Citations

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Strum
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Re: Citations

Post by Strum »

Tiens, pour nous laver les oreilles des mots de Kassovitz, voici une citation de Max Weber, tirée de Le Savant et le Politique (à méditer par certains de nos députés) :

"Il y a une opposition abyssale entre l’attitude de celui qui agit selon les maximes de l’éthique de conviction – dans un langage religieux nous dirions : “ Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet à Dieu ” –, et l’attitude de celui qui agit selon l’éthique de responsabilité qui dit : “ Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. ”
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AtCloseRange
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Re: Citations

Post by AtCloseRange »

C'est ici qu'on peut mettre des citations de Ratatouille? :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Citations

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote:C'est ici qu'on peut mettre des citations de Ratatouille? :mrgreen:
Avec "gros" dedans de préférence :mrgreen:
Strum
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Re: Citations

Post by Strum »

AtCloseRange wrote:C'est ici qu'on peut mettre des citations de Ratatouille? :mrgreen:
Ben, on jugera sur pièce. :mrgreen:
Randolph Carter
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Re: Citations

Post by Randolph Carter »

"Je me jetais sur les livres comme s'ils devaient nécessairement me livrer la clef de moi-même.Et la serrure avec.Lisant à bride abattue.Dans le métro.Dans la rue.Au bistrot.Dans mon lit.Sur les bancs des squares,au milieu des pigeons et des cris d''enfants,les soirs d'été ou le dimanche après-midi.Et jusque dans les chiottes des usines qui m'employaient,culottes baissées,accroupi au-dessus du trou,une branche nouvelle de marronnier en bourgeons ventrus se balançant au-dessus de ma tête sur le ciel blanc bleuté qui tapissait les claires-voies de la toiture (....)L'usine et ses contingences,son bruit,sa graisse,son atmosphère de prison déguisée,ses hommes crasseux,pauvres,disparaissaient alors dans un lointain imperceptible,et je rouvrais le livre à la page où je l'avais laissé pendant la précédente séance (...)J'entamais ma lecture aussi serein que si je m'étais trouvé dans un coin de la grande bibliothèque seigneuriale au rez-de-chaussée du manoir de famille,les pieds sur les chenets devant le feu de bûches pétillant,le verre de vieil armagnac à portée de la main,un cigare de bonne taille entre les lèvres,confit de chaleur et de bien-être dans le fauteuil de cuir brun patiné par l'âge.

Tiré de Septentrion de mon cher Louis Calaferte.Le livre est paru en 1963 et a immédiatement bénéficié (façon de parler ) de la triple interdiction:à la vente aux mineurs,à la publicité et à l'affichage.
Lisez Louis Calaferte.
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poet77
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Re: Citations

Post by poet77 »

"Il y a des hommes qui en mourant ferment derrière eux un monde entier" (Erri De Luca, "En haut à gauche", Rivages poche, p. 62)
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Re: Citations

Post by Bogus »

Edouard Baer parle de la radio et j'aime beaucoup:
« il y a une courtoisie. La radio n’est pas envahissante comme la télé, n’atteint pas tous vos sens, il n’y a pas cette manipulation, cette prise de cerveau totale qu’est la télévision. La radio s’invite dans notre salon, mais ne le remplit pas comme la télé, toujours au centre. Et puis la radio est dans la chambre à coucher, ce qui est magnifique. (…) Le matin, même alors qu’on ne supporte pas encore la personne avec qui on vit, qu’on n’a pas encore pris deux cafés trois douches froides, eh bien, on accepte la voix du chroniqueur qu’on aime bien, et la nuit, c’est pareil : tout ceux qui ont écouté une voix la nuit savent la force, la présence – c’est un peu comme, pour les marins, les lueurs de la lune sur la mer. »
Hitchcock
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Re: Citations

Post by Hitchcock »

Lord Edgware Dies (Christie - 1933)
[Hastings] L'idée que Geraldine pouvait avoir tué son père, comme l'avait négligemment suggéré Lady Edgware, me paraissait particulièrement absurde. Seule une personne dépourvue de cervelle pouvait envisager une chose pareille. C'est ce que je dis à Poirot.
- Cervelle, cervelle... Qu'entendez-vous exactement par là ? Dans votre langage, vous diriez que Lady Edgware a une cervelle d'oiseau. C'est une expression dépréciative. Mais considérez un instant l'oiseau. Il existe et se multiplie, non ? Dans la Nature, c'est un signe de supériorité mentale. La charmante Lady Edgware ne connaît ni l'histoire, ni la géographie, ni les classiques, sans doute. Le nom de Lao Tseu évoquera pour elle un pékinois primé, le nom de Molière, une maison de couture. Mais quand il s'agit de choisir des vêtements, de faire des mariages riches et avantageux et d'obtenir ce qu'elle veut, son taux de réussite est phénoménal. L'opinion d'un philosophe à propos de qui pourrait être l'assassin de Lord Edgware ne me serait d'aucune utilité. Du point de vue philosophique, un meurtre doit avoir pour mobile l'intérêt du plus grand nombre, et comme il est bien difficile de le déterminer, les philosophes font rarement des meurtriers. En revanche, l'opinion irréfléchie de Lady Edgware peut m'être utile, car elle a un point de vue matérialiste fondé sur la connaissance des pires côtés de la nature humaine.
[Geraldine] - Si on pend quelqu'un, est-ce que cela fera revivre mon père ?
- Non, répondit Poirot. Mais cela peut empêcher l'assassinat d'autres personnes innocentes.
- Je ne comprends pas.
- Quelqu'un qui a tué une fois recommence presque toujours. Parfois même plusieurs fois.
- Je n'en crois rien. Pas... pas une vraie personne.
- Vous voulez dire, s'il ne s'agit pas d'un maniaque homicide ? Eh bien, si ! On a supprimé une vie - peut-être à l'issue d'une lutte terrible avec sa conscience. Ensuite - le danger vous guettant - le second crime est déjà moralement plus facile. A la moindre menace, au premier soupçon, le troisième suit. Et, peu à peu, une sorte d'orgueil de l'artiste s'éveille, tuer devient un métier. On finit presque par le faire pour le plaisir.
Federico
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Re: Citations

Post by Federico »

Bogus wrote:Edouard Baer parle de la radio et j'aime beaucoup:
« il y a une courtoisie. La radio n’est pas envahissante comme la télé, n’atteint pas tous vos sens, il n’y a pas cette manipulation, cette prise de cerveau totale qu’est la télévision. La radio s’invite dans notre salon, mais ne le remplit pas comme la télé, toujours au centre. Et puis la radio est dans la chambre à coucher, ce qui est magnifique. (…) Le matin, même alors qu’on ne supporte pas encore la personne avec qui on vit, qu’on n’a pas encore pris deux cafés trois douches froides, eh bien, on accepte la voix du chroniqueur qu’on aime bien, et la nuit, c’est pareil : tout ceux qui ont écouté une voix la nuit savent la force, la présence – c’est un peu comme, pour les marins, les lueurs de la lune sur la mer. »
Bien écrit mais malheureusement très éloigné de la réalité de ce qu'est devenue la radio depuis 30 ans où, à moins de n'écouter que France Musique, France Culture et les rares véritables radios libres encore subsistantes, ce ne sont plus que tabassages de pubs honteuses toutes les 5mn entre deux grasseyements de commentateurs populistes interchangeables entre le foot et l'actu pseudo-sérieuse et qui pour la plupart sévissent également sur le petit écran (malheureusement, une large majorité de nos concitoyens se réveillent et s'endorment avec ce triste fond "odieux visuel" pour reprendre l'expression du clown québécois Marc Favreau alias Sol). :?
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
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Re: Citations

Post by poet77 »

J.-B. Pontalis: "Qu'ai-je fait de [mes] croyances d'enfant? Disparues sous leur forme première, où sont-elles restées actives? On ne renonce jamais à rien." ("L'amour des commencements", Folio, page 41).
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Re: Citations

Post by poet77 »

J.-B. Pontalis: "J'assistais hier à un colloque où, comme il se doit, on annonça doctement une fois de plus, mais plutôt comme une bonne nouvelle que comme un désastre, la mort du récit. Je fulmine quand j'entends cela. Autant proclamer que l'enfance est morte ou, plus atterrant, que tous les enfants sont morts et que l'humanité enfin devenue maîtresse d'elle-même a confié à des ordinateurs le soin de "produire des textes"! Mais qu'est-ce qu'une vie si on ne la raconte pas? Et, nous le savons, pour une seule vie, il y a cent biographies possibles." (L'Amour des commencements, Folio, page 178).
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Re: Citations

Post by poet77 »

J.-B. Pontalis: "Que le verbe se fasse chair est décidément la seule chose qui m'intéresse. Le mystère de l'incarnation n'est pas à mes yeux une affaire de religion mais d'esthétique." (L'Amour des commencements, Folio, page 181).
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Re: Citations

Post by Hitchcock »

Le détective répond à une tentative de corruption, dans Le Sac de Couffignal de Dashiell Hammett :
Attendez que je mette une chose bien au point. Laissons de côté mon éventuelle honnêteté, ma fidélité à mes patrons, etc... Vous pourriez les mettre en doute, nous allons donc les éliminer. Mais je suis détective parce qu'il se trouve que j'aime mon travail. Il m'assure un salaire convenable, mais je pourrais trouver d'autres emplois qui m'en rapporteraient davantage. Même cent dollats de plus par mois m'en feraient douze cents par an. Disons vingt-cinq ou trente mille dollars au cours des années entre aujourd'hui et mon soixantième anniversaire. Or, je renonce à vingt-cinq ou trente mille dollars honnêtement gagnés parce que ça me plaît d'être détective, parce que j'aime ce métier. Et quand on aime un métier, on a envie de le faire le mieux possible. Autrement, ça n'aurait pas de sens. Voilà donc mon problème. Je ne sais rien faire d'autre, n'aime rien faire d'autre et ne tiens nullement à savoir faire ou aimer autre chose. Vous ne pouvez contrebalancer ça par aucune somme d'argent. L'argent, c'est parfait. Je n'ai rien contre. Mais, depuis dix-huit ans, j'ai trouvé mon plaisir à pourchasser des malfaiteurs et à m'attaquer à des énigmes, et ma satisfaction à attraper les malfaiteurs et à résoudre les énigmes. C'est le seul genre de sport auquel je connaisse quelque chose, et je n'imagine pas d'avenir plus agréable qu'une vingtaine d'années encore à le pratiquer. Je ne vais pas flanquer ça en l'air !
Lisa99
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Re: Citations

Post by Lisa99 »

Randolph Carter wrote:"Je me jetais sur les livres comme s'ils devaient nécessairement me livrer la clef de moi-même.Et la serrure avec.Lisant à bride abattue.Dans le métro.Dans la rue.Au bistrot.Dans mon lit.Sur les bancs des squares,au milieu des pigeons et des cris d''enfants,les soirs d'été ou le dimanche après-midi.Et jusque dans les chiottes des usines qui m'employaient,culottes baissées,accroupi au-dessus du trou,une branche nouvelle de marronnier en bourgeons ventrus se balançant au-dessus de ma tête sur le ciel blanc bleuté qui tapissait les claires-voies de la toiture (....)L'usine et ses contingences,son bruit,sa graisse,son atmosphère de prison déguisée,ses hommes crasseux,pauvres,disparaissaient alors dans un lointain imperceptible,et je rouvrais le livre à la page où je l'avais laissé pendant la précédente séance (...)J'entamais ma lecture aussi serein que si je m'étais trouvé dans un coin de la grande bibliothèque seigneuriale au rez-de-chaussée du manoir de famille,les pieds sur les chenets devant le feu de bûches pétillant,le verre de vieil armagnac à portée de la main,un cigare de bonne taille entre les lèvres,confit de chaleur et de bien-être dans le fauteuil de cuir brun patiné par l'âge.

Tiré de Septentrion de mon cher Louis Calaferte.Le livre est paru en 1963 et a immédiatement bénéficié (façon de parler ) de la triple interdiction:à la vente aux mineurs,à la publicité et à l'affichage.
Lisez Louis Calaferte.
Bonjour a tous ,oui Septentrion est un bouquin remarquable et vous avez extrait là une très belle citation du livre :) Lise
Randolph Carter
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Re: Citations

Post by Randolph Carter »

Salut,Lisa,et bienvenue,

Je suis heureux de trouver sur ce forum quelqu'un qui connaît et apprécie le Septentrion de Calaferte,un écrivain qui n'a jamais eu la reconnaissance qu'il mérite,sans doute en raison de sa crudité et de sa violence qui rebute beaucoup de beaux esprits,et c'est tant mieux,tout le monde ne peut pas tutoyer les anges comme Jean d'Ormesson,ce qui laisse toute liberté à ceux qui préfèrent le vieil armagnac à la limonade.Je pense également à un auteur tout aussi inclassable,Jean Douassot (Fred Deux),à peine cité dans les récentes histoires de la littérature française dont le livre,La gana,est pour moi le roman total,à la fois comique et érotique,surréaliste et fantastique,en un mot un sommet de la littérature actuelle.Alors oui il faut lire Louis Calaferte,mais aussi Fred Deux/Jean Douassot,deux francs-tireurs essentiels de la littérature contemporaine. :) Image
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