Miller's Crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote:
Watkinssien wrote:Un bon film noir, étrange, visuellement superbe, excellemment interprété.

Je trouve néanmoins le récit parfois inutilement compliqué, mais l'exercice reste de haut vol.
Et pourtant beaucoup plus limpide que celui du Grand Sommeil.
Le meilleur film des frères Coen.
Pareil ; d'ailleurs je préfère aussi l'écriture d'Hammett à celle de Chandler et je trouve le roman La moisson rouge assez génial.
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AtCloseRange
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by AtCloseRange »

Et puis il y a la meilleure scène de toute la filmo des frères Coen dans la forêt avec Turturro (absolument génial).
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Rick Blaine
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Rick Blaine »

Je suis d'accord, le meilleur des Coen (avec Barton Fink pas loin), visuellement formidable.
Je ne trouve pas le récit inutilement compliqué. Cette éventuelle complexité de l'intrigue, elle participe à l'atmosphère du film (c'est le même mécanisme que le Grand Sommeil, poussée à son extrême dans le Hawks), le traitement scénaristique me parrait franchement réussi dans Miller's Crossing. C'est l'un des grands films noirs modernes, peut-être le plus grand.
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Jeremy Fox
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Jeremy Fox »

Et ce thème entêtant de Carter Burwell. Autre scène homérique et grandiose ; la descente dans la rue en robe de chambre d'Albert Finney avec sa mitraillette.
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Watkinssien
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Watkinssien »

AtCloseRange wrote:
Watkinssien wrote:Un bon film noir, étrange, visuellement superbe, excellemment interprété.

Je trouve néanmoins le récit parfois inutilement compliqué, mais l'exercice reste de haut vol.
Et pourtant beaucoup plus limpide que celui du Grand Sommeil.
Le meilleur film des frères Coen.
Effectivement, je préfère largement Le grand sommeil, mais le point de comparaison est assez cohérent. Chez Hawks, les personnages étaient tellement fascinants, la mise en scène formidable que tout le monde peut s'en taper de l'intrigue.

Alors que dans Miller's Crossing, j'essaye de suivre les actions du personnage principal (le meilleur premier rôle de Gabriel Byrne). Mais c'est un point de vue personnel, le film est au final brillant.
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Demi-Lune
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Demi-Lune »

Watkinssien wrote:Effectivement, je préfère largement Le grand sommeil, mais le point de comparaison est assez cohérent.
Comme ACR, je trouve la trame de Miller's Crossing beaucoup plus claire et aisée à suivre que celle du Hawks, qui joue sur une accumulation désorientante de noms, de rebondissements, de ramifications, là où les Coen ramassent nettement plus les protagonistes et les enjeux.
Mais dans les deux cas (et j'aime pourtant beaucoup Miller's Crossing et Le Grand Sommeil), je trouve qu'ils ne dépassent pas complètement l'exercice de style luxueux. La primeur donnée à la complexité scénaristique, plus maîtrisée chez les Coen que chez Hawks, se fait au détriment de mon implication émotionnelle. Oui, les personnages de Hawks sont fascinants mais ils sont fascinants en tant qu'archétypes. C'est le charisme de Bogart ou de Bacall qui donne une épaisseur humaine à des protagonistes qui resteraient sinon parfaitement fonctionnels, tels des pions déplacés sur un échiquier. C'est ce que je reproche également un peu aux frères Coen sur Miller's Crossing : mon intérêt pour les personnages est très relatif. Je les vois surtout comme des pantins avec lesquels s'amusent les frangins. L'exercice est brillant, c'est indéniable, mais il y a un côté très calculé qui jugule à mon sens le potentiel émotionnel. En tout cas, je reste relativement à l'extérieur, quand bien même les trouvailles et les coups de théâtre soient magistraux. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans leurs films noirs, ma préférence va à Blood Simple et plus encore The Barber (leur chef-d’œuvre pour moi) : la mécanique scénaristique y est tout aussi imparable, mais elle ne prend pas le pas sur l'attention accordée aux personnages qui restent bel et bien le cœur du récit, et pas uniquement des instruments.
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Gounou »

Tu ramènes souvent l' "émotion" au traitement des personnages... c'est curieux, non ?
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Demi-Lune
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Demi-Lune »

Gounou wrote:Tu ramènes souvent l' "émotion" au traitement des personnages... c'est curieux, non ?
Je ne trouve pas, pourquoi ? Je ne sais pas comment tu ressens les choses mais j'ai besoin d'entrer en empathie pour les personnages, de me sentir impliqué dans leur histoire. S'ils m'apparaissent comme des coquilles vides, s'ils ne m'inspirent que de l'indifférence, ma réception émotionnelle du film, indépendamment de ses qualités objectives, en sera sûrement affectée. Des personnages qui ne m'intéressent ou ne me convainquent pas, c'est vrai que ça aura tendance à peser dans mon jugement. Mais l'émotion au cinéma, pour moi, n'est pas provoquée que par le traitement des personnages. L'émotion peut surgir par la manière dont un film formalise son récit, par exemple. La seule force d'un montage, d'un traitement esthétique, d'une envolée musicale peut me bouleverser. Si on me reproche souvent d'être trop porté sur les aspects formels, c'est bien parce que ça représente pour moi un facteur d'intérêt, que ça me transporte.
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Thaddeus
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Thaddeus »

Gounou wrote:Tu ramènes souvent l' "émotion" au traitement des personnages... c'est curieux, non ?
Je ne trouve pas cela curieux, bien au contraire. S'il est vrai que le cinéma peut susciter l'émotion de bien des manières, je trouve personnellement qu'aucun ressenti n'est plus fort, durant l'expérience d'un film, que celui de s'approprier l'expérience individuelle d'un personnage. J'ai l'impression d'avoir ressassé ça des centaines de fois, mais pour moi les plus grands et les plus beaux films sont précisément ceux qui permettent ceci : faire d'une ou de plus trajectoires personnelles (celles des personnages) les vecteurs et les miroirs de l'expérience humaine, en interpellant le spectateur sur sa propre sensibilité. Bref c'est le miracle de l'empathie, qui ne peut apparaître qu'à travers le traitement soigné et attentif de ses personnages.

Evidemment, l'émotion peut naître de bien d'autres façons - et il me semble que tu est particulièrement attaché à la dimension purement formelle des propositions cinémataographiques. C'est évident, mais (c'est une affirmation totalement subjective) aucune "émotion esthétique" (pour résumer) ne vaudra pour mieux le ressenti empathique classique que je peux vivre devant une histoire et des protagonistes qui me touchent.

J'ajoute, mais c'est peut-être une vue de mon esprit, que ce mécanisme universel de projection ou d'identification à un personnage me semble depuis pas mal de temps particulièrement décrié. Comme s'il était trop simple, trop "facile" devant un film, d'être ému par un personnage et son traitement. Je trouve ça pour le moins curieux.

EDIT : Je vois que Demi-Lune a répondu, et je suis encore plus radical que lui.
Demi-Lune wrote:Je ne sais pas comment tu ressens les choses mais j'ai besoin d'entrer en empathie pour les personnages, de me sentir impliqué dans leur histoire. S'ils m'apparaissent comme des coquilles vides, s'ils ne m'inspirent que de l'indifférence, ma réception émotionnelle du film, indépendamment de ses qualités objectives, en sera sûrement affectée. Des personnages qui ne m'intéressent ou ne me convainquent pas, c'est vrai que ça aura tendance à peser dans mon jugement.


Pas mieux.
Mais l'émotion au cinéma, pour moi, n'est pas provoquée que par le traitement des personnages.
Pas seulement certes, loin de là, mais pour moi c'est la priorité numéro un. Si le réalisateur ne passe pas par cette case-là, tout le reste s'écroule. Il y a sans doute des exceptions, mais elles doivent êtres franchement rares.
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Jeremy Fox
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Jeremy Fox »

Je suis dans les grandes lignes d'accord avec vous deux (Demi-Lune et Stark) ; seulement Miller's crossing à mes yeux réussit à concilier perfection formelle et perfection scénaristique, les Coen réussissant justement à croquer au moins deux personnages fortement attachants, celui du beau ténébreux Gabriel Byrne qui entretient une amitié très forte avec Albert Finney et qui faillit se faire avoir pour les beaux yeux de la femme fatale superbement interprétée par Marcia Gay Harden. Bref pour moi l'émotion a fonctionné car j'ai totalement accroché au personnage de Tom Regan, gangster romantique en diable. Il s'agit pour moi du film des frangins le plus fort émotionnellement parlant.
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Gounou »

Non mais évidemment, j'ai trop généralisé ma remarque... simplement ça fait plusieurs messages de Demi-Lune où je lis "pas d'implication émotionnelle" ou "coquille vide". Je pose juste une question : la grille de lecture/appréciation de Demi-Lune doit-elle impérativement en passer par une empathie pleine pour les personnages sans quoi il n'appréciera pas un film tel que The Big Sleep ?
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Demi-Lune
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Demi-Lune »

Gounou wrote:Je pose juste une question : la grille de lecture/appréciation de Demi-Lune doit-elle impérativement en passer par une empathie pleine pour les personnages sans quoi il n'appréciera pas un film tel que The Big Sleep ?
Impérativement, non, parce qu'il y a des films (et celui de Hawks en fait partie) dont l'intelligence pourra me séduire sur un plan "intellectuel"... rien de péteux dans ce terme, hein, c'est ce que James Gray avait brillamment expliqué dans ses entretiens, la différence entre une "idée intellectuelle" et une "idée émotionnelle". L'idée intellectuelle, c'est l'ellipse de 2001, l'os qui voltige et qu'une coupe au montage transforme en un vaisseau gravitant dans l'espace. C'est un effet qui fait la jubilation de l'esprit, parce que c'est génialement trouvé. Une idée émotionnelle, c'est Kim Novak qui regarde la caméra droit dans les yeux juste avant le flash-back de Vertigo. Elle prend les spectateurs à partie, elle incite à l'empathie, elle fait naître un sentiment en nous. Les deux cas de figure provoquent une réaction chez le spectateur mais ne s'inscrivent pas au même niveau du ressenti. C'est l'esprit et le cœur, quoi. J'ai tendance à privilégier le cœur mais un film qui charme l'esprit, comme Le Grand Sommeil ou Miller's Crossing (ou les films de Nolan :mrgreen: ), est parfaitement susceptible de me plaire. Cependant, j'aurais sûrement, tendance à trouver qu'il lui manque un petit supplément "d'âme", d'humain, pour faire complètement mon bonheur.
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Thaddeus
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Thaddeus »

Jeremy Fox wrote:Je suis dans les grandes lignes d'accord avec vous deux (demi-lune et stark) ; seulement Miller's crossing à mes yeux réussit à concilier perfection formelle et perfection scénaristique, les Coen réussissant justement à croquer au moins deux personnages fortement attachants, celui du beau ténébreux Gabriel Byrne qui entretient une amitié très forte avec Albert Finney et qui faillit se faire avoir pour les beaux yeux de la femme fatale superbement interprétée par Marcia Gay Harden. Bref pour moi l'émotion a fonctionné car j'ai totalement accroché au personnage de Tom Regan, gangster romantique en diable. Il s'agit pour moi du film des frangins le plus fort émotionnellement parlant.
J'adore Miller's Crossing, sans doute l'un de mes films préférés de la fratrie (et vu ce que je pense des cinéastes en général, ça signifie que je le porte vraiment très haut). Je suis tout à fait d'accord avec toi : le film trouve l'équilibre parfait entre distanciation ironique vis-à-vis des codes du genre, s'enivre dans des jeux de forme particulièrement brillants, tout en soignant la substance humaine d'un récit qui retrouve les éléments les plus fondamentaux du film noir : la fatalité, le piège de la trahison, la lutte entre cynisme et intégrité. Regan est un filou individualiste, qui tente de tirer parti de tout l'obscur jeu de pouvoir qui se déroule autour de lui, mais on sent constamment le tiraillement en lui, le doute, des affects qui élèvent le film bien au-delà du simple exercice de style.
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Lorsqu'il liquide Turturro en murmurant "What heart ?", c'est assez fort.
Après, est-ce le film le plus fort émotionnellement des Coen ? Je ne sais pas, The Big Lebowski, Arizona Junior, No Country for Old Men ou The Barber proposent, chacun à leur manière, des expériences chargées d'épaisseur humaine.
Gounou
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Re: Miller's Crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by Gounou »

Non mais nous sommes fondamentalement d'accord, en fait... je trouvais juste les termes "implication émotionnelle" et "coquille vide" un peu réducteurs et éliminatoires dans l'absolu.
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El Dadal
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Re: Miller's crossing (Joel et Ethan Coen - 1990)

Post by El Dadal »

Demi-Lune wrote: C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, dans leurs films noirs, ma préférence va à Blood Simple [...], la mécanique scénaristique y est tout aussi imparable, mais elle ne prend pas le pas sur l'attention accordée aux personnages qui restent bel et bien le cœur du récit, et pas uniquement des instruments.
Je t'approuve (en remplaçant au passage The Barber -que j'aime bien- par le monstrueux No Country for Old Men). Mais j'aurai également tendance à penser que le genre de Miller's Crossing est intrinsèquement différent. En fait, j'y retrouve plus la fable morale typique des Coen qu'un film noir stricto sensu (malgré les frous frous visuels).