'ai bien aimé cette séquence, cette situation qui finalise de façon tout à fait logique le parcours de chasseur "chassé", mais je me suis mis à bailler bien avant cela.

La première partie du film présente des personnages et une problématique générale de manière peu efficace, presque banale. En tout cas pas si originale que je l'aurais espéré. La partie allemande m'a ennuyé.

Celle du bateau tout autant. Le personnage énigmatique du sac d'os Carradine m'impressionne guère. Roddy McDowall a l'excuse de l'enfance, mais il joue comme un pied, agitant langue et yeux pour exagérer chaque expression. Le suspense ne décolle pas vraiment.

D'autant plus que le timing ou la place de la caméra par rapport à l'action m'a semblé ne pas faire preuve de l'acuité et du savoir faire d'un Hitchcock. La comparaison s'avère cruelle. Alors on attend d'avoir peur. En vain.

Une fois à Londres, j'ai cru que les brumes de la Tamise, les plans en plongée des ruelles sombres de la ville allaient intensifier tout cela. Quand la pègre se met en chasse, sous les ordres des allemands, on pense à l'intelligent usage de l'espace et de la foule de "M", mais en aucun cas cela n'aboutit ici à produire la même tension dramatique.

Les rares incursions dans la comédie de mœurs confrontant la haute aristocratie londonienne et la plèbe vulgaire et simple prête au mieux à sourire grâce à l'enthousiasme de Joan Bennet mais cela s'arrête là. Pas de grande portée. Reste un goût d'inachevé, surtout d'artifice, comme un passage obligé.

Alors bien entendu, il s'agit d'un film de Fritz Lang. Certains plans sont très bien construits. Quelques scènes offrent de très beaux cadrages et une photographie bien travaillée. Mais elles sont rares, surtout par rapport aux autres œuvres du maitre. La toute première scène, ce travelling avançant dans la forêt, on s'attend presque à voir le dragon des Nibelungen, puis un fondu enchainé passe à un travelling latéral au ras du sol suivant les pas d'un homme vers la droite et l'image débouche sur Walter Pidgeon à l'affût près à abattre Hitler. Quelle entrée en matière!
Le travail sur le découpage des personnages dans les ombres est parfois excellent mais au final c'est la frustration de ne pas en avoir eu plus qui prédomine chez moi. Enfant gâté. Y a des tartes qui se perdent! La scène du métro par exemple, est très décevante. Je m'attendais au grand frisson, à un plus gros travail sur les cadrages et les jeux d'ombres et lumières, sans parler de la durée beaucoup trop rapide.

J'en suis presque triste. Étrange. Ce n'est pas la première fois que je suis déçu par un film de Lang. Ce cinéaste m'aura fait passer par tant d'émotions, de hautes et des basses! Peut-être me faudra-t-il retenter ma chance sur ce film là, ça en vaut sûrement la peine. Lang est un type déroutant mais dont la complexité ne cesse de me fasciner.
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Père Jules »

Alors là ! Je suis franchement surpris de ta déception.
Certes il ne s'agit pas à mon sens du film le plus réussi de sa période américaine mais deux ou trois scènes m'avaient fortement impressionné. Je n'ai pas trouvé que le montage et l'action manquaient de souffle propre à faire naître un minimum d'intérêt. Bien au contraire.
Il faudrait que je le revoie à la lumière de ce que tu as écrit.
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Rick Blaine »

Alligator wrote: et peut-être également d'une sorte de lassitude devant les films de propagande anglais et américains de cette époque. Là on est plus face à un problème tout personnel. Ceux d'Hitchcock, ceux de Powell et Pressburger, ceux de Lang et de beaucoup d'autres, la liste s'allonge et forme un ensemble de films qui, parce que j'en regarde de manière excessive, finissent par un peu trop se ressembler.
Il y a beaucoup de vrai là dedans, on pourrait d'ailleurs y ajouter Train de nuit pour Munich de Reed par exemple. Ca ne produit pas le même effet de lassitude sur mois, je ressens toujours le même plaisir devant ces films, mais il y a une indéniable parenté entre eux, on ne peut pas parler d'une originalité de traitement.

Sur Man Hunt, c'est mon Lang américain préféré je crois. Pas nécessairement un film original, mais j'ai ressenti une grande tension dans le film, traitée avec une grande intensité, pas de temps mort, bien au contraire, et beaucoup de scène impressionnantes.
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Alligator »

C'est dingue quand même! Je l'ai vu en salle : j'aurais dû ressentir tout ce que vous exprimez! Comprends pô.
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Federico »

Presque pareil. Je l'ai vu en salle il y a longtemps mais m'en souviens assez bien. La première séquence est difficilement oubliable (et on imagine l'effet qu'elle dut produire aux spectateurs de l'époque), Pidgeon est très bien et sa relation avec Joan Bennett émouvante (je ne sais pas pourquoi je l'associe souvent avec le duo Taylor-Leigh de La valse dans l'ombre de Mervyn LeRoy) mais je ne pourrais le placer parmi les meilleurs de la période américaine de Lang.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Fritz Lang : La période américaine

Post by Julien Léonard »

Je comprends les réactions un peu étonnées devant Man hunt, c'est un film délicat à appréhender. Me concernant, je l'aime beaucoup, mais je continue à penser qu'il fonctionne surtout sur quelques grands moments et un fil conducteur où, bon sang, on se dit que le héros en veut ! Le premier quart d'heure est redoutable, ainsi que quelques autres scènes (le métro, le piège final...), et pourtant l'ensemble ne m'a pas laissé une trace indélébile non plus. Les spectateurs de l'époque ont dû être impressionnés, effectivement, et le film garde beaucoup de son pouvoir de séduction, mais il reste un film que je ne parviens pas encore à considérer comme réellement majeur au sein de la filmographie de Fritz Lang. Il lui manque notamment un peu de souffle, à mon humble avis, et la capacité à garder son rythme tout du long. Par ailleurs, c'est un film sombre que j'ai jugé même dépressif. Néanmoins, l'exercice technique reste de haut niveau.

Si l'on parle de soutien à l'effort de guerre, venant de Fritz Lang, je préfère en tout cas Les bourreaux meurent aussi et Espions sur la Tamise, tous deux aussi dissemblables que remarquables.
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