Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

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Je serai au Salon du Livre de Cabourg le 20 juillet prochain.
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

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Nouvelle critique en ligne sur nonfiction.fr: Le cinéma français à l'heure allemande.
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ann Harding »

Nouvelle critique publiée dans la revue 1895:
Les éditions de La Tour Verte se sont spécialisées avec la collection « La Muse Celluloïd » dans des ouvrages qui présentent des personnalités ou explorent des sujets peu voire jamais abordés. Citons Corinne Luchaire, Mag Bodard, Albert Capellani, Simone Simon, Maurice Tourneur, les écrits de critique de Marcel Carné, les rapports de Max Ophuls et Danielle Darrieux, Sacha Guitry et la Malibran, etc. La période de l’Occupation a souvent retenu l’attention des historiens, mais les critiques et les historiens du cinéma ne sont pas en reste avec l’ouvrage fondamental de Roger Régent en 1948 (Cinéma de France, sous-titré ensuite De La Fille du puisatier aux Enfants du paradis), Jacques Siclier (La France de Pétain et son cinéma), Jean-Pierre Bertin-Maghit (Le Cinéma français sous l’Occupation), René Chateau (Le Cinéma français sous l’Occupation 1940-1944), Pierre Darmon (Le Monde du cinéma sous l’Occupation), Jean-Louis Ivani (Continental Films. L’incroyable Hollywood nazie). Les articles sont également innombrables, que l’on pense en particulier au dossier coordonné par Hubert Niogret dans Positif (n°682, décembre 2017), « La Continental. Le cinéma français occupé ». L’ouvrage de Christine Leteux apporte une contribution fondamentale qui rend caducs certains travaux précédents. À partir de la consultation attentive des archives aussi bien françaises qu’allemandes et de nombreux témoignages, l’auteur éclaire d’un jour nouveau l’histoire de la Continental (qui a produit 30 films dans sa période d’existence), revenant notamment sur le voyage des artistes français à Berlin en mars 1942 ou sur les circonstances de la mort d’Harry Baur, assassiné par les nazis. Préfacé avec enthousiasme par Bertrand Tavernier (qui a évoqué le sujet avec son film Laissez-passer), le livre constitue une borne miliaire dans l’histoire du cinéma français pendant les années de guerre qui ne demande qu’à être poursuivi par de nouveaux travaux car les zones d’ombre subsistent.
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ann Harding »

Une nouvelle critique de Charlotte Garson dans la revue Etudes:
« Chut ! » En couverture du livre, Prix du meilleur livre français 2017 du Syndicat français de la critique de cinéma, Raimu a l'index sur les lèvres dans Les inconnus dans la maison d'Henri Decoin – l'un des trente films produits par la Continental, studio créé à Paris par l'occupant allemand. Cette image n'est pas choisie au hasard : l'intrigue de Georges Simenon et les circonstances de production de ce film prêtent à des lectures ambiguës. C'est cet écheveau des années noires 1941-1944 – où la Continental, dirigée par le producteur allemand Alfred Greven appointé par Joseph Goebbels, a la mainmise sur le cinéma français – que l'auteure démêle en recoupant les dossiers d'épuration. La Continental sollicite les talents français, avec pour résultat une collaboration « grise » : exception faite de rares zélateurs pronazis, les professionnels diffèrent leur accord, prétextant une tournée en province ou des ennuis de santé, puis s'exécutent face à une menace économique (l'Allemagne n'autorise la reprise de la production en France que si la Continental fonctionne) et personnelle (à partir de 1943, ceux qui déclinent la demande de Greven sont envoyés au STO). S'il rappelle que ce cinéma privé de nombreux artistes d'origine juive a aussi produit des chefs-d'œuvre (Le corbeau de Henri-Georges Clouzot, 1943), le livre évoque une industrie fragilisée par les faillites de Gaumont et Pathé dans les années 1930 et l'exil à Hollywood des grands (Philippe Clair, Julien Duvivier, Jean Renoir). Il fait émerger des figures singulières, Russes blancs aux studios de Billancourt, Autrichien antinazi (le réalisateur Richard Pottier), Américain expulsable (Maurice Tourneur), Alsacien torturé par la Gestapo (le comédien Harry Baur)… Autant de cas particuliers qui détonnent dans une France « sous contrôle ».
Je vous laisse le soin de repérer la superbe coquille qui s'y cache...
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ed
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by ed »

Il a bien fait le Fuhrer en folie, on n'est pas si loin
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odelay
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by odelay »

Les films de la période américaine de Philippe Clair sont des chefs d'œuvre meconnus surtout "how did you get in, i didn't see you get out" avec Jerry Lewis.
Nestor Almendros
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Nestor Almendros »

Nestor Almendros wrote:Un petit mot sur le documentaire La Continental, le mystère Greven qu'ESC sort en DVD ces jours-ci. Greven sert de point de départ au récit de la Continental qui s'élargit peu à peu en une évocation du cinéma français de l'époque, avec les interventions éclairées et éclairantes de Tavernier, Jean Ollé-Laprune, Pascal Mérigeau (pour les plus connus) ainsi qu'un historien, un psychiatre, divers témoins et quelques extraits de films.

C'est une bonne synthèse du personnage, de ses productions et de l'époque, un vaste dossier qui contient encore pas mal de mystères. Les entretiens ont sans doute été filmés avant la parution du livre de Christine, c'est donc à la fois incomplet sur certains points et très complémentaire sur d'autres. C'est co-produit par OCS et la Chaîne Parlementaire (donc surveillez les possibles diffusions).

Le DVD est assez bien fait, avec des entretiens aux images soignées et un complément éditorial prometteur (avec commentaire audio et suppléments, pas encore visionnés).
Les curieux pourront découvrir ce documentaire lundi soir 20h30 sur La Chaine Parlementaire.
"Un film n'est pas une envie de faire pipi" (Cinéphage, août 2021)
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John Holden
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by John Holden »

Bon décidément je rate tout en ce moment !
Je suis en train de regarder le débat qui suit le doc, je m'attendais à voir Christine Leteux y participer.
Ca aurait permis de corriger les erreurs grossières de Frédérique Martin qui prétend qu'il y a eu davantage d'éclosions de réalisateurs français dans les années 40 qu'auparavant !
Il y a quand même une chose qui m'attriste à force de faire un focus sur cette période, c'est qu'on finit par négliger le cinéma français des années 30 (je ne parle même pas du muet) qui, précisément, a servi aussi de terreau artistique pour les futurs cadors du cinéma français (Becker, Clouzot, etc...) selon qu'ils sont assistants, scénaristes pour les vedettes de l'époque.
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ann Harding »

Dimanche prochain 2 décembre, je serai au salon de Giverny (Eure) et samedi 8 décembre au Lycée Victor Duruy (Paris 7e):
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ann Harding »

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Une annonce plus spécialement pour les Genevois de DVDClassik. Je serais à Genève au Cinéma Le Grütli le 10 avril prochain pour présenter Le Dernier des six (1941, G. Lacombe) et L'Assassin habite au 21 (1942, H.G. Clouzot). Toutes les infos sont sur leur site.
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

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Mon article sur la Continental Films va sortir dans quelques jours dans le prochain numéro de la prestigieuse revue américaine Cineaste. :D
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ann Harding »

Deux ans après sa sortie, voici une nouvelle critique de mon ouvrage sur le site de l'ONG "Observatoire des armements"
Cet ouvrage est une mine d’informations et de révélations qui retrace l’histoire de la Continental à travers, entre autre, celle de son administrateur, l’Allemand Alfred Greven chargé par Goebbels de diriger ces fameux studios de cinéma à Paris dès l’été 1940. Grâce aux témoignages retrouvés, en particulier, dans les procès-verbaux des dossiers d’épuration des protagonistes de cette époque tragique, la Continental apparait alors sous un jour quelques peu différents de ce que la mémoire collective avait gardé.

Alfred Greven, un drôle de type qui, après avoir dirigé les célèbres studios allemands de la UFA (Universum Film AG) dans les années 1930, s’installe à Paris dès l’armistice de juin 1940. Sa mission ? Produire sous l’égide d’une compagnie, la Continental, des films doucereux, chargés d’endormir le patriotisme français. « Des œuvres légères, vides. De la camelote » exige Goebbels. Certes, malgré son appartenance au parti nazi, Alfred Greven est un Allemand raffiné, élégant qui aime le cinéma et les films. C’est ainsi qu’il va produire des œuvres peu conformes à l’idéologie nazie : La Symphonie fantastique de Christian-Jaque (1942) et Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot (1943). Cette compagnie produira 30 films que l’on peut répartir en 3 parts égales : 10 excellents films dont quelques chefs d’œuvre, 10 bons films et 10 navets.

Surtout, cet ouvrage se lit comme un roman d’aventures tragiques. Il fait le point, par exemple, sur ce fameux voyage des artistes français à Berlin en 1942, souvent intitulé voyage de la honte, pour la première allemande de Premier Rendez-vous, en différenciant les acteurs ravis d’en faire partie (Suzy Delair se plaint de ne pas avoir été présentée à Goebbels) et ceux qui y assistent contraints et forcés (Danielle Darrieux accepte le voyage pour protéger son nouveau fiancé, Porfirio Rubirosa, diplomate de la République dominicaine, arrêté comme citoyen d’un pays ennemi et envoyé en camp d’internement en Allemagne avec des diplomates américains).

Le livre permet aussi d’éclaircir des cas très douloureux comme celui d’Harry Baur. Il est l’un des comédiens les plus populaires de l’époque. Quelle stupéfaction pour les Français d’apprendre que l’acteur a accepté de tourner en Allemagne fin 1941 un film allemand : Symphonie eines Lebens. En fait, le comédien, dont la femme est juive, a tenté mille prétextes pour refuser (des problèmes de santé, sa méconnaissance de la langue allemande…). De retour à Paris, Harry Baur et sa femme Rika sont tous les deux arrêtés et envoyés en prison sur la dénonciation d’un ami d’enfance du comédien, Edouard Bouchez. Devenu antisémite forcené, il avait même reproché à un journal d’avoir publié sur la même page la photo de son ex-camarade, un « enjuivé, sale, taré, lâche » et celle d’un être « aussi beau, aussi moral que le Führer ». L’acteur est enfermé à la prison du Cherche-Midi et sa femme à la Santé. Harry Baur a été interrogé par cinq tortionnaires. À l’un d’eux qui allait le frapper assis et qui lui demandait pourquoi il se levait : « Ce serait moins lâche pour vous de frapper un homme debout. » À la prison, Harry Baur a été frappé à coups de tabouret. Il meurt en avril 1943. Un médecin venu le voir avant son décès, constate qu’il « avait été brutalisé, rossé et frappé avec une violence extrême ». Et comme le précise Bertrand Tavernier dans la préface : « Il est terrible de penser que les deux vedettes de Poil de carotte de Duvivier, Harry Baur et Robert Lynen, ont été toutes les deux assassinées par les Allemands. »

Cet ouvrage fait aussi comprendre le parcours, les comportements, les hésitations, les choix des auteurs, des cinéastes ou scénaristes, des acteurs et de ces actrices de ces années noires de l’occupation allemande. Il y a ceux qui se ruaient sur Alfred Greven avant même qu’il ne les sollicite (Fernandel, Tino Rossi). Ceux qui travaillaient pour la Continental mais défendait leur indépendance (l’excellent cinéaste Henri Decoin). Et ceux qui refusaient la moindre proposition (Paul Meurisse et Pierre Blanchar). Pierre Fresnay, certainement maréchaliste, défenseur de l’ordre, a protégé le fils d’Edouard Bourdet, Claude Bourdet et n’est jamais devenu pro-allemand ni pilier de la Continental. Certains ont eu des comportements détestables comme Léo Joannon, réalisateur de second ordre, qui s’est livré à des magouilles ignobles pour réaliser Caprices en 1941 en faisant signer des contrats antidatés aux vrais auteurs du scénario : Jacques Companeez et Raymond Bernard (fils de Tristan Bernard), interdits de travail parce que juifs, pour s’approprier leur travail d’écriture.

Nous apprenons que Le Corbeau (1943), certainement l’œuvre la plus importante et la plus célèbre, sûrement un des plus grands chefs d’œuvre du cinéma français, n’est jamais sorti en salle outre-Rhin sous le titre infamant d’Une Petite ville française. Ce film a dérangé aussi bien l’autorité collaborationniste que l’autorité occupante par son thème sombre et peu glorieux.

Les riches informations du livre qui confirment, précisent et réfutent celles qui circulaient depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale sont à elles seules une raison sans appel de lire ce document. Continental Films est rédigé dans une écriture limpide et est un solide livre d’histoire du cinéma. L’ouvrage se lit comme un roman, avec des personnages, des décors et des situations qui prennent vie sous nos yeux de lecteur. Il fait de ce livre un document incontournable et une lecture véritablement enthousiasmante.

Maurice Balmet
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Ann Harding
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ann Harding »

Une interview que j'avais faite pour la 1ère de la RTBF à propos de la Continental est maintenant disponible en ligne:
https://www.rtbf.be/auvio/detail_au-bou ... id=2538994
Ca commence vers 9 min.
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Ikebukuro
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ikebukuro »

Nestor Almendros wrote:Un petit mot sur le documentaire La Continental, le mystère Greven qu'ESC sort en DVD ces jours-ci. Greven sert de point de départ au récit de la Continental qui s'élargit peu à peu en une évocation du cinéma français de l'époque, avec les interventions éclairées et éclairantes de Tavernier, Jean Ollé-Laprune, Pascal Mérigeau (pour les plus connus) ainsi qu'un historien, un psychiatre, divers témoins et quelques extraits de films.

C'est une bonne synthèse du personnage, de ses productions et de l'époque, un vaste dossier qui contient encore pas mal de mystères. Les entretiens ont sans doute été filmés avant la parution du livre de Christine, c'est donc à la fois incomplet sur certains points et très complémentaire sur d'autres. C'est co-produit par OCS et la Chaîne Parlementaire (donc surveillez les possibles diffusions).
Je ne l'ai pas vu mais la page Wikipédia de cet homme est désespéramment mince, comme s'il avait presque réussi à se faire oublier; sauf des spécialistes, bien sur.
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Ikebukuro
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Re: Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand

Post by Ikebukuro »

joe-ernst wrote:Ainsi, parmi ces révélations, celle stupéfiante (pour reprendre les termes de Tavernier au point qu’on peut se demander s’il y croit vraiment lui-même) concernant le destin de Mireille Balin. Pourquoi a-t-on raconté la même triste histoire pendant toutes ces années ? Pourquoi n’a-t-elle pas retravaillé ensuite, au point de finir dans la misère ? Ce livre malheureusement n’apporte pas de réponse. On ne peut donc que souhaiter que d’autres historiens s’emparent du champ de recherche ouvert par Christine, l’amende ou le complète.
Moi aussi j'avais lu des horreurs sur la vie de Mireille Balin, surtout lors de l'épuration. Si c'est faux, tant mieux.
"Pourquoi n’a-t-elle pas retravaillé ensuite, au point de finir dans la misère" : peut-être à cause de la jalousie de certaines personnes, on l'avait surnommée je crois "la plus belle chute de reins du cinéma français". Cela n'a pas du plaire à tout le monde. Mes souvenirs sont imprécis (cf d'autres de mes posts :oops: ), désolé.
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