Fritz Lang : La période américaine

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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MJ
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Post by MJ »

les.photos.dalix wrote:Comment tu comprends cet usage des décors,pour "rancho notorious" tu parles de "western claustrophobique", il est certain que le film est loin d'utiliser les grands espaces, on pourrait parler de western "psychologique"... est ce en cela que tu disais "claustrophobique"? les décors permettant une plus grande concentration sur les personnages?
Grosso modo, oui.
Le protagoniste entre dans des lieux où il n'est jamais réellement à l'aise, dans la dernière partie il se sent pris au piège de la femme qui l'a séduite (un vague relent de film noir à ce niveau), les rapports entre les personnages commencent à sentir le roussi... On est dans des décors assez baroques, aux couleurs presque organiques, comme si ils allaient "dévorer" ceux qui y pénètrent.

Et voilà que je m'emporte. :|
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum
Alligator
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Post by Alligator »

Clash by Night (Le démon s'éveille la nuit) (Fritz Lang, 1952) :
6/10
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A force de chercher, on finit par trouver. Ayé! Enfin un Fritz Lang mineur!
Quelques plans qui rappellent qui est aux manettes de la caméra mais un film qui somme toute ne défrise pas du tout. Le propos est tout de même séduisant et assez bien mené à bout de bras par les pas si frêles épaules de La Stanwyck. A peu de choses près elle tient le film à elle toute seule. Aidée peut-être un peu par la prestation variable de Robert Ryan. Celle de Monroe parait par moments bien coller à son personnage. Mais j'ai quelques problèmes d'appréciation quant à Paul Douglas dans toutes ses tessitures si l'on puit dire (dans la routine bedonnante du pécheur naïf ou dans ses piques de colère démesurée : il est à deux doigts de se griffer le visage pour bien montrer qu'il est éploré) et les autres personnages secondaires ne sont pas plus attirants.
Un film dont on peut se demander ce qu'il fout dans le coffret Film noir n°2 de la Warner... Cette interrogation n'est pas seulement le fruit du happy end... point de meurtres, seuls quelques éclats de voix, le fracas des sentiments et surtout celui du désir enfoui, refoulé maladroitement par le personnage de Stanwyck et qui lui revient en pleine tête... forcément. La montée de la tension est l'axe central, la cheville de tout le film et vaut sans doute au film son adhésion au Noir. Ce point est à tel point évident qu'il ne faut pas longtemps pour s'en rendre compte. Du coup, on passe la majeure partie du film à attendre l'inéluctable... impatiemment.
Ca fait mal de le dire, mais je crains qu'on puisse dire de ce Fritz Lang qu'il n'est pas indispensable.
joe-ernst
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Post by joe-ernst »

Alligator wrote: mais je crains qu'on puisse dire de ce Fritz Lang qu'il n'est pas indispensable.
+1 : c'est verbeux et ennuyeux au possible...
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L'hyperréalisme à la Kechiche, ce n'est pas du tout mon truc. Alain Guiraudie
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

Mais non, mais non ! :)
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joe-ernst
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Post by joe-ernst »

Watkinssien wrote:Mais non, mais non ! :)
Mais si, mais si ! :)
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Watkinssien
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Post by Watkinssien »

De la période américaine, j'adore particulièrement Moonfleet (1955) !

Mais je suis pantois d'admiration devant J'ai le droit de vivre (1937), La Femme au Portrait (1944), L'Ange des Maudits (1952), While the City sleeps (1955) et Beyond a reasonable doubt (1956).
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Mother, I miss you :(
Alligator
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Post by Alligator »

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You Only Live Once (J'ai le droit de vivre) (Fritz Lang, 1937) :
7.5/10
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Formellement encore un admirable objet made in Fritz Lang. Dans le brouillard inquiétant ou bien dans les éclairages du regard souvent halluciné d'Henry Fonda, le maître allemand démontre son savoir-faire indéniable. Plaisir des yeux certain.

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Cependant ce plaisir est quelque peu malmené par l'histoire, noir "of course" mais disons un peu trop évidente. Rien n'échappe à un destin tout tracé, on le sait bien, il s'agit d'un film noir, d'accord mais pourtant un brin de surprise dans le récit, et surtout un peu plus de consistance chez le personnage joué par Fonda m'auraient réconforté. J'ai trouvé son personnage plutôt caricatural et borné, imbécile ai-je envie de dire.
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Quelques coups de plus portés à la vraisemblance quand la mère abandonne son enfant pour un destin bien périlleux. Bref, une histoire qui ne m'a pas chatouillé plus que ça.
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Post by Alligator »

The Big Heat (Réglement de comptes) (Fritz Lang, 1953) :

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Film noir efficace, réalisation de Lang bandante. Quel réalisateur tout de même! Admiratif je suis.

Je ne suis pas un fan de Glenn Ford. Sa tête ne me revient pas. J'ai envie de lui mettre des claques je ne sais pas pourquoi (Errol Flynn style?). Cependant il m'a bien plu dans ce film. Son personnage en prend plein la tête et il arrive bien à montrer la cocotte minute qui commence à siffler dans un simple regard. Je reconnais qu'il sert bien son personnage.
J'ai bien aimé la prestation de madame Nicholas Ray, Gloria Grahame, qué bella, sublime même brûlée, agile, enflammé et sexy en diable. Lee Marvin encore, et toujours dans un rôle de sombre salop, avec une trogne pas possible et une présence physique indéniablement noire.

Merci ed, un jdc qui m'a redonné envie de le voir.
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ed
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Post by ed »

Alligator wrote:Merci ed, un jdc qui m'a redonné envie de le voir.
Tu m'en vois ravi :D
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Re: La période américaine de Fritz Lang

Post by Alligator »

Fury (Fritz Lang, 1936) :

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Premier film américain de Lang si je ne m'empapaoute. Le genre Film noir associé par ImdB me semble un poil abusif, les personnages ne sont que très peu ballotés par le sort, ils prennent ou reprennent leur destinée en main. Celui de Spencer Tracy n'est pas loin de basculer du côté obscur de la force certes, mais l'amour, en plus d'être enfant de bohême et de ne pas avoir connu de loi, lui est d'un secours que le genre Noir n'admet que trop rarement et ne devrait admettre jamais. Bon, ce n'est là qu'un humble avis personnel, je ne grave rien dans la pierre.

Toujours est-il qu'on est saisi par la maitrise incroyable avec laquelle Lang nous prend au col pour nous amener là il veut. Il nous tient en haleine avec un suspense, une tension palpable, nous asphyxiant d'un récit escalade et par un montage savant ménageant un diable de rythme qui nous cloue l'oeil tout le long.
Spencer Tracy au regard blanc de peur, puis virant au noir de haine est gigantesque et offre là une performance qui rend baba d'admiration.

Malgré cela, je retiens tout d'abord la maitrise exemplaire de la narration du cinéaste.

Un petit bémol : les approximations, les incohérences scénaristiques sur certains personnages qui changent de comportement comme de chemise, notamment le shérif qui passe d'un extrême à l'autre sans réelle justification.

Sinon, y a du The chase d'Arthur Penn là dessous également.
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Re: La période américaine de Fritz Lang

Post by ex-beldvd man »

Alligator wrote:Fury (Fritz Lang, 1936) :
Sinon, y a du The chase d'Arthur Penn là dessous également.
They Won't Forget (1937) dans le même genre est très très bien aussi...
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Mama Grande!
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Re: La période américaine de Fritz Lang

Post by Mama Grande! »

La 5ème victime (While the city sleeps, 1955)

Un Lang que je voulais voir depuis longtemps et qui m'a plutôt surpris. Satyre de la presse, film de groupe, comédie de moeurs...tout ça relègue l'intrigue policière au second plan. Contrairement à ce que laisse entendre son titre, La 5eme victime / While the city sleeps n'est pas un pur film noir, mais un Lang léger et d'un humour qui m'a parfois rappelé l'autre maître du thriller Hitchcock. Donc si l'on est loin de la violence et de la noirceur de Règlements de compte, ou même de l'élégance envoutante de La Femme au portrait, La 5ème victime reste un film plaisant, plastiquement remarquable, comme toujours, et surtout très drôle: Dana Andrews au bar
Spoiler (cliquez pour afficher)
(dommage qu'il n'aille pas jusqu'au bout cela dit)
, les stratégies des duos pour obtenir le poste, les ragots à la rédaction du journal, la galerie de personnages... en fait en écrivant je me rends compte que j'ai beaucoup aimé :lol:
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cinephage
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Re:

Post by cinephage »

joe-ernst wrote:
Alligator wrote:Re : Le démon s'éveille la nuit
mais je crains qu'on puisse dire de ce Fritz Lang qu'il n'est pas indispensable.
+1 : c'est verbeux et ennuyeux au possible...
Je partage votre opinion très peu emballée : Le démon s'éveille la nuit est un film très théâtral, qui joue sur la corde du mélodrame, mais sans en avoir l'intensité émotionnelle. Malgré des comédiens propres à tenir de beaux échanges, on reste dans un registre de mots d'auteurs (souvent savoureux) qui tient à distance, réduit la crédibilité des personnages à la portion congrue (malgré une belle ouverture quasi documentaire), et on ne partage ni l'angoisse du niaiseux trompé (inévitable cocu), ni celle du couple illégitime (que rien ne rapproche, sinon un certain mal de vivre). Du coup, on regarde ce défilé de sentiments sans en partager aucun, et comme l'intrigue n'a d'autre rebondissement que sa psychologie contrariée, on s'ennuie par moments devant ce Lang fort mineur. En termes de mise en scène, d'ailleurs, je n'ai pas repéré grand chose d'intéressant. A mon sens, les points forts du film sont Stanwyck, Ryan dans une moindre mesure, et la qualité des dialogues, qui font parfois mouche. On ne passe pas un mauvais moment, mais je me demande ce que je garderai du film...
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
Pour caler mes bennos
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Phnom&Penh
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Re: La période américaine de Fritz Lang

Post by Phnom&Penh »

Espions sur la Tamise (Ministry of Fear) 1944

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Peut-être pas le meilleur de la période, mais un film de grande qualité avec beaucoup d'originalités. L'introduction est très étrange (l'homme devant une horloge a été un de mes premiers émois cinéphiles), il y a des scènes à la fois curieuses et pleines d'humour (la fête foraine, la séance de spiritisme), une atmosphère
MJ wrote:Le protagoniste entre dans des lieux où il n'est jamais réellement à l'aise... On est dans des décors assez baroques... comme si ils allaient "dévorer" ceux qui y pénètrent.
qui fait penser à ça,

un héros qui sort d'hôpital psychiatrique et vit une aventure assez folle, bref
les.photos.dalix wrote:le grand thème de ses films c'est la lutte contre le destin, ce qui compte le plus c'est la lutte, il parle même de "révolution". Ce sont tous les mécanismes menant au crime qui sont démontés sous le fameux angle de l'objectivité. Ce sont les conséquences du crime, cette culpabilité toujours si présente
il y a beaucoup de ça, et sinon,
les.photos.dalix wrote:Le rapprochement fait avec Hitchcock vous semble t-il pertinent?
Dans ce film, c'est clair, même si bien entendu ce sont deux grands artistes qui n'ont pas les mêmes thématiques.

Je ne m'étendrai pas plus sur l'un des grands films de mon adolescence, on en parle avec talent sur ce site:
http://www.dvdclassik.com/Critiques/esp ... ta-dvd.htm
et je remercie l'auteur de cette belle chronique :)

Enfin,
Watkinssien wrote:De la période américaine, j'adore particulièrement Moonfleet (1955) !
Mon film favori, de tous mes préférés de tous les films que j'aime! :D
et d'ailleurs L'Exercice à été profitable, Monsieur et Persévérance sont mes livres de cinéma favoris. Les deux ouvrages tournent beaucoup autour de Moonfleet.
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

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Re: La période américaine de Fritz Lang

Post by someone1600 »

J'aimerais bien le voir un jour ce Moonfleet. :?