Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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AlexRow
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Post by AlexRow »

C'est du pur cinéma "bigger than life". Je ressens aussi cette aspiration à la liberté dans tous les perso de Jackie Brown.
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Billy Budd
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Post by Billy Budd »

AlexRow wrote:C'est du pur cinéma "bigger than life". Je ressens aussi cette aspiration à la liberté dans tous les perso de Jackie Brown.
D'un autre côté, il y a des détails de la DA bien plus réalistes que dans la plupart des films américains - on sent que QT sait ce qu'il filme lorsqu'il montre certains quartiers pas forcément glamour, voire anodins, de Los Angeles
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Watkinssien
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino, 1992)

Post by Watkinssien »

Reservoir Dogs fait partie de la liste enviée des premiers longs-métrages qui te mettent de suite d'accord pour reconnaître immédiatement qu'il y a une vraie personnalité derrière.

Un vrai polar, grandement inspiré (dit-on) de la trame d'un film de Ringo Lam, mais qui en fait trouve son identité par l'accumulation plus ou moins accessible d'innombrables références et citations.

C'est pourquoi Tarantino est un cinéaste singulier. Il est pratiquement un des très rares metteurs en scène qui soit "obligé" de se nourrir du cinéma des autres, pour trouver sa patte, qui exerce aujourd'hui une influence considérable.

Avec l'histoire de ces gangsters anonymes, Tarantino signe surtout un huis-clos intense et indéniablement maîtrisé, d'une violence puissante et d'un humour constant.
C'est un film qui, d'emblée, montre qu'on ne sait pas à quoi on va s'attendre. L'ouverture du film, qui débute par une discussion anthologique, à coups de travellings circulaires, sur Madonna et les pourboires, est suivie d'un générique avec de la musique rock pour s'enchaîner sur une séquence cruelle et sanguinolente. Tout le cinéma de Tarantino est dans ces trois moments qui commencent l'oeuvre et dès lors, on sait que l'on va assister à un festival d'idées scénaristiques, de dialogues superbes, d'acteurs au sommet, de violence soudaine et de mise en scène.

Reservoir Dogs qui ose, déjà, tout et dont tous les éléments fonctionnent.

C'est virtuose, c'est surprenant, c'est jouissif.
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Thaddeus
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Thaddeus »

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Orange sanguine



La sortie de Reservoir Dogs marqua l’entrée en scène la plus tonitruante d’un jeune cinéaste américain depuis des lustres. À l'instar de ce qu’avaient accompli les frères Coen avec Miller's Crossing deux ans plus tôt, Tarantino s'approprie un genre défini, le film de gangsters, mais s'éloigne de la structure du produit standardisé pour imposer une œuvre absolument personnelle, quelque chose comme Les Tontons Flingueurs revus et corrigés par Peckinpah. Certains puristes (asiatophiles, souvent) affirment qu’il a tout pompé, qu'il n'est qu'un pilleur et son premier long-métrage une énorme imposture. Je me range pour ma part dans la catégorie des fans, car quoi qu'on en dise, Quentin possède un style bien à lui, et que ce style explore les zones de la jubilation brute avec, pour le dire crûment, une putain d’inventivité. On mesure encore aujourd'hui à quel point sa relecture des codes est bluffante et ses intuitions musicales infaillibles (d’emblée le générique sur Little Green Bag envoie en l’air), à quel point sa matière réconcilie vérisme et maniérisme (filiation melvillienne, fétichisme vestimentaire, costumes empreints du sceau mortuaire) ou comment, coloriste, il crée de la peinture avec le motif du sang et non l'inverse. Plus encore, il élabore rien moins qu'une réflexion sur l'idée même de mise en scène. Le spectateur peut se satisfaire du déroulement fictionnel de surface et/ou se nourrir des interrogations que fait naître l’œuvre sur son propre processus de création. Au commencement était le Verbe. Dans la scène de repas qui fait office d’ouverture, c'est, avant l’image, une voix qui nous parvient et qui se transforme rapidement en cri. La langue est devenue ici une mécanique instinctive en même temps qu'une logorrhée vertigineuse par laquelle transite tout l’enjeu dramatique. Aussi l’auteur livre-t-il, dès les premières secondes de sa filmographie, l’alpha et l’oméga du credo qui fondera ses opus suivants.


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Reservoir Dogs est un film rapide qui prend son temps, soumis à une rage contagieuse de raconter une histoire exactement dans la manière (urgente), la vitesse (du son) et la mentalité (en marmelade) des personnages. On s’y installe comme on s’assoit à table, avec une bande de pégriots : huit en tout. Des jeunes, des moins jeunes, et un vieux rondouillard qui paie l’addition. À l’heure du pousse-café, ils abordent les grands thèmes. Primo, la sémiotique profonde de Like a Virgin de Madonna. Deuxio, pour ou contre le pourboire dans les restaurants. Puis tout le monde s’en va au boulot : attaquer une bijouterie. Le film concentre violence et célérité dans un cadre pour mieux les en faire jaillir, revient aux origines du huis-clos comme expression d'affects, d'aveux et de trahisons, ainsi qu’à celle d'une catastrophe : pourquoi y a-t-il eu big bang au cours d'un braquage et comment y survivre ? Afin d’accompagner cette aventure en durée réelle, pleine de bruit et de fureur, Tarantino a cru au cinéma dur comme fer, avec une hargneuse insolence, en pérennisant l’idée selon laquelle les gangsters sont ontologiquement des vaincus parce qu'ils jouent un jeu dangereux et qu'à force de trop y jouer, ils finissent par perdre inéluctablement leur âme et leur fluide vital. Le film prend les allures d'une quête à corps perdus d'autant plus complexe que le gang se désagrège en produisant des individuations. Les questions se multiplient alors, fusant de toutes parts. Quel est ton vrai nom ? Qui est la balance ? Que fait la police ? Où sont les diamants ? La trame narrative comporte un trou, une lacune formulée par une audacieuse ellipse : que s’est-il passé dans la bijouterie ? Personne ne le saura, ni le spectateur, ni les personnages (tous en désaccord sur la question), ni le cinéaste. Car une autre question plus essentielle intéresse ce dernier : qui est à l'origine de l’échec ? Et c'est le théâtre, par la voie du cinéma, qui permet au spectateur d’organiser un ensemble de virtualités au cours duquel le voltage naît par effraction, par des allées et venues, incessantes et brutales, dans le temps (les chapitres) et l'espace fermé du hangar. Au sein de cette arène où les mots dépassent la pensée, il devient pourtant nécessaire d'être frère dans l'adversité, et certain dans la conjecture. Parler ici, c'est d'abord se convaincre que l'on existe toujours, voire se convaincre soi-même que l'on n'est pas coupable pour ne pas éveiller la suspicion chez l'autre (Mr. Pink, ultra-nerveux, s’évertue à affirmer qu’il n’est pas celui qui a trahi, avant même qu'on lui ait demandé quoi que ce soit).

La narration se met en place a posteriori dans le lieu où les truands ont convenu de se retrouver une fois leur méfait commis. Là, chacun donne sa version des faits antérieurs. Les points de vue divergent tant sur la chronologie que sur l'identité du mouchard, forcément l'un d'entre eux. Reservoir Dogs existe avant tout par cette relation orale d'événements perçus subjectivement, raison pour laquelle l’auteur choisit justement de ne pas les montrer. Il nous oblige ainsi à construire en quelque sorte notre propre film, à l'image des protagonistes contraints de recomposer constamment l’enchaînement des faits. À cette première ossature, qui figure l'épine dorsale de la fiction, s'adjoint une spirale temporelle jouant au moins sur deux niveaux. D'une part, les flashbacks très courts sur la fin du hold-up et les échappées des gangsters. D'autre part, les blocs temporels autonomes qui renvoient à la préparation du casse et à la réception de chacun de ses acteurs par Joe Cabot, le cerveau de la bande. Ces éléments découpent le récit en plusieurs parties, apparemment indépendantes. Ils égarent le spectateur dans un enchevêtrement de pistes contradictoires. L’intrigue est donc construite sur l'idée du "projet" (en amont dans la chronologie, mais montré a posteriori) et celle de la "reconstitution" (en aval, mais présentée avant). Parallèlement, l’arrivée des malfrats dans l’entrepôt est progressive et aboutit chaque fois à un nouvel éventail de méfiances. Le principe de divergence prédomine ainsi dans toutes les étapes du film. À la manière du scénario, bâti sur la problématique du plausible, la mise en scène dévoile des individus obsédés par l'idée d'autoreprésentation.


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Mais revenons en arrière. Qui sont ces personnages ? À leur patronyme se substituent des surnoms chromatiques (Mr White, Mr Orange, Mr Blonde...) censés les protéger en cas d'arrestation. Ce sont moins des caractères clairement différenciés que les membres interchangeables d'un collectif obscur. Ils jouent aux durs et miment des coups de pistolet, pour le moment imaginaires. On perçoit leurs visages diurnes (ceux de leurs pseudonymes) avant de pénétrer leurs visages nocturnes (suggérés par les costumes uniformément noirs). Ce dernier aspect se développera bien entendu dans le hangar, lieu clos que l’auteur prendra soin de scrupuleusement protéger de toute luminosité excessive venue de l'extérieur. Le travail plastique de Tarantino est à la mesure de son cinéma, à la fois brut et dépouillé (un entrepôt résonnant, des revolvers, des acteurs) et d’une élégance raffinée (le fond du décor, caressé d’un halo vert et bleuté, léger et aquatique). Cette dichotomie de la lumière et de l'ombre (qui agit non par juxtaposition mais par contamination) renvoie à l'autre versant essentiel du projet : l'alliage jamais démenti entre l'horrible et le comique (l'hyperbole domine et le film peut être vu comme une farce sanguinolente, qui se termine en tango des abattoirs). Rien d'étonnant à ce que cet endroit soit dès lors le théâtre d'une cérémonie tragique et bouffonne (si l'on veut, Shakespeare dans l’univers de la série B). Chaque nouvelle qui arrive sur la "scène" complique nécessairement les dialogues. Et pendant tout ce temps, un homme gît au sol dans une mare de sang. La vie s’écoule de sa blessure avec une impassibilité immuable et rappelle l’insupportable tension du présent. Tarantino joue avec les nerfs en ne dévoilant que par intermittence dans le champ de la caméra la présence du moribond Mr Orange. Que veut-on voir ? Qu'est-ce que le point de vue ? Voilà deux des questions posées par Reservoir Dogs.

À la première renvoie la ronde célèbre et traumatisante réalisée par Mr Blonde, comme une danse indienne issue d’un western, face au policier kidnappé. Fonctionnant moins sur ce qui est effectivement montré que sur les préparatifs et l’idée même de son exécution, elle épouse la durée exacte de la chanson sélectionnée par le tortionnaire (impossible depuis d’écouter Stuck in the middle with you de la même manière). Dans un film qui joue du chevauchement et du contrepoint, c'est ce temps réel qui use les résistances et prouve l’aspect responsable d’une réalisation tenant toutes les ficelles sous contrôle. À la seconde question correspond non seulement la construction en gigogne et sa succession de mises en abîme mais également la disparité des moyens utilisés. Tantôt fonctionne l'identification au personnage (tel le travelling arrière indiquant que la discussion entre Mr White et Mr Pink a été suivie par Mr Blonde) ; tantôt s'impose l'objectivité, ou plutôt le regard distancié, et Tarantino emploie alors des plans larges qui figent les personnages dans des postures quasi géométriques s'harmonisant avec l'espace vide du lieu (à la fin, les gangsters sont comme statufiés avant de tirer leur dernière cartouche). Ces éléments formels et temporels atteignent leur acmé lors du segment consacré à l'itinéraire de Mr Orange, dont le statut de faux gangster l'oblige à répéter, encore et encore, le rôle qu'il devra tenir devant Joe. La séquence qui correspond à son récit, significativement la plus longue, achève d'éclairer narrativement la toile du soupçon tout en l'obscurcissant quant aux limites de la représentation. Le flic infiltré raconte à son employeur l'histoire qu'il a inventée de toutes pièces, mais un second flash-back s'insère dans le premier et le fait rentrer dans sa propre fiction. Apparaît une scène dont on connaît l'irréalité : on est alors au cœur du travail acharné qui commande tout ce jeu de dupes, de rôles et de faux-semblants. Il s’agit de perfectionner chaque intonation, chaque geste, chaque détail, afin de les rendre non pas vrais mais crédibles. Délices de la narration.


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Pour toutes ces raisons, le drame antique qui se joue sous nos yeux est celui de la débâcle d’un groupe, protéiforme, épique et ubuesque. Sujet en soi passionnant, car il dévoile un revers immédiat : le salut possible, la contre-offensive courageuse et généreuse. Tarantino place ainsi chacun des protagonistes sur un terrain égalitaire afin que le spectateur participe au plus près, de l'intérieur, à ces fragments de vie disruptifs, à ces chapitres autonomes. Il s'agit d'un authentique contrat de confiance (entre le cinéaste et le spectateur) et d'un souci d'honnêteté (vis-à-vis des personnages), lequel stipulerait qu'en raison même de cette panique, tout le monde est logé à la même enseigne (voir la terrible séquence d'agonie dans la voiture, où Tim Roth hurle, en se tordant de douleur, son angoisse de crever). C’est alors que les masques tombent, et qu’en situation de crise les vrais visages apparaissent. Sadisme de l’un, incapable de ne pas suivre sa nature. Amitié des autres, qui laissent parler les sentiments en dépit parfois du bon sens. Il faut voir Eddie hurler sa fureur et son désarroi lorsqu’est mise en cause l’intégrité de Mr Blonde, son pote de toujours, celui qui ne l’a jamais trahi. Il faut voir la sollicitude dont fait preuve Mr White envers Mr Orange, à qui il a révélé son prénom malgré les consignes de Joe, et sa détresse quand à la toute fin, grièvement blessé, il apprend le rôle joué par celui qu’il enserre dans ses bras. Reservoir Dogs se situe par là-même aux antipodes de l'intimidation, de la manipulation, de l’exhibition, car il propose rien moins qu'une plongée au cœur des comportements, dans une dialectique de l'éparpillement (fuite, coup de revolver) et de la concentration (le hangar, cadre du conflit), du huis-clos et de l'ouverture, partagés par tous au même moment. Que l’on pense simplement à ces images saisissantes mais parcimonieuses de poursuites individualisées avec la police, conçues comme des flashes foudroyants, ou à ces instantanés obsessionnels dictés par l'urgence et l’adrénaline. D’une certaine manière, Tarantino boucle la boucle entre cinéma américain et cinéma européen. Il repart à zéro en ayant intégré un héritage ; mais sans jamais le parodier ni l’étaler, il le fait fructifier. Loin d'être passéiste ou nécro-cinéphagique, ce film s’exerce sous le signe de la renaissance : il marque comme un nouvel art primitif. Et il conduit en dernière instance à une morale, un aveu rédempteur à travers lequel la parole retrouve tout son sens. En offrant à son intrigue et à ses personnages un degré d’intensité maximale, le cinéaste s’imposait d’emblée, en cette aube des années 90, comme le plus incisif, enthousiaste et inspiré de sa génération.


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Last edited by Thaddeus on 4 Mar 18, 20:00, edited 3 times in total.
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Truffaut Chocolat
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Truffaut Chocolat »

On dit souvent de QT qu'il est un grand dialoguiste (et c'est justifié), que ses dialogues donnent de l'épaisseur à ses personnages (et c'est justifié), et pourtant...
Tout le noeud de l'intrigue est lié à l'action, dans le sens : qui fait quoi ? où est tel ou untel ? et bien sûr qui est qui ?
Pour ce qui y est de cette question, j'ai rarement vu un film où les personnages se caractérisent autant par leurs actes.

L'exemple le plus frappant étant Mr.White qui, malgré les liens d'amitié avec Joe, braque celui-ci et lui tire dessus pour prendre la défense de Orange.
Au nom de quoi : de l'affection qu'il lui porte ? Parce qu'ils se sont raconté des blagues ? Parce qu'ils sont allés manger des tacos ? :lol:
C'est le plus grand mystère de ce film, pour moi.
Billy Budd
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Billy Budd »

Culpabilité.
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Thaddeus
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Thaddeus »

Truffaut Chocolat wrote:L'exemple le plus frappant étant Mr.White qui, malgré les liens d'amitié avec Joe, braque celui-ci et lui tire dessus pour prendre la défense de Orange.
Au nom de quoi : de l'affection qu'il lui porte ? Parce qu'ils se sont raconté des blagues ? Parce qu'ils sont allés manger des tacos ?
Précisément. C'est le facteur humain qui rentre en jeu et qui fait valser les rapports affectifs habituels. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si la séquence post-générique est consacrée à ces deux hommes, à l'amitié qui les unit et qui se formule par une main prise, des paroles hurlées au plus fort de la tension pour tenter de rassurer celui qui se sent crever. Lorsque Mr White affirme à Joe qu'il se trompe sur Mr Orange, le spectateur sait pertinemment que c'est Joe qui a raison, que le personnage de Keitel est dans l'erreur et qu'il est en train de défendre l'homme qui les a trahis. Sur ce point je trouve le film très fort : du texte trompeur d'Orange à la négation finale à laquelle est confronté White, dupé et qui, touché à mort, laisse derrière lui un plan vide (le blanc - White - est la couleur qui symbolise le vide), c'est la crise du sens qui est problématisée. Dit comme cela tout paraît très théorique, et pourtant le film est particulièrement intense et viscéral, formellement très cohérent avec sa thématique.
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Truffaut Chocolat »

Billy Budd wrote:Culpabilité.
Ça ne m'était pas venu à l'esprit et même en se faisant à cette idée, il reste un décalage entre sa relation avec Joe, ce qu'il est (un pro) et le fait qu'il soit prêt risquer sa propre vie pour quelqu'un qu'il connait à peine.
Thaddeus wrote:
Truffaut Chocolat wrote:L'exemple le plus frappant étant Mr.White qui, malgré les liens d'amitié avec Joe, braque celui-ci et lui tire dessus pour prendre la défense de Orange.
Au nom de quoi : de l'affection qu'il lui porte ? Parce qu'ils se sont raconté des blagues ? Parce qu'ils sont allés manger des tacos ?
Précisément. C'est le facteur humain qui rentre en jeu et qui fait valser les rapports affectifs habituels. Ce n'est d'ailleurs sans doute pas un hasard si la séquence post-générique est consacrée à ces deux hommes, à l'amitié qui les unit et qui se formule par une main prise, des paroles hurlées au plus fort de la tension pour tenter de rassurer celui qui se sent crever. Lorsque Mr White affirme à Joe qu'il se trompe sur Mr Orange, le spectateur sait pertinemment que c'est Joe qui a raison, que le personnage de Keitel est dans l'erreur et qu'il est en train de défendre l'homme qui les a trahis. Sur ce point je trouve le film très fort : du texte trompeur d'Orange à la négation finale à laquelle est confronté White, dupé et qui, touché à mort, laisse derrière lui un plan vide (le blanc - White - est la couleur qui symbolise le vide), c'est la crise du sens qui est problématisée. Dit comme cela tout paraît très théorique, et pourtant le film est particulièrement intense et viscéral, formellement très cohérent avec sa thématique.
Il y a de ça + le facteur culpabilité dont parle Billy aussi, sans doute.
C'est aussi pour cette raison que j'aime énormément ses films. Ils ont de la subtilité sans en avoir l'air.
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Billy Budd »

Truffaut Chocolat wrote:
Billy Budd wrote:Culpabilité.
Ça ne m'était pas venu à l'esprit et même en se faisant à cette idée, il reste un décalage entre sa relation avec Joe, ce qu'il est (un pro) et le fait qu'il soit prêt risquer sa propre vie pour quelqu'un qu'il connait à peine.
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A tort ou à raison, il estime que Mr. Orange a été blessé par sa faute, et il le dit d'ailleurs à Joe.

D'autre part, il a vu Mr. Orange tirer sur une innocente, de sorte que dans son esprit, s'il y a traître, ce ne peut être lui.

Enfin, non seulement Mr. Orange est blessé par sa faute, mais il n'est pas emmené à l'hôpital à cause de lui - j'adore le travelling sur le visage de Keitel à ce moment là.
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Truffaut Chocolat »

Billy Budd wrote:
Truffaut Chocolat wrote: Ça ne m'était pas venu à l'esprit et même en se faisant à cette idée, il reste un décalage entre sa relation avec Joe, ce qu'il est (un pro) et le fait qu'il soit prêt risquer sa propre vie pour quelqu'un qu'il connait à peine.
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A tort ou à raison, il estime que Mr. Orange a été blessé par sa faute, et il le dit d'ailleurs à Joe.

D'autre part, il a vu Mr. Orange tirer sur une innocente, de sorte que dans son esprit, s'il y a traître, ce ne peut être lui.

Enfin, non seulement Mr. Orange est blessé par sa faute, mais il n'est pas emmené à l'hôpital à cause de lui - j'adore le travelling sur le visage de Keitel à ce moment là.
Vrai.
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Jihl »

Je n'ai jamais été un grand fan de QT, même si j'aime bien Pulp fiction et Jackie Brown.
Ca vient peut être de ma première rencontre avec son cinéma (en gros quand Reservoir Dogs est passé sur Canal soit sans doute en 93) : je me suis arrêté au moment de la scène de torture du policier.
Je trouvais cette scène malsaine et perverse, ni drôle, ni justifiée (Mr. White on nous a déjà expliqué que Mr. Blonde avait "un rapport particulier" à la violence) et du coup comme cette scène de torture était bien trop longue à mon goût, j'ai arrêté le film avant que le policier ne flambe.
Depuis j'ai revu le film (en entier) deux fois et si la résolution de la scène est habile, je la trouve toujours trop longue et complaisante. Plus globalement, je trouve qu'évidemment ce premier film a des qualités (notamment d'interprétation même si je trouve que Tim Roth en fait des caisses pour un mec qui a une balle dans le ventre, situation que je connais bien sûr...) mais j'y vois beaucoup plus d'habilité, de savoir-faire que de sincérité ou d'originalité. Dans ce topic, certains pointent les références asiatiques du film, moi j'y vois surtout dans sa structure de base beaucoup des Affranchis de Scorsese (dialogues entre tueurs, violence verbale et physique, utilisation de la musique, de la voix off).
Après je reconnais l'efficacité de la scène d'ouverture, la qualité global de la direction d'acteurs, la bande son, quelques scènes marrantes et un certain savoir faire dans son scénario, mais les personnages et ce cinéma ultra-référencé ne me touchent ni ne m'intéressent beaucoup.
Un premier film de qualité, sans doute dans mon top 10 de l'année 1992, mais très inférieur pour moi à Scorsese et aux films des Coen par exemple pour prendre des exemples contemporains. 5/10
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by El Dadal »

Appel à vos mémoires : j'avais l'impression qu'il existait une scène coupée de Reservoir Dogs dans laquelle Eddie le gentil et Mr Blonde rencontraient le docker avec lequel Blonde est sensé travailler de jour (et qui serait la connexion de Freddie dans le milieu). La scène se passe de jour sur les docks. Or, j'ai beau chercher, je ne retrouve nulle trace d'une telle scène. Ça dit quelque chose à quelqu'un ou je me fourvoie totalement ?
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Mosin-Nagant »

Interview d'époque à Cannes que je n'avais encore jamais vu ( bonus à 6 minutes 43 secondes )...


viewtopic.php?f=13&t=39159&p=2842274#p2842274

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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Shinji »

Mosin-Nagant wrote:Interview d'époque à Cannes que je n'avais encore jamais vu ( bonus à 6 minutes 43 secondes )...
Merci beaucoup ; je n'avais pas le rapprochement avec The Thing tellement c'est évident !
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Re: Reservoir dogs (Quentin Tarantino - 1992)

Post by Mosin-Nagant »

De rien. :wink:

Moi, je remercie la nana topless.
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